Lorsqu'on apprit à la cour l'arrivée de Reineke, petits et grands, tous
accoururent pour le voir; bien peu étaient disposés en sa faveur; presque
tous avaient à se plaindre; mais Reineke eut l'air de s'en inquiéter fort
peu; du moins, il n'en laissa rien paraître au moment où, avec Grimbert le
blaireau, il monta l'avenue du château, hardiment et avec aisance. Il fit
son entrée fièrement et tranquillement, comme s'il eût été le fils du roi
et à l'abri de toute accusation. Même quand il parut devant Noble, le roi,
au milieu des seigneurs, il sut garder une attitude pleine de calme.
«Sire et très-gracieux seigneur, se mit-il à dire, vous êtes grand et
noble, le premier en dignité et en honneur; je vous supplie d'entendre
ma défense en ce jour. Jamais Votre Majesté n'a trouvé un plus fidèle
serviteur que moi, je le soutiens hautement. C'est à cause de cela que
j'ai tant d'ennemis à cette cour; je perdrais votre amitié, si vous
pouviez croire les mensonges de mes persécuteurs comme ils le voudraient;
mais heureusement vous pèserez les raisons des deux parties, vous
entendrez la défense comme l'accusation; et, si derrière moi ils ont tramé
maints mensonges, je reste calme et je me dis: Le roi connaît ma fidélité,
c'est elle qui m'attire cette persécution.
--Taisez-vous! répondit le roi; vos belles paroles et vos flatteries ne
vous tireront pas d'affaire; votre crime est manifeste, et le châtiment
vous réclame. Avez-vous observé la paix que j'ai proclamée parmi les
animaux, et que vous aviez juré d'observer? Voilà le coq, à qui, lâche
voleur que vous êtes, vous avez enlevé tous ses enfants, les uns après
les autres. C'est ainsi que vous prouvez les sentiments que vous me portez
lorsque vous foulez aux pieds mon autorité et que vous faites souffrir mes
serviteurs? Le pauvre Hinzé a perdu sa santé! Combien faudra-t-il de temps
à Brun pour guérir ses blessures? Mais je vous épargne le reste, car les
accusateurs sont ici en foule; beaucoup de faits sont prouvés, vous
échapperez difficilement.
--Est-ce là tout mon crime, très-gracieux seigneur? dit Reineke. Est-ce
ma faute si Brun revient à la cour la tête tout en sang? Pourquoi a-t-il
voulu manger le miel de Rustevyl? Et, si ces lourdauds de paysans sont
venus pour l'attaquer, n'est-il pas assez fort pour se défendre? Ils
l'ont couvert d'insultes et de coups; au lieu de se jeter à l'eau,
n'aurait-il pas dû se venger comme un homme de coeur? Et Hinzé le chat,
que j'ai reçu honorablement et traité suivant mes faibles moyens,
pourquoi ne s'est-il pas abstenu, malgré tous mes conseils, de commettre
un vol dans la maison du curé? S'il leur est arrivé malheur, ai-je
mérité d'être puni, parce qu'ils ont agi comme des fous? En quoi cela
touche-t-il votre couronne royale? Mais vous pouvez disposer de moi
selon votre volonté, et, si claire que soit la chose, en décider selon
votre bon plaisir, on bien ou en mal. À quelque sauce que vous me
mettiez, que je sois aveuglé, pendu ou décapité, que votre volonté soit
faite; nous sommes tous en votre pouvoir; vous nous avez tous sous la
main; vous êtes fort et puissant; à quoi servirait au faible de se
défendre? Si vous voulez me tuer, ce vous sera un bien mince profit;
mais advienne que pourra, je suis à votre disposition.» Le bélier Bellyn
dit alors: «Le moment est venu, commençons l'accusation.» Isengrin
arrive avec ses parents, Hinzé le chat, Brun l'ours et une foule
