C’est le chef qui rend la sentence en matière criminelle. Les punitions

sont : l’amende dans les cas de vol avec restitution immédiate, d’un

adultère sans témoins, avoué par la femme dénonçant son amant[44] ; — le

prix du sang pour un meurtre[45] ; — les fers[46] pour vol sans gravité,

ou dans l’attente du paiement ; — la flagellation pour vol grave ou si

l’on cherche à provoquer des aveux ; — l’empoisonnement[47] si l’accusé

menace la sécurité publique ou s’il a violé le secret de la naissance ;

— la mort par les armes, adultère (flagrant délit), refus du paiement

(adultère), refus du prix du sang.

Le père du coupable exécute les sentences, sauf celles de mort. Pour

celles-ci, c’est un homme désigné par le chef qui fait l’office de

bourreau. Aucune peine n’est rachetable.

A la mort d’un chef, la transmission des pouvoirs se fait, après de

copieuses libations, suivant un ordre de succession ainsi fixé : en

première ligne, le frère du défunt, en seconde, un de ses fils, en

troisième, un de ses confidents.

=La vie des Bandas.= — _Mariage._ — Le jeune Banda choisit une femme de

son village ou de villages voisins. Achetée par l’intermédiaire du père

ou d’un ami, la femme est un capital qu’on garde jalousement[48]. La

polygamie est limitée par la fortune du maître, dont le harem ne dépasse

jamais 10 à 15 femmes. La première femme mariée en devient la maîtresse,

et elle reste au village quand tout le monde part en guerre ?[49].

Le mari peut répudier sa femme quand elle dilapide ses biens ; dans ce

cas, il a le droit d’exiger la dot qu’il lui a donnée.

_Naissance._ — Quand le moment de la délivrance se fait sentir, la mère

se retire dans la brousse avec deux voisines. Pendant toute cette

période le mari seul peut l’approcher et si un autre que lui violait cet

usage on l’empoisonnerait avec du pipi. Cette coutume s’observe

également chez les Sangos et les Banziris.

Quand l’enfant est né, la mère revient au village et l’on procède à sa

purification, ainsi qu’à celle de l’enfant. L’un et l’autre sont lavés

et puis oints de graisse ; le petit est enduit d’une couleur rouge tirée

du _foro_. On ne fait généralement pas tamtam, mais on boit le pipi.

Trois jours après l’enfant reçoit un nom que lui donne la mère.

[Illustration : FIG. 14. — Couteaux du pays banda.]

La _Circoncision._ — Se pratique par le représentant de chaque sexe le

plus ancien du village. Cependant tous les villages n’ont pas de

praticien, il faut parfois faire 4 ou 5 jours de marche pour en trouver.

Chez l’homme l’opération se fait à 16 ou 17 ans, longtemps après le

début de la puberté, alors qu’il connaît généralement la femme. Pendant

l’opération on danse, on chante, on boit et quand tout le monde est

ivre, le vieillard prend son couteau d’une main et le bouclier de

l’autre, on en frappe le patient qui s’allonge à terre et on l’en

recouvre ; il se relève aussitôt et l’opération est faite dès qu’il est

debout. L’hémorragie est arrêtée avec de l’eau froide. L’excision de la

femme est entourée de mystère. Nul homme n’y assiste. L’excision ne se

pratique qu’au moment des fiançailles et la consécration du mariage ne

peut s’effectuer que 3 lunes après la cérémonie. L’opération est faite

avec un couteau courbe spécial.

_Mort._ — Tous les parents et amis se lamentent bruyamment, célèbrent

les louanges du trépassé. Le cadavre nu est lavé et oint de graisse.

Deux jours après au son des tamtams il est enterré suivant le rituel.

La succession tout entière est dévolue à la femme qui vend les armes,

les perles, les étoffes pour se nourrir ; si le défunt n’a point laissé

de femme, ses biens passent tous à un frère ou à une sœur ; à défaut à

son père ou à sa mère ; à un beau-frère ou à une belle-sœur ; enfin,

dans l’absence de toute famille, au chef de village.

