Sifroy découvre la lettre que Geneviève lui avait écrite en quittant la
tour.
Les années se passent. Pendant que Geneviève pleure et depuis
vingt-quatre longs mois se désespère dans sa retraite, sortons un peu de
ce bois et entrons pour quelque temps dans le château de son mari. Nous
y voyons qu'il n'y a pas une servante qui ne soit contente, pas un
laquais qui ne soit à son aise, pas un chien qui n'ait du pain plus que
sa suffisance. Golo ajoutait tout ce qu'il pouvait d'artifices aux
remèdes fournis par le temps lui-même pour guérir l'esprit de son
maître. Il ne put néanmoins en faire disparaître tout à fait l'image des
vertus de Geneviève. Sa modestie, son honnêteté, sa piété et sa
constance, sa tendresse et son amour d'autrefois étaient autant
d'agréables fantômes qui lui reprochaient sa dureté. Ce pauvre homme
voyait incessamment l'ombre de Geneviève à ses côtés; et, bien que son
intendant sût éloigner adroitement ces pensées pleines d'inquiétude,
néanmoins elles faisaient toujours quelque impression sur son esprit.
Trois ans après le retour du comte (trois siècles de misères pour sa
femme désolée), Sifroy entra dans le cabinet d'où la servante de
Geneviève avait tiré le papier et l'encre; il se mit à parcourir les
papiers qui s'y trouvaient, et tout à coup découvrit le billet que sa
femme y avait fait glisser. Qui oserait décrire les regrets et les
tristesses qui se répandirent dans son âme à la vue de cet écrit? Sa
bouche proféraient mille malédictions contre Golo; ses larmes coulaient
en abondance; il se frappait la poitrine, il s'arrachait les cheveux et
la barbe; il faisait enfin tout ce qu'inspire la plus vive douleur. Et
certes il eût fallu avoir une âme de tigre pour lire cette lettre sans
regret: l'innocence l'avait conçue et la tristesse l'avait dictée. Voici
ce qu'elle portait: