CHAPITRE I.

_Description des ateliers et appareils que j'ai établis, pour

l'exploitation en grand de mon procédé_[8].

[8] On conçoit que pour l'usage particulier des ménages et pour les

petites opérations, il n'est pas nécessaire d'établir de pareils

ateliers: il suffit, pour opérer d'après ma méthode, d'avoir les vases

et autres ustensiles qui se trouvent partout où l'on s'occupe de

provisions d'hiver.

La première pièce au rez-de-chaussée, de 55 pieds de long sur 28 pieds

de large, est divisée sur sa longueur en six parties:

La première est destinée aux expéditions, emballages, etc.

La seconde forme le magasin des préparations confectionnées et destinées

à la vente.

La troisième, plus spacieuse que les précédentes, est celle où les

viandes de boucherie, la volaille et le gibier sont détaillés et

disposés pour la cuisson.

La quatrième, exposée au nord, renferme le garde-manger et l'office,

séparés l'un de l'autre par une cloison.

La cinquième, à côté et à la même exposition, est garnie dans son

pourtour de tringles ou de supports auxquels se peuvent accrocher à la

fois jusqu'à trois ou quatre bœufs. Dans cette pièce sont placés les

objets ci-après, destinés au bouchage, savoir:

1º Un dévidoir pour le fil de fer servant à ficeler les bouteilles et

autres vases. Pl. 1, _fig._ 1.

2º Un petit tour pour tordre le fil de fer, lorsqu'il est dévidé et

coupé de longueur. Pl. 1, _fig._ 2.

3º Deux mâchoires à levier pour mâcher les petits et les gros bouchons.

Pl. 1, _fig._ 3 et 4.

4º Un tabouret monté sur cinq pieds, pour ficeler. Pl. 1, _fig._ 5.

5º Un casse-bouteilles ou billot _a_ monté sur trois pieds, garni d'une

forte palette _b_ pour boucher. Pl. 1, _fig._ 6. La _fig._ 7 représente

la surface.

6º Pinces-cisailles pour tordre et couper le fil de fer sur le bouchon.

Pl. 1, _fig._ 8.--Avec cet instrument de nouvelle invention on a

l'avantage de pouvoir tordre le fil de fer et le couper, sans être

obligé d'employer successivement la pince et la cisaille.

7º Cisaille, Pl. 1, _fig._ 9, servant à couper le fil de fer en deux

parties égales, lorsqu'il est sur le dévidoir, _fig._ 2.

8º Crochet et tire-bouchon réunis; le crochet est destiné à couper

au-dessous de la bague le fil de fer qui ficèle les bouteilles et

bocaux. On se sert du tire-bouchon pour les gros bouchons. Pl. 1,

_fig._ 10.

9º Une quantité suffisante de sacs de treillis pour envelopper les

bouteilles et autres vases.

10º Deux tabourets couverts en cuir, rembourrés de foin, pour tasser

ceux d'entre les objets renfermés dans les vases, qui ont besoin de

l'être. Pl. 1, _fig._ 8.

11º Une presse pour les sucs de plantes, de fruits, d'herbes et le moût

de raisin, avec des terrines, vases, tamis, et tout ce qui est

nécessaire[9].

[9] Excepté les mâchoires à levier, les tabourets pour tasser et les

sacs pour envelopper les bouteilles et la pince-cisaille, le surplus

des appareils ci-dessus cités sont connus depuis long-temps,

particulièrement en Champagne, où on a l'habitude de boucher

parfaitement.

La sixième et dernière partie est la cuisine, Pl. 2, _fig._ 1: elle est

garnie de toute sa batterie, et de sept fourneaux économiques _a, a, a,

a, a, a, a_ pour l'apprêt des sauces, sautés, etc.; d'une paillasse _b_

pour les grillades, et de deux coquilles _c, c_, et d'un tourne-broche

_d_ propre à rôtir à la fois 50 ou 60 livres de boucherie.

Sous le vestibule en sortant est un grand fléau garni de ses poids.

A la suite de ce vestibule est l'atelier de ferblanterie où se

confectionnent les boîtes; il est divisé en deux pièces de chacune

environ 15 pieds de long sur 28 de large. Vingt-cinq à trente ouvriers

y peuvent travailler commodément.

Plus loin sur le même plan et en retour d'équerre à droite, une

très-grande pièce de 150 pieds de long sur 28 de large et 17 de hauteur,

divisée en six parties:

Les deux premières en entrant par la cour, d'ensemble 60 pieds de long,

forment le laboratoire où s'opèrent la cuisson des substances et

l'application du calorique par le _bain-marie_; ou par la _vapeur_,

lorsqu'il s'agit de clarification ou de réduction.

