AVANT-PROPOS.

Si l'on peut juger de l'utilité d'un livre par l'accueil qu'il reçoit du

public, par l'épuisement rapide de plusieurs éditions tirées à un grand

nombre d'exemplaires, par sa traduction dans plusieurs langues, par

l'analyse qu'en ont faite les journaux, par les témoignages avantageux

de plusieurs sociétés savantes, _le Livre de tous les Ménages_ est, à

coup sûr, un livre utile.....

Et comment pourrait-il être considéré autrement, lorsqu'il a pour objet

de conserver, presque sans frais et pour plusieurs années, dans leur

fraîcheur et avec leurs propriétés naturelles, toutes les substances

alimentaires, végétales et animales, sans aucune exception?

Sans doute, cette découverte intéressante n'est pas encore portée à son

plus haut degré de perfection; cependant elle n'est plus une de ces

théories brillantes qui donnent beaucoup d'espoir sans réalité. Fondée

sur un principe unique et indestructible, le calorique, elle est

invariable dans ses résultats, toutes les fois qu'elle est

convenablement appliquée.

Ici la théorie est appuyée sur des faits nombreux, sur un grand nombre

d'expériences, dont le résultat est d'une telle évidence qu'il ne peut

plus être mis en problème.

La conservation des substances alimentaires a été, dans tous les temps,

considérée comme un objet de si grand intérêt, qu'une foule d'auteurs

anciens et modernes n'ont pas dédaigné de s'en occuper; mais si les

méthodes qu'ils ont publiées ont en effet servi à indiquer quelques

procédés utiles, il n'en est pas une seule qui puisse, comme celle dont

il s'agit ici, s'appliquer généralement à toutes les substances; il n'en

est pas une seule qui soit aussi simple et aussi facile à mettre en

pratique.

On ne peut donc confondre la méthode proposée avec aucune de celles

imaginées jusqu'à ce jour, et qui se réduisaient à la dessiccation, la

salaison ou l'amalgame de substances étrangères à celle qu'il s'agit de

conserver; méthodes dont quelques-unes entraînaient à de grands frais,

telles entre autres que la conservation des fruits avec le sucre de

cannes, et dont toutes altéraient, plus ou moins, les qualités

naturelles des substances conservées[1].

[1] La dessiccation enlève l'arome des végétaux, change le goût des

sucs, racornit la matière fibreuse et parenchymateuse.

Le sel porte dans les substances qu'il conserve une âcreté

désagréable, détruit la fibre animale....... L'eau employée pour

dessaler ces préparations entraîne, aux dépens des parties digestives

et nutritives de ces substances, les principes solides qui les

constituent.

Le sucre masque ou détruit en partie l'acidité agréable des fruits,

sans parler de la quantité de ce condiment qu'il faut employer pour

conserver la substance à laquelle on l'unit.

Nous ne parlerons pas des effets du vinaigre et de l'eau-de-vie; ils

sont trop généralement connus.

Dans toutes ces méthodes, tout est compliqué et altéré; ici les

procédés sont de la plus grande simplicité.

L'auteur ne vous dit pas: le procédé que je vous indique, je le tiens

d'une bonne ménagère; mais il vous dit: je le tiens de quarante ans de

travaux, et de quarante années d'expérience; je vous en garantis le

succès, bien entendu toutefois que vous suivrez exactement tous les

moyens qui vous sont indiqués.

L'auteur ne vous dit pas: _vous conserverez par ce procédé tels ou tels

fruits, tels ou tels légumes_; mais il vous dit: à l'aide de ce procédé

vous pouvez, avec sécurité, transporter dans votre cave tout ce que

produit votre jardin, soit au printemps, soit dans l'été, soit dans

l'automne; et après plusieurs années vous trouverez ces substances

végétales aussi bonnes, aussi salubres, que lorsque vous veniez de les

cueillir; et, par une sage prévoyance, vous pouvez ainsi vous garantir

des privations de la disette.

Ce procédé, ajoutera-t-il encore, s'applique non-seulement aux

substances végétales, mais encore à toutes les substances animales,

c'est-à-dire, aux viandes de boucherie, aux bouillons, aux consommés, à

la volaille, au gibier, aux poissons, au lait, au petit-lait, aux œufs,

et généralement à tout.

