par un limon rougeâtre, est cultivé sur de vastes étendues
qu’interrompent seuls des espaces marécageux (par exemple de Tjékouria à
Mamsa et de Mougal à Béïkam). Les agglomérations sont plus denses et
plus rapprochées. Nous avons traversé les villages de : Maciré (premier
groupe : 60 cases ; second : 50 cases ; troisième, Maciré-Koursoua, du
nom de Koursoua, la première femme de Gaourang, 100 cases) ; Tjékouria
(quatre agglomérations, intervalle de 4 kilomètres entre les deux
extrémités, 500 cases en tout) ; Mamsa (deux groupes chacun de 35
cases) ; Belamedé (20 cases) ; Masséniao (80 cases) ; Mougal (35 et 60
cases) ; Beïkam (175 cases, nous avons vu le marché où une trentaine de
femmes avaient apporté du Mil, des légumes, du lait). De Beïkam on
aperçoit, au bord du Ba Mbassa, Tcheckna avec 800 cases visibles.
[Illustration : FIG. 69. — La cavalerie de Gaourang, sultan du
Baguirmi.]
La population actuelle de Tcheckna s’élèverait à 5.000 habitants, et
d’après le capitaine JACQUIN, à 12.000, mais ce chiffre sous toutes
réserves quand Gaourang réside dans cette ville. C’est sur le bord du
grand sillon tracé par le Bahr el Erguig dans la plaine argileuse du
Baguirmi, qu’est construite la capitale actuelle de l’Empire. Toutes les
maisons, y compris celles du sultan, des commerçants fezzanais et de
tous les notables sont d’aspect misérable. Ce sont les paillottes
classiques du Baguirmi entourées de murs en paille tressée. Tout est
fait à la hâte et semble provisoire. La campagne avoisinante n’a rien de
séduisant. Les grands arbres font défaut, quelques _Acacia albida_
dénudés, des Tamariniers rabougris, une quinzaine de gros Ebéniers et
des _Celtis_ aux dômes verdoyants sont les seules essences sur
lesquelles puisse se reposer le regard. La terre est mal défrichée : au
milieu des cultures surgissent des buissons épineux d’_Acacia_, de
_Balanites_ et de _Capparis_. Les _Dipcadi_ et les _Acrospira_ qu’il est
impossible d’expulser des champs disputent la place au Mil et au
_Penicillaria_.
Si l’on s’éloigne de quelques centaines de mètres du village, on tombe
sur la couche argileuse imperméable où, en s’écartant du sentier, on
risque à tout instant de mettre le pied dans des flaques d’eau cachées
par les herbes. Après les pluies le sol cède sous les pieds[211].
IV. — LE CLIMAT DE TCHECKNA
C’est le climat du N. du Soudan, très chaud en saison sèche, peu
pluvieux à l’hivernage. L’harmattan souffle avec violence presque tous
les jours de décembre à mars. Les pluies n’arrivent qu’en juin ; elles
sont d’abord très espacées (une par semaine en moyenne). Beaucoup
d’orages, accompagnés d’un vent violent qui, soulevant le sable,
n’amènent point d’eau. Le régime des fortes pluies s’établit dans la
deuxième quinzaine de juillet et dure jusqu’à la seconde quinzaine de
septembre. Du 1er au 13 août 1903, le ciel est resté presque constamment
nuageux. De fréquentes averses se sont abattues sans être précédées de
coups de vent. Parfois la pluie dure plusieurs heures. L’atmosphère est
très humide. Toutes les substances organiques, les chaussures, le bois
mort se couvrent de moisissures. Le 14 août apparaît une période de
sécheresse, au milieu du jour un vent chaud et sec souffle du S.-E.,
parfois avec violence. L’atmosphère est lourde et chargée d’électricité.
Le soir de gros nuages s’amassent au S. et des éclairs fréquents
illuminent l’horizon, mais ces orages s’éloignent vers le S.-O.,
laissant tout au plus tomber quelques gouttelettes de pluie. Du 14 au 22
août, à deux ou trois reprises, des tornades sèches ont éclaté au lever
du jour ; le vent soulève alors de gros nuages de sable, le ciel
s’obscurcit, mais il ne tombe pas d’eau ou seulement quelques gouttes.
C’est le type des tornades sèches si fréquent dans le N. du Soudan.
Sous l’influence de ces variations de chaleur et de refroidissement, de
pluie et de sécheresse, la végétation prend un rapide développement.
