SIXIÈME OBSERVATION.

Le moyen de bien boucher ne dépend que d'un peu de pratique: il suffira

de s'appliquer à une douzaine de bouteilles, avec l'assurance et

l'exactitude convenables, pour se familiariser avec le verre[59].

[59] Voyez l'article _Du Bouchage_, page 16.

Partout, et tous les jours, on met des vins, des liqueurs, etc., en

bouteilles, qu'on fait voyager par terre et par mer, jusqu'aux régions

les plus éloignées; les dames-jeannes de verre, de quarante à

quatre-vingts pintes de capacité, pleines d'huile de vitrol, et d'autres

fluides, sont transportées avec le même succès. Il en sera donc de même

de toutes les substances animales et végétales conservées en bouteilles,

etc., lorsqu'on aura pris à leur égard l'habitude des soins et des

précautions qu'elles exigent. Combien de liqueurs précieuses sont

souvent perdues ou altérées, faute d'avoir été bien bouchées.

Personne ne doutera, d'après toutes les expériences et les observations

que j'ai détaillées, que la mise en pratique de cette nouvelle méthode

qui, comme on a pu le juger, réunit à la plus grande économie, un degré

de perfection inespéré jusqu'à ce jour, ne procure tous les avantages

suivans:

Le premier, diminution considérable dans la consommation du sucre de

cannes.

Le deuxième, emploi du sirop de raisin.

Le troisième, conservation dans tous les pays et pour toutes les

saisons, des substances alimentaires végétales et animales, des plantes

et sucs médicinaux, très-abondants et à très-bas prix, dans certains

temps et dans diverses contrées, et très-rares et à très-haut prix dans

d'autres.

Le quatrième, moyen certain de procurer aux hospices civils et

militaires, aux armées mêmes, les secours les plus précieux, et dont le

détail se présente si naturellement à l'imagination, qu'il serait

superflu d'en faire l'énumération.

Le cinquième, ressources inappréciables pour la marine, en ce qu'avec

cette méthode, on peut procurer, à bord des vaisseaux, et avec une

économie de plus de cinquante pour cent, une nourriture fraîche et

salubre, pour les voyages de long cours; en ce que les gens de mer

pourront avoir dans leurs maladies de l'excellent bouillon, diverses

boissons acidules, des légumes et des fruits; en ce qu'ils pourront

jouir d'une foule de substances alimentaires et médicamenteuses, dont

l'usage préviendra ou guérira les maladies que l'on contracte en mer, et

particulièrement le scorbut; ressources bien dignes de fixer

l'attention, quand on réfléchit que les salaisons et leurs mauvaises

qualités entraînent la mort d'un nombre considérable de marins.

Le sixième, moyen certain pour la médecine de soulager l'humanité

souffrante, par la facilité de trouver en toutes saisons, les

substances animales, les végétaux et les sucs des plantes de tous les

pays, avec toutes leurs qualités et leurs vertus naturelles.

Le septième, nouvelle branche de commerce d'échange et d'industrie, en

ce que cette méthode facilite l'exportation des substances trop

abondantes en France, et l'importation des denrées et des productions

qui ne viennent exclusivement que dans les pays qui lui sont étrangers.

Le huitième, moyen de conservation et facilité d'exportation des vins de

beaucoup de vignobles, en ce que ces vins, qui peuvent à peine durer un

an sans altération, et encore sans déplacement, pourront se conserver

plusieurs années, et être envoyés à l'étranger.

Le neuvième, celui de conserver les meilleures bières, de les

transporter dans les pays les plus éloignés et de les maintenir telles

qu'elles sont au moment où elles sortent de la brasserie.

Le dernier enfin, le domaine de la chimie enrichi de cette découverte, à

laquelle elle ne manquera pas de donner de nouveaux développemens.

Tous ces avantages, et tant d'autres que l'expérience fera découvrir,

produits par une seule et même cause, sont dignes de l'attention de tous

les amis de l'humanité, et particulièrement de celle de ces savans

recommandables qui se livrent avec une constance infatigable à l'étude

de la nature.

Qu'on jette maintenant un coup-d'œil sur toutes les autres méthodes

tant anciennes que modernes; que l'on en calcule les résultats, et l'on

verra si elles peuvent soutenir un instant la moindre idée de

comparaison avec une découverte dont le principe unique s'applique

généralement à tout, et dont le succès est aussi certain qu'agréable et

utile à l'humanité.

_Résumé des Procédés._

Pour la plus grande intelligence de cet ouvrage, et pour soulager la

mémoire du lecteur, je crois indispensable de faire ici la

récapitulation des procédés qui constituent ma méthode. Il résulte donc

de tout ce qui précède:

1º Que le bain-marie appliqué aux diverses substances, d'une manière

convenable, et ainsi qu'il est expliqué dans les différens articles qui

leur sont relatifs, est l'unique moyen connu jusqu'à ce jour pour opérer

la parfaite conservation de toutes les substances, sans exception;

2º Que ce qui concourt le plus efficacement à ce but, est le parfait

bouchage, pour lequel on ne doit rien négliger: une palette est

nécessaire pour forcer le bouchon d'entrer;

3º Que les bouteilles doivent être bien confectionnées, c'est-à-dire que

la matière soit répartie également; elles doivent, pour opérer le

parfait bouchage, avoir une embouchure conique comme celle des

bouteilles de Champagne.