_Cannibalisme._ — La genèse de cette habitude chez les Bandas est

réellement le besoin. Les Bandas ne mangent que les morts et les

prisonniers de guerre, ils ne font point commerce de chair humaine. Ils

ne mangent les hommes étrangers à leur tribu que quand ils les trouvent

morts et abandonnés, et encore est-il défendu de se livrer à ce sujet à

aucune réjouissance publique qui serait un cas de guerre formel. En

aucune circonstance ils ne touchent aux morts de leur tribu.

Chez les Ungourras et Mbaggas, les femmes mangent aussi la chair

humaine ; les femmes Oudios ne peuvent y goûter ; les femmes Moroubas et

Ngaos peuvent être autorisées à en manger par le chef du village. Les

enfants mâles sont également exclus de ces festins jusque vers 13 ou 14

ans ; à cette époque ils ont droit à une part de viande. Il n’est pas

besoin, comme dans certaines autres peuplades, qu’ils soient circoncis.

Si le père, pour une raison ou pour une autre, n’en mange pas, les fils

ne doivent pas en manger.

La façon de débiter la précieuse nourriture est simple. On nettoie

sommairement le cadavre, et il en a besoin, s’il a séjourné quatre ou

cinq jours en terre. On coupe la cuisse, souvent toute une jambe, qui

est le morceau réservé au chef du village. Toutes les autres parties

sont coupées en parties égales et distribuées aux assistants.

_Chants et danses._ — Les chants peu nombreux, simples comme motifs,

sont très compliqués comme mélodie et comme exécution. Les Bandas

affectionnent les vocalises, mais chaque exécutant en modifiant le ton

et souvent la teneur, ils sont intraduisibles avec notre notation

musicale. Tout chant se compose d’un « leit-motiv », d’une phrase

répétée pendant toute la durée du tamtam. Il est accompagné d’une sorte

de récitatif sous forme de chœur. Il n’y a guère que un ou deux chants

de guerre, les chants de la circoncision et de l’excision, deux ou trois

tamtams et des chants de circonstance, couplets du jour si on peut dire.

En chantant on danse. Ce sont des danses simples sans grand caractère.

Elles consistent en flexion de jambes et battement de mains cadencés,

tantôt sans bouger, tantôt en tournant en cercle, les hommes et les

femmes étant pêle-mêle, coude à coude. « Il y a cependant une sorte de

tamtam qui est plutôt un jeu qu’une danse. Étant en cercle et frappant

les mains en cadence, un danseur quelconque se détache et se rend en

faisant les mouvements qui lui plaisent devant un autre à un point

quelconque de la circonférence. Il le désigne par un geste du doigt ou

du coude, un double appel des pieds, une inclinaison de la tête. Le

danseur désigné va trouver un troisième danseur qui, lui-même, continue

la mimique. Quand le jeu est bien lancé, on le fait en partie double,

triple, quadruple. Il s’agit de ne pas s’embrouiller dans le manège.

Quand on appelle une femme, on y joint un mouvement général du corps qui

ne laisse aucun doute sur le genre de désir qu’il veut exprimer. »

_Instruments de musique._ — Le _tamtam_ est un tronc d’arbre évidé, avec

peau de bœuf tendue ; on la frappe avec les mains, rarement avec des

baguettes. Le _Balafon_. Les touches n’en sont pas posées sur une

monture. Ils reposent sur un trou en terre assez profond qui sert de

caisse sonore. Le _Cora_ est une sorte de guitare. La caisse sonore est

formée d’une peau hexagonale tendue sur une écorce. D’un bout part une

tige en demi-cercle terminée par cinq chevilles. Les cordes, faites de

lianes, vont de ces chevilles au milieu de la caisse sonore. Les

_Castagnettes_ sont formées de deux petits fruits ronds de 3 centimètres

de diamètre (_Oncoba spinosa_), vidés et remplis à moitié de perles,

sont joints par une filière de perles. Les femmes surtout agitent cet

instrument en cadence pendant des heures entières.

[Illustration : FIG. 15. — Divers sifflets d’appel des Bandas et des

Mandjias.]

_Mythologie._ — Les Bandas, d’après M. TOQUÉ, n’ont pas de fétiches. Les

Arabes les ont traités comme des brutes incapables de comprendre et

d’embrasser l’islamisme. M. TOQUÉ pense aussi que les Bandas ne sont pas

assez développés intellectuellement pour concevoir un dogme abstrait.

