RIZ AU GRAS.

Plein une cuiller à bouche de cette substance conservée comme il a été

dit, suffit, avec trois onces d'eau environ, pour faire un excellent

potage.

On pourra l'employer de telle autre manière qu'on désirera.

Quant à toutes les viandes, volailles, gibier, poissons, etc., qui ont

reçu trois quarts de cuisson dans la préparation et le surplus au

bain-marie, comme je l'ai indiqué, je les fais chauffer en sortant du

vase, au degré convenable, pour les servir de suite sur la table. S'il

arrivait, par exemple, qu'au sortir du vase, l'objet qui y était

renfermé ne fût pas assez cuit, par le défaut des procédés

préparatoires, ou pour n'avoir pas reçu suffisamment l'application de la

chaleur au bain-marie, dans ce cas on le met sur le feu pour lui donner

le degré de cuisson nécessaire. En conséquence, lorsque l'artiste aura

bien soigné ses préparations, qu'elles seront assaisonnées et cuites à

propos, l'usage en sera facile et commode dans tous les cas, parce que,

d'un côté, on n'aura besoin que de faire chauffer, et que, de l'autre,

on pourra les manger froides au besoin. Les substances ainsi préparées

et conservées n'exigent pas, comme on pourrait le croire, d'être

consommées aussitôt qu'elles sont débouchées. On peut faire usage des

comestibles d'un même vase pendant huit et dix jours après qu'il a été

débouché[51], avec le soin seulement de remettre le bouchon aussitôt

qu'on en a pris pour le besoin; ainsi on pourra régler la capacité des

vases d'une à vingt-cinq pintes et plus, suivant l'importance des

consommations présumées.

[51] Voyez le rapport fait à la Société d'encouragement pour

l'industrie nationale, par M. Bouriat, au nom de la commission. Deux

demi-bouteilles, l'une de lait, l'autre de petit lait, débouchées

depuis vingt à trente jours, avaient été rebouchées avec peu de soin;

cependant les deux substances avaient conservé toutes leurs

propriétés.

Du bouillon simple, resté, après avoir été débouché, pendant quatre à

cinq mois dans le cabinet de M. Keraudren, médecin de la marine,

s'était parfaitement conservé, et n'avait contracté d'autre goût que

celui de moisi.

Le 15 décembre 1810, j'ai débouché une bouteille de consommé, et une

remplie de hachis de bœuf et de volaille préparés depuis trois mois.

Après avoir vidé ces deux bouteilles aux trois quarts, je les ai

rebouchées tout simplement, pour les exposer à une température de

quinze degrés de chaleur environ.

Le 28 mars suivant, j'ai retrouvé ces substances sans aucune

fermentation, altération ou putréfaction, et n'ayant contracté d'autre

goût que celui de moisi, à travers lequel j'ai encore parfaitement

distingué la saveur et le goût primitif de ces substances, au point

que je crois que, dans un pressant besoin, l'usage en eût encore été

supportable.

D'après ces expériences, il paraît que les substances animales

conservées par le procédé du bain-marie se conservent très-long-temps

après avoir été débouchées, et qu'elles ne sont plus aussi

susceptibles de décomposition que celles préparées pour l'usage

journalier.

Le livre de tous les ménages ou l'art de conserver pendant plusieurs années toutes les substances animales et végétales · 第 87 / 161 题