Il vous dira enfin, que les plantes médicinales et leurs sucs, si

nécessaires à la santé, se conservent, par le même procédé, dans leur

fraîcheur et leurs qualités primitives.

Ainsi, tous les ménages, sans aucune exception, peuvent se procurer des

jouissances ou des ressources. Mais c'est ici que la découverte dont

nous parlons présente un grand intérêt. Les salaisons et les légumes

secs sont la base de la nourriture des marins. Diverses tentatives ont

été faites pour améliorer la nourriture des équipages, et l'on est

parvenu à rendre les salaisons aussi bonnes que possible. Aux dangers

pour la santé qui résultent de l'emploi prolongé de ces substances, il

faut ajouter les pertes occasionnées par des salaisons préparées avec

peu de soin, vieillies ou mal logées à bord des vaisseaux, et par des

graines légumineuses que leur long séjour à la mer ne permet plus

d'employer. Aujourd'hui, les armateurs n'en auront plus à supporter, et

les marins, dont la santé est si souvent altérée par la mauvaise qualité

des substances alimentaires qui leur sont destinées, transportent à fond

de cale tout ce qui est utile à leur existence et à leur santé; ils

retrouvent, au milieu des flots, dans les voyages de long cours et dans

les contrées les plus éloignées, les alimens auxquels ils sont habitués;

et aussitôt on verra disparaître le scorbut, ce fléau destructeur de la

santé de ceux qui se dévouent au service ou aux spéculations

maritimes[2].

[2] Les viandes salées, dont les équipages se nourrissent, paraissent

être une des principales causes du scorbut; il semble que les mêmes

raisons qui font que les sels empêchent la fermentation des viandes,

les rendent de difficile digestion. Quoiqu'une petite quantité de sel

pût faire un obstacle à la putréfaction, l'usage trop abondant et trop

continuel que l'on en fait, doit causer des embarras dans les plus

petits vaisseaux; et ces embarras ne peuvent manquer de fatiguer

l'estomac de gens qui ont à digérer des légumes secs et des biscuits,

que les matelots âgés ne peuvent mâcher parfaitement. Les mauvaises

digestions et l'obstruction des petits vaisseaux peuvent occasionner

les ulcères de la bouche et les taches qui dénotent le scorbut.

(_Santé des Marins_, par DUHAMEL, page 64.)

En 1822, je fus chargé par S. Exc. le ministre de la marine, de fournir

les substances alimentaires, conservées d'après mes procédés, destinées

à l'approvisionnement des malades, à bord des bâtimens de l'état. Mes

vœux étaient enfin exaucés: cette heureuse circonstance fut pour moi

une preuve évidente que la bonté et l'efficacité de mes procédés étaient

définitivement reconnues et qu'ils étaient désormais à l'abri de toute

critique. Je continuai ce service pendant plusieurs années, et jusqu'à

ce que le ministre eut fait établir à Bordeaux une fabrique semblable à

la mienne. A cette époque, je consommais souvent deux ou trois bœufs

par jour. Ce fut alors que je commençai mes expériences sur la fonte des

suifs en me servant de l'autoclave. J'ai réussi à fondre et clarifier le

suif et à le couler immédiatement en chandelles. On trouve le détail de

ces expériences dans cette quatrième édition.

Mais, dira-t-on peut-être, comment l'auteur d'une telle découverte

n'a-t-il pu parvenir à la faire adopter par tous les établissemens

publics, par tous les ménages?

La question est naturelle; mais la réponse est facile.

Pour qu'une découverte soit ainsi généralement adoptée, il faut qu'elle

ait obtenu l'assentiment d'un grand nombre d'individus. Cet assentiment

ne peut avoir lieu que quand ces individus sont convaincus de ses

avantages; pour acquérir cette conviction, il faut qu'ils fassent

eux-mêmes les expériences nécessaires, et pour peu que ces expériences

demandent quelque attention ou présentent quelques difficultés, la

paresse, l'insouciance les ont bientôt abandonnées.

D'ailleurs, avant que le procédé fût mis au jour, beaucoup de personnes

et quelques-unes même très-distinguées par leurs connaissances en

physique et en chimie, ne voulaient pas croire à la simplicité du

procédé. Plus le résultat était extraordinaire, plus elles s'en

méfiaient; et parmi les personnes instruites dont nous venons de parler,

il s'en est rencontré qui sont allées jusqu'à prétendre que quelques

ingrédiens secrets et même dangereux étaient le principe et la base de

la conservation.

