I
Naissance et premières années de Geneviève.
Vers le temps où la gloire du grand Clovis commençait à s'obscurcir, et
où les enfants de ce monarque dégénéraient en courage, dans une des
provinces de la Gaule Belgique, qui fut autrefois le pays de Tongres[5],
naquit une fille des princes de Brabant. A peine cette petite créature
vit-elle les rayons de la lumière, que ses parents la firent baptiser.
Elle devint ainsi fille du ciel, et, par la grâce divine, elle reçut le
doux nom, le beau nom de Geneviève.
[Note 5: Il existe encore une petite ville de Tongres, en Belgique, dans
le Limbourg, entre Liége et Maestricht.]
Tout de suite de gracieuses vertus lui vinrent, et, avant toute autre
vertu, une dévotion pleine de délicatesse. C'était assez d'être
raisonnable pour n'être plus pécheur après l'avoir admirée. Le plus doux
plaisir qu'elle connût, c'était l'amour de la retraite et de la
solitude.
Cette inclination lui fit bâtir un ermitage au coin d'un jardin; elle y
dressait de petits autels de mousse et de ramée, et y passait en prière
les belles journées de printemps, entre les lilas fleuris et les roses.
Quand sa mère lui disait qu'il était temps d'avoir d'autres pensées,
elle répondait: «C'est là que les plus grands saints sont allés chercher
les traces du Seigneur.»
Ah! Geneviève, vous ne savez pas d'où vous est venue cette inclination,
et pourquoi Dieu vous l'a donnée! Un jour viendra où vous suivrez
l'exemple de cette grande pénitente[6] à laquelle l'Égypte a donné son
nom; vous prierez Dieu dans le désert. Ce sera alors que vous
reconnaîtrez la Providence divine, qui dispose de vous par des moyens
saints, inconnus à tout autre qu'à elle. Dieu a coutume de nous donner à
la naissance des qualités qui font nos fortunes diverses et l'ordre
entier de notre vie. Le grand archevêque de Milan, saint Charles
Borromée[7], tout petit enfant qu'il était, bénissait ses camarades en
leur imposant les mains.
[Note 6: Sainte Marie l'Égyptienne. Cette sainte, après s'être
convertie, vécut pendant près de cinquante ans dans le désert, priant et
pleurant ses fautes passées. Il y avait à Paris, dès le quatorzième
siècle, une chapelle placée sous l'invocation de sainte Marie
l'Égyptienne. La chapelle a disparu; mais le nom de la sainte a laissé
sa trace dans le nom de la rue de la Jussienne, où la chapelle était
bâtie.]
[Note 7: Saint Charles Borromée, archevêque de Milan, né en 1538, mort
en 1584, canonisé en 1610 par Paul V.]
Mais tous ceux qui remarquaient les dévotions de notre petite vierge ne
pénétraient pas dans les desseins de Dieu, et ne voyaient pas ce qui ne
parut que longtemps après.