Ils croient pourtant en un certain Dieu _Youvrou_ qui fait la pluie, le

tonnerre, les éclairs.

LA CRÉATION. — Youvrou, maître de l’univers, descendit du ciel pour

créer l’espèce humaine. Il fit un homme (?) qu’il nomma _Amba_ et une

femme qu’il appela _Téré_. Il créa ensuite tout ce qui devait servir à

leur existence. « Probablement satisfait de son œuvre, il fit six Mbrés

(trois hommes et trois femmes), puis six Moroubas et six Ngaos. Il les

accoupla et leur apprit le grand geste d’Amour qu’il leur fit répéter

trois fois pour s’assurer qu’ils l’avaient bien compris. Enfin il leur

montra dans la nature les plantes et les animaux, tout ce qui était bon

et tout ce qui était mauvais. Cela fait il remonta au ciel et laissa les

mortels à leur triste sort. »

LES COROCOUMBO. — Ce sont les âmes des trépassés qui reviennent

tracasser les vivants la nuit, sous la forme de nains habitant les

montagnes (le kaga Bandéro par exemple). Les vieillards seuls peuvent

les voir sans danger. Pour les autres ils sont tous plus ou moins

dangereux. Certains donnent la mort par le regard. D’autres grisent

l’homme qu’ils rencontrent avec du pipi et l’emportent ensuite. D’autres

encore offrent la nuit au passant de la viande. Si le passant refuse,

l’esprit s’en va, dans le cas contraire, l’esprit le tourmente. Quand un

homme meurt, pour apaiser les esprits, on porte sur la montagne des

cabris, des poules, des œufs et surtout du manioc, du pipi et des

chiens, en un mot tout ce qu’il faut pour assouvir la faim de ces nains.

LE JUGEMENT DES AMES. — Les Corocoumba ne comprennent parmi les âmes des

trépassés que celles des élus. Le jugement est rendu aussitôt après la

mort par tous les esprits qui ont connu le trépassé. S’il est favorable

(et il suffit pour cela de n’avoir point tué), l’âme vit parmi les

esprits des montagnes. Dans le cas contraire, le méchant est entraîné

vers une route barrée par une fosse recouverte de fagots. Il y tombe et

le feu s’allume aussitôt. Les plus grands criminels ont leur âme

incarnée dans un lion (inna) qui est condamné toute sa vie à chasser les

antilopes et à les apporter aux Corocoumba.

La vie des bons esprits est l’idéal de bonheur pour le nègre. On se

réunit à l’ombre de l’_Okourou_, on danse, on boit le pipi et on mange

les victuailles apportées en abondance par les vivants. Le royaume des

trépassés est organisé comme celui des vivants. Les esprits vivent par

agglomérations ayant chacune un chef. Ce dernier est choisi parmi ceux

qui ont été enlevés par les esprits et de préférence parmi les enfants

qui ne connaissent pas le mal. Il y a un chef suprême sur lequel les

Bandas n’ont pas donné de renseignements à M. TOQUÉ.

Un esprit peut mettre sous la protection des autres esprits un vivant

qui lui est cher, son fils par exemple. On peut aussi demander aux

Corocoumbo des guérisons. On prend une poule blanche et on se rend à la

montagne. Quand on croit que les hommes de la montagne ont eu le temps

d’approcher, on jette la poule et on s’enfuit à toutes jambes, si

l’offrande plaît aux Corocoumbo, ils guérissent le malade.

LES ESPRITS JUSTICIERS. — La victime d’un assassinat peut entraîner,

dans le délai d’un jour, son meurtrier dans la fosse enflammée réservée

aux méchants ; il lui suffit de revenir sur terre et de fixer du regard

son ennemi. Les Corocoumbo châtient parfois les méchants en leur

envoyant les _lagpa_ et les _mokoubiri_.