4º Que les boîtes de fer-blanc et de fer battu doivent être bien

confectionnées, avec des matières de premier choix, bien laminées,

décapées, planées avec soin, et que l'étamage doit être bien soigné,

afin d'éviter les soufflures que l'étamage peut masquer; défaut, qui

provient du laminage ou du décapage;

5º Qu'on peut se servir de bouteilles de deux, trois, quatre, cinq,

etc., pintes, même de dames-jeannes de vingt à quarante pintes de

capacité, pour conserver des substances en raison des consommations

présumées;

6º Que pour les grosses pièces, soit en viandes, poissons, gibier ou

fruits, on se sert de bocaux en verre, de plus ou moins grande

embouchure; les boîtes de métal les remplacent maintenant avec plus

d'avantage;

7º Que les bouchons doivent être du liége le plus fin;

8º Que pour s'en servir, il faut les comprimer, sans les mouiller, au

moyen d'une mâchoire à levier.

9º Que les bouchons pour les vases à grandes embouchures ne peuvent se

composer que de plusieurs pièces collées ensemble[60], de manière que

les pores du liége soient dans une direction horizontale à l'embouchure

du vase: les bouchons, ainsi composés, doivent être comprimés comme les

précédens;

[60] Au moyen de la colle indiquée, page 22.

10º Que les bouteilles, bocaux, etc., doivent être ficelés;

11º Qu'on ne parviendra à bien ficeler les bouchons pour les grandes

embouchures, qu'en appliquant sur leur largeur, lorsque le vase est déja

bouché, un morceau de liége, pour donner prise à la ficelle ou fil de

fer sur le bouchon;

12º Que toutes les bouteilles et les bocaux doivent être enveloppés de

linges, ou mis dans des sacs faits exprès, pour subir le bain-marie;

13º Que les bouteilles, boîtes, etc., pourront être disposées dans la

chaudière, de telle manière et dans telle position que l'on voudra;

cependant il est plus convenable, par rapport aux bouchons et aux

couvercles, de les mettre debout;

14º Que les préparations étant ainsi disposées dans la chaudière, on la

remplit d'eau fraîche;

15º Que plus on évitera l'évaporation de l'eau en ébullition, plus on

s'évitera la peine d'ajouter de l'eau au bain-marie, comme il a été dit,

et plus on économisera le combustible: ce n'est qu'à cet effet que j'ai

prescrit le couvercle pour couvrir la chaudière, et recommandé de

préférence le bain-marie couvert.

16º Qu'ayant ainsi préparé la chaudière, on la tient plus ou moins de

temps à l'action du feu, suivant la nature des substances qu'on veut

conserver, ainsi qu'il est dit à chaque article;

17º Que le temps prescrit étant expiré, on doit aussitôt retirer tout le

feu du fourneau, si l'on opère dans une chaudière construite en

maçonnerie, ou bien la retirer de suite de dessus le feu, si sa nature

le comporte;

18º Que pour les substances qui exigent plus d'un bouillon au

bain-marie, et lorsqu'on opérera sans couvercle, il faut entretenir

l'eau à la même hauteur dans la chaudière; que l'eau qu'on doit y

ajouter doit être bouillante;

19º Que par la nouvelle manière d'appliquer le calorique au bain-marie,

ce dernier doit être toujours exactement couvert, et n'a jamais besoin

d'être rempli.

20º Qu'un quart d'heure après avoir privé du feu le bain-marie, on doit

en retirer l'eau par le robinet; et s'il n'y a pas de robinet, on en

retirera les bouteilles lorsque l'eau sera assez refroidie pour en

supporter la chaleur à la main.

21º Que l'eau étant sortie de la chaudière, on la découvrira une

demi-heure après seulement; et une heure après l'avoir découverte, on en

retirera les bouteilles, etc.

22º Qu'on doit, en examinant les bouteilles avec précaution, s'assurer

qu'elles n'ont aucune avarie au sortir du bain-marie, et les coucher

ensuite sur des lattes, à la cave ou dans un lieu tempéré;

23º Que l'on peut, si l'on veut, et sans que cela soit d'une absolue

nécessité, goudronner les bouteilles avec du galipot seul, ou avec le

lut indiqué par M. Bardel, avant de les ranger à la cave;

24º Que les vases à grandes embouchures étant bien plus chers et bien

plus difficiles à boucher parfaitement que ceux à petites embouchures,

il sera plus facile, plus économique et plus certain, d'opérer sur les

substances animales, après les avoir désossées, et sur les gros fruits,

après les avoir coupés par quartiers;

25º Que le même bain-marie peut contenir différentes espèces de

substances dans des bouteilles ou boîtes séparées, pourvu que ces

substances aient été disposées de manière à n'avoir besoin que du même

degré de chaleur au bain-marie.

Le livre de tous les ménages ou l'art de conserver pendant plusieurs années toutes les substances animales et végétales · 第 124 / 161 题