nous prions Aïssa de préparer notre expédition vers ce lac mystérieux
dont on m’avait dit et l’étendue et la singularité des riverains. A
notre grande surprise, ces préparatifs furent très simples ; quelques
provisions seulement ; et Aïssa, le 19 mars, nous présenta comme guide
le chef des Goulla, cette population lacustre dont tout Ndellé semblait
craindre l’humeur belliqueuse. Or Semina et les deux autres goullas qui
devaient nous accompagner ne présentaient rien de spécial, ni dans leur
aspect, sauf la gracilité des jambes[141], ni dans leur habillement, qui
se composait, pour le chef, d’une blouse blanche en coton grossièrement
tissé, comme celles des bazinguers de Senoussi, et pour les porteurs,
d’une bande de coton passée entre les cuisses. Sans Aïssa, j’aurais pris
ces Goullas pour des Roungas, parmi lesquels d’ailleurs ils vivent ici.
Ce fut sous leur conduite que nous joignîmes le Bahap. Très variable de
dimensions, son lit n’avait au début de notre marche que 30 mètres de
largeur et l’eau n’en occupait que 7 mètres avec à peine 0m,30 de
profondeur ; plus loin il s’étale sur 50 à 60 mètres entre des berges
argileuses hautes de 4 mètres. L’eau coule là à pleins bords et semble
profonde : sur le sable on observe des traces fraîches d’hippopotames et
le sillon laissé par la queue des crocodiles. Plus bas encore, le Bahap
s’élargit encore davantage, jusqu’à 120 mètres, dont 20 seulement sont
occupés par l’eau. Puis le fleuve reprend ses dimensions normales et nos
guides nous annoncent l’arrivée au terme de notre exploration, le
Mamoun.
[Illustration : FIG. 42. — Groupe de Goullas Homer.]
Sur la rive droite du Bahap, qui prend en aval le nom de Koumara, et
séparée de la rivière par une sorte de digue large de 20 mètres que
barrent deux déversoirs peu profonds, s’étend vers le N. une mare en arc
de cercle, large de 40 à 50 mètres et assez profonde pour que le fond
reste invisible : c’est le Mamoun. Une eau légèrement trouble remplit le
lit entier entre des berges hautes de 1m,50, peu ou point boisées. A
l’E. une grande plaine herbeuse (_Koubou_) s’étend sur 2 à 3
kilomètres ; à l’O., le bush atteint presque le bord du canal. En
longeant le Mamoun vers le N. il perd bien vite l’aspect assez imposant
du début. A 2 kilomètres du Bahap, ce n’est plus qu’un large marais, au
lit incertain, embarrassé de bancs de vase, et de _Papyrus_ ; à 4
kilomètres, il disparaît dans une vaste plaine herbeuse. Aucune trace
d’une rivière venant du N.-E., du Dar Fongoro ; simplement des
dépressions, des lits asséchés, à travers d’immenses espaces plats
couverts de _bourgou_ et d’Andropogonées amphibies où nous rencontrons,
par troupeaux de 5 ou 6, de nombreuses antilopes peu craintives : si les
Goullas réservent le nom de Mamoun au canal voisin du Bahap, les Arabes
l’étendent à toute cette région basse, qui doit être totalement inondée,
sauf de rares îlots, au moment de l’hivernage : ainsi s’explique
l’erreur de Senoussi et de son entourage. En somme notre désillusion
n’est point trop dure : nous n’avons pas découvert, comme on nous
l’avait fait espérer, un lac semblable au lac Iro, mais nous avons
reconnu un complexe de marigots et d’étangs, intéressant par son absolue
similitude avec ceux du Niger moyen, entre Mopti et le lac Débo.
