_5 au 8 août, De Mouré à Tcheckna._ — Le sol, constitué presque partout

par un limon rougeâtre, est cultivé sur de vastes étendues

qu’interrompent seuls des espaces marécageux (par exemple de Tjékouria à

Mamsa et de Mougal à Béïkam). Les agglomérations sont plus denses et

plus rapprochées. Nous avons traversé les villages de : Maciré (premier

groupe : 60 cases ; second : 50 cases ; troisième, Maciré-Koursoua, du

nom de Koursoua, la première femme de Gaourang, 100 cases) ; Tjékouria

(quatre agglomérations, intervalle de 4 kilomètres entre les deux

extrémités, 500 cases en tout) ; Mamsa (deux groupes chacun de 35

cases) ; Belamedé (20 cases) ; Masséniao (80 cases) ; Mougal (35 et 60

cases) ; Beïkam (175 cases, nous avons vu le marché où une trentaine de

femmes avaient apporté du Mil, des légumes, du lait). De Beïkam on

aperçoit, au bord du Ba Mbassa, Tcheckna avec 800 cases visibles.

[Illustration : FIG. 69. — La cavalerie de Gaourang, sultan du

Baguirmi.]

La population actuelle de Tcheckna s’élèverait à 5.000 habitants, et

d’après le capitaine JACQUIN, à 12.000, mais ce chiffre sous toutes

réserves quand Gaourang réside dans cette ville. C’est sur le bord du

grand sillon tracé par le Bahr el Erguig dans la plaine argileuse du

Baguirmi, qu’est construite la capitale actuelle de l’Empire. Toutes les

maisons, y compris celles du sultan, des commerçants fezzanais et de

tous les notables sont d’aspect misérable. Ce sont les paillottes

classiques du Baguirmi entourées de murs en paille tressée. Tout est

fait à la hâte et semble provisoire. La campagne avoisinante n’a rien de

séduisant. Les grands arbres font défaut, quelques _Acacia albida_

dénudés, des Tamariniers rabougris, une quinzaine de gros Ebéniers et

des _Celtis_ aux dômes verdoyants sont les seules essences sur

lesquelles puisse se reposer le regard. La terre est mal défrichée : au

milieu des cultures surgissent des buissons épineux d’_Acacia_, de

_Balanites_ et de _Capparis_. Les _Dipcadi_ et les _Acrospira_ qu’il est

impossible d’expulser des champs disputent la place au Mil et au

_Penicillaria_.

Si l’on s’éloigne de quelques centaines de mètres du village, on tombe

sur la couche argileuse imperméable où, en s’écartant du sentier, on

risque à tout instant de mettre le pied dans des flaques d’eau cachées

par les herbes. Après les pluies le sol cède sous les pieds[211].

IV. — LE CLIMAT DE TCHECKNA

C’est le climat du N. du Soudan, très chaud en saison sèche, peu

pluvieux à l’hivernage. L’harmattan souffle avec violence presque tous

les jours de décembre à mars. Les pluies n’arrivent qu’en juin ; elles

sont d’abord très espacées (une par semaine en moyenne). Beaucoup

d’orages, accompagnés d’un vent violent qui, soulevant le sable,

n’amènent point d’eau. Le régime des fortes pluies s’établit dans la

deuxième quinzaine de juillet et dure jusqu’à la seconde quinzaine de

septembre. Du 1er au 13 août 1903, le ciel est resté presque constamment

nuageux. De fréquentes averses se sont abattues sans être précédées de

coups de vent. Parfois la pluie dure plusieurs heures. L’atmosphère est

très humide. Toutes les substances organiques, les chaussures, le bois

mort se couvrent de moisissures. Le 14 août apparaît une période de

sécheresse, au milieu du jour un vent chaud et sec souffle du S.-E.,

parfois avec violence. L’atmosphère est lourde et chargée d’électricité.

Le soir de gros nuages s’amassent au S. et des éclairs fréquents

illuminent l’horizon, mais ces orages s’éloignent vers le S.-O.,

laissant tout au plus tomber quelques gouttelettes de pluie. Du 14 au 22

août, à deux ou trois reprises, des tornades sèches ont éclaté au lever

du jour ; le vent soulève alors de gros nuages de sable, le ciel

s’obscurcit, mais il ne tombe pas d’eau ou seulement quelques gouttes.

C’est le type des tornades sèches si fréquent dans le N. du Soudan.

Sous l’influence de ces variations de chaleur et de refroidissement, de

pluie et de sécheresse, la végétation prend un rapide développement.