Dans ces deux pièces sont construits, en briques de Bourgogne, treize

fourneaux économiques, Pl. 2, _fig._ 2, élevés de 4 pieds sur 4 pieds de

large, y compris la saillie, à la base, de 8 pouces de largeur sur

7 pouces de hauteur, sur lesquels sont montés autant d'appareils,

consistant:

1º En une grande chaudière à vapeur, Pl. 3, _fig._ 1, de 48 pouces de

diamètre sur 24 pouces de profondeur, garnie d'un robinet et fermée d'un

fort couvercle _a_, percée de quatre ouvertures de 16 pouces de

diamètre, dans chacune desquelles est montée une poêle _b_ de même

dimension sur 5 pouces de profondeur, armée d'un robinet et destinée à

recueillir les réductions.

Au milieu de ces quatre poêles existe un chapiteau conique _c_ de 7

pouces de diamètre à sa base, soudé sur une ouverture de même dimension

pratiquée dans le couvercle de la chaudière au-dessus duquel il s'élève

de 10 pouces. Ce chapiteau présente à son sommet trois ouvertures _d_:

les deux premières reçoivent chacune un conducteur de chaleur _f_ de

15 lignes, environ, de diamètre; l'un desdits est garni, près du

chapiteau, d'un robinet à deux eaux _g_. La troisième ouverture sert à

l'introduction dans la chaudière de l'eau nécessaire à l'entretien de la

vapeur, et est fermée par un bouchon.

Le premier de ces conducteurs _f_ qui porte 70 pieds de long, chauffe

une étuve placée à l'entresol près de l'appareil. Après avoir fait le

tour de cette étuve, il revient en contrebas rendre dans un vase _h_

posé près de la chaudière, l'eau et l'excédant de la vapeur.

Comme ce conducteur, en sortant du chapiteau de la chaudière, décrit

dans sa longueur une ligne ascendante et descendante, une partie de

l'eau condensée rentre dans ladite chaudière, et l'autre va se perdre

dans le réservoir _h_ dont il vient d'être parlé.

Lorsque, le robinet de ce premier conducteur est fermé, le second, qui

parcourt un espace de près de 50 pieds, porte le calorique, au moyen

d'un double robinet à trois eaux _i_, dans deux cônes en bois _e, e_

cerclés et garnis en cuivre.

Le diamètre de ces cônes est de 2 pieds 6 pouces à leur base, et de

19 pouces à leur orifice; leur hauteur est de 2 pieds; ils sont armés

chacun, vers le bas, d'un robinet _k_ pour l'écoulement de l'eau

produite par la vapeur condensée, et vers le haut, d'une petite soupape

de sûreté _l_.

Chacun de ces cônes est surmonté d'un dépuratoire _m_ de la forme d'un

cône renversé, portant 14 pouces de haut sur 27 de diamètre par le

haut, et 19 pouces par le bas. Ces dépuratoires sont également armés de

leurs robinets _o_. Leur usage est la cuisson de toutes les substances,

la clarification de la gélatine et la préparation des gelées de viandes.

2º En trois fourneaux montés de trois autoclaves _a, a, a_, de la

contenance de 300 à 400 litres, garnis de leurs couvercles et soupapes

de sûreté. Pl. 2, _fig._ 2.

3º Sept fourneaux portant autant de grandes chaudières _b, b, b, b, b,

b, b_ de 300 à 400 litres, garnies de couvercles et de forts

robinets[10]. Pl. 2, _fig._ 2.

[10] Si dans les grandes opérations il est nécessaire d'avoir de

vastes chaudières armées de forts robinets, c'est qu'il serait trop

long de laisser refroidir un tel volume d'eau, restant toujours sur un

fourneau échauffé, et que d'un autre côté la chaleur, appliquée trop

long-temps aux substances, leur ferait beaucoup de tort. On pourra

donc se servir, sans inconvénient, dans les petites opérations et dans

les ménages, du premier chaudron ou vase de terre pour les

bains-marie, pourvu que les bouteilles puissent baigner jusqu'à la

cordeline (ou bague); on peut même, à défaut d'un vase assez haut,

coucher les bouteilles dans le bain-marie, avec la précaution de les y

bien emballer, pour éviter la casse. On peut aussi, lorsque la hauteur

de la bouteille excédera celle du vase, le couvrir d'un autre vase,

que l'on renversera dessus en forme de cloche. Plusieurs opérations de

cette manière m'ont très-bien réussi. Les bouchons se fatiguent un peu

plus à l'extérieur; mais lorsque les bouteilles sont bien bouchées, il

n'y a rien à craindre. Par exemple, il ne conviendrait pas d'y coucher

ainsi les vases bouchés de bouchons de plusieurs pièces, parce que ces

sortes de bouchons sont plus tourmentés par l'action du feu, et

quelque bien bouché que pourrait être le vase, il serait imprudent de

l'exposer.

