mêmes que celles du Soudan occidental, avec quelques espèces en moins.
C’est ainsi que les végétaux tinctoriaux (indigo et henné), n’étant pas
employés, ne sont pas cultivés. Il en est de même des textiles, sauf le
coton.
Les deux principales plantes alimentaires du pays sont : 1o le Sorgho
(_Panicum Sorgho_) ou gros mil ; 2o le petit mil (_Penicillaria
spicata_). Les autres végétaux de grande culture sont ensuite, par ordre
d’importance : le Maïs, le Sésame, l’Eleusine, le Niébé (haricot), la
Patate, l’Arachide et le Woandzou (Pois de terre).
Il est difficile d’évaluer la quantité de mil cultivée. On peut admettre
qu’un kilogramme de cette céréale représente la consommation journalière
d’un noir. A la fin de la saison il en est mangé peut-être moins, mais
comme aussitôt après la récolte il en a été gaspillé une grande quantité
pour la fabrication du pipi, ce chiffre n’est pas exagéré. La population
de Ndellé et des environs étant de 15,000 âmes, cela fait 5,475 tonnes
que doit produire la région. Avec tout ce qui est perdu sur pied ou
mangé par les oiseaux et les rats, un hectare ne rend en moyenne que
1,200 kilogrammes de mil. Pour subvenir à l’alimentation du pays il faut
donc 4,562 hectares, soit un peu plus de 45 kilomètres carrés. Cette
superficie est bien cultivée en effet autour de Ndellé. Les premières
pluies arrivant en avril-mai, c’est à ce moment que se fait
l’ensemencement. Au 1er décembre la récolte du mil était déjà terminée
presque partout dans le Dar Banda. Autour de certains villages, avant de
moissonner, on rabat les tiges des épis mûrs sur le sol, et on les
laisse quelque temps en cet état pour que le grain puisse sécher. Les
épis couchés sont moins visités par les oiseaux. De plus, on enclot
parfois les plantations au moment de la récolte à l’aide de haies vives,
de branches, d’arbustes épineux, pour protéger les champs contre les
déprédations des grands herbivores africains : éléphants, antilopes.
Lorsque les épis sont coupés et les grains détachés, on met ces derniers
sécher sur des aires autour des cases, ou même sur des rochers
avoisinant le village pour que la dessiccation soit plus rapide. Le
grain est ensuite emmagasiné dans de grands vases en terre, ayant
parfois 1m,50 de hauteur. Il y est à l’abri des termites et des rats et
en cas d’incendie de la case, chose fréquente, il n’est pas brûlé.
Aussitôt après la récolte les tiges desséchées du mil et des autres
Graminées sont brûlées. Dès les premiers jours de décembre, les feux de
champs cultivés s’allument autour de tous les villages et s’étendent
malheureusement fort loin dans la brousse, détruisant toute végétation
et jusqu’aux lianes à caoutchouc. On voit que les choses se passent
comme au Soudan français.
Le Maïs (Banya en Banda) est recueilli un mois ou deux avant le mil ; on
fait sécher les épis sur de grandes claies dressées dans les cours des
zéribas et on les suspend ensuite par paquets à l’intérieur des cases.
Il ne se sème que dans les sols riches autour des habitations ou sur le
bord des eaux. L’Eleusine (mbissé en banda) se sème à la volée dans les
terrains nouvellement défrichés et se récolte en octobre et novembre. Le
rendement est faible, mais cette plante donne d’excellent pipi. Le grain
se consomme aussi bouilli dans l’eau, sans être écrasé. Le Sésame
(nonnou en banda) demande aussi peu de soins ; il se récolte en
décembre. La graine est d’un usage général dans la préparation des mets
chez les Bandas. La Patate est assez largement cultivée et se récolte
toute l’année. On ne possède ici que la variété à tiges couchées, à
feuilles cordiformes entières et à tubercules à pelure rose. L’Arachide
(Koura en banda) se mange surtout grillée ; on ne sait pas en retirer
l’huile. Sa culture tient peu de place. Le Niébé (haricot) est
d’excellente qualité, mais beaucoup moins répandu que chez les Ndis ou
les Ungourras. Quant au Voandzou (pois de terre, Koura en banda) nous en
avons à peine rencontré quelques graines.