Le lagpa a la tête et les pieds de l’antilope, le ventre et les épaules

de l’homme. Il vient demander du _foro_ (bois rouge), de la farine, des

œufs et demande parfois de la graisse pour oindre. Malheur à celui qui

l’éconduit ; il reçoit un sort et meurt quelques heures après. Si on le

satisfait, le lagpa s’éloigne. Le Mokoubiri est un homme qui s’adresse

aux brigands pour leur demander des poules, des œufs ; ces mets une fois

apportés, il les refuse. Il demande alors du chien... et des excréments

humains. Quand il les a reçus, il fixe le criminel et s’éloigne. Deux

jours après ce dernier meurt, ordinairement après un long supplice. Les

Corocoumba viennent faire tamtam autour du moribond et le jugent quand

il expire. Les Mbrés ont modifié la conception du _inna_. Ce _lion

esprit_ est non seulement condamné à chasser l’antilope pour les

Corocoumbo, mais il peut être l’exécuteur des hautes œuvres. Dès qu’un

homme a vu le inna, il se sauve et généralement toute sa famille le

suit.

PRÉDICTIONS. — Le destin n’est consulté que quand la mort guette un

parent ou un ami et l’épreuve a pour but de savoir si le patient va

mourir dans la journée. On a le choix de trois moyens : la _zounga_, le

_doudou_ et le _foro_.

Dans le premier cas on plante légèrement en terre un bâton nommé Zounga,

on se place à 10 ou 12 pas et on lance des cailloux (_badia_) sur la

zounga, en prononçant la phrase suivante : _Sé Kiou caï sé Youccou_.

S’il va mourir tombe ! Quand on a lancé 3 ou 4 pierres, si le bâton est

resté debout, le malade est sûr de vivre 24 heures au moins.

Le _doudou_ est une sagaie que l’on place en équilibre, horizontalement,

sur la face bombée d’une calebasse renversée. On prend les côtés entre

le pouce et l’index et brusquement on laisse retomber. Si la sagaie

roule par terre, le malade est sauvé pour 24 heures.

Le _foro_ (le _mbio_ des Sangos) est le bois couleur garance. On en

prend un morceau qu’on met en terre. Si pendant une minute aucune fourmi

ne fait son apparition dans un cercle de 0m,25 autour du foro

l’horoscope est favorable ; dans le cas contraire le malade doit mourir.

IDÉES SUR LES BLANCS. — Pour ceux qui ne vivent pas constamment à notre

contact, les Blancs sont les fils de Youvrou ; ils descendent du ciel.

« Ils ne meurent pas, ils se dépouillent seulement de leur enveloppe

terrestre et remontent au ciel. »

Voici la légende que rapporte M. Toqué :

Un jour Youvrou s’émut des malheurs des Bandas chassés de leur pays par

les Arabes. Il fit venir les Blancs et leur dit :

— Les Bandas ont beaucoup de misère. Les Arabes leur font la guerre. Va

vers eux pour faire cesser le palabre.

— Avec quoi battrai-je les Arabes ? dit le Blanc ?

Alors Youvrou :

— Voilà un morceau de mon tonnerre, et il donna au Blanc le fusil !

— Et comment, continua le Blanc, montrerai-je aux Bandas que je suis

leur frère ?

— Tiens, fit Youvrou dans un élan de générosité, voilà des étoffes et

des perles. Les Bandas te reconnaîtront à ce signe, et le Blanc partit.

Les Blancs ont-ils des femmes ? Oui, disent les uns, puisqu’ils

sacrifient à la chair comme nous. Non, disent les autres, puisqu’ils

descendent du ciel. Ici seulement ils ont un corps et satisfont à ses

exigences. Pourquoi ont-ils des habits ? Tous le savent ou à peu près,

mais dans les débuts aucun d’eux ne s’en doutait. Les plus malins

avaient résolu la question : « c’est pour ne pas se brûler quand ils

sont près du feu. »

Le Dr DECORSE, d’un autre côté, a donné sur les Bandas des

renseignements que nous reproduisons ici[50] :

=Village Banda.= — Décrire un village comme Krébedjé, c’est décrire tous

les villages Banda. Krébedjé a néanmoins l’apparence de la propreté et

de l’aisance. Comme partout les cases sont groupées par quatre ou cinq,

formant de petites communautés familiales. Au centre de chaque groupe,

ou à peu près, un petit tertre : c’est la place, le forum ; on y a

planté une rangée de pieux espacés, ou un arbre mort auquel on a laissé

les branches : c’est là que les visiteurs accrochent leur fourniment :

fusils, sagaies, sacoches. Comme ce vestiaire fonctionne sans ouvreuses,

c’est à lui-même qu’on offre de menus cadeaux ; on y suspend de temps en

temps quelque épi de mil ou de maïs, afin qu’il se montre gardien plus

fidèle.