Malheureusement, ce pays, le Dar Goulla, est loin d’égaler en richesse
le Macina. Sans doute le riz viendrait à merveille sur ces terres
périodiquement inondées, mais il n’est même pas connu. Les cultures se
bornent au mil, aux haricots, à divers légumes, au coton avec lequel les
habitants tissent eux-mêmes la bande d’étoffe qui les ceint. Point de
troupeaux, en raison de la présence de la mouche Boguéné, analogue à la
tsé tsé[142] ; pas de lianes à caoutchouc. L’ivoire serait le seul
produit exportable ; les éléphants semblent fréquents si l’on en juge
par les empreintes, mais on sait combien le commerce de l’ivoire est
passager et aléatoire. Quant à la puissance d’achat des indigènes, que
peut-on proposer à une misérable population de pêcheurs presque nus,
dont le seul luxe est l’échange de quelques colliers de grosses perles
bleues contre les vivres nécessaires aux caravaniers du Dar Sila ? C’est
visiblement un pays en décadence. Autrefois, dit-on, ils habitaient des
villages sur pilotis et leurs pirogues sillonnaient les étangs dont le
poisson était le principal aliment. Mais cet habitat lacustre ne les a
point mis à l’abri des razzias de leurs puissants voisins, les Roungas
et les Karas, qui chaque année leur enlèvent des femmes et des enfants
pour les emmener en captivité. Avec leurs sagaies, qu’ils forgent eux-
mêmes, ils n’ont pu résister à ces pillards armés de fusils. De là
l’abandon des villages, l’émiettement en groupes de deux ou trois
familles qui se cachent en un coin de la brousse pour tenter quelque
culture : toute agglomération serait immédiatement anéantie.
Sur le point de disparaître, les Goullas se sont mis sous la protection
de Senoussi, mais cette protection, nous le savons trop, ne peut
s’appeler que la régularité dans l’oppression la plus écrasante ;
d’autre part Ndellé est trop loin pour les défendre des incursions des
Dar Four. L’installation d’un poste français sauverait ce qui reste de
ces malheureux.
Un poste français au Mamoun, outre qu’il protégerait les habitants,
permettrait d’entraver très sérieusement la traite des esclaves qui se
fait toujours très activement, comme personne ne l’ignore, dans nos
possessions de l’Afrique centrale. Les caravaniers ouadaïens qui
entretiennent ce commerce passent en effet au Dar Goulla tout près de
Gosso, pour se rendre au Dar Kreich et chez les sultans Bangassou,
Rafaï-Ethman et Zémio. Le jour où la route sera barrée aux trafiquants
arabes qui vivent de ce commerce, par les Anglais sur toutes les routes
du Dar Four, par nous depuis le Tchad jusqu’au Mamoun en gardant tout le
cours du Koumara, l’exportation des esclaves de l’Afrique centrale vers
le Ouadaï et le Sahara oriental sera près de disparaître. L’installation
d’un poste se ferait sans aucune résistance, mais on ne pourrait pas au
début ravitailler ce poste, sauf toutefois par le Koumara ou le Boungoul
qui peuvent être remontés par des baleinières ou des pirogues en
hivernage. Le poste pourrait en outre étendre ensuite son influence au
Dar Rounga, au Dar Fongoro, à la partie orientale du pays des Karas et
au pays des Youlous.
Le 21 mars, à 4 heures de l’après-midi, nous avons quitté le village de
Gosso pour reprendre le chemin de Ndellé et nous sommes allés camper à
l’étang de Ni où Aïssa devait nous quitter pour aller à Agouaré chez
Maï-Douka, chercher des bœufs pour le sultan Senoussi. De l’étang de Ni,
nos guides nous firent prendre une route différente ; nous longeâmes
pendant un certain temps un bras marécageux nommé Kouyane faisant
communiquer le Koumara avec le Boungoul et le soir nous arrivions au
Boungoul. Pendant ce trajet un de nos Sénégalais fit un superbe coup de
fusil en tuant deux énormes antilopes avec la même balle, à la grande
joie de nos porteurs qui allaient faire, chose qui leur arrive rarement,
un substantiel repas de viande fraîche. Un peu plus loin nous
rencontrons un couple de rhinocéros qui, surpris, s’apprêtent à nous
charger, ce qui jette la panique parmi nos porteurs. Fort heureusement
il n’en fut rien et les porteurs remis de leur émotion viennent
reprendre leurs charges qu’ils avaient jetées en toute hâte pour fuir au
plus vite.
Notre campement était à peine installé au bord du Boungoul que nous
vîmes arriver une caravane composée d’une dizaine d’Arabes armés de
lances, une quinzaine de convoyeurs, 3 ânes, 12 bœufs et 8 moutons.
Cette caravane venait de Kouga et était envoyée à Ndellé par le sultan
Adem au sultan Senoussi.
Le lendemain 23 mars, après la traversée du Moussoubourta un peu en aval
du point où nous l’avions traversé en allant, nous suivons un bras
marécageux, nommé Boua, faisant communiquer le Moussoubourta avec la
Tété. La caravane de la veille qui avait cheminé avec nous resta pour
camper auprès du Moussoubourta. Quant à nous, comme nous voulions le
soir même atteindre la Tété, nous nous remîmes en marche aussitôt le
déjeuner.