C’est en ce moment que les prairies fournissent le plus abondamment
l’herbe au bétail. Le sol est couvert de Graminées qui s’élèvent de
0m,30 à 0m,80 (_Panicum_, _Pennisetum_, _Setaria_, _Dactyloctenium_) et
qui, toutes, sont en fleurs. Par les périodes sèches que nous
traversons, à la fin d’août, il serait très aisé de sécher ces herbes et
de les emmagasiner pour la période de disette. La saison la plus
favorable à la récolte du foin va du 15 août au 1er septembre. En ce
moment la plupart des herbes sont en fleurs ; plus tôt elles sont trop
tendres, plus tard, elles ont grainé et elles durcissent très vite.
C’est en général du 20 au 30 août qu’a lieu à Tcheckna l’épiage du mil
(_Sorgho_ ou _Penicillaria_). Les champs environnants présentent un
aspect magnifique. Les céréales s’élèvent à 3 mètres de hauteur formant
une immense ceinture d’un vert sombre autour des villages. L’enceinte
environnant chaque case est elle-même remplie de maïs et de mil.
V. — LES COURS D’EAU
_La rivière du Dekakiré._ — La rivière du Dekakiré (Baro) se détache du
Ba Lairi à Koli ou Kol et coule sensiblement N.O.-S.E. pour aller
joindre le Bahr Salamet par 2 branches, l’une tombant aux environs de
Mali, l’autre aux environs de Balbédja.
Les mares qu’elle forme sont : Koli (vill.) Gatau (ou Gatahou) vill.
Kouri, Masro (vill.) Diana ou Dienna, Dimbé (ou Dembé), Mandérou,
Miléré, Kobi ou Kobo, Gaal, Mam E. de Djember, Kétia, Kouamou (12
juillet) dirigé 15° N.-E. 15° S. 40 mètres de large, 0m,50 de profondeur
(large bordure de Vétiver des 2 côtés (_Nauclea_), Toumoulo (nuit du 11
au 12 juillet), Minia Baro (près Kérem, 11 juillet), large de 50 à 80
mètres, lit rempli d’herbes aquatiques en contre bas de 1m,50 dirigé N.
30° O.-S. 30° E. (poissons, crocodiles, hippopotames).
Minia Mogui près Ouarga. Minia Foya N. 20° O.-S. 20° E. dépression
herbeuse, large de 30 mètres, profonde de 2 mètres (_Nauclea_), Minia
Lomé au S. de Kendégué, se divise en 2 branches, la principale va
rejoindre le Bahr Salamet aux environs de Mali et l’autre la Mindja
Toutou en aval de Balbédja.
La rivière du Dekakiré (Baro) constituait avant l’ensablement de son lit
un canal de jonction entre le Bahr Salamet et le Ba Laïri. Dans ces deux
fleuves l’eau de la saison pluvieuse arrive à peine à remplir chaque
année les dépressions de leur lit en constituant pendant quelques mois
des chapelets de mares qui s’assèchent le reste de l’année. A plus forte
raison le canal qui les réunissait a perdu toute son importance. Il
n’est plus indiqué que par une ligne de points d’eau, presque tous taris
au cœur de la saison sèche. Les Arabes du Dekakiré conduisent alors
leurs troupeaux aux mares persistantes et ne les dispersent qu’à
l’arrivée des pluies.
_Ba Tha ou Ba Laïri (Soro en Telala)._ — La branche qui nous occupe
coule sensiblement N.N.O.-S.S.E. En amont de Koli, le Ba-Laïri traverse
les régions de : Laïri, Dagna (Danja), Modobo, Télébau, Kouné, Gamkoul.
J’ai coupé ce canal le 30 juillet à quelques kilomètres de Modobo entre
Dagna et Korbo en un point où il porte le nom de Dounou. Là il coule
sensiblement N.E.-S.O. dans une grande dépression déboisée large de 300
à 500 mètres. Au point où je l’ai coupé il offre 2 bras distants de 150
ou 200 mètres, le premier est herbeux avec quelques flaques où croît le
Bourgou, il est large de 50 mètres et en contre-bas de 0m,70 à peine.
Le second, qui est le bras principal, est large de 30 à 40 mètres, avec
des berges de 1m50, un lit à fond sablonneux avec des mares çà et là.
_Le Ba Korbol._ — Le Ba Korbol serait un ancien bras latéral du Chari
auquel aboutissait autrefois le Ba Laïri. D’autre part ce dernier canal
envoyait des communications au Baro (notamment le Corsili, originaire de
Gamkoul, passant ensuite entre Kègne et Tom). Il en envoyait au Bahr el
Erguig.