d'animaux: l'âne Boldevyn et Lampe le lièvre, Vackerlos le petit chien
et Ryn le dogue, la chèvre Metké, Hermen le bouc et, de plus,
l'écureuil, la belette et l'hermine. Le boeuf et le cheval ne manquaient
pas non plus et avec eux les bêtes sauvages comme le cerf, le daim, le
castor, la martre, le lapin et le sanglier; tous se pressaient en foule;
Barthold la cigogne, Marckart le geai et Lutké la grue vinrent en
volant; Tybké la cane, Alhéid l'oie et d'autres apportèrent leurs
griefs; Henning le malheureux coq, avec le reste de ses enfants, se
plaignit amèrement. Il vint enfin des myriades d'oiseaux et des
quadrupèdes en foule. Qui pourrait en dire le nombre? Tous s'acharnèrent
sur le renard en mettant ses méfaits au grand jour. Ils espéraient voir
enfin son châtiment; ils se pressaient en foule devant le roi, en criant
à qui mieux mieux, entassaient plaintes sur plaintes et mettaient en
avant toutes sortes d'histoires, vieilles et récentes. Jamais à aucun
jour de justice on n'avait vu tant de griefs s'amonceler devant le trône
du roi. Reineke restait immobile et faisait face à tout. À la fin, il
prit la parole, et sa défense élégante et facile coula de ses lèvres
comme si c'eût été la pure vérité; il sut tout écarter et tout arranger.
À l'entendre, on s'émerveillait, on le croyait innocent, il avait même
du droit de reste et beaucoup à se plaindre. Mais, en fin de compte, des
hommes d'honneur et sincères se levèrent contre Reineke, témoignèrent
contre lui et tous ses crimes furent clairs. C'en était fait! car le
conseil du roi décida, à l'unanimité, que Reineke le renard méritait la
mort. Il fut donc condamné à être pris, lié et conduit par le cou à la
potence afin d'y expier ses crimes par une mort infamante.
Maintenant, Reineke lui-même regarda la partie comme perdue; son éloquence
ne lui avait servi de rien. Le roi proclama lui-même le jugement.
Lorsqu'on le saisit et qu'on l'entraîna, le criminel endurci eut devant
les yeux sa misérable fin. Pendant qu'on exécutait ainsi la sentence qui
frappait Reineke et que ses ennemis se dépêchaient de le conduire à la
mort, ses amis étaient plongés dans la douleur et la stupéfaction. Le
singe, le blaireau et maints autres de la parenté de Reineke entendirent
avec peine le jugement et en furent plus désolés qu'on ne l'eût pu croire;
car Reineke était un des premiers barons et il était maintenant dépossédé
de tous ses honneurs, de toutes ses dignités, et condamné à une mort
infamante. Combien un pareil spectacle devait révolter ses parents! Ils
prirent tous congé du roi et quittèrent la cour jusqu'au dernier. Le roi
fut fâché de voir partir tant de seigneurs. On vit alors combien Reineke
avait de parents qui, mécontents de sa mort, se retirèrent de la cour.
Et le roi dit à un de ses familiers: «Certainement Reineke est un méchant
homme; mais on devrait considérer qu'il y a plusieurs de ses parents dont
la cour ne peut pas se passer.»
Cependant Isengrin, Brun et Hinzé le chat étaient occupés autour du
prisonnier. Ils voulaient se charger eux-mêmes d'infliger à leur ennemi le
châtiment honteux que le roi avait ordonné; ils le conduisirent rapidement
hors du palais et l'on voyait déjà la potence de loin.
Le chat, tout en colère, dit alors au loup: «Pensez bien, seigneur
Isengrin, comme jadis Reineke mit tout en action pour voir notre frère à
la potence et comme sa haine a réussi; ne l'entraîna-t-il pas jusque-là?
