Kolgon me raconte que les Ngaos habitaient en ce temps-là près du

Bandéro. Il y a environ 30 ans (il était enfant), ils vinrent faire la

guerre aux Bandas de l’E. qui étaient commandés par le chef Gala. Ils

attaquèrent les gens du Kaga Toulou qui avaient pour chef Bima, d’autres

m’ont indiqué Kouaya comme ancien chef du Toulou, et les emmenèrent en

captivité. Kolgon fut vendu aux Dayas, habitants des environs du lac

Iro. C’est dans une razzia, faite par Senoussi chez les Dayas, qu’il a

été capturé de nouveau. Dans une razzia de Allah Djabou, chez les

Ouaddas de l’E., il a failli retomber récemment entre les mains des

Fertit. D’après Kolgon, les Ngaos avaient seulement quelques fusils,

mais leur chef disposait de beaucoup de guerriers armés de sagaies et de

couteaux. Lorsque Rabi vint les attaquer au Gribingui, ils ne purent

résister. Ils s’enfuirent : les uns vers l’O. sont allés au Bahr Sara,

les autres vers l’E., sont venus aux sources du Bangoran. C’est là où

s’établit il y a une quinzaine d’années (?) le père d’Ara. Il y est mort

et a été remplacé par Ara avant l’arrivée de Senoussi[155].

Après la défaite de Gribingui, le chef des Ngaos, Djama, tomba entre les

mains des troupes de Rabi et eut la tête tranchée. Senoussi était dans

le Kouti à Chah, lorsque Rabi faisait la guerre à travers le Dar Banda.

M. TOQUÉ a recueilli au Bandéro quelques notes sur les Ngaos, elles sont

très vagues, les voici textuellement.

Ngaos, originaires de Kotto, rivière Gangou, chefs Sama et Ouangandi.

Iama tué par Arabes, Rabi étant là, étaient alors à Mbalaoua, à côté des

Mandjias, autre côté Gribingui. Ngaos sont partis. Ngaos ont fait la

guerre aux Mandjias quand ils ont été rendus de l’autre côté. Chef

Hassein prit nom arabe, c’est un tambago-Outa, ngao-Issah nom arabe

affublé, Ouangandi, tribu Djongourou, habitaient Longba (village). Chef

Ghadem vient faire la guerre à Ouangandi, aurait emmené son monde

jusqu’à la Oua près du village Adaba à un jour du Durba. Apprenant

l’arrivée des blancs, il aurait abandonné la Oua pour se rapprocher

d’eux.

Ali Diaba aurait eu une fois l’intention de venir razzier les Ngaos,

l’arrivée des missions l’arrêta. Ouangandi prétend qu’il a toujours vécu

en bonne intelligence avec Senoussi du temps qu’ils étaient voisins.

M. TOQUÉ regarde comme tribu la plus intéressante les Ngaos qui ont

tenté de résister aux Arabes et ont aussi cherché à éluder notre

influence par la force des armes. C’est la seule tribu banda guerrière.

Son histoire, connue dans ses grandes lignes, n’est qu’une suite de

luttes intestines, de combats avec les tribus voisines, de vols,

d’incursions, de pillages, chez les peuples avec lesquels ils ont été en

contact à la fin de leur exode vers l’O., au pays des Mandjias.

En deuxième ligne, viendraient les Sabangas, tribu toujours errante,

dont l’histoire est aussi intéressante. Les autres peuplades ne sont

guère braves, c’est d’elles que disait un Ascari de Rabah : « les Bandas

se mènent comme les bœufs. On les frappe, ils baissent le nez et

doublent le pas. »

II. — LES ROUNGAS

Les Roungas actuels n’habitent pas seulement le pays situé au N. de

Boungoul, c’est-à-dire le sultanat de Mai-Doukou, vassal du Ouadaï ; une

partie d’entre eux occupe la contrée située au N. du Kouti, comprise

entre le Djangara, le Boungoul et la Tété. Les villages roungas que nous

avons vus habités par cette peuplade sont : Djalmada (Roungas et

Ndoukas), Ndélou, Kouboudoukou, Koundé, Akoulousoubla et Borr ou Boro.

