XXII

Comment Dieu envoya par un ange un cheval et des armes blanches à Robert

pour aller secourir les Romains.

Quand le jour fut venu où l'empereur et les Romains devaient avoir

maille à partir [35] avec les Sarrasins, gens du sénéchal, Robert était

allé à la fontaine où il était accoutumé de boire. Il vint une voix du

ciel qui parlait doucement, disant: «Robert, Dieu te mande que

sur-le-champ tu t'armes de ces armes blanches, que tu montes sur ce

cheval que je t'amène et que tu ailles secourir l'empereur.»

[Note 35: Maille à partir, maille à partager. La maille était une pièce

de monnaie de valeur extrêmement petite, de sorte qu'il était impossible

de partager réellement cette valeur en deux et que cela devenait

forcément une occasion de querelle.]

[Illustration]

Robert ne put songer à désobéir au commandement que l'ange lui fit; il

s'arma aussitôt des armes blanches que l'ange avait apportées, puis

monta sur son cheval. La fille de l'empereur était aux fenêtres, par

lesquelles on pouvait voir dans le jardin où est la fontaine. Elle vit

comment Robert s'était armé. Si elle eût pu parler, elle n'eût pas

manqué de le révéler; mais elle était muette.

Robert, ainsi armé et monté, s'en fut vers l'armée de l'empereur, que

les Sarrasins serraient de bien près; car, si Dieu et Robert n'y eussent

travaillé, l'empereur aurait été défait et tous ses gens eussent été mis

à mort. Mais, dès que Robert fut arrivé, il se mit en la plus grande

mêlée des Sarrasins et commença à frapper à droite et à gauche sur les

ennemis. Là vous l'eussiez vu trancher têtes, couper bras et faire

tomber gens et chevaux par terre. Il ne frappa pas un coup qu'il ne mît

à mort quelqu'un de ces Sarrasins. Ainsi Robert tellement travailla, que

le champ de bataille demeura à l'empereur.

Légendes pour les enfants · 第 78 / 156 题