Les petits bains-marie sont d'autant plus commodes qu'ils se placent

partout et se déplacent à volonté; ils refroidissent promptement, et

lorsqu'on y peut tenir la main, on en retire les bouteilles:

l'opération est ainsi terminée.

Les vases de verre présenteront toujours plus de facilité; et si les

boîtes de fer-blanc, ou mieux encore celles de fer battu, conviennent

davantage aux grandes opérations, il n'en est pas de même dans les

ménages particuliers, à cause de la difficulté que l'on éprouve pour

la fermeture des boîtes.

4º Deux autres fourneaux _c, c_ de 16 pouces de diamètre, surmontés l'un

d'un dépuratoire _d_, et l'autre d'un petit autoclave _d_2 de la

contenance de 60 litres, destiné aux petites opérations. Pl. 2,

_fig._ 2.

La troisième pièce, après les deux laboratoires que l'on vient de

décrire, est garnie de 500 à 600 moules en fer-blanc, destinés à couler

la gélatine en tablettes.

La quatrième pièce ensuite est celle où s'opère l'évaporation par le

moyen d'un appareil, dit: _Evaporateur à surfaces, pour la concentration

de la gélatine et autres liquides_, Pl. 4, _fig._ 1, inventé par M. Ch.

Derosne, et dont voici la description:

A. Réservoir alimentaire supérieur, contenant la dissolution

gélatineuse.

B. Régulateur de la quantité qui doit couler dans un temps donné.

C1, C2, C3. Chaudières de circulation dans lesquelles la dissolution

gélatineuse coule continuellement en s'évaporant. Ces chaudières sont

placées sur trois étages les unes au-dessus des autres.

Le réservoir alimentaire A est muni d'un robinet _d_ auquel est adaptée

une boule flottante _b_, qui, par son élévation ou son abaissement,

permet un écoulement plus ou moins considérable du liquide.

En sortant du robinet _d_ le liquide tombe dans le régulateur B qu'il

remplit plus ou moins, suivant le jeu qu'on veut donner à la boule

flottante _b_, et il en sort par les petits robinets _f_ et les tuyaux

_g_ pour se rendre sur chaque division inférieure de la chaudière à

surface.--Ce liquide parcourt les sinuosités établies par les bandes _h,

h, h, h_ fixées sur les fonds des chaudières, et tombe par le tuyau _g_

sur la deuxième chaudière dont il parcourt également les divisions pour

de là se rendre par un tuyau semblable _g_ sur la troisième chaudière

dont il suit aussi les sinuosités. Arrivé à la dernière division de

cette chaudière, la solution gélatineuse tombe dans un récipient par le

tuyau _k_.

On voit, Pl. 4, _fig._ 1, deux systèmes d'appareils d'évaporation

accolés l'un à l'autre.

Un seul réservoir alimentaire et un seul régulateur servent pour les

deux systèmes.

Les dissolutions gélatineuses, en parcourant les divisions des

chaudières sont concentrées, en restant le moins de temps possible

exposées à l'action détériorante du feu. On pourrait à la rigueur les

évaporer en une seule fois, mais pour obtenir ce résultat, il faudrait

ne laisser couler à la fois qu'une couche bien mince de liquide, ce qui

exigerait beaucoup de surveillance dans la manière de conduire le feu.

Dans un travail un peu en grand on peut pousser le feu vivement, sauf à

repasser plusieurs fois dans le réservoir alimentaire les liquides

soumis à l'évaporation.

Les fourneaux sont disposés de manière que le feu, après avoir frappé le

fond de la première chaudière se rend sous la deuxième, puis sous la

troisième, et enfin sous le réservoir alimentaire, toujours en

abandonnant du calorique sous ces chaudières, de sorte que lorsque l'air

comburé arrive dans la cheminée, il est dépouillé de la plus grande

partie du calorique qu'il contenait originairement.

Cet ingénieux appareil d'évaporation que je dois à l'obligeance de M.

Ch. Derosne, déja si connu par les services importans qu'il a rendus à

l'industrie, m'a mis à même d'évaporer des quantités très-considérables

de solutions de gélatine. J'obtenais, par jour, 200 à 250 kilogrammes de

gélatine, rapprochés au degré convenable, pour être coulé en tablette.