Les Roungas sont un des plus beaux types de la race noire en Afrique

centrale. Leur taille moyenne atteint 1m,70, leurs membres sont bien

proportionnés ; ils portent une barbiche ordinairement bien fournie. Ils

ne pratiquent pas le tatouage, ni d’autre mutilation, que la

circoncision.

Les hommes portent tous une sorte de longue blouse à bras amples, tissée

grossièrement avec du coton indigène non teint. Au-dessus du coude

gauche, ils suspendent à un bracelet en cuir un petit poignard dont ils

ne se séparent que très rarement. Beaucoup de ces Roungas ont été armés

du fusil par Senoussi. Les pieds sont chaussés de sandales. Ils sont

généralement coiffés de la petite toque blanche des musulmans de Ndellé.

Les femmes ont les cheveux tressés en petites nattes tombant sur les

côtés et en arrière, et laissant au-dessus du milieu du front une raie

très marquée. Le corps est drapé dans un large morceau de guinée bleue

légère. L’aile droite du nez est traversée ordinairement par une paille

ou par une cheville en bois. Elles ont en outre autour du cou un ou deux

colliers de grosses perles bleues, quelques grains de chapelets, parfois

quelques sachets en cuir constituant des amulettes. Néanmoins leur

parure est des plus simples. Les enfants des deux sexes, au contraire,

sont couverts d’amulettes et de perles au cou et aux bras, quelques-uns

ont des bracelets en cuivre. L’extrême coquetterie chez la femme rounga

consiste à s’enduire entièrement le corps avec de l’huile. C’est surtout

au mois de mars qu’on se permet ce luxe, lorsque la maturité des fruits

de _Lophira_ permet de se procurer en abondance une huile qu’on ne

pourrait consommer en raison de son amertume.

Leurs arts sont restés des plus primitifs. Les cases, mal faites, sont

entièrement en paille et construites sur le type des cases de Ndellé,

sans ornement au sommet. L’intérieur est divisé en compartiments par des

nattes. On y voit de grands vases servant de resserres à mil ; d’autres

vases en terre sèche et cuite, couverts d’ornements, sont destinés à

porter de l’eau et ne manquent pas d’élégance. Les nattes sont

ordinairement grossières. Je n’ai pas vu travailler le cuir, cependant

le Rounga sait tanner et il confectionne des tapis en peaux d’antilopes.

Le tissage du coton est fait assez grossièrement sur un métier très

rudimentaire placé au-dessus d’un trou creusé dans le sol, dans lequel

se place le tisseur. Ce sont les hommes qui filent le coton au fuseau

(comme chez les Bandas).

A Ndélou nous avons rencontré une égreneuse de coton toute primitive.

Cette égreneuse se compose de deux rouleaux en bois de 60 centimètres de

longueur et 6 centimètres environ de diamètre, actionnés par des

manivelles également en bois. Il faut deux indigènes pour la faire

fonctionner. L’un d’eux se place devant, tourne la manivelle du rouleau

inférieur avec la main droite et présente de la main gauche devant les

rouleaux le coton à égrener, l’autre se place derrière, tourne la

manivelle du rouleau supérieur avec la main droite et dégage avec la

main gauche au fur à mesure qu’il se présente, le coton passant entre

les rouleaux, les graines tombent naturellement en avant.

Le travail du fer paraît connu. Tous les hommes qui n’ont pas de fusils

portent des sagaies qui semblent de fabrication indigène. D’ailleurs, à

proximité du village de Mansaka, nous avons vu des débris d’un atelier

de fonte.