Auprès du Moussoubourta nous avons rencontré un campement de gens
d’Akoulousoulba se livrant à la chasse de l’hippopotame et qui avaient
été assez heureux pour tuer un de ces animaux. C’était vraiment fête
pour eux et auprès de leurs abris en paille ils faisaient boucaner, en
grandes lanières, la viande de cet animal. Après une dure étape, où nous
fûmes continuellement assaillis par les mellipones, nous atteignîmes
enfin la Tété à la nuit tombante.
Le lendemain 24 mars, au lever du jour, nous assistâmes aux ébats d’une
bande de singes qui, sans s’effrayer outre mesure de notre présence,
jouaient dans les quelques arbres bordant la rive opposée.
Nous partons pour Akoulousoulba à 6 h. 25. A 8 kilomètres environ à vol
d’oiseau avant d’atteindre ce village, nous rencontrons une grande
grotte dont l’ouverture est au ras du sol. Cette grotte ayant environ 8
mètres de profondeur n’était habitée que par des chauves-souris.
Le 25 mars, nous campions à Koundé et de là nous gagnons Mansaka par
Ndélou, point très connu des caravaniers, et Djalmada. A Djalmada, par
suite du manque d’eau, le village était momentanément abandonné. Les
cases avaient été découvertes et nous n’y trouvâmes qu’une bande de
cynocéphales qui s’empressèrent de prendre la fuite à notre approche.
Les habitants du village étaient campés à quelques kilomètres en aval le
long du ruisseau.
Le soir nous arrivions à Mansaka et le lendemain 27 mars nous étions de
retour à Ndellé.
IV. — DE NDELLÉ A NGARA ET AU BAMINGUI
De Ndellé pour gagner Fort-Archambault nous aurions voulu que Senoussi
nous fît conduire par le Djangara et l’Aouk (Boungoul), mais il nous fut
impossible d’obtenir cela du sultan et pendant plus de quinze jours tous
nos efforts furent vains. La razzia qu’Adem avait été conduire chez les
Saras de l’E.[143] rentrait à Ndellé par la route que nous devions
prendre et il est évident que Senoussi se souciait fort peu de nous voir
rencontrer cette razzia. D’un autre côté le moment du départ était venu,
car si nous voulions nous rendre de Fort-Archambault au lac Iro, il
fallait que ce voyage se fasse avant la saison des pluies et au plus
tard fin juin ou commencement de juillet.
Le 2 mai 1903 nous quittions donc définitivement Ndellé.
[Illustration : FIG. 43. — Boucanage de la viande d’un hippopotame.]
A peu de distance de Ndellé, on entre dans la région montueuse du Kouti
et jusqu’à Télé, village situé à l’extrémité O. de cette région, la
piste franchit une série interminable de vallons et de collines
rocheuses. A part quelques points culminants, ces collines varient entre
570 et 685 mètres d’altitude ; c’est l’extrémité O., à quelques
kilomètres de la plaine du Bangoran par laquelle on entre à Télé[144],
qui atteint cette dernière altitude.
Jusqu’au kaga Batolo escarpement d’une altitude de 680 mètres (la plaine
au pied étant à une altitude de 587 mètres, soit 93 mètres de hauteur),
qui est situé à 45 kilomètres environ à vol d’oiseau au N.-E. de Ndellé,
les ruisseaux rencontrés déversent leurs eaux vers le Bangoran.
Quelques-uns atteignent la Mindja Engoulou, affluent du Bangoran, les
autres se perdent dans la grande plaine à quelques kilomètres ou
quelques centaines de mètres de leurs débouchés dans cette plaine. Du
Kaga Batolo aux collines qui dominent le village de Kourou (24
kilomètres environ à vol d’oiseau) on rencontre une certaine quantité de
ruisseaux déversant leurs eaux vers le Djangara. Certains de ces
ruisseaux nous ont été signalés comme se perdant dans la plaine sans
atteindre cette artère ou un affluent de cette artère. On rencontre
ensuite des ruisseaux déversant leurs eaux dans la plaine de Bangoran,
et se perdant dans cette plaine.
Le 7 mai, nous arrivons à Télé et nous restons en cet endroit jusqu’au
11 espérant toujours que le sultan Senoussi se déciderait à nous envoyer
des guides pour nous conduire à l’Aouk (Boungoul). Notre attente fut
encore vaine et le 12 au matin, nous nous décidions à partir pour gagner
le Bangoran et le village de Ngara.