_Le Bahr el Erguig._ — Le Bahr el Erguig ou Ba Reguig, Ba Batjikam, Ba
Irr (Barth), Ba Mbassa (nom Baguirmien), a son origine sur le Chari un
peu en aval de Demraou, c’est-à-dire entre Demraou et Miltou, et après
avoir passé par Tcheckna, capitale actuelle du Baguirmi, retourne au
fleuve un peu en aval de Mandjaffa. Je l’ai vu pour la première fois
entre Korbo, (Korbo est le Dangoua de NACHTIGAL, l’agglomération de
Dangoua est aujourd’hui détruite) et Boullaï et observé en détail. Il
coule sensiblement S.E.-N.O. dans une grande plaine large de 2 à 4
kilomètres, sur laquelle la végétation se compose de _Terminalia_,
_Combretum Glutinosum_, _Acacia_, Doum et Deleb.
Dans la dépression qui marque le firki, le Vétiver, les _Panicum_, le
_Nauclea_ et les _Mimosa_ abondent. Le lit proprement dit, en partie
occupé par des bancs de sable, désormais pour la plupart en dehors des
inondations, mesure 150 à 200 mètres de largeur. D’un côté il est limité
par une berge haute de 2 à 3 mètres, de l’autre il s’élève en pente
douce jusqu’au niveau de la plaine. Plusieurs passes, dont quelques-unes
occupées par des flaques d’eau, existent ordinairement, mais une seule
livre passage au cours d’eau actuel. Ce dernier, dont le lit est
ordinairement peu marqué, contient de l’eau sur une profondeur de 0m,10
à 0m,20, et une largeur de 4 à 12 mètres avec un courant assez fort. En
certains endroits existent des élargissements et de grandes fosses,
profondes parfois de plusieurs mètres, où le courant n’est plus
sensible, et dans lesquelles vivent des hippopotames.
_Mouré (Mola de Nachtigal)._ — Ici le Ba Mbassa ainsi nommé en
Baguirmien _petit fleuve_, par opposition au grand fleuve (Chari), coule
O. 25° N. à 1 kilomètre à l’E. du village. La trouée qu’il occupe est
large de 2 kilomètres, elle comprend 6 chenaux, le principal à l’E.
L’ensemble constitue un immense lit sablonneux dans lequel on distingue
encore les dunes fixées. Dans aucun l’eau ne coulait le 5 août. Tous ne
présentent que de petites mares encombrées de roseaux (Vétiver,
_Panicum_, Mil sauvage, Bourgou) sur leurs bords. Dans le chenal
oriental seulement on observait des dépôts de brindilles, indiquant que
l’eau avait déjà coulé d’une mare à l’autre, à la suite des dernières
pluies.
Entre chaque bras existent des dunes tantôt nues, tantôt couvertes de
grands indigofères sauvages. Le lit de chaque dépression est à peine
indiqué, celui du bras oriental seul est bien encaissé entre deux berges
taillées à pic dans l’argile, celle de droite ayant 3 mètres de haut et
celle de gauche ayant seulement 1m,50. Dans les autres, le lit est tout
à fait incertain et se compose seulement de poches et de culs-de-sac où
l’eau s’accumule au moment de l’inondation, mais où il n’existe jamais
de véritable courant. D’ailleurs, selon les indigènes, l’eau ne monte
pas tous les ans de manière à atteindre Madjé. L’inondation qui permit à
M. GENTIL, en 1897, de remonter le Ba Mbassa avec le _Blot_ était si
exceptionnelle que les vieillards n’en avaient jamais vu de semblables.
En 1898, d’après les indigènes, le Ba Mbassa est resté complètement à
sec. En 1899, il y eut encore une grande crue et depuis on n’en a pas vu
de semblable. C’est à l’époque de la récolte du Mil, c’est-à-dire en
novembre, que la hauteur des eaux est la plus forte au Baguirmi.
_Le Bahr el Erguig à Tcheckna._ — Sa vallée tortueuse consiste en une
dépression sablonneuse, large de 1.500 à 3.000 mètres. Un rideau
d’arbres espacés indique seul sur chaque rive la limite où s’arrête
l’inondation, car le lit n’a point de berges. De chaque côté, un glacis
en pente douce, gazonné par des touffes de Vétiver ou des herbes
salicicoles, descend vers le fossé où coule l’eau au début de la crue.