Ces plantes sont à peu près les seules cultivées en grand et d’une façon
rationnelle chez les Bandas. Il convient néanmoins d’ajouter à cette
liste quelques autres espèces qu’on trouve couramment autour de chaque
village, bien qu’elles soient toujours en quantité fort réduite et
qu’elles y viennent pour ainsi dire sans soins.
Notons d’abord le Tabac, beaucoup moins abondant que chez les Mbrous,
les Ndis et les Mandjias. Senoussi ne fume pas et interdit à son
entourage l’usage du tabac. Cependant on voit à Ndellé près de chaque
case les deux espèces : _Nicotiana rustica_ et _N. Tabacum_. Les
feuilles sont mises à sécher sur les cases et pulvérisées comme notre
tabac à priser (ngao). On n’y ajoute pas comme chez les Bambaras des
sels provenant de cendres de certains arbres.
Au voisinage des habitations il existe toujours quelques pieds de
Cotonniers (tendé en banda) dont les fibres sont récoltées en ce moment.
Les espèces qu’on rencontre sont le _Gossypium herbaceum_ (devenu
ligneux, vivace et s’élevant à 2 mètres de haut), le _G. barbadense_
(rare, alors que c’est l’espèce la plus fréquente vers la Tomi et
l’Ombella), enfin, et surtout, le _G. hirsutum_ qui remplace ici
l’espèce cultivée au Soudan occidental (_G. punctatum_). Il n’existe
nulle part au Chari de champs de cotonniers comme au Niger, bien que le
coton y soit au moins aussi beau. Ce sont les hommes qui récoltent le
coton et le filent sur des fuseaux. Les tisserands sont très rares dans
le pays. Les bandes de tissus indigènes viennent surtout du Baguirmi, on
les appelle des Tonkia. Étant donné la facilité avec laquelle croît le
coton au Dar Banda, je considérerais cette plante comme un produit
d’avenir pour la contrée, si toutefois, eu égard à la distance qui
sépare l’Afrique centrale des marchés européens, l’exportation, même
avec un chemin de fer, n’en était si coûteuse. Je demeure de plus en
plus convaincu que c’est au Soudan nigérien, au Dahomey et dans
certaines parties de la Sénégambie que doivent porter tous les efforts
du Gouvernement et des colons français pour assurer la production de ce
textile[150].
Il convient de mentionner encore un certain nombre de plantes
alimentaires qui viennent presque sans soins autour des cases. Ce sont
des épices et des condiments, comme le Piment vivace (_Capsicum
frutescens_) ; deux espèces de tomates amères et la petite tomate-cerise
commune dans tout le Soudan ; les Cucurbitacées alimentaires, comme les
nombreuses variétés de Courges, les Pastèques ; enfin le Koukré, sorte
de _Cucumis_ à fruit amer et à graines très petites recherchées pour
leur huile. Ce _Cucumis_ se rencontre partout en Afrique centrale où il
se sème dans le mil. Quand ce dernier est récolté, on laisse les fruits
de Koukré pourrir sur place et lorsque la pulpe devient déliquescente on
la recueille ; par des lavages on se débarrasse des impuretés pour ne
conserver que les graines qui ont à peine 3 millimètres de diamètre.
Leur tégument est blanc et le goût de l’amande n’est pas désagréable.
Notons également les _Lagenaria_ dont il existe plusieurs variétés
grimpant sur les cases. Chez certaines, le péricarpe, desséché et vidé,
donne des gourdes, des bouteilles, etc. La variété la plus commune est
celle qui donne ces gros fruits sphériques qu’on coupe en deux pour en
obtenir les calebasses, ustensile de première nécessité pour les noirs.
PLANTES A HUILE ET A GRAISSE. — Ce n’est point pour la préparation des
aliments que l’huile est indispensable aux noirs de l’Afrique centrale ;
ils s’en passent fréquemment, mais une femme banda ne consentirait
jamais à cesser de s’oindre le corps avec de l’huile. Pour faire cette
toilette les matières grasses les plus vulgaires lui sont bonnes. Nous
avons déjà parlé du Sésame et de l’Arachide cultivés pour d’autres
usages. C’est le Ricin qui fournit l’huile de toilette aux femmes
Bandas. Aussi on rencontre cette Euphorbiacée dans tous les lieux
habités où elle pousse sans soins. C’est la même variété qu’au Sénégal,
vivace, très rustique, formant parfois un petit arbre qui s’élève à 5 et
6 mètres de hauteur. Les graines renfermées dans une coque indéhiscente
sont très petites, mais les grappes fructifères très fournies. Lorsque
le Ricin manque, on fabrique de l’huile avec les graines de différentes
plantes de la brousse, le _Butyrospermum_, le _Lophira_, etc.