Entre Ndellé et Télé, sur tout le parcours la végétation est assez
intense, peu de bambous (un seul îlot), souvent de beaux arbres. Les
endroits les plus fertiles sont tous cultivés ou l’ont été, et ceux qui
sont abandonnés ne l’ont été qu’à la suite de razzias continuelles. Nous
avons retrouvé à 55 kilomètres environ à vol d’oiseau de Ndellé les
ruines des habitations des Couraboulous que Senoussi a emmenés au
village de Kaka auprès de Ndellé.
Tout le massif montueux traversé est constitué par des quartzites dans
lesquels on relève des traces de roches éruptives. Leur structure varie
du compact au grossier, mais les couches compactes dominent. La roche
ferrugineuse en forme continue est l’exception, elle n’existe ainsi
qu’en de rares endroits du parcours.
Les environs de Télé doivent être particulièrement riches en lianes à
caoutchouc, car le long du ruisseau, à partir de l’endroit de la plaine
où commence la galerie, sur une longueur de 600 pas, nous en avons
compté douze toutes exploitées. Le diamètre de ces lianes pour la moitié
d’entre elles variait de 8 à 15 centimètres, pour l’autre moitié de 5 à
8 centimètres. Cette abondance ne doit exister que dans certains vallons
ou débouchés bordant la plaine, car dans les autres parties du trajet la
liane exploitable n’a été rencontrée que par unités isolées et assez
espacées.
[Illustration : FIG. 44. — _Landolphia owariensis_ (liane à caoutchouc)
dans une galerie forestière.]
Pendant notre séjour à Télé nous y avons découvert l’Ousonifing ou Pomme
de terre de Madagascar (_Coleus rotundifolius_) et nous avons appris que
ce tubercule était cultivé par les Ndoukas du Kouti[145]. Le Palmier à
huile existe également dans cette région.
Le 12 mai, à 8 heures du matin, nous quittions Télé pour gagner le
Bangoran. Nous circulons dans une grande plaine à brousse claire, à
végétation pauvre, avec quelques rôniers disséminés de loin en loin.
Nous comptions trouver de l’eau en route, mais à cette époque de l’année
les mares et les rares puits que nous avons rencontrés étaient asséchés
et après une très dure étape, coupée de courtes haltes seulement afin de
laisser reposer un peu les porteurs, nous atteignîmes enfin le Bangoran
à 4 heures de l’après-midi.
Le lendemain 13 mai, à midi, nous étions au village de Ngara habité par
des indigènes se disant Ndoukas.
L’agglomération qui constitue le village de Ngara est une des plus
curieuses que nous ayions rencontrée. Elle se compose de quatre
enceintes circulaires, la plus grande ayant environ 300 mètres de
diamètre et les trois autres de 150 à 200 mètres environ. Ces enceintes
organisées défensivement sont entourées par un épais massif, absolument
impénétrable, formé avec un arbuste très épineux, l’_Acacia pennata_,
dont les rameaux s’entrelacent et forment un lacis inextricable. Un
étroit couloir dans le massif conduit aux enceintes. Il est barré par un
obstacle formé de grosses pièces de bois dur, plantées en terre et
enchevêtrées, ne permettant que le passage d’une seule personne à la
fois et en se courbant. Pendant la nuit l’étroite ouverture laissée est
encore barricadée par d’autres pièces de bois, de sorte qu’il est
impossible de pénétrer par surprise dans l’agglomération. En arrière de
ce premier obstacle, à droite se trouve un couloir conduisant à deux
enceintes communiquant entre elles par un autre couloir, la première de
ces enceintes étant également barrée par un obstacle analogue au
précédent, mais sans dispositif pour fermer l’ouverture pendant la nuit.
Si on continue à avancer dans le couloir principal on arrive à la plus
importante des enceintes également barricadée et communiquant encore par
un couloir avec une autre enceinte.
[Illustration : FIG. 45. — Tamarinier et Fromager au village de Ngara.]