C’est en ce moment que les prairies fournissent le plus abondamment

l’herbe au bétail. Le sol est couvert de Graminées qui s’élèvent de

0m,30 à 0m,80 (_Panicum_, _Pennisetum_, _Setaria_, _Dactyloctenium_) et

qui, toutes, sont en fleurs. Par les périodes sèches que nous

traversons, à la fin d’août, il serait très aisé de sécher ces herbes et

de les emmagasiner pour la période de disette. La saison la plus

favorable à la récolte du foin va du 15 août au 1er septembre. En ce

moment la plupart des herbes sont en fleurs ; plus tôt elles sont trop

tendres, plus tard, elles ont grainé et elles durcissent très vite.

C’est en général du 20 au 30 août qu’a lieu à Tcheckna l’épiage du mil

(_Sorgho_ ou _Penicillaria_). Les champs environnants présentent un

aspect magnifique. Les céréales s’élèvent à 3 mètres de hauteur formant

une immense ceinture d’un vert sombre autour des villages. L’enceinte

environnant chaque case est elle-même remplie de maïs et de mil.

V. — LES COURS D’EAU

_La rivière du Dekakiré._ — La rivière du Dekakiré (Baro) se détache du

Ba Lairi à Koli ou Kol et coule sensiblement N.O.-S.E. pour aller

joindre le Bahr Salamet par 2 branches, l’une tombant aux environs de

Mali, l’autre aux environs de Balbédja.

Les mares qu’elle forme sont : Koli (vill.) Gatau (ou Gatahou) vill.

Kouri, Masro (vill.) Diana ou Dienna, Dimbé (ou Dembé), Mandérou,

Miléré, Kobi ou Kobo, Gaal, Mam E. de Djember, Kétia, Kouamou (12

juillet) dirigé 15° N.-E. 15° S. 40 mètres de large, 0m,50 de profondeur

(large bordure de Vétiver des 2 côtés (_Nauclea_), Toumoulo (nuit du 11

au 12 juillet), Minia Baro (près Kérem, 11 juillet), large de 50 à 80

mètres, lit rempli d’herbes aquatiques en contre bas de 1m,50 dirigé N.

30° O.-S. 30° E. (poissons, crocodiles, hippopotames).

Minia Mogui près Ouarga. Minia Foya N. 20° O.-S. 20° E. dépression

herbeuse, large de 30 mètres, profonde de 2 mètres (_Nauclea_), Minia

Lomé au S. de Kendégué, se divise en 2 branches, la principale va

rejoindre le Bahr Salamet aux environs de Mali et l’autre la Mindja

Toutou en aval de Balbédja.

La rivière du Dekakiré (Baro) constituait avant l’ensablement de son lit

un canal de jonction entre le Bahr Salamet et le Ba Laïri. Dans ces deux

fleuves l’eau de la saison pluvieuse arrive à peine à remplir chaque

année les dépressions de leur lit en constituant pendant quelques mois

des chapelets de mares qui s’assèchent le reste de l’année. A plus forte

raison le canal qui les réunissait a perdu toute son importance. Il

n’est plus indiqué que par une ligne de points d’eau, presque tous taris

au cœur de la saison sèche. Les Arabes du Dekakiré conduisent alors

leurs troupeaux aux mares persistantes et ne les dispersent qu’à

l’arrivée des pluies.

_Ba Tha ou Ba Laïri (Soro en Telala)._ — La branche qui nous occupe

coule sensiblement N.N.O.-S.S.E. En amont de Koli, le Ba-Laïri traverse

les régions de : Laïri, Dagna (Danja), Modobo, Télébau, Kouné, Gamkoul.

J’ai coupé ce canal le 30 juillet à quelques kilomètres de Modobo entre

Dagna et Korbo en un point où il porte le nom de Dounou. Là il coule

sensiblement N.E.-S.O. dans une grande dépression déboisée large de 300

à 500 mètres. Au point où je l’ai coupé il offre 2 bras distants de 150

ou 200 mètres, le premier est herbeux avec quelques flaques où croît le

Bourgou, il est large de 50 mètres et en contre-bas de 0m,70 à peine.

Le second, qui est le bras principal, est large de 30 à 40 mètres, avec

des berges de 1m50, un lit à fond sablonneux avec des mares çà et là.

_Le Ba Korbol._ — Le Ba Korbol serait un ancien bras latéral du Chari

auquel aboutissait autrefois le Ba Laïri. D’autre part ce dernier canal

envoyait des communications au Baro (notamment le Corsili, originaire de

Gamkoul, passant ensuite entre Kègne et Tom). Il en envoyait au Bahr el

Erguig.

_Le Bahr el Erguig._ — Le Bahr el Erguig ou Ba Reguig, Ba Batjikam, Ba

Irr (Barth), Ba Mbassa (nom Baguirmien), a son origine sur le Chari un

peu en aval de Demraou, c’est-à-dire entre Demraou et Miltou, et après

avoir passé par Tcheckna, capitale actuelle du Baguirmi, retourne au

fleuve un peu en aval de Mandjaffa. Je l’ai vu pour la première fois

entre Korbo, (Korbo est le Dangoua de NACHTIGAL, l’agglomération de

Dangoua est aujourd’hui détruite) et Boullaï et observé en détail. Il

coule sensiblement S.E.-N.O. dans une grande plaine large de 2 à 4

kilomètres, sur laquelle la végétation se compose de _Terminalia_,

_Combretum Glutinosum_, _Acacia_, Doum et Deleb.

Dans la dépression qui marque le firki, le Vétiver, les _Panicum_, le

_Nauclea_ et les _Mimosa_ abondent. Le lit proprement dit, en partie

occupé par des bancs de sable, désormais pour la plupart en dehors des

inondations, mesure 150 à 200 mètres de largeur. D’un côté il est limité

par une berge haute de 2 à 3 mètres, de l’autre il s’élève en pente

douce jusqu’au niveau de la plaine. Plusieurs passes, dont quelques-unes

occupées par des flaques d’eau, existent ordinairement, mais une seule

livre passage au cours d’eau actuel. Ce dernier, dont le lit est

ordinairement peu marqué, contient de l’eau sur une profondeur de 0m,10

à 0m,20, et une largeur de 4 à 12 mètres avec un courant assez fort. En

certains endroits existent des élargissements et de grandes fosses,

profondes parfois de plusieurs mètres, où le courant n’est plus

sensible, et dans lesquelles vivent des hippopotames.

_Mouré (Mola de Nachtigal)._ — Ici le Ba Mbassa ainsi nommé en

Baguirmien _petit fleuve_, par opposition au grand fleuve (Chari), coule

O. 25° N. à 1 kilomètre à l’E. du village. La trouée qu’il occupe est

large de 2 kilomètres, elle comprend 6 chenaux, le principal à l’E.

L’ensemble constitue un immense lit sablonneux dans lequel on distingue

encore les dunes fixées. Dans aucun l’eau ne coulait le 5 août. Tous ne

présentent que de petites mares encombrées de roseaux (Vétiver,

_Panicum_, Mil sauvage, Bourgou) sur leurs bords. Dans le chenal

oriental seulement on observait des dépôts de brindilles, indiquant que

l’eau avait déjà coulé d’une mare à l’autre, à la suite des dernières

pluies.

Entre chaque bras existent des dunes tantôt nues, tantôt couvertes de

grands indigofères sauvages. Le lit de chaque dépression est à peine

indiqué, celui du bras oriental seul est bien encaissé entre deux berges

taillées à pic dans l’argile, celle de droite ayant 3 mètres de haut et

celle de gauche ayant seulement 1m,50. Dans les autres, le lit est tout

à fait incertain et se compose seulement de poches et de culs-de-sac où

l’eau s’accumule au moment de l’inondation, mais où il n’existe jamais

de véritable courant. D’ailleurs, selon les indigènes, l’eau ne monte

pas tous les ans de manière à atteindre Madjé. L’inondation qui permit à

M. GENTIL, en 1897, de remonter le Ba Mbassa avec le _Blot_ était si

exceptionnelle que les vieillards n’en avaient jamais vu de semblables.

En 1898, d’après les indigènes, le Ba Mbassa est resté complètement à

sec. En 1899, il y eut encore une grande crue et depuis on n’en a pas vu

de semblable. C’est à l’époque de la récolte du Mil, c’est-à-dire en

novembre, que la hauteur des eaux est la plus forte au Baguirmi.

_Le Bahr el Erguig à Tcheckna._ — Sa vallée tortueuse consiste en une

dépression sablonneuse, large de 1.500 à 3.000 mètres. Un rideau

d’arbres espacés indique seul sur chaque rive la limite où s’arrête

l’inondation, car le lit n’a point de berges. De chaque côté, un glacis

en pente douce, gazonné par des touffes de Vétiver ou des herbes

salicicoles, descend vers le fossé où coule l’eau au début de la crue.