Ce canal, jonché de bancs de sable très fin, a lui-même un lit très
indécis large de 30 à 50 mètres. Parfois il est dominé de falaises de 4
à 8 mètres, entaillées dans le sable ; parfois il est dépourvu de berges
et chemine entre des bancs de sable dans des marais encombrés d’herbes
aquatiques, au milieu desquelles il se perd. On conçoit que la marche de
la crue soit très lente. La pente générale est extrêmement faible. Puis
le sable absorbe l’eau au fur à mesure qu’elle arrive ; les grandes
dépressions marécageuses en retiennent aussi une partie, car les herbes
y jouent le rôle d’une éponge qui ralentit encore le courant. Enfin au
moment des pluies violentes, les bancs se déplacent et viennent barrer
le chenal. A moins qu’une forte crue ne vienne déblayer plus tard ce
barrage, il ne tardera pas à se consolider par de nouveaux apports,
surtout grâce à la végétation qui le recouvre. Il se constituera en
arrière une mare permanente, parfois suffisamment profonde pour que les
hippopotames puissent y rester toute l’année. On cite aux environs de
Tcheckna les mares de Malcassa près de Guérié (en amont) et celles
d’Artaïe (en aval) comme étant dans ce cas.
Le lit est complètement à sec de février à octobre. A partir de mars,
les mares des cavités plus profondes s’assèchent elles-mêmes. En mai et
juin on trouve difficilement de l’eau à Tcheckna. Les pluies remplissent
quelques creux aux parois argileuses ; mais dans les autres le sable ne
tarde pas à absorber l’eau apportée par des affluents torrentiels. Mais
le ruissellement, si rapide qu’il soit, a eu le temps d’arracher aux
terres cultivées l’humus qu’il entraîne dans le lit du Bahr el Erguig.
Les plaines ne sont pas encore suffisamment nivelées pour que les
grandes dépressions africaines qui en occupent le centre ne contribuent
à l’appauvrissement du sol, loin d’être une source de richesse pour le
pays.
La crue arrive à Tcheckna du 15 octobre au 1er novembre, elle continue
parfois à s’écouler jusqu’au mois de janvier. Les années de faible
inondation l’eau remplit seulement le chenal (_olo_ ou alba) et les
marais cités (boucou angué). Les années de grande crue elle remplit tout
le lit (_Kokoba_) ; les hippopotames et les crocodiles remontent alors
en grand nombre ; il y a une profondeur de 5 à 8 mètres d’eau dans le
thalweg du chenal et, disent les indigènes, un courant impétueux. Mais
cela ne dure que quelques jours. L’eau abandonne très rapidement les
glacis latéraux qu’elle a momentanément recouverts. Ces glacis
(_mankéla_) reçoivent chaque fois une mince couche (5 à 6 millimètres)
d’humus qui est emportée par la crue suivante. Leur sol est constitué
par une argile jaune-rougeâtre qui retient de nombreuses flaques d’eau.
Aussi n’est-il point utilisé pour la culture. Les plantations de mil
s’arrêtent à quelques mètres de la limite extrême des inondations.
Les falaises qui surgissent çà et là dans le lit moyen du Bahr el Erguig
permettent de déterminer l’origine du fleuve et les variations qu’il a
subies dans les époques précédentes. Le Bahr el Erguig s’est déblayé un
lit immense dans l’alluvion ancienne (argile du Baguirmi). Il était
alors un fleuve permanent, large de 1 à 4 kilomètres. Au milieu il avait
une profondeur de plus de 20 mètres ; une couche de sable dont nous
n’avons vu nulle part la base se déposa peu à peu au fond. Il recevait
du Baguirmi des affluents dont le cours n’est reconnaissable qu’en
quelques points. Puis les pluies soudaniennes diminuèrent. Le Ba Mbassa
suffit une partie de l’année à l’écoulement des eaux venant du S. Ce ne
fut plus qu’à des intervalles lointains qu’il y eut encore des crues
violentes. Dans les assises de sable on constate par intervalles des
couches de 10 à 20 centimètres, formées presque exclusivement de galets
quartzeux dont les plus volumineux ont la grosseur d’un œuf de pigeon. A
ce moment déjà l’eau n’occupait plus tout le lit, mais seulement un
chenal restreint et tortueux, où les bancs de galets sont très
localisés. Plus tard s’établit çà et là dans le lit un régime marécageux
car on observe, par endroits, des couches noirâtres qui ont jusqu’à 15
centimètres d’épaisseur. Elles sont recouvertes de sable dont
l’horizontalité des stratifications indique la lenteur du dépôt. Cette
alternance de formations marécageuses et fluviatiles marque un régime
irrégulier à une époque déjà ancienne puisqu’au dessous on observe 5 à 6
mètres de sables compacts. Depuis, l’envasement a continué et le Bahr el
Erguig, qui ne reçoit plus ses anciens affluents baguirmiens,
s’appauvrit de plus en plus.