Telle qu’elle a été conçue la défense de Ngara faisait de ce point un
endroit imprenable pour des bandes venant opérer des razzias et n’ayant
pas toujours le loisir de se livrer à une attaque en règle pouvant durer
longtemps. A l’abri de leur massif épineux, les gardant bien, les
Ndoukas de Ngara durent vivre de longues années hors des atteintes des
Djellabah toujours en quête de nouveaux esclaves, car il y a dans les
enceintes des arbres plus que séculaires, dont quelques-uns ont été
plantés, ce sont les Fromagers (_Eriodendron anfractuosum_) dont le
coton est employé comme amadou, et les autres Tamariniers et _Kigelia_,
ou respectés lors du premier établissement, ou plantés aussi, mais on
les retrouve à l’état spontané dans les environs. Le dispositif indique
deux groupes ayant accès par un passage barricadé commun, et chaque
groupe avait ensuite son passage barricadé particulier. L’enceinte la
plus vaste contenant 42 cases est seule occupée aujourd’hui par le chef
Lomba et sa famille, le reste de la population est momentanément absent.
Les autres enceintes paraissent abandonnées depuis longtemps.
Cette population n’a pas reçu d’empreinte musulmane, elle est restée
fétichiste. Leurs fétiches travaillés avec un certain art consistent
surtout en têtes de bœufs ou d’antilopes en bois sculpté plus ou moins.
Ils sont placés au pied des arbres légèrement enfoncés dans le sol. Un
autre fétiche consiste en une quille moulurée et travaillée, dont le
sommet représente, dit le chef Lomba, la tête d’un homme avec organes
plus ou moins indiqués. En outre, on remarque souvent auprès de la porte
des cases un fétiche qui consiste en une sorte de toiture de case
minuscule, portée sur un support central.
Les chapiteaux placés au sommet des cases sont confectionnés avec soin
et reçoivent une certaine ornementation.
On remarque encore des petites têtes d’antilope sculptées, quelquefois
ornées, qui s’adaptent à une sorte de toron en corde tressée. Les
indigènes se fixent cette sorte de cimier sur la tête pour danser une
danse particulière.
Les morts sont enterrés dans l’enceinte, les pieds vers l’intérieur, la
tête indiquée par trois morceaux de bois équarris, plantés côte à côte,
et légèrement inclinés en arrière. Chaque morceau porte de larges bandes
transversales peintes en rouge. Sur les tombes les plus récentes on
remarque des traces de cuisine consistant dans trois supports en terre
recevant une petite marmite également en terre ; les traces de feu sous
cette marmite étaient très visibles.
Un puits retrouvé abandonné sous les épines fournissait l’eau nécessaire
à la population, cette eau est aujourd’hui retirée d’un autre puits
situé à l’extérieur des enceintes.
De Ngara pour atteindre le Bamingui il faut trois jours de marche en
suivant le cours du Bangoran. Sur tout le parcours, c’est toujours la
brousse claire avec des bouquets d’arbres rabougris de 6 à 8 mètres de
hauteur. Le feu a consumé les herbes jusqu’au ras du sol, noirci
l’écorce épaisse des troncs d’arbres et même calciné quelques-uns, mais
à leur place surgissent des repousses de 0m,20 à 0m,50 qui parviennent à
fleurir entre deux incendies de savanes.
La végétation souffre encore de l’extrême abondance d’une variété de
chenille qui prend successivement la teinte grisâtre du sol, la nuance
jaunâtre des feuilles mortes ou la couleur verte des herbes et des
feuilles qu’elle transforme en dentelle. On en voit par milliers au pied
des arbres où elles cherchent dans le sol un abri pour leur vie de
chrysalide.
Un rideau d’arbres accompagne en général le Bangoran. La liane à
caoutchouc n’existe pas dans la plaine.
[Illustration : FIG. 46. — Manifestations artistiques chez les Ndoukas
de Ngara.
a. Fétiche en forme de tête d’animal (bœuf ou antilope). — b. Fétiche en
forme de quille. — c. Chapiteau orné du sommet d’une case. — d. Petite
pirogue de 1m,20 de longueur avec sculptures.]
[Illustration : FIG. 47. — Têtes d’animaux sculptées à Ngara servant
d’attributs pour une danse.]