Aujourd'hui que le procédé est au grand jour, ces doutes doivent

nécessairement disparaître; et quand on peut par soi-même, et avec la

plus grande facilité, s'assurer de la simplicité du procédé et de

l'excellence du résultat, il faut bien céder à l'évidence.

Quel est, au surplus, l'intérêt actuel de l'auteur de cette découverte?

de vendre les substances qu'il a conservées? Il en offre, en effet, aux

consommateurs; mais son but a toujours été de faire jouir tous les

établissemens publics, et particulièrement la marine et tous les

ménages, du fruit de ses longs travaux.

Sa méthode n'a plus rien de caché: il l'a décrite, il entre dans les

plus petits détails; il craint tant que l'inexpérience fasse manquer ses

procédés, qu'il croit n'en avoir jamais assez dit pour prévenir

jusqu'aux moindres inconvéniens. Elle est de la plus facile exécution

dans les grandes opérations, et présente, comparativement aux

approvisionnemens habituels pour la nourriture des marins, une économie

de 40 à 50 pour cent, déduction faite des avaries. Les administrations

trouveront plus d'avantages dans les fournitures par entreprises qu'en

faisant confectionner ces conserves dans des établissemens dirigés à

leurs frais.

C'est pour vous particulièrement qu'il écrit, tendres et intéressantes

mères, qui êtes pour vos familles une seconde providence. Hâtez-vous de

mettre ces procédés en pratique, hâtez-vous de recueillir avec soin le

superflu de ces fruits, de ces légumes que les saisons favorables vous

offrent en abondance, et dont une maturité trop prompte va bientôt vous

priver. Un jour viendra où, dans le triste hiver, la bouche enflammée de

vos enfans malades sera délicieusement rafraîchie par ces substances

salutaires. Un jour viendra où vous offrirez, avec une douce

satisfaction, ces légumes agréables et ces fruits délicats que votre

prévoyance aura su conserver. Le plaisir commandera la reconnaissance,

le bonheur de votre famille sera votre récompense, et, pour faire tant

de bien, il ne vous aura fallu que le vouloir.

Mais, dira-t-on avec quelque impatience, quel est donc ce principe

conservateur qui opère tant de merveilles?

C'est la chaleur, le feu.

Ce principe si pur agit de la même manière et opère les mêmes effets

sur toutes les substances alimentaires; c'est son action bienfaisante

qui, en les dégageant du ferment toujours destructif de leurs qualités

primitives, ou en le neutralisant, leur imprime ce sceau

d'incorruptibilité si fécond en heureux résultats.

Ainsi nulle inquiétude sur le principe conservateur; il ne peut jamais

avoir d'influence fâcheuse sur la santé: il le peut d'autant moins, que

c'est à ce principe dépuratoire que nous soumettons la plus grande

partie des alimens qui servent à notre subsistance.

Quelques objections ont encore été faites: d'abord, a-t-on dit, la

méthode n'est pas neuve, elle n'est pas basée sur une nouvelle propriété

du calorique; cette propriété existait; on l'avait soupçonnée, puisque

plusieurs personnes ont conservé des cerises, des petits pois, des

haricots, etc.

On lit dans le _Bulletin de Pharmacie_, nº 7, deuxième année, 2 juillet

1810, page 328 et suivantes[3]:

«Nous avons examiné plusieurs objets, tels que petit-lait, fruits et

sucs de fruits, conservés par M. Appert; l'état de ces substances et

leur manière d'être enfermées dans des vases de verre, nous firent

soupçonner, dès cette époque, ainsi que nous l'annonçâmes alors,

qu'il employait une méthode déja usitée dans plusieurs départemens.»

[3] Ce _Bulletin_ est rédigé par MM. Parmentier, membre de l'Institut,

premier pharmacien des armées; C. L. Cadet, L. A. Planche, P. F. G.

Boullay, J. P. Boudet, F. R. Destouches, membre de la Société de

Pharmacie de Paris.

L'auteur du _Livre de tous les Ménages_ ne prétend pas être le premier

qui ait conservé des petits pois en bouteilles, puisqu'il est à sa

connaissance que depuis plus de cinquante ans on a fait plusieurs essais

de ce genre.