L’agriculture est plus perfectionnée que l’industrie, quoique l’élevage

ne soit point pratiqué ou ait disparu à la suite des razzias. Les

villages sont environnés de grandes plaines parfaitement

débroussaillées, ombragées de beaux arbres : Karités, _Lophira_,

_Ficus_, _Daniella_, _Parinarium_. C’est là qu’on ensemence les céréales

à la saison des pluies (mai). Le petit mil semble être beaucoup plus

cultivé que le Sorgho. Comme cultures accessoires on trouve le niébé, le

maïs, l’arachide, etc. Le coton appartient à l’espèce _Gossypium

herbaceum_. Comme animaux domestiques on trouve des poulets, quelques

cabris et des chiens destinés à l’alimentation.

Les Roungas ont été à demi convertis par la propagande islamique. Ils ne

font pas salam, mais ils s’abstiennent de boire la _Mérissa_ ou bière de

mil et portent autour du cou un chapelet de musulman. Souvent ils

conservent dans des sachets en cuir, fixés comme bracelets au bras

droit, des formules arabes en guise d’amulettes (on sait que cet usage

est répandu dans tout le Soudan). La plupart parlent un peu et

comprennent l’arabe, ils saluent également à la manière des musulmans.

En somme, le contact de l’Islam a élevé leur niveau social, bien

supérieur à celui des Bandas et des Kreichs. Leur organisation politique

est aussi plus forte. Dans chaque village se trouve un chef dont

l’autorité est indiscutée.

Tout ce pays avait déjà été organisé par un sultan nommé Sodour ou

Soudour. Senoussi n’a pu y établir un despotisme absolu comme dans le

Kouti, et bien qu’il ait donné des ordres formels, Aïssa, le chef qui

nous accompagnait, a eu de grandes difficultés à recruter les quelques

porteurs qui nous étaient nécessaires. Il est loin de commander aux

Roungas comme aux Bandas sur un ton de conquérant et de maître absolu.

III. — RENSEIGNEMENTS DIVERS RECUEILLIS A NDELLÉ

Les _Kreichs_[156] habitent au S. du Dar Bongo et du Dar Four, à l’E. du

Dar Banda. Ils furent organisés par le chef Banda, dont la résidence

était Bandassi, situé vers 7° lat. N., 22° long. E., dans le pays

parcouru par LUPTON et DE LA KETHULLE. Ce chef, mort aujourd’hui et

remplacé par son fils, gouvernait la contrée au moment de

l’administration de M. LIOTARD, qui rencontra quelques difficultés pour

empêcher Rafaï, sultan des Bandjias, de venir attaquer le pays. En 1897,

M. GRECH traversa le territoire de cette peuplade pour se rendre dans le

pays des Vidris et chercher à attirer les commerçants ouadaïens vers la

route de Mbélé. Il atteignit les environs de Djongou. C’est au N. de

Rabet que commence le pays kreich, il est limité de ce côté par une

rivière, la Bissi, coulant de l’O. à l’E. Vers l’O. il s’étend dans le

Haut-Chinko et le Haut-Bali ou Bari et peut-être dans la Haute-Kotto qui

prend sa source aux monts Manga et empêche ainsi les sultanats de

s’étendre vers le N.

Les sources de la Kotto auraient été reconnues par DE LA KÉTHULLE. A

cette époque, Saïd Bandassi, fils de Bandas Njaoua, était fixé sur le

Haut-Chinko entre les Vidris et Mbélé.

C’est de 1890 à 1894 que HANOLET a accompli son voyage au Rounga ;

Senoussi me raconte que pour venir à Mbélé, HANOLET est passé par les

pays Vidris : Oundou ou Djongou, Gobou, Bahr Pipi, Gounda, Moukoua,

enfin Mbélé.

Plus tard, M. GRECH se rendit à mi-route en partant de Rafaï et passant

par Basso. En décembre 1900, M. PRINS, administrateur dans les

territoires du Haut-Oubangui, tenta, de sa propre initiative, une

expédition entre Saïd Baldas.

PRINS part de Rafaï, passe par Diango (pb. Yangou DE LA KÉTHULLE),

arrive à Marké, non loin de la Kouta, qu’il franchit à la poursuite de

Saïd Baldas se sauvant devant lui. Il franchit ensuite la Koumou, au

delà duquel est le camp de Saïd. Ce dernier s’enfuit de nouveau et va

finalement à la frontière anglaise ; PRINS est rejoint sur les bords de

la Koumou par le lieutenant BOS qui avait terminé sa mission à la Haute-

Kotto.