LÉGUMES. — La bouillie du mil, mets principal des Bandas, se mange
toujours avec une sorte de soupe dans laquelle divers légumes ont cuit.
Ceux qu’on cultive à cet effet (car beaucoup se cueillent dans la
brousse ou sont naturalisés autour des cases, comme le Pourpier, la
Melothrie) sont les suivants : le Gombo (_Hibiscus esculentus_) ;
l’Oseille de Guinée (_H. Sabdariffa_) ; plusieurs espèces de
_Corchorus_ ; l’Amarante (_Amarantus caudatus_) ; une autre Amarantacée
appelée en banda Demba Yafourou (queue de chien) ; le Basilic
(_Ocymum_).
On mange aussi les feuilles des Courges, des Patates, etc., en guise
d’épinards. Le Manioc, si communément cultivé sur les bords des
affluents septentrionaux de l’Oubangui et qu’on rencontre encore en
quantité chez les riverains de Gribingui, fait presque entièrement
défaut dans les états de Senoussi. Nous n’avons vu à Ndellé que quelques
touffes de manioc doux qui étaient fort belles, ce qui prouve que la
plante réussirait ; mais dans tous les pays musulmans on préfère la
farine de mil à la farine de manioc.
On peut en dire autant des Bananiers. Ils viennent parfaitement et il
existe dans quelques zéribas une variété du _Musa paradisiaca_ dont les
fruits, longs de 0m,20 environ, sont excellents. Toute la vallée où
coule le ruisseau de Ndellé pourrait être transformée en une vaste
bananeraie alors qu’il n’y pousse actuellement que des herbes de marais.
L’Igname dont il existe deux variétés cultivées en pays banda, le Baba
yassi (_Dioscorea alata_) et le Baba gossi (_D. Sativa_), grimpe
seulement le long de quelques enclos[151]. Quant à l’Igname à tubercules
aériens, nous ne l’avons vu qu’en de rares zéribas et toujours en petite
quantité. Il appartient à une variété qui donne des tubercules à peau
cendrée, beaucoup plus petits que les variétés des Bandas de l’O.
Le Dazo (_Coleus dazo_), si répandu du pays Ouadda sur l’Oubangui jusque
chez les Ungourras, est aussi cultivé. Nous avons rencontré cultivé chez
les Ndoukas du Dar Kouti l’Ousonifing (_Coleus rotundifolius_).
L’échalotte et l’ail si estimés des Arabes, et qui viendraient avec la
plus grande facilité à Ndellé, ne sont connus que par quelques bulbes
apportées par les caravanes du Ouadaï.
PLANTES NATURALISÉES. — Beaucoup des légumes que nous venons d’énumérer
viennent sans soins, sur les détritus accumulés autour des cases, et
c’est à peine si de temps en temps les femmes s’en occupent. Les graines
d’ailleurs se resèment d’elles-mêmes. Il est toute une autre catégorie
de plantes qui se rencontrent toujours en abondance autour des zéribas,
mais rarement ailleurs, qu’on ne sème point et qui pourtant ne
s’éloignent pas des habitations. Ce sont vraisemblablement des plantes
qui ont été cultivées à une époque plus ou moins reculée par d’autres
peuplades disparues ; bien que négligées par les nouveaux venus, elles
ont continué à se multiplier sur l’emplacement des anciens villages.
Bien plus, elles ont suivi l’homme partout où il se transportait, même
dans ses retranchements et, par exemple, sur le sommet de kagas
inhabités on les rencontre fréquemment. Nous avons noté une quinzaine
d’espèces végétales de cette catégorie. Nous parlerons seulement de
deux, en raison de leur abondance et de l’utilisation qui en est encore
faite.
