Goundi-Daï-Bahr Sara était non seulement de vérifier les hypothèses
émises par NACHTIGAL sur le régime hydrographique des marais de ces
pays, d’étudier l’importance orographique et la constitution géologique
des monts Niellims, mais j’ai tenu aussi à rattacher les itinéraires de
la Mission Chari-Lac Tchad à ceux de NACHTIGAL et de MAISTRE. Palem
était particulièrement séduisant pour cette jonction. C’est en effet le
point extrême vers le S. atteint en 1872 par NACHTIGAL, lorsqu’il
accompagna Abou Sekkin dans son expédition chez les Toummoks[173]. C’est
là enfin, qu’en 1892, la mission MAISTRE, partie du S., rattacha son
itinéraire à celui de l’illustre explorateur allemand. Au cours de ce
pèlerinage, j’ai pu d’ailleurs, non seulement vérifier la sincérité des
renseignements donnés par les deux voyageurs qui nous ont précédé chez
les Toummoks, mais noter quelques faits scientifiques nouveaux. C’est
l’apanage du naturaliste de glaner toujours des faits nouveaux, même
derrière les explorateurs les plus consciencieux.
La distance de Goundi à Palem est de 8 à 10 kilomètres environ ; la
route se fait en 2 heures de marche. On croise la dépression du Ba Illi
à mi-chemin environ. Nous reviendrons plus loin sur cette dépression. De
Goundi au Ba Illi (4 ou 5 kilomètres), le sentier serpente à travers la
plaine cultivée. Les grands arbres, _Ficus_, _Parkia_, Tamariniers,
Karités se mêlent à quelques palmiers (_Borassus_, _Hyphæne_) pour
ombrager les champs et leur donner l’aspect de magnifiques vergers. On
se croirait au Soudan nigérien, dans la région comprise entre Bobo
Dioulasso et San. Le sorgho a été déjà ensemencé en grande partie, et
les jeunes pieds, au nombre de 3 ou 5 par groupe, élèvent leurs feuilles
de 5 à 8 centimètres du sol. Des haricots (_Vigna_) semés en dehors du
mil ont déjà germé et étalent leurs premières feuilles. Hier et
aujourd’hui, j’ai constaté que les terres cultivées autour de Goundi
s’étendent sur 5 à 6 kilomètres de rayon, ce qui représenterait, en en
déduisant les terrains occupés par les emplacements habités, environ
6.000 hectares. Mais on ne peut guère compter plus du tiers ensemencé
chaque année, le reste étant en jachères ou en petite brousse qui ne
sera détruite que dans quelques années. Il resterait encore 2000
hectares de terrain cultivé. Cela n’a rien d’exagéré, puisqu’il est
établi par ailleurs que la population de Goundi est de 2000 à 3000
habitants.
Après le passage du Ba Illi, il reste encore 6 kilomètres pour atteindre
Palem. Le terrain demeure plat, mais devient plus boisé. Les palmiers
paraissent de plus en plus fréquents. Sur la route, nous croisons une
quinzaine de femmes qui portent les fruits du Deleb au marché de Goundi.
Elles y ont joint quelques gousses de _Parkia_ et des fruits de
_Balanites_. Les Karités (_Butyrospermum_) sont chargés de fruits qui ne
sont pas encore mûrs.
[Illustration : FIG. 52. — Femmes Saras préparant le sol pour les
semis.]
Palem a été autrefois bien plus important qu’il ne l’est aujourd’hui. La
brousse a reconquis de grands espaces depuis une quinzaine d’années. Le
sol constitué par une terre beaucoup plus argileuse que sablonneuse, à
l’inverse des bords du Chari, semble fertile. Une foule de petites
plantes annuelles couvre déjà le sol de bourgeons et la brousse est
jonchée de grosses touffes vertes de graminées à souche vivace qui
repoussent en ce moment. La plus commune est un grand _Andropogon_ à
larges feuilles molles couvertes de poils blancs, les chevaux en sont
très friands.
