Comment Dieu envoya par un ange un cheval et des armes blanches à Robert
pour aller secourir les Romains.
Quand le jour fut venu où l'empereur et les Romains devaient avoir
maille à partir [35] avec les Sarrasins, gens du sénéchal, Robert était
allé à la fontaine où il était accoutumé de boire. Il vint une voix du
ciel qui parlait doucement, disant: «Robert, Dieu te mande que
sur-le-champ tu t'armes de ces armes blanches, que tu montes sur ce
cheval que je t'amène et que tu ailles secourir l'empereur.»
[Note 35: Maille à partir, maille à partager. La maille était une pièce
de monnaie de valeur extrêmement petite, de sorte qu'il était impossible
de partager réellement cette valeur en deux et que cela devenait
forcément une occasion de querelle.]
[Illustration]
Robert ne put songer à désobéir au commandement que l'ange lui fit; il
s'arma aussitôt des armes blanches que l'ange avait apportées, puis
monta sur son cheval. La fille de l'empereur était aux fenêtres, par
lesquelles on pouvait voir dans le jardin où est la fontaine. Elle vit
comment Robert s'était armé. Si elle eût pu parler, elle n'eût pas
manqué de le révéler; mais elle était muette.
Robert, ainsi armé et monté, s'en fut vers l'armée de l'empereur, que
les Sarrasins serraient de bien près; car, si Dieu et Robert n'y eussent
travaillé, l'empereur aurait été défait et tous ses gens eussent été mis
à mort. Mais, dès que Robert fut arrivé, il se mit en la plus grande
mêlée des Sarrasins et commença à frapper à droite et à gauche sur les
ennemis. Là vous l'eussiez vu trancher têtes, couper bras et faire
tomber gens et chevaux par terre. Il ne frappa pas un coup qu'il ne mît
à mort quelqu'un de ces Sarrasins. Ainsi Robert tellement travailla, que
le champ de bataille demeura à l'empereur.