Ces essais se sont multipliés, surtout depuis seize ans qu'il a formé

une nouvelle branche de commerce des substances alimentaires conservées

par sa méthode; mais tous ces essais, basés sur des recettes

routinières, prouvent qu'on s'était borné à un très-petit nombre

d'objets, et qu'on ne s'était nullement occupé de recherches ou

d'expériences propres à développer et à étendre l'application du

principe conservateur.

Aussi ces essais faits sur quelques objets futiles de ménage, loin de

hâter les progrès de l'art, n'ont présenté que beaucoup d'incertitudes

et d'avaries. C'est avec ces essais qu'on a trompé le public, en vendant

des légumes que l'on disait conservés par l'auteur du _Livre de tous les

Ménages_; c'est avec ces essais imparfaits qu'on a dégoûté les

consommateurs, et qu'on est parvenu à atténuer la confiance qu'avaient

si justement méritée les productions alimentaires de sa fabrique.

L'auteur a fait des écoles et a reçu des leçons, comme on peut bien le

penser. Le premier objet qu'il est parvenu à conserver a fixé son

attention. Il n'y a pas d'effets sans cause, s'est-il dit, et si cette

cause opère si merveilleusement sur une production, elle doit

nécessairement opérer de même sur beaucoup d'autres.

C'est par suite de ce raisonnement qu'il s'est livré à de nouvelles

expériences, avec des tâtonnemens et des sacrifices infinis.

C'est alors qu'il fit faire des bouteilles et des vases en verre, de

dimensions propres à ses expériences; c'est alors qu'il rechercha le

meilleur liége pour faire des bouchons de trois à quatre pouces de

diamètre, composés de trois, quatre et cinq pièces.

C'est alors qu'il fit faire des mâchoires à levier pour comprimer les

bouchons, etc. etc.

C'est alors qu'il a fait faire des boîtes en fer-blanc, en fer battu,

etc. etc.

C'est à l'aide de ces nouveaux moyens, et à force d'attention, de soins

et de surveillance, qu'il obtint la conviction que l'influence et

l'action du feu opéraient la conservation parfaite des substances

alimentaires.

Le degré de chaleur nécessaire à chacune de ces substances, fut l'objet

de nouvelles recherches; et les expériences à cet égard ont été

tellement multipliées, et si souvent répétées, que l'indication qu'en

donne l'auteur est aujourd'hui d'une certitude complète.

Telle est la marche lente, opiniâtre et progressive à l'aide de laquelle

l'auteur du _Livre de tous les Ménages_ est parvenu, après quarante

années de sacrifices et de travaux, à transformer en méthode certaine et

raisonnée un procédé que le hasard avait seul découvert, et dont une

routine grossière et aveugle avait retardé le développement, qu'elle eût

même forcé d'abandonner, par les inconvéniens et les avaries qu'elle

entraînait avec elle; méthode qu'il a mise à la portée de tout le monde,

en la rendant publique.

Il faut donc convenir que, si différens procédés ont été anciennement

employés dans plusieurs ménages pour conserver quelques légumes et

quelques fruits en bouteilles, ils étaient tellement restreints,

tellement basés sur une simple routine, qu'ils n'avaient pu ni dû fixer

l'attention des gens de l'art, ni celle des théoriciens, tandis que ceux

décrits dans _le Livre de tous les Ménages_, s'appliquent _à tout_, ont

des bases si certaines, qu'il est impossible de s'égarer en les mettant

en pratique, et sont d'une telle simplicité, que toutes les classes de

la société peuvent jouir des avantages précieux qu'ils présentent.

Cette vérité est à-peu-près généralement reconnue. Les auteurs du même

_Bulletin de Pharmacie_, pages ci-dessus citées, conviennent que _le

Livre_ même _de tous les Ménages_ prouve que son auteur _a beaucoup

perfectionné cette branche d'industrie, et imaginé une foule de

précautions sans lesquelles il est impossible de réussir aussi

complètement que lui_.

Ils ajoutent qu'il a, de plus, le mérite d'avoir cherché et d'être

parvenu, par ce moyen, à conserver des préparations végétales et

animales les plus susceptibles d'altération, ce qui n'avait pas été

fait, ou au moins publié avant lui.

Ils disent qu'ils s'empressent de faire connaître son mode d'opération,

en le suivant, surtout dans ses applications aux objets qui intéressent

plus particulièrement la pharmacie, renvoyant, pour le reste, à

l'ouvrage même.