VI. — LES MARAIS ENTRE MASSÉNIA ET LE BA LAÏRI
A l’E. de Massénia la carte de Barth indiquait déjà de grands marais
s’étendant entre les villages de Bidri, Balao, Bourgoumassa, Mossero et
se prolongeant vers le Ba Tha ou Ba Laïri. Ces marais existent en
effet ; ils sont assez profonds pour barrer la route aux caravanes en
août et septembre. Le Béda, le plus rapproché de Tcheckna, se nomme Béda
Kaga. Il se poursuit sur Déouligna, rejoint le Béda Kindji qui se
prolonge vers le N.-E., et par Absaïn, atteint le Ba Tha à El Birki. Par
suite de cette communication, aux hautes crues le poisson se répand
jusqu’aux environs de Massénia. Les Baguirmiens affirment que ces marais
ne communiquent pas avec le Ba Mbassa. Cependant il n’est pas douteux
qu’anciennement le Ba Laïri et le Ba Mbassa étaient en rapports par un
bras qui partait des environs de Tcheckna et par le N.-E. joignait El
Birki. Les apports sableux du Ba Mbassa ont formé à son confluent avec
ce diverticule un barrage de dunes qui a interrompu la communication. Le
Bouta Melmess prolongé par le rahat _Beinbey_, situés à mi-chemin entre
Massénia et Abougher, unissent et ont dû unir le système du Kindji aux
marigots, situés à l’E. de Dourbali et communiquant avec le Chari. Enfin
avec ce groupe de canaux venaient s’aboucher les Minia formées au S. de
Moïto. Ce système très complexe de canaux devait lui-même être en
communication avec le bras allant du Baro au Ba Reguig de Gaoui par des
canaux découpant le Khozzam.
Tous les pays s’étendant depuis le bas Bahr Salamat et l’Iro jusqu’au
Bas-Bahr el Ghazal, sur plus de 300 kilomètres de largeur, étaient donc
à une époque qu’il est impossible de préciser, mais vraisemblablement
peu reculée, couverts d’innombrables canaux communiquant entre eux par
une infinité de bras, tantôt enserrant autour des pics granitiques des
aires exondées fort étendues, tantôt venant déboucher dans de vastes
lagunes dont les lacs Iro et Fittri sont les derniers vestiges. Dans ces
lagunes, dans les parties les plus profondes des canaux vivaient en
quantité les caïmans et les hippopotames. Ces grands animaux ont peu à
peu disparu. Il en est resté encore jusqu’à nos jours dans certains
rahats, simples flaques, où ils trouvent à peine assez d’eau pour
subsister. Tous ces pays, actuellement menacés d’une stérilité complète
par suite de l’extension du climat saharien, ressemblaient à ce qu’est
aujourd’hui l’archipel Kouri à l’entrée du Bahr el Ghazal dans le Tchad.
Ce lac est lui-même condamné au même sort que ces immenses lagunes.
[Note 195 : Timmé est une agglomération située à 4 kilomètres environ au
S.-O. de Kendégué.]
[Note 196 : Il y avait un léger courant le 25 juin et le 7 juillet à
Koulfé. Les mares étaient reliées entre elles par un filet d’eau large
de 2 mètres, profond de 0m,30. Le courant avait une vitesse de 0m,50 à
la seconde.]
[Note 197 : Ce granite a une teinte très claire, presque blanchâtre. Il
n’est point traversé de filons. Au pied de la colline se trouve une
couche épaisse de quelques décimètres, de latérite ferrugineuse
compacte, sans méats, formée de grains de quartz arrachés au granite et
étroitement cimentée par le magma rouge. Au-dessus de la latérite, ainsi
qu’en certains autres points au contact même de la roche on reconnaît
l’arène granitique très rubéfiée, mais non cimentée. Enfin, bien au-
dessus de la latérite, les grandes tables plus ou moins inclinées de
granite présentent un vernis rougeâtre de latérite très mince. En haut,
au contraire, le granite est à nu et n’est même pas recouvert de thalles
de Cryptogames.]