Après m’avoir conduit à l’arbre où s’arrêta MAISTRE, les gens du village
m’accompagnent jusqu’à la demeure du chef, et c’est à l’ombre d’un grand
_Ficus_ Kobo où ont couché précédemment NACHTIGAL, les quatre blancs de
la mission MAISTRE, enfin le capitaine PARAIRE en 1901, que je me suis
moi-même installé, et c’est là que le chef vient me saluer. La
conversation s’engage aussitôt sur ceux qui m’ont précédé. La plupart
des gens qui étaient là à l’époque du passage de NACHTIGAL sont morts ;
un vieux se souvient cependant du blanc qui accompagna autrefois le
sultan du Baguirmi. MAISTRE a laissé un souvenir un peu plus vivace. Il
avait de nombreux sénégalais et les habitants qui, pour la plupart,
voyaient des blancs pour la première fois, lui firent le meilleur
accueil qu’ils purent. Le chef qui l’avait reçu est mort depuis
plusieurs années ; son fils lui a succédé. Enfin le voyage tout récent
du capitaine PARAIRE est encore mieux connu. On s’excuse de ne pouvoir
me faire des cadeaux aussi importants qu’à lui, « mais le village est
pauvre en ce moment ». J’étonne d’ailleurs ces braves gens en leur
remettant le cabri qu’ils m’ont donné. Depuis quelques jours, nous
sommes comblés de victuailles et c’est vraiment inutile de s’encombrer
de provisions. C’est une fois de plus l’occasion de constater que les
pays sont assez riches en ressources indigènes, là où les Européens ne
passent point d’ordinaire.
Les habitants sont des Toummoks. On m’apprend d’ailleurs que Niellims,
Ndamms, Toummoks, Miltous, ne font qu’un, comme les Saras, ils n’ont
d’autres vêtements que le tablier de cuir ; les cheveux sont
généralement coupés ras. Parfois, quelques grisgris autour du cou,
toujours le couteau de jet sur l’épaule.
J’évalue la population de Palem de 800 à 1.200 habitants. Les tapades
renferment de une à cinq cases et ne sont point aussi dispersées que
dans la plaine de Goundi, mais distantes seulement d’une trentaine de
mètres en général. La plupart sont réunies dans une vaste enceinte,
sorte de tata rudimentaire, constitué par une levée de terre glaise,
haute de 0m,50 à 1 mètre, bordée en dehors par un fossé large, mais peu
profond. L’intérieur de l’enceinte mesure de 4 à 500 mètres de diamètre.
Le village ne paraît point manquer de cabris, de volailles, de mil,
d’arachides. J’ai compté une quinzaine de chevaux, il peut y en avoir
une trentaine. Il reste encore du mil, quoique l’ensemencement soit à
peu près terminé, et on en emploie beaucoup pour faire le mérissa (bière
de mil). A cette époque de l’année, les fruits du Déleb sont consommés
en quantité par les habitants. On compte environ 10.000 _Borassus_ dans
le village ou ses environs, et chacun peut fournir 50 fruits en moyenne,
de la grosseur du poing ; les _Doum_ sont aussi assez communs, mais en
dehors du village, sur la route de Goundi[174].
[Illustration : FIG. 53. — Cultivateur sara et sa petite fille mettant
la semence en terre.]