Après avoir parlé de la manière de conserver le petit-lait, et de celle

de préparer et conserver un bouillon pectoral, fait en la présence de M.

Boudet, l'un d'eux, et qui s'est trouvé au bout de six semaines aussi

parfait qu'au moment de sa confection, ils ajoutent qu'il en a été de

même des sucs des plantes, tels que ceux de laitue, cerfeuil, bourrache,

chicorée sauvage et cresson, dépurés à froid, introduits dans des vases

convenables et soigneusement bouchés, avec la précaution de n'employer

qu'un bouillon au bain-marie. Un seul bouillon, disent-ils encore,

suffit de même pour les sucs acides des fruits. Un degré de chaleur plus

prolongé en altérerait la couleur.

«M. Appert, continuent-ils, est parvenu, par son moyen, à conserver des

plantes entières, telles que la menthe poivrée.

«Du moût de raisin sortant du pressoir, et du sirop, beaucoup moins cuit

qu'il n'est convenable pour la conservation, se sont trouvés dans le

meilleur état au bout d'une année et au-delà.

«Quel parti, ajoutent-ils, convaincus de l'excellence de la méthode dont

nous parlons, ne pourra-t-on pas tirer de ce principe conservateur, pour

procurer aux malades, dans toutes les saisons et dans tous les pays, les

produits extraits du règne végétal et animal, doués de toutes les

propriétés qu'ils possédaient au moment de leur confection, ou jouissant

d'une énergie toute particulière et qui nous est inconnue, en faisant

extraire, sur les lieux les sucs de certains végétaux, ou partie de

végétaux qu'il importerait de connaître, avant qu'ils eussent subi

aucune préparation capable de les altérer en aucune manière?»

Après avoir cité Boerhaave et Jean-Rodolphe Glauber qui, avant l'auteur

du _Livre de tous les Ménages_, se sont occupés de la conservation des

substances alimentaires, les auteurs du Bulletin transcrivent, sans

aucune observation critique, les avantages qui distinguent la méthode de

l'auteur du _Livre de tous les Ménages_; ainsi ils se trouvent d'accord

avec tous les savans distingués qui déja l'avaient sanctionnée[4].

[4] 1º Lettre de S. Exc. le ministre de l'intérieur, page 239;

2º Rapport de la Société d'encouragement, page 242.

Ainsi plus de doute que, comme on l'a avancé dans la première édition,

cette méthode ne présente, même pour les préparations qui intéressent

plus particulièrement la pharmacie, de grands avantages sans aucune

espèce d'inconvéniens.

«Il paraîtrait assez curieux et surtout intéressant, lit-on encore dans

le même Bulletin, d'établir la théorie des phénomènes obtenus au moyen

des procédés de M. Appert, pour la conservation des substances les plus

altérables; mais le procédé n'est pas connu depuis assez de temps, pour

qu'il ait été possible de faire toutes les expériences nécessaires à cet

effet.

«M. Appert, y est-il dit enfin, donne, il est vrai, son explication;

mais elle ne nous a pas paru satisfaisante.»

Depuis plus de vingt ans, l'auteur du _Livre de tous les Ménages_, qui

d'ailleurs a été toute sa vie employé dans les ateliers relatifs à la

préparation et à la conservation des substances alimentaires, tels que

les caves de la Champagne, les brasseries, les offices, les magasins

d'épiceries et de confiseurs[5], s'est exclusivement occupé des

expériences à l'aide desquelles il pouvait parvenir à donner le plus

grand développement au principe conservateur qui avait fixé son

attention. L'application successive qu'il a faite de ce principe à

toutes les substances alimentaires connues, a constamment produit le

même résultat, la parfaite conservation de ces substances, d'où il a

conclu que l'action du feu détruisait ou au moins neutralisait tous les

fermens qui, dans la marche ordinaire de la nature, produisent ces

modifications qui, en changeant les parties constitutives des substances

végétales et animales, en altèrent la qualité.

[5] L'auteur a été quinze ans confiseur, rue des Lombards, à Paris.

Si cette explication n'est pas suffisante, l'auteur du _Livre de tous

les Ménages_ laisse à ces génies qui depuis long-temps s'occupent de

l'étude de la nature, et qui ont été souvent assez heureux pour lui

surprendre ses secrets, à découvrir celui dont il s'agit dans cet

instant[6].