L’_Hyptis spicigera_ (Bourounyou en banda). Labiée ayant le port d’une
grande Menthe, existe en abondance autour des villages et même en pleine
brousse. M. SCHWEINFURTH l’a vue cultivée chez les Bongos. Au mois de
décembre, lorsque la plante se dessèche, on en récolte les épis et on en
fait tomber les graines riches en huile alimentaire. Aussi, à Ndellé, on
substitue souvent ces graines à celles du Sésame dans la préparation des
aliments. Une deuxième plante, belle Acanthacée à tige terminée par un
long épi de fleurs bleues, foisonne autour de presque toutes les
habitations bandas. On la sème encore quelquefois, mais le plus souvent
elle vient toute seule. En brûlant les tiges de cette plante et en
lessivant les cendres, on obtient par évaporation un sel de potasse
impur qui est le seul condiment dont font usage les noirs et même les
Arabes du peuple dans le Dar Banda et en général dans toute l’Afrique
centrale.
En effet, le sel, apporté quelquefois à Senoussi par les caravanes, est
une denrée fort chère et les riches seuls peuvent en faire usage. Trois
kilogrammes de sel représentent à peu près la valeur d’un esclave mâle
adulte. Lorsque la plante à sel vient à manquer dans un village, on la
remplace par quelques espèces fréquentes dans la brousse qui contiennent
les mêmes substances ; ce sont : plusieurs arbustes des bords des
marigots, les tiges du _Lippia adoensis_, enfin les gousses d’une espèce
de _Tetrapleura_ (Kakré ou Kakéré en banda).
UTILISATION PAR LES INDIGÈNES DES VÉGÉTAUX DE LA BROUSSE. — Quoique
moins misérables que les Mandjias et même que la plupart des Bandas
soumis à notre autorité directe dans les cercles de Krébedjé et de Fort-
Crampel, les sujets de Senoussi sont parfois visités par la famine,
surtout dans la période qui précède immédiatement la récolte[152]. Aussi
recourent-ils parfois aux végétaux spontanés de la brousse.
Nos porteurs déterraient souvent une grosse igname qu’ils trouvaient
dans les galeries et dans la brousse très boisée à quelques kilomètres
de la Koddo. Ce tubercule se nomme _Bago_. Il vaudrait les espèces
cultivées, s’il ne gardait, même après cuisson, une saveur un peu amère.
Le _Parkia_ fournit en mars et avril la farine jaune de ses gousses,
mais, quoique l’arbre soit abondant, on en fait beaucoup moins usage
qu’au Sénégal. Il en est de même de la graine de Karité
(_Butyrospermum_) ; cet arbre, répandu depuis le septième degré jusqu’au
neuvième degré, est commun dans le Dar Banda.
LE CAFÉ DE SENOUSSI, vient des bords du ruisseau appelé Bolo ou Boro,
affluent de la Tété, situé à une journée de marche de Ndellé. Il est
connu sous le nom de Gaoua par les Arabes de Ndellé. Nous l’avons
rencontré en outre aux points suivants : sur le Haut-Manifo, la Haute-
Gounda et le Bata (ce dernier ruisseau, affluent de la Kotto). D’après
Senoussi, il existe encore sur le Haut-Déo, la Haute-Tété et le Haut-
Dakéso.
Le capitaine JULIEN prétend avoir été le premier à faire connaître à
Senoussi et son entourage le café qu’on faisait venir précédemment des
Sultanats. C’est inexact. C’est par erreur aussi qu’il dit dans son
rapport avoir vu le café au Bamingui et au Bangoran. Cet arbuste ne
saurait exister aux points où il a passé ces rivières, qui n’y sont
point bordées de galeries.
LE BÉTAIL ET LA TSÉ TSÉ. — Nous avons dit que Senoussi joint à ses
nombreux revenus ceux de l’élevage et de la vente de la viande à ses
sujets ; nous avons indiqué aussi le haut prix de la viande à Ndellé. La
rareté du bétail vient en partie du monopole du sultan, en partie de
l’occupation arabe qui a épuisé le pays au point que, dans les villages
païens, il n’y a plus ni poules ni cabris. Mais elle tient aussi, du
moins pour les bœufs et pour les chevaux, aux ravages de la mouche tsé
tsé[153].
La tsé tsé est l’un des principaux, sinon le plus grand fléau du pays de
Senoussi et du Ouadaï. Aïssa disait : « Tu ferais grand plaisir au
sultan Senoussi et au sultan du Ouadaï si tu pouvais leur indiquer un
remède pour guérir leurs animaux piqués par le Boguéné. » La tsé tsé
fait mourir les bœufs, les chevaux, les ânes, peut-être les chameaux ;
l’homme piqué ressent une légère douleur, mais n’est pas autrement
incommodé. Huit jours environ après un séjour dans une région infectée
(voyage au Mamoun) les phénomènes suivants ont été observés sur le
cheval de COURTET :
_28 mars._ — Enflure des paturons des pieds de derrière, suintement
aqueux mais léger par les naseaux.