Ce canal, jonché de bancs de sable très fin, a lui-même un lit très

indécis large de 30 à 50 mètres. Parfois il est dominé de falaises de 4

à 8 mètres, entaillées dans le sable ; parfois il est dépourvu de berges

et chemine entre des bancs de sable dans des marais encombrés d’herbes

aquatiques, au milieu desquelles il se perd. On conçoit que la marche de

la crue soit très lente. La pente générale est extrêmement faible. Puis

le sable absorbe l’eau au fur à mesure qu’elle arrive ; les grandes

dépressions marécageuses en retiennent aussi une partie, car les herbes

y jouent le rôle d’une éponge qui ralentit encore le courant. Enfin au

moment des pluies violentes, les bancs se déplacent et viennent barrer

le chenal. A moins qu’une forte crue ne vienne déblayer plus tard ce

barrage, il ne tardera pas à se consolider par de nouveaux apports,

surtout grâce à la végétation qui le recouvre. Il se constituera en

arrière une mare permanente, parfois suffisamment profonde pour que les

hippopotames puissent y rester toute l’année. On cite aux environs de

Tcheckna les mares de Malcassa près de Guérié (en amont) et celles

d’Artaïe (en aval) comme étant dans ce cas.

Le lit est complètement à sec de février à octobre. A partir de mars,

les mares des cavités plus profondes s’assèchent elles-mêmes. En mai et

juin on trouve difficilement de l’eau à Tcheckna. Les pluies remplissent

quelques creux aux parois argileuses ; mais dans les autres le sable ne

tarde pas à absorber l’eau apportée par des affluents torrentiels. Mais

le ruissellement, si rapide qu’il soit, a eu le temps d’arracher aux

terres cultivées l’humus qu’il entraîne dans le lit du Bahr el Erguig.

Les plaines ne sont pas encore suffisamment nivelées pour que les

grandes dépressions africaines qui en occupent le centre ne contribuent

à l’appauvrissement du sol, loin d’être une source de richesse pour le

pays.

La crue arrive à Tcheckna du 15 octobre au 1er novembre, elle continue

parfois à s’écouler jusqu’au mois de janvier. Les années de faible

inondation l’eau remplit seulement le chenal (_olo_ ou alba) et les

marais cités (boucou angué). Les années de grande crue elle remplit tout

le lit (_Kokoba_) ; les hippopotames et les crocodiles remontent alors

en grand nombre ; il y a une profondeur de 5 à 8 mètres d’eau dans le

thalweg du chenal et, disent les indigènes, un courant impétueux. Mais

cela ne dure que quelques jours. L’eau abandonne très rapidement les

glacis latéraux qu’elle a momentanément recouverts. Ces glacis

(_mankéla_) reçoivent chaque fois une mince couche (5 à 6 millimètres)

d’humus qui est emportée par la crue suivante. Leur sol est constitué

par une argile jaune-rougeâtre qui retient de nombreuses flaques d’eau.

Aussi n’est-il point utilisé pour la culture. Les plantations de mil

s’arrêtent à quelques mètres de la limite extrême des inondations.

Les falaises qui surgissent çà et là dans le lit moyen du Bahr el Erguig

permettent de déterminer l’origine du fleuve et les variations qu’il a

subies dans les époques précédentes. Le Bahr el Erguig s’est déblayé un

lit immense dans l’alluvion ancienne (argile du Baguirmi). Il était

alors un fleuve permanent, large de 1 à 4 kilomètres. Au milieu il avait

une profondeur de plus de 20 mètres ; une couche de sable dont nous

n’avons vu nulle part la base se déposa peu à peu au fond. Il recevait

du Baguirmi des affluents dont le cours n’est reconnaissable qu’en

quelques points. Puis les pluies soudaniennes diminuèrent. Le Ba Mbassa

suffit une partie de l’année à l’écoulement des eaux venant du S. Ce ne

fut plus qu’à des intervalles lointains qu’il y eut encore des crues

violentes. Dans les assises de sable on constate par intervalles des

couches de 10 à 20 centimètres, formées presque exclusivement de galets

quartzeux dont les plus volumineux ont la grosseur d’un œuf de pigeon. A

ce moment déjà l’eau n’occupait plus tout le lit, mais seulement un

chenal restreint et tortueux, où les bancs de galets sont très

localisés. Plus tard s’établit çà et là dans le lit un régime marécageux

car on observe, par endroits, des couches noirâtres qui ont jusqu’à 15

centimètres d’épaisseur. Elles sont recouvertes de sable dont

l’horizontalité des stratifications indique la lenteur du dépôt. Cette

alternance de formations marécageuses et fluviatiles marque un régime

irrégulier à une époque déjà ancienne puisqu’au dessous on observe 5 à 6

mètres de sables compacts. Depuis, l’envasement a continué et le Bahr el

Erguig, qui ne reçoit plus ses anciens affluents baguirmiens,

s’appauvrit de plus en plus.

