Comment les cent pages et les cent barons, tous montés et habillés de
même, arrivèrent devant le roi de France au bois de Vincennes.
A la fin, les cent barons et les cent pages vinrent bien équipés et
habillés. Ils étaient tous vêtus d'un velours brodé de fin or; leurs
pourpoints étaient de satin cramoisi, magnifiques et bien en point; mais
le roi était le plus beau de tous.
Il défendit à ses gens de dire qui il était, sinon qu'il avait nom Jean
de Paris, et qu'il était fils d'un riche bourgeois qui avait laissé de
grandes richesses après son décès.
Quand il sut que le roi d'Angleterre voulait partir de Paris, il se mit
en route et tira son chemin par la Beauce[44], car il savait que le roi
d'Angleterre voulait se diriger sur Bordeaux. Pour cela il prit les
devants jusqu'à Etampes, en pleins blés, et là, étant averti que le roi
d'Angleterre venait, il choisit les chemins écartés et chevaucha
doucement avec deux cents chevaux grisons. Pour son armée, elle s'en
allait par une route bien autre, afin que l'Anglais ne l'aperçût pas, et
elle conduisait les chariots et les richesses de Jean de Paris. Quand le
roi anglais arriva à Étampes[45], ses gens lui dirent que devant lui il
y avait une compagnie de gens fort bien accoutrés, et qu'il serait bon
d'y envoyer pour en avoir des nouvelles.
[Note 44: Plaine fertile en blé qui s'étend du côté d'Orléans et de
Chartres, entre la Seine et la Loire.]
[Note 45: A mi-chemin entre Orléans et Paris.]