_Région de Goundi-Koumara (Goumbra), Dai_ (2-6 juin). — C’est le pays
des Saras traversé par MAISTRE en 1892. Il contraste avec tout ce que
j’ai vu jusqu’à présent au Chari par la grande extension des cultures,
la densité de la population, le confort de l’existence. On peut dire que
de Morom à Koumara la contrée n’est qu’un vaste champ-verger
parfaitement entretenu. On n’y voit en friches que de petits espaces
couverts d’une brousse naine qui provient du reboisement naturel des
terres précédemment défrichées. D’après des calculs très approximatifs,
j’évalue la population de la contrée de la manière suivante :
Morom 400 à 600
Goundi 2.000 2.500
Palem 1.200 1.500
Bodomton 400 600
Gangara 800 1.000
Dobo 600 800
Nara 1.000 1.200
Koumara 3.000 4.000
Ngabo 1.000 1.200
Saada 800 1.000
Sané 500 600
Daï 2.000 3.000
------ ------
13.700 à 18.000
A Morom les habitants sont encore des Ndamms, ce sont des Toummoks à
Goundi et à Palem ; des Goullei, à Gangara ; enfin des Saras depuis Nara
jusqu’à Daï. Robustes, bien bâties, bien proportionnées, ces diverses
fractions constituent l’une des belles races de l’Afrique centrale, sans
cependant présenter autant d’hercules qu’on en trouve chez les Kabas ou
les Niellims. Toutes ces tribus paraissent bien appartenir à une seule
famille ethnique, dans laquelle les dissensions ont amené les scissions
qu’on observe, scissions produites à une époque reculée puisque chaque
groupe a aujourd’hui un dialecte spécial et nie sa parenté avec les
autres.
Depuis longtemps les Baguirmiens font des incursions dans ce pays et y
commettent des pillages et des vols plutôt que des razzias organisées.
Le sultan Gaourang lui-même, considéré comme le suzerain du pays, y fait
prendre des chevaux, de l’ivoire, des esclaves. Ses hommes y apportent
un peu d’étoffe (les chefs Saras ont le grand manteau en guinée bleue
des Arabes), quelques perles, venues par Tripoli, des bracelets en
cuivre. Aux chefs les plus importants (celui de Goundi par exemple), ils
donnent, avec les fusils (cédés par M. GENTIL à Gaourang) de la poudre
et des capsules.
Gaourang entretient des résidents auprès des chefs. Des commerçants
baguirmiens circulent fréquemment dans le pays, quelques-uns sont
installés à demeure dans les villages les plus importants.
Une petite race de chevaux provenant de la région du Logone se trouve
dans le pays, on en compte une soixantaine à Goundi, 30 à Palem,
quelques-uns dans les autres villages ; quelques baudets-porteurs.
DECORSE a vu deux bœufs à Goundi. Une belle race de moutons existe dans
la contrée, ils ont les poils lisses et courts, ou un peu crépus et très
longs ; différente du mouton du Dar Sila.
Le chien des Saras est petit, à pelage ras, souvent rouge, parfois
bigarré de blanc, à grandes oreilles dressées, toujours à museau
allongé, à corps moyen, étique, jappant beaucoup plus qu’il n’aboie,
très effronté quand il a faim et rôdant constamment la nuit dans le camp
et jusque sous nos tentes, mais peureux et s’enfuyant au moindre
mouvement, en aboyant. Le cabri appartient à la race habituelle
d’Afrique centrale, race naine, basse sur pattes, à pelage fréquemment
noir, également très hardi, rôde à la façon des chiens autour des
habitations.
[Illustration : FIG. 54. — Champ de mil et de haricots au commencement
de la saison des pluies.]
_Le Ba Illi à Palem._ — C’est une grande trouée dans la brousse,
complètement dégarnie d’arbres et d’arbustes, alignée N.N.E.-S.S.O. et
se poursuivant dans les deux directions jusqu’à la limite de l’horizon.
Elle est en contre-bas de 1 mètre à peine sur le terrain environnant et
s’étend sur une largeur de 800 à 1.200 mètres. Vers le milieu existe une
déclivité un peu plus profonde, large d’une cinquantaine de mètres,
encore remplie d’herbes aquatiques.
Cette partie déclive, en contre-bas de 0m,30 à 0m50 sur le marais
proprement dit, constitue le chenal du Ba Illi, dont le lit est couvert
d’un sable blanc très fin. Les passants ont creusé au milieu du lit des
trous, sortes de puits, pour y puiser de l’eau. Actuellement l’eau
affleure à 1 mètre seulement du niveau du fond du lit[175]. Ce chenal
est appelé par les gens de Palem, Belaha (on avait dit Belala à Komé).