[6] M. Gay-Lussac, dans un mémoire lu à l'Institut, le 3 décembre

1810, s'est particulièrement occupé de la question de savoir quel

était, dans les procédés de M. Appert, le principe conservateur des

substances végétales et animales.

Les recherches de ce savant chimiste sont trop profondes pour que nous

nous permettions d'en tenter l'analyse; elles sont, d'un autre côté,

trop étendues pour que nous puissions transcrire ici tout ce qu'il a

dit sur cette matière; nous nous contenterons donc, en renvoyant à

l'ouvrage même, de reproduire le résumé qu'il a fait de ses

observations.

«Quoi qu'il en soit (dit M. Gay-Lussac), après avoir recherché les

principes de la fermentation, il me semble qu'on peut parfaitement

concevoir la conservation des substances animales et végétales par le

procédé de M. Appert.

«Ces substances, par leur contact avec l'air, acquièrent promptement

une disposition à la putréfaction ou à la fermentation; mais en les

exposant à la température de l'eau bouillante, dans des vases bien

fermés, l'oxigène absorbé produit une nouvelle combinaison, qui n'est

plus propre à exciter la fermentation ou la putréfaction, ou il

devient concret par la chaleur, de la même manière que l'albumine.

«On remarque en effet, continue-t-il, qu'un suc disposé à la

fermentation, et parfaitement limpide, se trouble à la température de

l'eau bouillante, et n'est plus susceptible alors de fermenter, à

moins qu'on ne lui donne le contact du gaz oxigène; dans ce cas-ci, on

le fait bouillir au moment où la fermentation commence à s'y

développer; on l'arrête promptement, et il se fait encore un dépôt de

nature animale.

«On peut observer en outre que la levure de bière qu'on a exposée à la

température de l'ébullition de l'eau, perd aussi la faculté d'exciter

la fermentation du suc; or, puisque le moût de raisin qu'on a fait

bouillir, retient encore en dissolution du ferment qui ne demande pour

produire la fermentation que le contact de l'air, il faut en conclure

qu'il n'y a que la partie qui a absorbé l'oxigène, et qui probablement

est dans le même état que la levure de bière, qui soit susceptible de

se coaguler par la chaleur.

«C'est ainsi que je conçois la conservation des substances animales et

végétales; et si, comme les expériences que j'ai rapportées semblent

le prouver, l'oxigène est nécessaire au développement de la

fermentation et de la putréfaction, il est évident que, non-seulement

il faut que la chaleur soit suffisamment prolongée pour détruire ou

rendre concrète la substance qui a absorbé l'oxigène, et qui est

propre à exciter la fermentation, mais encore que les vases qui

renferment les substances soient fermés assez exactement pour que

l'air ne puisse y pénétrer.

«Il est très-probable, d'après cette théorie, que l'on conserverait

très-long-temps toutes sortes de fruits dans le gaz hydrogène ou le

gaz azote, pourvu qu'ils n'eussent point absorbé l'oxigène. On peut

aussi en conclure que si le raisin se conserve long-temps sans

fermenter, c'est parce que l'enveloppe extérieure ne donne pas accès à

l'oxigène, et non, comme l'a supposé M. Fabroni, d'après une

très-belle analyse du raisin, parce que le ferment et la matière

sucrée sont dans des cellules séparées.

«Je regarde enfin comme possible que si une substance animale, le

lait, par exemple, pouvait être obtenu sans le contact de l'air, il se

conserverait long-temps sans altération.»

M. Gay-Lussac termine son mémoire par des observations relatives aux

moyens de faire naître la fermentation dans le moût de raisin.... Il

parle du soufrage et du mutage des vins. Mais comme ces objets n'ont

pas une relation absolue avec la matière que nous traitons, nous ne

nous en occuperons pas ici.

En attendant, ces procédés peuvent être mis en pratique avec autant

d'avantage que de sûreté; puisque, abstraction faite de la connaissance

de l'action du calorique, il est généralement reconnu d'avance, tant par

les chimistes et les pharmaciens que par les sociétés savantes, que

cette manière de conserver les substances alimentaires ne peut jamais

avoir aucun inconvénient, et que ses avantages sont aussi incalculables

que certains.

LE LIVRE

DE TOUS LES MÉNAGES,

Le livre de tous les ménages ou l'art de conserver pendant plusieurs années toutes les substances animales et végétales · 第 13 / 161 题