Saïd Baldas est aujourd’hui installé sur la rivière Ima, située en

territoire anglais. Il reçoit du Dar Four beaucoup de marchandises

anglaises qui lui sont apportées par les Néouds, arabes du N. du Dar

Four, qui vivent dans une région où l’eau est si rare qu’on la conserve

dans des troncs d’arbres creusés.

_Les pays à l’Ouest du Dar Four._ Les peuplades vivant dans la région

montagneuse à l’O. du bassin du Nil sont : les Bingas, les Karas, les

Djengines (Djengués), les Digas, tous tributaires du Dar Four.

Kaga Méla est habité par des Kreichs (situé bien plus au S. près de

Katouaka).

Le pays de Mbélé[157] est habité par les Kreichs ; pour aller de Mbélé à

Hofrat, on met 5 jours. C’est donc le 2e jour qu’on arriverait au Kaga

Abtalbaré et au Kaga Méla, montagnes d’où sortent, d’un côté la Mindja,

de l’autre, la Ntomé et l’Amfilia, affluents du Boulboul, tributaire du

Nil, et enfin le Pipi, affluent de la Kotto.

Senoussi a beaucoup de captifs bongos. Il n’y a pas de Bongos près de

Mbélé, mais on en trouve à 3 jours à l’E. de Ndellé même. Les Bongos

appartiennent à la même race que les Bandas et étaient en bons termes

avec eux avant l’arrivée des Arabes. Les Bongos parlent la langue banda.

IV. — NOTES SUR LES PEUPLADES DU HAUT-OUBANGUI ET NOTES DIVERSES

A la mort de Rafaï, sultan des Bandjias ou Bengérés, M. GRECH ayant

appris qu’une quarantaine de bazinguers venaient d’être étranglés, selon

la coutume du pays, pour être inhumés avec le sultan, il interposa

aussitôt son autorité et fit mettre en liberté 160 femmes et domestiques

destinés au sacrifice.

Les Nsakkaras sont limités au S. par l’Oubangui-Ouellé, à l’O. par la

Kotto, au N. par le pays des Vidris, à l’E. par le district des Zantès.

Ils se nourrissent de manioc, de patates et de mil. Leur sultan est

Bangasso. Ce sont d’ardents anthropophages, qui recherchent comme plats

raffinés les femmes et les enfants. Non seulement la forme de leur

justice les amène à mettre à mort et à manger les hommes suspectés de

sorcellerie, ainsi que les coupables, mais leur passion pour la chair

humaine est telle qu’ils n’hésitent pas à sacrifier des innocents et

qu’ils entreprennent fréquemment des expéditions pour approvisionner

leur garde-manger.

Les Patris (ayant pour chef Kouta) habitent le territoire de la moyenne

Kotto. Ils occupaient précédemment la rive droite du pays Boubou au pays

Banda. Chassés par les Nsakkaras, qui vivaient sur la rive gauche, ils

se sont réinstallés sur la rive droite après l’intervention de M.

SUPERVILLE. Ils ont une langue spéciale.

Au N. de la région habitée par les Patris se trouve le pays des Bandas-

Tambagos, contre lesquels Senoussi a fait dans le 2e semestre de 1902

une expédition, et dont le chef Bakit, qui a été fait prisonnier, est

maintenant en liberté. On a ramené à Ndellé près de 2,000 prisonniers,

environ 600 sont morts de la variole dès leur arrivée ; les autres ont

été donnés ou vendus par Senoussi et il en reste encore une certaine

quantité (500 ?) à Ndéllé. Senoussi y a envoyé le 15 janvier 1903 un de

ses chefs comme résident.