VI. — LES MARAIS ENTRE MASSÉNIA ET LE BA LAÏRI

A l’E. de Massénia la carte de Barth indiquait déjà de grands marais

s’étendant entre les villages de Bidri, Balao, Bourgoumassa, Mossero et

se prolongeant vers le Ba Tha ou Ba Laïri. Ces marais existent en

effet ; ils sont assez profonds pour barrer la route aux caravanes en

août et septembre. Le Béda, le plus rapproché de Tcheckna, se nomme Béda

Kaga. Il se poursuit sur Déouligna, rejoint le Béda Kindji qui se

prolonge vers le N.-E., et par Absaïn, atteint le Ba Tha à El Birki. Par

suite de cette communication, aux hautes crues le poisson se répand

jusqu’aux environs de Massénia. Les Baguirmiens affirment que ces marais

ne communiquent pas avec le Ba Mbassa. Cependant il n’est pas douteux

qu’anciennement le Ba Laïri et le Ba Mbassa étaient en rapports par un

bras qui partait des environs de Tcheckna et par le N.-E. joignait El

Birki. Les apports sableux du Ba Mbassa ont formé à son confluent avec

ce diverticule un barrage de dunes qui a interrompu la communication. Le

Bouta Melmess prolongé par le rahat _Beinbey_, situés à mi-chemin entre

Massénia et Abougher, unissent et ont dû unir le système du Kindji aux

marigots, situés à l’E. de Dourbali et communiquant avec le Chari. Enfin

avec ce groupe de canaux venaient s’aboucher les Minia formées au S. de

Moïto. Ce système très complexe de canaux devait lui-même être en

communication avec le bras allant du Baro au Ba Reguig de Gaoui par des

canaux découpant le Khozzam.

Tous les pays s’étendant depuis le bas Bahr Salamat et l’Iro jusqu’au

Bas-Bahr el Ghazal, sur plus de 300 kilomètres de largeur, étaient donc

à une époque qu’il est impossible de préciser, mais vraisemblablement

peu reculée, couverts d’innombrables canaux communiquant entre eux par

une infinité de bras, tantôt enserrant autour des pics granitiques des

aires exondées fort étendues, tantôt venant déboucher dans de vastes

lagunes dont les lacs Iro et Fittri sont les derniers vestiges. Dans ces

lagunes, dans les parties les plus profondes des canaux vivaient en

quantité les caïmans et les hippopotames. Ces grands animaux ont peu à

peu disparu. Il en est resté encore jusqu’à nos jours dans certains

rahats, simples flaques, où ils trouvent à peine assez d’eau pour

subsister. Tous ces pays, actuellement menacés d’une stérilité complète

par suite de l’extension du climat saharien, ressemblaient à ce qu’est

aujourd’hui l’archipel Kouri à l’entrée du Bahr el Ghazal dans le Tchad.

Ce lac est lui-même condamné au même sort que ces immenses lagunes.

[Note 195 : Timmé est une agglomération située à 4 kilomètres environ au

S.-O. de Kendégué.]

[Note 196 : Il y avait un léger courant le 25 juin et le 7 juillet à

Koulfé. Les mares étaient reliées entre elles par un filet d’eau large

de 2 mètres, profond de 0m,30. Le courant avait une vitesse de 0m,50 à

la seconde.]

[Note 197 : Ce granite a une teinte très claire, presque blanchâtre. Il

n’est point traversé de filons. Au pied de la colline se trouve une

couche épaisse de quelques décimètres, de latérite ferrugineuse

compacte, sans méats, formée de grains de quartz arrachés au granite et

étroitement cimentée par le magma rouge. Au-dessus de la latérite, ainsi

qu’en certains autres points au contact même de la roche on reconnaît

l’arène granitique très rubéfiée, mais non cimentée. Enfin, bien au-

dessus de la latérite, les grandes tables plus ou moins inclinées de

granite présentent un vernis rougeâtre de latérite très mince. En haut,

au contraire, le granite est à nu et n’est même pas recouvert de thalles

de Cryptogames.]