_20 avril._ — Grosseurs aux glandes de la ganache, enflure aux
commissures de la bouche, membres inférieurs enflés, suintements par les
naseaux.
_21 avril._ — Humeur sanguinolente sortant en assez grande abondance des
glandes de la ganache.
_23 avril._ — Grosseur sous le ventre avec suintements rosés.
_24 avril._ — Apparition d’une seconde grosseur sous le ventre, mais
sans suintement.
_25 avril._ — Commencement de gonflement le long du cou, enflure plus
forte des membres inférieurs.
_26 avril._ — Augmentation de l’enflure des jambes de derrière,
suintements purulents par les naseaux, amaigrissement considérable,
abattement, flancs non-caves, mange une quantité normale d’herbe
fraîche, mais avec difficulté depuis deux jours.
_27 avril._ — Enflure atteignant la partie supérieure des jambes,
testicules enflés ; écoulements purulents (naseaux, ganache et pourtour
de la bouche) ; petites grosseurs disséminées laissant suinter un
liquide rosé.
_28 avril._ — Respiration sifflante par suite de l’engorgement des
naseaux, n’a pas mangé.
_29 avril._ — Ne s’est pas levé ce matin, mort vers 1 heure de l’après-
midi.
Les régions où existe la mouche tsé tsé sont connues des indigènes,
quand on les traverse, au lieu de laisser vagabonder les chevaux autour
du camp, on les attache à un arbre, près d’eux on allume un brasier de
branches bien feuillues dont la fumée éloigne les mouches. C’est souvent
dans les marais ou à la traversée des rivières qu’elles piquent les
animaux porteurs.
J’ai remarqué que la tsé tsé existe partout où les grands ruminants
sauvages abondent, c’est-à-dire à proximité des grands cours d’eau, dans
les plaines herbues, dénudées en partie, inondées à l’hivernage, aussi
bien que sur les parties boisées et très giboyeuses qui les environnent.
Cette mouche est particulièrement abondante entre le Tété et le
Boungoul ; on la trouve aussi près de l’Abiod (Bamingui) sur la route de
Ndellé à Fort-Crampel et au Bangoran sur la route de Ndellé à Fort-
Archambault. Elle n’existe heureusement pas à Ndellé et c’est une des
raisons qui ont engagé Senoussi à installer sa résidence en cette
localité.
Elle est parfaitement connue de nos Sénégalais qui la disent commune le
long du Sénégal, du Niger et de leurs affluents. Cependant, dans
l’Afrique occidentale, sa morsure ne serait pas mortelle pour les
chevaux et les bovidés pour lesquels on ne prend aucune précaution ; ils
n’en seraient même pas incommodés. J’ai vu cependant, aux environs de
Sikasso, un cheval dont la maladie paraissait occasionnée par la tsé
tsé.
[Note 147 : On nomme kaga toute protubérance rocheuse.]
[Note 148 : Position de Ndellé d’après M. BRUEL : latitude 8° 23′ 19″ N.
(détermination au théodolithe) ; 8° 23′ 35″ (valeur au sextant). M.
BRUEL prend 8° 23′ 30″ comme moyenne. Longitude 18° 25′ E. (système
BRUEL) et 18° 36′ (système GENTIL). M. BRUEL prend 18° 30′ comme
moyenne.
Les observations sur la température, très fragmentaires, ne peuvent être
données qu’à titre d’indications. Le 10 février, au matin, M. BRUEL a
observé 14° sur les bords du Bangoran. Je ne doute pas que du 15
décembre au 15 janvier, la température ne soit descendue plusieurs nuits
à 12° et au-dessous. Le 18 le thermomètre atteignit 38° (à l’ombre). De
1 heure à 3 heures, il était encore à 37°, mais est descendu
brusquement.]
[Note 149 : En 1902-1903, il n’est pour ainsi dire point tombé de pluies
de novembre à février inclusivement.]
[Note 150 : Une autre plante à fibres textiles, l’_Hibiscus cannabinus_,
est cultivée à Ndé.]
[Note 151 : Il en est de même du Haricot de Lima (_Phaseolus lunatus_)
qui constitue partout un légume excellent.]