Au cours de son voyage de 1896 (juin) pour aller reconnaître la route de

Mbellé, M. GRECH est passé chez les Vidris, peuplade peu connue, non

anthropophage, qui avait été déjà visitée par DE LA KÉTHULLE.

Le sol du pays des Vidris est ordinairement ferrugineux, il est

sablonneux aux environs de Korou. Dans la zone de Kakouma, Basso, il est

caillouteux, avec minerai de fer. C’est à Basso que GRECH a retrouvé la

tombe d’un Européen de l’expédition DE LA KÉTHULLE. Les Vidris cultivent

le riz, mais le manioc forme le fond de leur alimentation. Ils appellent

guita la houe employée pour la culture. La liane à caoutchouc et l’arbre

à gomme existent au N. du pays. Ils coagulent le caoutchouc en recevant

le latex sur leur corps, c’est la sueur qui joue le rôle de coagulant.

On trouve dans ce pays un caféier qui atteint quelques mètres de

hauteur. Le bambou et le _Borassus_ existent aussi. On cultive encore le

tabac, le bananier, le dazo, le _Ficus_ lili. Le bananier n’existe plus

au N. de la Dorou (affluent du Bari ?). Le chien des Vidris n’aboie pas.

On trouve dans le pays des moutons importés par les Ouadaïens et

quelques chevaux. Les Vidris font du commerce avec les traitants

musulmans qui vont chercher des captifs aux sultanats où ils séjournent

en hivernage et qui retournent en été dans leur pays avec le produit des

razzias qu’ils ont échangé contre de l’étain (mbassa), du sel, de la

poudre, des capsules.

Dem-Ziber était la résidence habituelle du Moudir. En exécution des

ordres reçus de M. LIOTARD, M. l’interprète GRECH pénétra du bassin du

Mbomou, dans le bassin du Nil et planta le pavillon français à Dem-

Ziber, le 17 avril 1897[158]. Les derviches, quelques années plus tôt,

avaient semé la dévastation dans la contrée, les puits étaient

transformés en véritables ossuaires.

M. GRECH trouva une population composée de Niogolgolés[159] commandés

par Nacer Andel et de Forogués[160] commandés par Moussa-Ahmed.

Traduction de la pièce arabe de la page 155, faite par M. GAUDEFROY DE

MONBYNES.

De sa Seigneurie le sultan Senoussi à sa Seigneurie notre commandant le

capitaine Youssef ; de nous à toi, salut excellent et quantité de

politesses et de courtoisies. L’objet de la lettre que je t’adresse,

c’est que tu nous as écrit une lettre que nous avons lue, nous avons

compris ce qu’elle contenait au sujet de la grande fête. Nous n’irons

point t’y joindre ; nous ne serons point tes compagnons pour manger,

boire et nous divertir. Qu’Allah te bénisse dix dix fois (Merci.). Tu es

notre commandant mais ces nuits-ci, moi, j’ai été malade, à peu près

trois jours, je ne me suis levé du lit que pour la fête d’aujourd’hui.

Mais tous les officiers iront vers toi, entre autres el Hadj Teqqo, el

Hadj Mohammed, Abou Azz (?) ; beaucoup de gens iront vers toi ; voilà ce

que nous avions à te faire savoir. Salut.

Nous t’informons encore que les soldats se rendront auprès de toi après

la prière du soir.

[Note 154 : Il avait alors comme principal lieutenant Nour Angara

(Yanbassa).

On a cité, à Abdoul, les noms des plus importants lieutenants de Rabi,

c’étaient : Dioufaga, Moussa Diaman, Ethman Ouettaco, Gadou, Hassan,

Baboukar, Ouad el Fagui, Abeschaoui, Hide, Roumouroulaye, Kaoutsour,

Baldas, Diabon, Daaf, Barou.]

[Note 155 : Le village porte le nom d’Ara.]

[Note 156 : Appelés aussi Krékis (PATAGOS) ; Adja (LUPTON) ; Krédi

(SEHIO) ; Baïas (GRECH). Kreich serait un nom de mépris donné par les

Arabes. Ils ne sont pas anthropophages, ce par quoi les Arabes les

différencient des Bandas. La plupart ont été organisés en tribus

puissantes dont les chefs vivaient à la manière des sultans soudanais et

trafiquaient avec les Arabes.]