Dépêchez-vous de payer cette dette. Et vous, seigneur Brun, songez qu'il
vous a trahi d'une manière infâme; que, dans la cour de Rustevyl, il vous
a perfidement livré à la fureur de la canaille, aux coups, aux blessures
et, de plus, à la honte; car l'histoire en est connue partout. Faites
attention et soutenez-vous! S'il nous échappait aujourd'hui, si son esprit
et ses ruses pouvaient le délivrer, jamais nous ne retrouverions le jour
de la vengeance. Dépêchons-nous donc et faisons-lui expier tout le mal
qu'il nous a fait.» Isengrin dit: «À quoi bon tant de paroles? Donnez-moi
vite une bonne corde; nous ne le ferons pas languir.»
C'est ainsi qu'ils traitaient le renard en marchant. Reineke les
écoutait en silence; mais il leur dit à la fin: «Puisque vous me haïssez
si cruellement et ne songez qu'à vous venger par ma mort, sachez que
vous n'y réussirez pas. N'ai-je pas le droit de m'étonner? Hinzé s'en
est bien tiré, quoique la corde fut bonne. Car il y est passé aussi
lorsqu'il courait après les souris dans la maison du curé; il n'en
sortit pas à son honneur. Mais vous, Isengrin et Brun, vous vous pressez
bien de mettre votre oncle à mort; vous croyez donc que vous y
parviendrez?»
Et le roi se leva, ainsi que tous les seigneurs de sa cour, pour assister
à l'exécution; la reine, accompagnée de ses dames d'honneur, se joignit à
la procession; derrière eux se précipitait la foule des pauvres et des
riches; tous désiraient la mort de Reineke et voulaient y assister.
Pendant ce temps-là, Isengrin parlait à ses parents et à ses amis; il les
exhortait à serrer les rangs et à veiller sans relâche sur le renard; car
ils craignaient toujours que le rusé prisonnier ne se sauvât. Le loup
disait en particulier à sa femme: «Sur ta vie! ne le perds pas de vue;
aide-nous à garder le scélérat! s'il s'échappait, nous serions tous
couverts de honte.» Il disait à Brun: «Songez comme il vous a bafoué:
c'est le moment de le payer avec usure. Hinzé grimpera au haut de la
potence et y fixera la corde; vous le tiendrez; j'appliquerai l'échelle,
et, dans quelques minutes, c'en sera fait de ce coquin!» Brun repartit:
«Placez seulement l'échelle, je me charge de le tenir.»
«Voyez donc, disait Reineke, comme vous êtes pressés de faire mourir votre
oncle! Ne devriez-vous pas plutôt le protéger et le défendre, prendre
pitié de lui lorsqu'il est dans le malheur? Je vous demanderais bien
grâce; mais à quoi cela me servirait-il? Isengrin me hait trop, puisqu'il
ordonne à sa femme de me tenir et de m'empêcher de m'échapper. Si elle
pensait au temps passé, elle ne songerait guère à me faire du mal. Mais,
si mon heure est arrivée, je voudrais que tout fût bientôt fini. Mon père
aussi eut de terribles moments à passer; mais cela ne dura pas longtemps;
à sa mort, il n'était certes pas aussi entouré que moi ni accompagné de
tant de monde. Mais, si vous vouliez prolonger mes jours, cela tournerait
certainement à votre honte.--Entendez-vous, disait l'ours, avec quelle
morgue parle ce scélérat? Allons, marchons! sa fin est arrivée.»
Reineke se disait avec angoisse: «Oh! si je pouvais, dans cette
extrémité, inventer vite quelque stratagème heureux et nouveau pour que
le roi me fît grâce de la vie et que mes ennemis, ces trois-là, fussent
à jamais confondus! Songeons-y bien, et sauvons-nous à tout prix, car il
s'agit de la potence; le cas est pressant: comment en sortir? Tous les
maux tombent sur moi. Le roi est courroucé, mes amis sont loin et mes
ennemis tout-puissants. Rarement, j'ai fait le bien; j'ai vraiment tenu
peu de compte du pouvoir du roi et de l'intelligence de ses conseillers;
j'ai beaucoup péché, et cependant j'espère voir changer mon sort. Si je
puis seulement parvenir à prendre la parole, à coup sûr, ils ne me
pendront pas; je ne perds pas toute espérance.»
