XXV

Comment un des chevaliers de l'empereur mit un fer de lance dans la

cuisse de Robert.

Quand la journée fut passée et la bataille gagnée, chacun s'en retourna

à son hôtel, et Robert voulut aller vers la fontaine du verger pour

quitter ses armes, comme il avait déjà fait deux fois; mais les

chevaliers qui s'étaient remis en embuscade dans le bois sortirent tous

ensemble, disant: «Seigneur chevalier, parlez-nous, s'il vous plaît. Qui

êtes-vous? et de quel pays, de quelle contrée?»

Quand Robert les ouit parler, il fut tout ébahi, et se mit à piquer son

cheval, à courir et à fuir, afin de n'être pas connu; et il fit tant

qu'il échappa à ces chevaliers, et que nul ne put savoir ce qu'il

devint, hors un, lequel le suivit de fort près, tenant une grande lance

en main, de laquelle il le frappa à la cuisse; et le fer y resta.

Toutefois Robert disparut, et, arrivé à la fontaine, quitta ses armes et

les mit sur son cheval. Tout disparut, et il ne sut ce qu'était devenu

le cheval avec les armes; mais il demeura blessé de la lance, dont il

sentait grande douleur. Il tira lui-même le fer de la cuisse et le cacha

entre deux pierres de la fontaine. Il ne savait où aller pour panser sa

plaie, de peur d'être reconnu; il la pansa lui-même, prenant de l'herbe

et la plaçant dessus, après quoi il ramassa de la mousse et en fit un

bandage, afin que l'air n'entrât point dans la plaie. La fille de

l'empereur, qui était à la fenêtre, voyant tout cela, n'eut garde de n'y

pas faire attention, et elle commença aussi à aimer Robert.

Cependant personne ne savait qui était le chevalier aux armes blanches.

Quand Robert eut pansé sa plaie, il vint à la cour pour avoir à souper;

mais il clochait fort pour le coup qu'il avait reçu, et cela paraissait,

quelque soin qu'il eût de clocher le moins possible. Bientôt après

arriva le chevalier qui avait blessé Robert, lequel raconta à l'empereur

comment le chevalier lui avait échappé et comment il l'avait blessé. Il

dit: «Je crois que ce n'est qu'un esprit et qu'il n'a pas de corps, car

il n'a dit mot et ne m'a pas voulu répondre. En tout cas, je prie Dieu

qu'il se rétablisse, car il était fort blessé. Mais, sire, voici ce que

vous ferez si vous me voulez croire, et si vous voulez savoir qui est le

chevalier aux armes blanches: c'est que vous fassiez crier par toutes

les villes, cités et châteaux, que, s'il y a un chevalier qui ait armes

blanches et cheval blanc, ce chevalier doit venir vers vous et apporter

le fer de la lance dont il a été blessé à la cuisse et montrer sa plaie.

Promettez-lui votre fille pour femme, et, après vous, la moitié de votre

empire.»

Quand l'empereur entendit ainsi parler le chevalier, il fut joyeux et

dit qu'il avait sagement parlé; et aussitôt il fit publier par tout son

empire ce que ce chevalier avait conseillé.

Légendes pour les enfants · 第 81 / 156 题