Dès le matin, le propriétaire de céans y fait apporter ses armes,

surtout s’il peut en tirer vanité.

[Illustration : FIG. 16. — Culture de la plante à sel (_Hygrophila

spinosa_) chez les Bandas.]

Il installe à côté un lit de repos, quelques bibelots, sa pipe et passe

ainsi la journée à se chauffer le ventre au soleil, dans une attitude de

mollesse béate, qui fait du nègre le modèle du traditionnel épicurien.

Non loin de là, sur la place, un peu en contre-bas, s’élève le grenier,

ou plutôt le séchoir, construction provisoire, en paille, dont les murs

prennent des airs penchés, ou tendent le ventre comme si la case était

trop pleine. Un toit s’ajuste sur le tout, tant bien que mal ; à

l’intérieur, s’étagent quelques claies en branchages où s’étalent les

épis non décortiqués.

Ce grenier ne sert pas longtemps. Une fois vide, le propriétaire en fait

un abri pour la sieste. Mais il se garde bien d’y faire la moindre

réparation qui l’empêcherait de tomber en ruines.

Il se réfugie alors dans la case aux palabres. Beaucoup de groupes en

possèdent. A Krébedjé, elles m’ont paru construites avec plus de soin

qu’ailleurs. Ce sont de petits kiosques, dont un côté seulement est

fermé par une natte, qui le protège contre le soleil, lorsqu’il baisse à

l’horizon. Sous ces abris traînent toutes sortes d’objets, mortiers,

pierres à moudre, grès à repasser, dont l’usage est commun.

Autour de la place, les habitations sont rangées sans ordre, sans

symétrie, mais toujours soigneusement espacées, dans la crainte du feu

sans doute.

Comme chez les autres Banda, ce sont des cases rondes, à toiture sphéro-

conique en paille tendue sur une carcasse en bois. L’aire intérieure est

creusée en cuvette, dont les déblais servent à construire un mur

circulaire haut d’environ 70 centimètres. Ce mur est percé d’une porte

étroite protégée par un auvent cintré. Sur le seuil, un fétiche. La

toiture touche presque le sol. Le pignon est formé d’un bouchon de

paille, qui cache la ligature des chevrons, joints au sommet, sans

l’appui d’un mât central.

Toutes les cases sont construites sur le même modèle. Dans un retrait,

cependant, nous en apercevons une petite, qui a plutôt l’air d’un abri

de fortune, c’est le hangar aux tamtams ; j’en compte trois : un grand

et deux petits.

[Illustration : FIG. 17. — Couteaux de jet bandas et mandjias.]

Le vieux Krébedjé est tout heureux de me dire qu’il les a volés chez les

Mbagas un jour que ses hommes furent les plus forts ; sans quoi les Ndis

n’en auraient probablement pas d’aussi beaux, car ils ne savent pas les

faire.

Tout autour des cases on a défriché quelques arpents de brousse pour

planter du maïs, du mil et des patates. Quelques bananiers se dressent

çà et là, poussés au gré du hasard. Deux ou trois poules, grosses comme

le poing, errent à l’aventure, fort affairées, car elles pourvoient

seules a tous leurs besoins.

Un petit sentier vous invite à quitter la place. Après maints lacets

inutiles à travers les herbes on arrive à un autre groupe d’habitations,

semblable au premier. Un peu plus loin on en trouve un troisième, puis

d’autres encore égrenés sur un espace assez considérable.

Partout ce sont les mêmes gris-gris, les mêmes cases, les mêmes

cultures. Vous faites sauver quelques femmes, crier quelques bambins

pansus, épouvantés par votre approche.

Des roquets jaunâtres, sales, d’une effrayante maigreur, vous filent

entre les jambes, en hurlant comme si vous leur aviez donné leur

quotidienne ration de coups de trique et, sans vous en apercevoir, vous

vous retrouvez en pleine brousse. Retournez-vous, cherchez, cherchez

bien : plus de village. Krébedjé a disparu ; vous n’apercevez même plus

le pignon d’une case. Si vous n’entendiez par hasard pleurer un marmot

ou aboyer des chiens, vous croiriez volontiers que vous êtes égaré dans

la brousse déserte.

