Comment Robert gagna la troisième bataille, où tous les Sarrasins furent
tués.
Peu de temps après l'armée des Sarrasins revint, avec une plus grande
puissance, devant la cité de Rome. Mal leur en prit, car ils y
demeurèrent tous, grâce à Robert.
Avant que l'empereur allât les combattre, il manda ses chevaliers et
leur ordonna, si le chevalier blanc revenait, de faire tout leur
possible pour le prendre, afin qu'il sût de quelle nation il était. Les
chevaliers répondirent qu'ils le feraient.
[Illustration]
Quand la journée fut venue, grand nombre des meilleurs chevaliers de
l'empereur s'en allèrent en un bois, en embuscade, pour essayer de
prendre le chevalier blanc; mais ils perdirent leur peine, car ils ne
purent savoir d'où il venait. Quand ils le virent batailler, ils
sortirent tous du bois; là vous eussiez vu de grands coups se donner,
harnais reluire, trompettes et clairons sonner pour épouvanter les
Sarrasins, et lances se rompre, et gens et chevaux tomber; c'était
plaisir à voir cette fête. Robert, qui était venu sur son cheval blanc
et avec ses blanches armes, se mit au plus fort de la mêlée, et nul, si
hardi qu'il fût, n'osait l'attendre, à cause des grands coups qu'il
donnait, car il frappait d'estoc et de taille [37], et ne perdait pas un
coup. A l'un il rompait la tête, à l'autre les reins: tous demeurèrent
morts.
[Note 37: De la pointe et du tranchant.]
Les Romains se ralliaient autour de lui et prenaient courage. De la
grande joie qu'ils avaient de voir Robert ainsi besogner contre cette
canaille, la force leur croissait tellement, qu'avec son aide tous les
Sarrasins furent occis: de quoi on eut grande joie en la cité de Rome.