Les bêtes fauves sont soumises à Geneviève.
C'était une chose ordinaire, dès son entrée dans la forêt, qu'une biche
vînt allaiter l'enfant et se coucher toutes les nuits dans la caverne
avec la mère et le fils, afin de réchauffer leurs membres glacés; mais,
depuis cette dernière faveur, les renards, les lièvres, les louveteaux
venaient jouer avec le petit Bénoni; la caverne de Geneviève était un
lieu où les sangliers n'avaient pas de méchanceté et où les cerfs
n'avaient pas de crainte: au contraire, on eût dit que notre sainte
comtesse avait changé leur nature par la compassion qu'elle inspirait et
qu'elle avait donné quelque sentiment de raison aux bêtes pour
comprendre ses malheurs.
Un jour qu'elle habillait son fils d'un vieux haillon fait de feuillage,
un loup l'aperçut: il partit aussitôt et alla égorger une brebis dont il
apporta la peau à Geneviève, comme s'il eût eu assez de jugement pour
voir qu'il fallait un vêtement chaud à Bénoni.