[Note 198 : Les habitants de Timmé et de Kendégué m’ont nié l’existence

de ces refuges et je comprends que ces gens ne tiennent point à dévoiler

leurs secrets à un blanc.]

[Note 199 : Leur chef Kharta a été tué trois jours avant l’entrée de

Mahmadou à Dougui. Il est remplacé par Bougaï qui, après le voyage du

capitaine PARAIRE à Kendégué, a envoyé un bœuf au poste de Fort-

Archambault en signe de soumission. Les hommes de Dougui ont donc des

bœufs ? Non, ils l’avaient acheté aux Arabes contre de l’ivoire. Les

hauteurs de Dougui sont encore appelées Timan par les Arabes ; les

Fagnias disent Mané.]

[Note 200 : Les Zanes sont des Goullas (renseignement recueilli à

Timmé).]

[Note 201 : Ceux de Kendégué se livrent aussi à la pêche. Au

commencement de la saison sèche, ils vont du côté du lac Iro barrer les

firkis inondés et capturer, avec leurs paniers sans fond, les poissons

attardés dans ces prairies momentanément recouvertes.]

[Note 202 : J’ai remarqué qu’à Timmé on entourait de cordes les champs

de mil pour empêcher les antilopes d’y pénétrer. Dès cette époque, alors

que le sorgho est encore tout jeune, les antilopes délaissent en effet

les succulentes pousses d’_Andropogon_ sauvage pour celles du sorgho,

probablement plus savoureuses encore. N’ayant point de fusils on ne peut

faire la chasse à ces animaux : on se contente donc de les éloigner.]

[Note 203 : La végétation de ces rochers est d’une grande richesse, et

présente un caractère méridional très prononcé. Dans les parties les

plus ombragées, entre les fentes de la pierre croissent encore de

charmants _Adianthum_ et leurs frondes gracieuses sont d’un ton vert

clair qui s’harmonise avec les thalles des _Riccia_ et des jeunes

mousses annuelles qui depuis l’arrivée des pluies tapissent les

anfractuosités. Le _Cissus quadrangularis_ affectionne particulièrement

ces rochers ; au contraire l’Euphorbe cactiforme fait défaut.]

[Note 204 : Boli serait à 4 jours de Kendégué. Il s’y trouve des Arabes

indépendants du Ouadaï. A Boli on est à 6 ou 8 jours du cœur du pays

Guéré. Les Arabes viennent souvent commercer à Kendégué. Ils remportent

du mil, de la graisse et des volailles, en échange des toiles de coton

du Ouadaï et de quelques perles. Rarement ils trouveraient un peu

d’ivoire.]

[Note 205 : J’ai vu un cavalier à l’approche du village et appris que

les Bouas riches possèdent des chevaux.]

[Note 206 : Gaourang, le sultan du Baguirmi, était à Korbol avec 2000

guerriers.]

[Note 207 : Dans le village s’observent des _Balanites_ atteignant 15

mètres de haut, sans fruits à cette époque.]

[Note 208 : Tout à côté se trouvait Mongolla qui fut anéanti par Rabah

au début des hostilités contre Gaourang.]

[Note 209 : On donne l’hospitalité aux étrangers sous un refuge

semblable construit à l’entrée du village.]

[Note 210 : Les Baguirmiens en mangent la gomme.]

[Note 211 : Ces terrains couverts de marais se nomment _Maouin_ en

baguirmien ; les marais eux-mêmes sont appelés _Béda_ (baguirmien),

_Koulo_ (Kotoko). La brousse boisée proprement dite s’appelle _Bangala_

(baguirmien) ; les places où le sol est légèrement bombé et sur

lesquelles l’eau ne séjourne pas, forment des aires complètement

dépourvues de végétation, à surface dure et jaunâtre nommées _Kébara_ en

baguirmien. Les rares emplacements où la terre est cultivée constituent

le _Tougouz_. En certains endroits, le lit du Bahr el Erguig déborde aux

hautes crues. On nomme _Man Kéla_, le terrain qu’il couvre (Les Kotokos

appellent _Hava_ les terres recouvertes par les crues du Chari).]

CHAPITRE XIII

LE NORD DU BAGUIRMI

I. Dans les steppes du Baguirmi. — II. Région de Moïto.

* * * * *

I. — DANS LES STEPPES DU BAGUIRMI

L'Afrique centrale française · 第 30 / 66 段