Geneviève est condamnée à mourir.
Golo, de retour au château, eut la sottise de révéler tout ce mystère à
la nourrice. Il avait eu le soin de lui défendre d'en parler; mais la
providence de Dieu ne voulut pas permettre que cette femme fût plus
discrète que les autres femmes, qui n'ont de silence que pour ce
qu'elles ignorent. À peine eut-elle appris les détails des manoeuvres de
Golo, qu'elle en fit part à sa fille. Celle-ci, qui n'était pas
dépourvue de louables qualités, avait pitié des misères de Geneviève;
elle pleurait lorsqu'elle se trouvait près d'elle. Un jour la comtesse
lui demanda pourquoi elle était si triste.
«Ah! madame, répondit la pauvre fille, je suis triste à cause de votre
malheur! Golo a reçu l'ordre de monseigneur de vous faire mourir.
--Eh bien, ma fille, dit la comtesse, il faut nous en réjouir; c'est une
faveur que la mort, et je l'ai demandée à Dieu depuis bien longtemps. La
seule chose qui m'inquiète, c'est le sort de mon enfant.
--Madame, il doit mourir avec vous.»
À ces mots, Geneviève resta comme frappée de la foudre; puis elle poussa
un cri: «Ah! mon Dieu, dit-elle, souffrirez-vous que cette petite
créature, qui n'a pas encore péché, soit frappée ainsi, et lui
ferez-vous un crime du malheur de sa mère?»
En disant cela, elle baignait de larmes les joues de Bénoni. Lorsqu'elle
se fut un peu remise, elle parla ainsi à la pauvre fille: «Ma mie, je ne
sais si je te dois supplier de rendre un dernier service à la plus
misérable de toutes les femmes. Tu peux m'obliger, cependant, et avec
peu de peine et sans courir grand risque; tout ce que je te demande,
c'est que tu m'apportes de l'encre et du papier; tu en trouveras dans le
cabinet qui est près de ma chambre: tiens, voici ma clef, prends-y tout
ce que tu désireras de mes joyaux.»
La fille ne manqua pas de faire ce dont elle avait été priée. Elle
apporta le papier et l'encre: Geneviève écrivit un billet, que sa fidèle
servante alla glisser dans le cabinet de la comtesse.