[Note 152 : Outre les petits mammifères qu’on chasse ou qu’on prend au
piège, les insectes même, les termites sont alors un sérieux appoint à
la nourriture.]
[Note 153 : Appelée Boguen, Boguéné, en arabe ; Sau, en rounga ; Voma,
Voma-Voma, en banda.]
CHAPITRE IX
LE DAR BANDA
I. Histoire du Dar Banda. — II. Les Roungas. — III. Renseignements
divers recueillis à Ndellé. — IV. Notes sur les peuplades du Haut-
Oubangui et notes diverses.
* * * * *
I. — HISTOIRE DU DAR BANDA
Quand Rabah commença ses incursions chez les Bandas, le pays était déjà
en partie épuisé par la traite. Ziber Rahama Ghyimme Abf y faisait faire
de fréquentes expéditions. Lorsqu’en 1872, après avoir défait le
ouadaïen fagui El Balalaoni Mohammed, le gouverneur général du Soudan le
nomma mudir de la province du Bahr el Ghazal et dépendances,
certainement dans les territoires qu’il apportait à l’Égypte, le Dar
Banda se trouvait compris jusqu’à l’O. de Ndellé. Tout cela constituait
le Dar Fertit. A son internement au Caire en 1874, après la conquête du
Dar Four, les exploits des Djellabahs durent se ralentir. Ce répit
arrêta l’émigration des peuplades bandas vers l’O., émigration commencée
vers 1840, lorsque la traite, d’abord cantonnée sur les côtes, dut
s’approvisionner dans l’intérieur du continent. Idris Woled Dabter, qui
avait de gros intérêts dans le pays Kreich et le bassin du Mbomou,
succéda à Soliman, fils de Ziber, en 1877. En 1878, Soliman le défit,
Idris alla se plaindre à Khartoum et c’est à ce moment que Gessi Pacha
vint rétablir l’ordre dans le Bahr el Ghazal. Le 1er mai 1879, Soliman
fut complètement battu, et l’administration directe du Ghazal et du
Fertit resta à l’Égypte ; mais de graves questions allaient bientôt
l’occuper dans le bassin du Nil. L’insurrection mahdiste éclatait en
1881. En 1882, LUPTON n’eut que le temps de pénétrer dans le pays Kreich
et chez les Abouda, habitant le N. du bassin du Mbomou, mais nous ne
savons s’il eut à poursuivre des Djellabahs. Les caravanes du Ouadaï,
seules, devaient pourtant venir de temps en temps s’approvisionner de
captifs et d’ivoire dans le Dar Banda.
En 1879, Rabah quitta Soliman ; dès la campagne du Dar Four (1872-1874),
il était chef de bannière (Sandjak) de Ziber et il n’est pas douteux
qu’il eût déjà parcouru en divers sens le Dar Banda pour son maître. Ses
lieutenants commencèrent vers 1880 leurs incursions dans le Dar Fertit.
D’après VAN GÈLE, des gens à lui viennent jusqu’aux Abiras (au confluent
du Mbomou et de l’Oubangui) en 1882 ou 1883.
En 1884, JUNKER apprend par les Azandés, que ces mêmes bazinguers
sillonnent le Dar Rounga.
C’est dans l’intervalle de 1880 à 1890 qu’il met en coupe réglée toute
la contrée comprise entre l’Oubangui et le Mbomou au S., le Salamat au
N., le Nil à l’E. et le Gribingui à l’O.
Suivant l’expression imagée de El Hadj Abdoul « il a mangé tout le
pays ». Il conquit successivement les bandas du Kaga Kourou, les
Tambagos, les Ngamas, les Dingas, les Ngafos, les Diengués, les Kreichs
de Mbélé qui s’enfuient vers Koutouaka, les Ngaos, les habitants des
kagas Djé et Mbala (Mbra). Il porte la guerre jusque chez les Nsakaras.
« Où il passe, il prend tout, dit Abdoul. » Son armée est forte et
s’accroît chaque jour des bazinguers qu’il enrôle, les meilleurs captifs
mâles devenant des recrues pour ses compagnies. Après Mbélé, Rabah va
encore attaquer Bandassa et se rend à la rivière Kapa au Dar Four[154].
J’ai appris par ailleurs que les diverses tribus de bandes étaient
fréquemment en guerre avant l’arrivée des Arabes.