En somme, c’est une trouée en grande partie rectiligne et je ne doute
point pour ma part que ce ne soit une vieille branche ensablée du Bahr
Sara ne jouant plus le rôle d’affluent pour cette rivière qu’à de longs
intervalles. Elle se transforme seulement en marais à la fin de la
saison des pluies par suite de l’apport par infiltration du trop-plein
du Chari et du Bahr Sara et peut-être aussi par suite de
l’emmagasinement des eaux de pluies tombées dans la plaine environnante.
Ces eaux de pluies doivent cependant jouer un faible rôle dans la
contrée. On sait qu’au Cayor (Sénégal), où la quantité de pluies
annuelles n’est pas bien inférieure, il ne se constitue aucune mare
d’hivernage en saison des pluies : le soleil et le sable boivent tout.
Le Ba Illi a en réalité un régime tout à fait analogue au marigot de
Mérinaghen au Sénégal, que l’on suppose avoir fait communiquer le
Sénégal au Saloum, mais qui est aujourd’hui constamment à sec.
Les personnes âgées de Palem se souviennent avoir vu le Belaha rouler de
telles quantités d’eau à certains moments de l’hivernage que les
communications avec Goundi étaient suspendues et ceux qui se seraient
risqués à passer l’eau auraient probablement été engloutis. Je ne doute
point qu’il n’y ait eu depuis cette époque de nouveaux apports de sable
et que le canal n’ait été en grande partie comblé.
_Le Ba Illi près de Saada[176]._ — A 4 kilomètres environ de Saada, le
sol meuble devient plus compact ; il est formé d’une argile jaune, mêlée
et surmontée de cailloutis ferrugineux. Par une pente faible on descend
de 3 mètres environ et on se trouve dans une dépression (peuplée
d’arbres et d’arbustes) alignée N.-S., et large de 50 mètres environ. Au
milieu, le fond, large de 30 mètres environ, est sablonneux, sans
végétation aquatique et je doute qu’il y ait jamais eu là un cours d’eau
permanent. Le bord de la dépression, du côté E., est surélevé d’une
façon presque abrupte de 7 à 8 mètres et c’est en montant ensuite
insensiblement qu’on arrive au sommet du plateau boisé qui, vu de Saada,
donne l’illusion d’une colline, dont les crêtes bleues semblent assez
élevées. En fait elles ne dominent le pays environnant que de 15 à 20
mètres à peine.
[Illustration : FIG. 55 — Cucurbitacée recouvrant une case de son
feuillage.]
_Le Ba Bo._ — Le Ba Bo (Ba Baï ou Bahr Nam) ferait communiquer le Bahr
Sara et le Logone ; les indigènes affirment qu’à la saison des pluies il
est possible d’aller en pirogue de l’une à l’autre rivière[177]. Je l’ai
atteint à 4 kilomètres au S. de Daï. Il se trouve au milieu d’une plaine
nue, large de 1 à 2 kilomètres ; à 100 ou 150 mètres du bord commence la
végétation arbustive que signalent quelques _Hyphæne_. Là où je le vis,
il décrit une courbe très accentuée, allant de S. 30° O. à E. 15°
S.[178]. Au point où les gens de Daï viennent pêcher, il a 50 mètres de
large, mais en aval et en amont, il n’en a pas plus d’une trentaine. Sa
profondeur actuelle (7 juin) est de 0m,50 à 1m,50, on nous dit qu’il y a
des profondeurs de 1m,50 au milieu. On y circule en pirogues. Le courant
est absolument insensible, et je me demande si ce ne serait pas un
simple diverticule du Bahr Sara.