[Note 157 : Mbélé vivrait toujours et gouvernerait un petit sultanat au

S.-O. du Dar Four.]

[Note 158 : Tout le monde à Ndellé croit Ziber Pacha mort depuis

longtemps et on a cru que je plaisantais quand j’ai dit qu’il vivait

encore au Caire.]

[Note 159 : Les Niogolgolés ont pour capitale Liffi dans le Talganonna,

ville principale Beled. A l’E. les Niogolgolés sont séparés des Djengués

par le Bahr el Ona ou Bahr el Arab.]

[Note 160 : Les Forogués sont originaires du pied du Djebel Marra ;

aujourd’hui le Dar Diga ou Dar Zandé est leur principal pays. Il est

traversé par la rivière Borou. Ils sont séparés des Niogolgolés par le

Mangayat.]

CHAPITRE X

LE MOYEN-CHARI

I. Hydrographie, généralités. — II. Le Bahr el Abiod (Bamingui) et le

Chari. — III. Excursion à l’O. du Chari.

* * * * *

I. — HYDROGRAPHIE, GÉNÉRALITÉS

Il existe, en Afrique centrale, entre 9° et 10° de lat. S., une immense

plaine qui s’étend des marais de Toubouri à la lagune du Mamoun sur plus

de 6° de longitude. Lorsque les rivières, originaires des plateaux du

S., arrivent dans cette dépression, elles serpentent à travers la

plaine, n’ayant plus qu’une pente insensible. Leur lit est souvent

incertain, le courant se frayant un chemin variable à travers les

alluvions les moins résistantes. Les apports de sable en des crues

annuelles comblent peu à peu les lits déjà existants, et l’eau est

obligée de s’écouler par ailleurs. De là ces lits nombreux où l’eau ne

coule plus, même à la saison des pluies. Les uns sont remplis seulement

de sable meuble et soulevé par le vent en forme de dunes ; les autres se

transforment en marais et se couvrent de bourgou.

Toutes les grandes rivières, Bamingui (Abiod), Boungoul, Bahr el Azreg

et Bahr Sara, ont conservé néanmoins un lit principal, généralement très

ensablé, mais qui, en temps ordinaire, suffit à l’écoulement de l’eau,

le débit de ces rivières ayant considérablement diminué.

Il n’est pas rare d’observer, sur le Chari même, les berges actuelles

écartées de 200 ou 300 mètres limitant un lit encombré de sables, alors

que sur les deux rives on aperçoit bien, au-delà du thalweg actuel,

d’anciennes berges souvent distantes de plus de deux kilomètres. Sans

doute les années de très hautes crues, le fleuve peut encore reprendre

momentanément son ancien lit, les apports récents d’alluvions déposés

près des anciennes rives l’indiquent. Mais ce phénomène ne se produit

qu’à des intervalles éloignés. Dans les crues ordinaires, lorsque le lit

actuel ne peut plus suffire, l’eau se déverse dans les innombrables

chenaux latéraux qui, tantôt rejoignent le fleuve en aval, tantôt vont

déboucher dans des mares ou encore pénètrent fort loin dans les terres.

On ne saurait considérer ces bras comme des canaux puisqu’ils sont à sec

presque constamment, parfois plusieurs années de suite ; aux hivernages

ordinaires, leur lit n’est en somme qu’un chapelet de mares dont l’eau

provient, soit des pluies tombées dans les régions traversées par ces

chenaux, soit des infiltrations des rivières. Ce sont, en somme, des

ouadi dont le lit a été creusé à une époque où les crues avaient une

importance infiniment plus considérable qu’aujourd’hui. Souvent même, le

lit de ces chenaux devient tout à fait incertain et ce n’est plus dans

une dépression rectiligne qu’afflue l’eau, mais elle s’étend dans de

vastes plaines qu’elle transforme en marécages.