M. Ch. Derosne, dans le brevet d'invention qu'il a cru devoir prendre

pour ce système d'évaporation, a donné la description d'une foule de

modifications qu'on peut apporter à cette sorte d'appareils. Dans une de

ces modifications il ne chauffe les chaudières évaporatoires qu'au moyen

de la vapeur sans pression; dans une autre il emploie un appareil

complexe dont une partie est chauffée par l'action directe du feu, et

produit elle-même la vapeur qui, forcée de passer sous des plateaux,

sert à l'évaporation d'une nouvelle quantité de matière, de sorte qu'on

a deux produits pour un, c'est-à-dire, l'un évaporé à feu nu, et l'autre

par la vapeur. Quant à moi, je me suis borné à employer l'appareil tel

que je l'ai décrit; mais il est évident que ce système, plus ou moins

modifié par M. Ch. Derosne, peut servir à l'évaporation d'une foule de

substances qui ne sauraient être évaporées à feu nu sans crainte de les

altérer.

La cinquième pièce, séparée de la précédente par une simple cloison, est

garnie de rayons et sert au dépôt des matières préparées pour les

diverses opérations.

La sixième pièce, de 60 pieds de long sur 28 de large et 17 de haut,

forme le grand magasin, et renferme le bois et les piles d'os de

_Canards_[11], ou têtes de bœufs décharnées, dont on extrait la

gélatine.

[11] Le mot _Canard_ est le seul employé dans les abattoirs.

Au-dessus de ce magasin est un grand séchoir de 100 pieds de long sur 27

de large et 13 de hauteur, garni de corps de rayons supportant plus de

400 châssis en canevas, sur lesquels s'étendent les tablettes de

gélatine, avant d'être placées dans la grande étuve. Cette pièce sert

aussi à emmagasiner la gélatine confectionnée et renfermée dans de

grands coffres. Les bouteilles, les bocaux, et les bandes de liége

employé à faire les bouchons de plusieurs morceaux sont aussi déposés

dans ce séchoir.

La grande étuve placée vers le milieu de la pièce que l'on vient de

décrire, est garnie dans son pourtour et sur toute sa hauteur de corps

de rayons destinés au même usage que les précédens. Elle peut être

chauffée jusqu'à 35 degrés et plus par le tuyau de cheminée de

l'appareil évaporateur dont on a parlé plus haut. Lorsque cet appareil

n'est point en activité, on a recours aux poêles ordinaires.

Sur la cour et en face des précédens ateliers, est encore un laboratoire

divisé en trois parties.

Dans la première sont construits trois fourneaux montés chacun d'une

chaudière avec couvercle et robinet, l'une de 2 pieds 8 pouces de

diamètre sur 14 pouces de profondeur, une autre de 16 pouces de diamètre

sur pareillement 14 pouces de profondeur. Un de ces fourneaux contient

la chaudière destinée à rapprocher le lait. On trouvera la description

de cet appareil à l'article _Lait_.

C'est dans cette pièce que se font cuire les _Canards_ ou têtes de

bœufs, pour être ensuite décharnés dans les deux pièces suivantes.

En dehors est pratiqué un spacieux réservoir en pierre recevant par un

conduit l'eau d'une pompe distante de près de 50 pieds, et auprès de

laquelle est établi un second réservoir aussi en pierre recevant l'eau

d'un autre réservoir garni en plomb et situé au-dessus de la pompe. Ce

dernier réservoir en alimente un quatrième, qui, par un conduit, amène

l'eau dans une pièce dite le _Lavoir_, où sont de grands baquets

destinés à dégorger et laver les têtes de bœufs au sortir de

l'abattoir.

J'ai la précaution de faire confectionner d'avance un assortiment de

boîtes de fer-blanc de toutes capacités dont je prévois le besoin, de la

manière qui sera indiquée tout-à-l'heure: je fais également ma provision

de bouteilles et de vases de verre de toutes grandeurs et d'embouchures

convenables, ainsi que des meilleurs bouchons et de fil de fer bien

recuit, choisi du calibre convenable à ficeler. Le tout ainsi prévu,

j'ai l'attention, deux jours avant d'opérer, de bien laver les boîtes

ainsi que les vases de verre en quantité suffisante pour l'opération. Je

passe aux mâchoires les bouchons, je tiens le fil de fer tout prêt;

lorsque le tout est ainsi préparé, les opérations sont à moitié faites.

Le principe conservateur de toutes les substances alimentaires est

invariable dans ses effets; les résultats dépendent de son application

d'une manière convenable à chacune d'elles, suivant leur nature, avec la

privation de l'air. Cette dernière précaution est de la plus grande

rigueur pour parvenir à la parfaite conservation. Un moyen sûr de priver

les substances alimentaires du contact de l'air, c'est d'avoir une

parfaite connaissance des boîtes de fer-blanc ou de fer battu, de leur

fermeture, des vases de verre qu'on emploie, ainsi que des bouchons et

de la manière de bien boucher.

Le livre de tous les ménages ou l'art de conserver pendant plusieurs années toutes les substances animales et végétales · 第 17 / 161 题