XXII

Sifroy découvre la lettre que Geneviève lui avait écrite en quittant la

tour.

Les années se passent. Pendant que Geneviève pleure et depuis

vingt-quatre longs mois se désespère dans sa retraite, sortons un peu de

ce bois et entrons pour quelque temps dans le château de son mari. Nous

y voyons qu'il n'y a pas une servante qui ne soit contente, pas un

laquais qui ne soit à son aise, pas un chien qui n'ait du pain plus que

sa suffisance. Golo ajoutait tout ce qu'il pouvait d'artifices aux

remèdes fournis par le temps lui-même pour guérir l'esprit de son

maître. Il ne put néanmoins en faire disparaître tout à fait l'image des

vertus de Geneviève. Sa modestie, son honnêteté, sa piété et sa

constance, sa tendresse et son amour d'autrefois étaient autant

d'agréables fantômes qui lui reprochaient sa dureté. Ce pauvre homme

voyait incessamment l'ombre de Geneviève à ses côtés; et, bien que son

intendant sût éloigner adroitement ces pensées pleines d'inquiétude,

néanmoins elles faisaient toujours quelque impression sur son esprit.

Trois ans après le retour du comte (trois siècles de misères pour sa

femme désolée), Sifroy entra dans le cabinet d'où la servante de

Geneviève avait tiré le papier et l'encre; il se mit à parcourir les

papiers qui s'y trouvaient, et tout à coup découvrit le billet que sa

femme y avait fait glisser. Qui oserait décrire les regrets et les

tristesses qui se répandirent dans son âme à la vue de cet écrit? Sa

bouche proféraient mille malédictions contre Golo; ses larmes coulaient

en abondance; il se frappait la poitrine, il s'arrachait les cheveux et

la barbe; il faisait enfin tout ce qu'inspire la plus vive douleur. Et

certes il eût fallu avoir une âme de tigre pour lire cette lettre sans

regret: l'innocence l'avait conçue et la tristesse l'avait dictée. Voici

ce qu'elle portait:

Légendes pour les enfants · 第 42 / 156 题