_Le Bahr Sara._ — Nous l’avons traversé à 12 kilomètres à l’E. de Daï et
à 2 kilomètres de Balmane. Le plateau de limon rouge, qui s’aperçoit des
Niellims, le domine de 8 à 12 mètres. En haut, il y a encore des
_Hyphæne_ et des _Acacia albida_ qui sont là à leur limite S. Le fleuve
vient sensiblement du S.-O. et file N.-E. en décrivant une courbe très
prononcée. Sur la rive gauche, la plus basse, est installé le village
pêcheur Hora de Gadia ; fort pauvre, il ne comprend qu’une trentaine de
cases, pour une population d’une vingtaine d’adultes. Le lit mesure à
cet endroit, 200 mètres de large ; un peu en amont, il n’a que 150
mètres. De ce côté, il est bordé de bancs de sable sur une largeur de
800 mètres à 1 kilomètre, que séparent des dépressions marécageuses, des
canaux à Bourgou. Dans le chenal principal, l’eau est profonde de
plusieurs mètres ; nous la passons en pirogue, les chevaux nagent, tenus
en laisse à l’arrière. Le courant a une vitesse modérée. Au delà de la
berge escarpée de la rive droite, entaillée de 6 à 8 mètres dans une
argile mêlée de sable, s’étend une grande plaine nue, bordée de
termitières sur sa lisière. Sur quelques-unes de ces termitières
éboulées se trouve le _Landolphia florida_ dont les fruits sont
actuellement mûrs (8 juin). Il est ici à sa limite septentrionale.
Les termitières constituent une station végétale très spéciale. Habiles
architectes, les termites ont élevé dans toutes les plaines basses et le
long de toutes les dépressions des constructions en dôme ayant parfois
10 à 12 mètres de diamètre et 2 à 8 mètres de hauteur. Beaucoup ne sont
plus habitées, depuis des siècles sans doute, si on en juge par la
vétusté des arbres qui ont poussé à leur sommet, mais leur solidité est
telle qu’elles ont résisté et résisteront presque indéfiniment à la
désagrégation. Ces monticules ne sont pas seulement un refuge pour les
insectes, plusieurs petits mammifères s’y établissent à demeure, mais
c’est la végétation surtout qui s’est adaptée à ce genre de station. Une
trentaine d’espèces végétales, en particulier le Tamarinier, le
_Diospyros_, les _Sanseviera_, 4 ou 5 espèces de Capparidées qui, sur
les plateaux, évitent les sols humides, sont cependant descendues dans
la plaine marécageuse, mais elles vivent exclusivement sur les
termitières, hors des atteintes de l’inondation.
La flore de la plaine marécageuse est excessivement pauvre ; elle se
compose exclusivement de deux ou trois _Andropogon_, deux _Panicum_,
quelques Cypéracées disséminés à travers des Graminées, enfin le
_Nauclea inermis_ constitue à peu près la seule espèce ligneuse venant
dans ces savanes ; encore ses touffes sont-elles fort espacées.
_Bahr el Azreg._ — On le passe en pirogues près du village de Balimba.
Entre des rives très boisées, à demi marécageuses, son lit, large de 30
à 45 mètres, a plusieurs mètres de profondeur[179]. Au delà, presque
jusqu’à Fort-Archambault, s’étend une plaine basse, coupée de canaux, à
Bourgou. A certaines époques, l’eau du Bahr el Abiod y pénètre et le
remplit, elle s’accumule ainsi dans des séries de marais ; quand il y a
trop plein, elle se déverse dans l’Abiod et établit ainsi un faux
courant[180].
[Note 161 : Parfois, comme à Kérem, ces roches sont situées au bord même
d’un ancien grand fleuve. Le courant a poli la pierre, creusé des godets
et fait disparaître toutes les saillies qu’il a arrondies.]
[Note 162 : Il est cependant parfois recouvert de sables ferrugineux
stériles.]
[Note 163 : NACHTIGAL, II, p. 738.]