[Note 198 : Les habitants de Timmé et de Kendégué m’ont nié l’existence
de ces refuges et je comprends que ces gens ne tiennent point à dévoiler
leurs secrets à un blanc.]
[Note 199 : Leur chef Kharta a été tué trois jours avant l’entrée de
Mahmadou à Dougui. Il est remplacé par Bougaï qui, après le voyage du
capitaine PARAIRE à Kendégué, a envoyé un bœuf au poste de Fort-
Archambault en signe de soumission. Les hommes de Dougui ont donc des
bœufs ? Non, ils l’avaient acheté aux Arabes contre de l’ivoire. Les
hauteurs de Dougui sont encore appelées Timan par les Arabes ; les
Fagnias disent Mané.]
[Note 200 : Les Zanes sont des Goullas (renseignement recueilli à
Timmé).]
[Note 201 : Ceux de Kendégué se livrent aussi à la pêche. Au
commencement de la saison sèche, ils vont du côté du lac Iro barrer les
firkis inondés et capturer, avec leurs paniers sans fond, les poissons
attardés dans ces prairies momentanément recouvertes.]
[Note 202 : J’ai remarqué qu’à Timmé on entourait de cordes les champs
de mil pour empêcher les antilopes d’y pénétrer. Dès cette époque, alors
que le sorgho est encore tout jeune, les antilopes délaissent en effet
les succulentes pousses d’_Andropogon_ sauvage pour celles du sorgho,
probablement plus savoureuses encore. N’ayant point de fusils on ne peut
faire la chasse à ces animaux : on se contente donc de les éloigner.]
[Note 203 : La végétation de ces rochers est d’une grande richesse, et
présente un caractère méridional très prononcé. Dans les parties les
plus ombragées, entre les fentes de la pierre croissent encore de
charmants _Adianthum_ et leurs frondes gracieuses sont d’un ton vert
clair qui s’harmonise avec les thalles des _Riccia_ et des jeunes
mousses annuelles qui depuis l’arrivée des pluies tapissent les
anfractuosités. Le _Cissus quadrangularis_ affectionne particulièrement
ces rochers ; au contraire l’Euphorbe cactiforme fait défaut.]
[Note 204 : Boli serait à 4 jours de Kendégué. Il s’y trouve des Arabes
indépendants du Ouadaï. A Boli on est à 6 ou 8 jours du cœur du pays
Guéré. Les Arabes viennent souvent commercer à Kendégué. Ils remportent
du mil, de la graisse et des volailles, en échange des toiles de coton
du Ouadaï et de quelques perles. Rarement ils trouveraient un peu
d’ivoire.]
[Note 205 : J’ai vu un cavalier à l’approche du village et appris que
les Bouas riches possèdent des chevaux.]
[Note 206 : Gaourang, le sultan du Baguirmi, était à Korbol avec 2000
guerriers.]
[Note 207 : Dans le village s’observent des _Balanites_ atteignant 15
mètres de haut, sans fruits à cette époque.]
[Note 208 : Tout à côté se trouvait Mongolla qui fut anéanti par Rabah
au début des hostilités contre Gaourang.]
[Note 209 : On donne l’hospitalité aux étrangers sous un refuge
semblable construit à l’entrée du village.]
[Note 210 : Les Baguirmiens en mangent la gomme.]
[Note 211 : Ces terrains couverts de marais se nomment _Maouin_ en
baguirmien ; les marais eux-mêmes sont appelés _Béda_ (baguirmien),
_Koulo_ (Kotoko). La brousse boisée proprement dite s’appelle _Bangala_
(baguirmien) ; les places où le sol est légèrement bombé et sur
lesquelles l’eau ne séjourne pas, forment des aires complètement
dépourvues de végétation, à surface dure et jaunâtre nommées _Kébara_ en
baguirmien. Les rares emplacements où la terre est cultivée constituent
le _Tougouz_. En certains endroits, le lit du Bahr el Erguig déborde aux
hautes crues. On nomme _Man Kéla_, le terrain qu’il couvre (Les Kotokos
appellent _Hava_ les terres recouvertes par les crues du Chari).]
CHAPITRE XIII
LE NORD DU BAGUIRMI
I. Dans les steppes du Baguirmi. — II. Région de Moïto.
* * * * *
I. — DANS LES STEPPES DU BAGUIRMI