Cette grande plaine est sillonnée aussi de cours d’eau d’aspect

particulier nommés _Mindja_ ou _Minia_. Il n’y a aucun doute pour moi

que les Minia sont souvent des rivières ensablées ou plutôt des canaux

dont le lit a été comblé par la terre et les débris végétaux, l’eau

ayant cessé d’y couler depuis longtemps, même d’une façon intermittente.

D’autres Minia ont pu être des diverticules allant d’une rivière à

l’autre. C’est le cas de la Minia Mbanga qui réunissait

vraisemblablement le Boungoul (Aouk) au Bahr Salamat, peut-être aussi du

Bahr Nam ou Ba Bo qui aurait réuni le Logone au Bahr Sara. D’autres

enfin ont pu être les bras secondaires d’une rivière dont le courant

principal s’est conservé tandis que les autres se sont taris par suite

de la diminution des pluies, et sont devenus, pour ainsi dire, des

_Rivières fossiles_. Les Minia, en effet, n’ont plus aucune valeur

hydrographique. Dans leur lit on trouve encore çà et là des flaques

d’eau une partie de l’année, parfois même des trous profonds où vivent

des hippopotames. Puis le lit devient tout à fait indécis ; il se

rétrécit jusqu’à une largeur très inférieure à celle qu’il a en aval ou

même en amont. Parfois, à un lit ayant des berges verticales de 2 mètres

de haut, succède plus loin un lit qui n’est plus marqué que par une

large dépression herbeuse profonde seulement de quelques décimètres, sur

les bords de laquelle on ne trouve plus de berges. Enfin il peut arriver

que ces dépressions même soient comblées totalement ; le lit est de

niveau avec la plaine et quelquefois la végétation ligneuse s’établit

sur l’emplacement. Plus rien n’indique les traces d’une rivière. Les

indigènes savent seulement qu’en creusant des puits on trouve l’eau à

une faible profondeur. Ainsi au N. de 9°, presque toutes les routes de

caravanes des Arabes ou les sentiers de brousse des Kirdis suivent des

traces de Minia ou bien les coupent perpendiculairement de manière à les

conduire d’un point d’eau à un autre. Même lorsque la dépression d’une

Minia n’est plus apparente, on peut ordinairement suivre son cours en

repérant les touffes de _Nauclea inermis_ qui le jalonnent. Cet arbuste,

dont les racines doivent vivre toute l’année dans la terre humide, ne

s’éloigne point des dépressions. Malgré ce précieux indice, il est

parfois difficile de retrouver le tracé de l’ancienne rivière. La pente

n’existe pour ainsi dire plus dans le lit des Minia ; parfois même après

une très grande pluie le trop plein d’une mare du lit remonte l’ancien

thalweg. Le plus souvent ce trop plein se répand sur les bas-fonds

avoisinants qui se transforment alors en marais étendus.

Une multitude de culs-de-sac, parfois plus profonds que la _Minia_ même,

y aboutit. Ce sont, ou les trous du lit primitif, ou même des bras

secondaires. Enfin il arrive que la Minia débouche dans un _Firki_

c’est-à-dire dans une grande plaine herbeuse sans arbres, transformée en

marais après chaque pluie, l’écoulement de l’eau ne s’effectuant pas.

Toutes ces causes font que la plupart des Minia ne sont point

considérées comme des lits continus par les indigènes mais comme des

fossés sans issues. Demandez à un noir où va et d’où vient la Minia

qu’il vous montre : neuf fois sur dix, il répondra qu’elle s’arrête à

une faible distance en aval et en amont. Sur les relevés d’itinéraires

faits par les officiers du territoire du Chari, la plupart des Minia

sont regardées comme des communications entre mares. D’autres fois, les

indigènes font des réponses paradoxales : un jour ils vous diront que la

Minia Lomé s’abouche avec le lac Iro, un autre jour avec le Ba Koulfé ou

même avec le Bahr Chari.

L'Afrique centrale française · 第 21 / 66 段