=Type banda.= — Il serait, en effet, puéril de prétendre actuellement

définir un type banda. Hormis quelques signes très superficiels fournis

par des parures ou le langage, on ne saurait, la plupart du temps,

distinguer à première vue un Banda d’un Banziri ou d’un Sango. On est

évidemment en présence d’une race très métissée, où l’on découvre même

parfois de véritables physionomies européennes.

Pour résumer les caractères les plus fréquents on peut dépeindre le

Banda comme un nègre à peau foncée, à système pileux peu fourni, à

cheveux crépus et rudes. La tête est étroite, les traits sont plutôt

enveloppés, le nez large, les lèvres fortes et le prognatisme modéré. Il

est de taille moyenne, avec une grande envergure plus étendue, des

membres étoffés, des reins cambrés dont l’ensellure rend plus évidente

la proéminence des fesses.

En rapprochant les caractères physiques des indications fournies par le

langage il ne nous semble pas imprudent d’avancer que les Banda d’ici

ont bien des points communs avec les populations plus méridionales,

habitant au sud de l’Oubanghi.

Comme renseignement positif, on sait qu’il y a environ cinquante ans,

peut-être un peu plus, les Banda habitaient, plus à l’est, un pays

limitrophe du Ouadaï, s’étendant vers le sud jusqu’aux rives de la

M’Bomou. C’est là que les localisait le Cheikh Et Tounsi, sous le nom de

Bandéh Djoko et de Bandéh Yam-Yam. Ils se connaissaient dans leur langue

sous le nom de Ouaka, qui désigne aussi la rivière que nous appelons

Koango. Des perturbations profondes, dues aux incursions des Arabes et

des Anglo-Egyptiens dans le bassin du Haut-Nil, les ont chassés vers

l’Ouest, jusqu’aux régions où nous les trouvons aujourd’hui.

Ils se sont établis en îlots plus ou moins fixes, dont la localisation

est rendue plus difficile par notre ignorance de la topographie.

III. — LES MANDJIAS

Les _Mandjias_ forment aujourd’hui plusieurs groupements disloqués et

éparpillés au milieu de la vaste contrée occupée par les _Bandas_. Ces

derniers, chassés constamment de l’E. par les chasseurs d’esclaves, se

sont heurtés aux _Mandjias_. « Ceux-ci, formant un bloc compact, étant

attachés à la terre, ont résisté passivement, se sont fait lentement

refouler en certains points mais n’ont point émigré à de grandes

distances[51]. » Toutefois nous savons que la fraction de la Nana est

originaire des bords de l’Oubangui, d’après M. TOQUÉ et suivant les

souvenirs du vieux chef Makourou qui dit avoir vu le grand fleuve dans

sa jeunesse[52]. D’autres sont venus du N.-O. où s’est développée leur

civilisation. C’est en effet dans les Bayas, population des rives de la

Haute-Sangha étudiés par CLOZEL[53], qu’il faut chercher ce qu’elle

était avant le déclin de cette race. Les poteries bayas qui atteignent

parfois 1m,50 de haut et sont couvertes d’ornements, n’existent pas dans

les villages mandjias du territoire civil du Chari : signe du recul de

cette civilisation. Ensuite ils ont été refoulés vers les sources de la

Kémo par les Foulbés de l’Adamaoua et une population guerrière du bassin

de la Ouam, les Ngaos. De plus Senoussi, avant l’arrivée des blancs, est

venu leur faire la guerre jusqu’au pays des Mbrous de Diouma. L’on sait

ce qu’impliquent d’atroces misères ces invasions africaines : les

razzias constantes, le rapt des femmes et des enfants, les maladies qui

sévissent sur les vaincus affamés et harassés, le cannibalisme qui

attend les prisonniers de guerre. Réduits actuellement à 60,000

habitants soumis à notre autorité, ils ne se sont pas remis de ces

souffrances, loin de là. Au poste de la Nana, M. CHAMARANDE eut

l’obligeance de nous mettre en rapport avec Makourou, l’un des plus

importants chefs Mandjia de la contrée, le seul peut-être ayant sur ses

administrés, fait rare chez ces fétichistes, une influence suffisante

pour les commander en notre nom. Le personnage est intéressant à

présenter.

L'Afrique centrale française · 第 10 / 66 段