[Note 164 : G. BRUEL, _Renseignements coloniaux_, 1905, p. 372. Voir p.
373 le graphique des crues du Logone et du Chari, qui ne résume, il est
vrai, que les données de quelques mois d’observations en 1903 et 1904.]
[Note 165 : Tanako, chef des Goulfés récemment décédé lors du passage de
la mission. La traduction de Ba Tanako est Rivière de Tanako (rivière
qui passe chez Tanako).]
[Note 166 : Ba Karé signifie rivière de Karé ou rivière qui passe à
Karé. Le Boungoul se nomme aussi Ba Keita.]
[Note 167 : Les Kabas ont des villages le long du Bamingui en amont de
Fort-Archambault.]
[Note 168 : Ce massif a été nommé « Monts de Niellim ».]
[Note 169 : _Du Congo au Lac Tchad_, pp. 95 à 98.]
[Note 170 : On emploie d’ailleurs chez les Saras, d’après M. DECORSE, de
petits couteaux inutilisables qui constituent une véritable monnaie
d’échange. Une monnaie semblable existe dans la région de Beyla, au
Soudan (Guerzès).]
[Note 171 : On commence seulement à récolter les gousses de _Parkia_ et
les fruits du Karité sont loin d’être mûrs.]
[Note 172 : La chenille qui dévaste les plaines du Bangoran n’apparaît
pas dans cette région.]
[Note 173 : G. NACHTIGAL, II, ch. VI, p. 646 et suivantes.]
[Note 174 : Ce palmier est probablement ici à sa limite S. ainsi que les
_Balanites_ et _Acacia albida_ dont il existe quelques pieds. Le
Fromager (_Eriodendron_) est au contraire à sa limite N.]
[Note 175 : Les Bambaras nomment _dingas_ ces sortes de puits dans le
sable et les grandes trouées marécageuses sans arbres se nomment _dalas_
(_mar_ en ouolof).]
[Note 176 : Saada est situé à 8 kilomètres environ à l’O. de Daï.]
[Note 177 : C’est aussi l’opinion qu’adopte comme vraisemblable M. BRUEL
après une discussion très serrée des témoignages de MAISTRE, LŒFLER et
FAURE. (BRUEL, _Renseignements coloniaux_, 1905, no 10, p. 370-372.)]
[Note 178 : Il est accompagné sur la rive voisine de Daï d’un marigot
large de 15 mètres, plein d’herbes aquatiques et contenant déjà une
assez grande quantité d’eau.]
[Note 179 : D’après le capitaine PARAIRE, il aurait 5 mètres de
profondeur (18 juillet 1901).]
[Note 180 : M. ANTONY a remonté cette rivière qui se termine en cul-de-
sac, jusqu’à une quarantaine de kilomètres.]
CHAPITRE XI
LE LAC IRO
I. Généralités. — II. En route pour le lac. — III. Pays des Goulfés ou
Koulfés. — IV. Autour du lac. — V. Chez les Saras de l’E. et retour chez
les Koulfés.
* * * * *
I. — GÉNÉRALITÉS
Dans la zone des grandes plaines du Chari central comprises entre la 9e
et la 11e parallèle, la sécheresse sévit pendant des mois ; on ne trouve
plus d’eau à partir de février jusqu’en juin que dans le Boungoul ou
Aouk et le Bangoran.
Le lit du Bahr Salamat est presque partout à sec et conserve de l’eau en
permanence seulement en certains endroits parfois assez profonds pour
que les hippopotames y demeurent toute l’année.
Des flaques d’eau plus ou moins analogues, et plus ou moins étendues
existent aussi çà et là en dehors des lits fluviaux. Ce sont des
dépressions naturelles, sortes de cuvettes largement évasées sans bord
et sans lit précis. Les Djellabah et les Baguirmiens les nomment _rahat_
(_rouhout_, au pluriel) quand elles sont de dimensions modestes, et
_Bahr_, appellation appliquée aussi aux grands cours d’eau, quand elles
contiennent toute l’année une réserve d’eau importante.