Le cours du Bangoran est constitué en cette saison (mai 1903) par une
série de biefs plus ou moins encaissés et dont la berge, du côté attaqué
par le courant, varie entre 5 et 10 mètres de hauteur ; la largeur de
ces biefs varie entre 10 et 35 mètres et leur profondeur entre 0m,50 et
1m,20. On y trouve cependant des trous qui, au dire des indigènes, ont
plusieurs mètres de profondeur, ce qui est d’ailleurs admissible. Ils ne
veulent sonder que les endroits où ils sont sûrs d’être à l’abri des
atteintes des crocodiles[146]. Les biefs sont séparés par des seuils
sablonneux par lesquels l’eau se déverse de l’un à l’autre bief. A ces
seuils le lit a toujours une faible largeur, 8 à 10 mètres, et très peu
de profondeur : 0m,20 à 0m,30. Dans les biefs le courant n’a pas de
force. Aux seuils il est parfois assez accentué. Les traces qui restent
visibles le long des berges, et particulièrement sur les arbres bordant
le cours, permettent de dire que la rivière est navigable pour des
pirogues et des baleinières à la saison des hautes eaux dans le parcours
reconnu et peut-être jusqu’au confluent de la Mindja Engoulou.
A son confluent avec le Bamingui, le Bangoran n’a que 10 mètres de
largeur et 0m,30 de profondeur avec un courant assez fort.
Les rives du Bangoran sont désertes et ne sont fréquentées que par des
gens venant momentanément y faire la pêche.
A 2 km. 500 environ en aval du confluent se trouve le gué du Bamingui,
qui a en cet endroit une profondeur de 0m,60 seulement (mai).
[Illustration : Mission scientifique et économique CHARI-LAC TCHAD
dirigée par A. Chevalier
Itinéraires levés par Mr. Courtet
Région de Ndellé]
[Note 92 : Dans un petit village aux sources du Vou, nous avons observé
deux papayers.]
[Note 93 : Nous ne l’avons pas vue en fleurs, mais il semble que ce soit
le bambou d’Abyssinie. Dans les galeries du Vou, il était mélangé à la
petite espèce de l’Ombella. Le grand bambou s’appelle Ngara en banda,
Teïba en kreich, Bar en bambara.]
[Note 94 : Trois semaines plus tard, nous avons vu les bambous
complètement dépouillés ; par contre, beaucoup d’arbres venaient de se
couvrir de feuilles et de fleurs.]
[Note 95 : Appelés Darasa en banda et Reïni en kreich.]
[Note 96 : Appelé Amforo et Sougbou.]
[Note 97 : Une rixe entre nos bazinguers nous apprit le peu de cas que
l’on fait des captifs : l’un d’entre eux ayant eu une artère de la
cuisse tranchée d’un coup de couteau, les Arabes se moquèrent de sa
douleur. On me dit que s’il ne mourait pas, l’Arabe qui l’avait blessé
ne serait même pas inquiété.]
[Note 98 : Voir SUPERVILLE, _De l’Oubangui à Ndellé par la Kotto_ (_La
Géographie_, VIII, 1903, p. 3-22, 1 pl. itinéraire à 1 : 1.000.000).]
[Note 99 : Nous avons également rencontré ce caféier à la traversée du
ruisseau Manifo en allant de Ara à Mbélé.]
[Note 100 : Nommé Yem Téni par les Arabes.]
[Note 101 : Nommé Nakol forône par les Arabes.]
[Note 102 : Altitude au pied : 695 mètres ; au sommet, 720 mètres.]
[Note 103 : Le Bongolo descend par des chutes hautes de 10 mètres jusque
dans la plaine. Près des cascades du Maoro, nous avons remarqué des
marmites de géant profondes de 2 mètres.]
[Note 104 : M. Superville l’a vu près de sa source disparaître quelque
temps sous des rochers.]
[Note 105 : Parmi ces arbres dominent l’_Uapaca_ et le grand
_Sarcocephalus_, avec des épiphytes (fougères, _Piper Clusii_).]
[Note 106 : A quelques heures d’Ara vers le S., il y a encore des
tributaires de Senoussi, les Sabangas ; j’ai rencontré des bazinguers
qui allaient y chercher de l’ivoire.]
[Note 107 : Une anonacée qui s’élève jusqu’au sommet des arbres peut
être confondue pour son port avec ces lianes.]
[Note 108 : Appelé Abiod (fleuve blanc) par les Arabes.]
[Note 109 : Au ras du sol on trouve des espèces naines de _Landolphia_
et de _Combretum_.]
[Note 110 : Près du Ngriki on voit encore les ruines du village banda de
Gono.]
[Note 111 : Altitude du thalweg : 718 mètres ; altitude du plateau entre
la Koumbara et le Yourou : 790 mètres.]
[Note 112 : Fait assez curieux : on ne trouve pas trace de métallurgie
dans la ville.]