Ces _Bahr_ et ces _Rouhout_ sont connus de tous les trafiquants du
Baguirmi, du Ouadaï et du Kouti. Pendant plusieurs mois les caravanes
doivent s’astreindre à passer à proximité de ces points d’eau où des
villages sédentaires sont souvent établis, les peuples pasteurs errants
conduisent là leurs troupeaux, lorsque la sécheresse a fait disparaître
toute trace de végétation dans les plaines et tari les mares et les
ruisseaux des plateaux. Les abords des _Bahr_ et des _Rouhout_ sont
encore verdoyants en pleine saison sèche. Au fur et à mesure que la dent
des herbivores tond l’herbe, elle repousse. Elles sont fréquentées non
seulement par les animaux domestiques, mais encore par un grand nombre
de bêtes sauvages. Plusieurs espèces d’antilopes y foisonnent. Le bord
de ces cuvettes a un peu l’aspect de nos prairies normandes vues en août
et septembre, lorsqu’après la récolte des foins le _regain_ a poussé et
couvre les prés, un peu humides, d’un court tapis vert-jaunâtre sans
fleurs et sans graminées fructifiées. Le nombre de ces dépressions
existant au S. du Baguirmi, du Ouadaï et du Dar Four est très grand.
Situées le plus souvent dans de grandes plaines au sol argileux
imperméable, presque sans pente, elles recueillent, à la saison des
pluies, l’eau tombée dans tous les environs, aucune rivière avec des
berges nettes ne draine ces pays. Après chaque pluie, l’eau les recouvre
et les transforme en vastes marais ; entre chaque touffe d’herbe, le sol
est fangeux et cède sous les pieds. En quelques jours cependant les
plaines s’assèchent, soit que l’eau s’écoule suivant les lignes de plus
grande pente mais sans cheminer dans un lit vers la dépression
principale, soit qu’elle s’évapore de ces multiples petites mares où
elle forme des flaques dormantes, ou bien elle se perd en terre. Dans
les endroits où la terre est un peu sablonneuse, il s’est creusé un
grand nombre de petits entonnoirs larges de quelques décimètres et
profonds d’un pied à peine. Mais le sol est souvent miné en dessous et
manque de solidité. Rien n’est plus laborieux que d’avancer à cheval sur
ces plaines après la pluie. Dans les endroits où la terre est
franchement argileuse et couverte d’une mince nappe d’eau, le cheval
glisse constamment et risque en tombant de déposer le cavalier dans le
bourbier. S’il avance au contraire sur un sol perméable, il s’affaisse
presque à chaque pas et risque de s’enliser dans les innombrables
fondrières où l’eau s’est engouffrée. Il n’est du reste pas possible de
voir le terrain sur lequel on avance, puisque des herbes drues croissent
partout en cette saison, qu’il y ait de l’eau ou qu’il n’y en ait pas.
C’est encore dans les dépressions où l’eau demeure plusieurs semaines
consécutives qu’il est le plus facile d’avancer. L’eau vient souvent
jusqu’au poitrail du cheval, mais on marche avec beaucoup plus de
sûreté, car le fond est solide. Aux graminées émergeant de l’eau, ont
fait place de petites plantes aquatiques flottantes dans lesquelles les
pieds de la monture ne risquent pas de s’embarrasser. Il faut cependant
avancer avec prudence, car ces marais peuvent conduire à quelque rahat
profond de plusieurs mètres.
NACHTIGAL a narré les difficultés et le danger de la marche en hivernage
dans ces plaines avoisinant le Bahr Salamat (nommé Bahr Korté au S. du
Ouadaï) : « Ce ne sont que flaques d’eau et bouillie sans fond... on
patauge dans la boue jusqu’aux genoux... les bêtes enfoncent dans le
bourbier jusqu’au ventre »[181].