Du haut de l'échelle, il se tourna vers le peuple et s'écria: «Je vois la
mort devant mes yeux et je ne lui échapperai pas. Je vous prie seulement,
vous tous qui m'écoutez, de m'accorder une petite grâce avant de quitter
cette terre. J'aimerais à faire devant vous, en toute vérité et pour la
dernière fois, l'aveu sincère de tout le mal que j'ai commis, afin que
personne ne fût un jour puni de tel ou tel crime de mon fait, resté
inconnu; je parerai ainsi à plus d'un mal avant de mourir et j'ose espérer
que Dieu m'en tiendra compte dans sa miséricorde.»
Cette demande toucha beaucoup de monde; ils dirent entre eux: «Il demande
bien peu de chose, et ce ne sera qu'un bref délai.» Sur leur prière, le
roi le permit. Reineke se sentit le coeur un peu plus léger; il espéra une
heureuse issue et, profitant sur-le-champ de la grâce qu'on lui accordait,
il commença ainsi:
«_Spiritus domini_, viens à mon secours! Je ne vois pas dans cette
assemblée quelqu'un à qui je n'aie fait de mal. Je n'étais encore qu'un
mince compagnon, j'étais à peine sevré, que poussé par mes désirs, je me
mêlais aux agneaux et aux chevrettes qui jouaient en plein air auprès
des troupeaux; j'écoutais avec délices leurs voix bêlantes, et la chair
fraîche me tentait. J'en goûtai bien vite. Je mordis jusqu'au sang un
petit agneau; je léchai le sang, qui me parut délicieux, et je tuai, en
outre, quatre des plus petites chèvres; je les mangeai et je continuai
mes exploits; je n'épargnai aucun oiseau, ni les poulets, ni les canards,
ni les oies; partout où j'en trouvais, je les dévorais, et maintes fois
j'ai caché dans le sable ce que j'avais abattu et les morceaux qui ne me
convenaient plus. Puis il m'advint de faire la connaissance d'Isengrin, un
hiver, au bord du Rhin, où il était en embuscade derrière des arbres, il
m'assura d'abord que j'étais de sa race; il pouvait même me compter sur
ses doigts les degrés de parenté. Je le laissai dire; nous fîmes alliance
en nous promettant mutuellement de vivre en fidèles compagnons; hélas! je
devais m'attirer par là plus d'un malheur. Nous rôdions ensemble dans le
pays. Il faisait les gros vols, et moi les petits. Notre gain devait être
en commun; mais il ne l'était pas: il faisait le partage comme bon lui
semblait; jamais je n'en reçus la moitié. Mais tout cela, ce n'est rien.
Quand il avait volé un veau, un bélier, quand je le trouvais nageant dans
l'abondance, qu'il était en train de dévorer une chèvre fraîchement tuée,
ou qu'un mouton gigottait sous ses griffes, il se mettait à grogner à mon
approche, il prenait une mine morose et me chassait en grondant; c'est
ainsi qu'il me gardait ma part. Il en fut toujours ainsi, quelle que fût
la dimension du butin. Lors même qu'il arrivait que nous eussions pris
ensemble un boeuf ou une vache, aussitôt on voyait accourir sa femme et
ses sept enfants, qui se jetaient sur notre prise et me tenaient éloigné
du festin. Je ne pouvais pas attraper la moindre côtelette, à moins
qu'elle ne fût rongée jusqu'à la moelle, et il fallait supporter tout
cela; mais, Dieu soit loué, je ne souffrais pas de la faim; je me
nourrissais en secret de mon immense trésor d'or et d'argent, que je
garde mystérieusement dans un endroit sûr; il me suffit et au delà: on
en chargerait sept voitures, qu'il m'en resterait encore.» Le roi, tout
attentif, lorsqu'il fut question du trésor, se pencha en avant et dit: «
D'où vous est-il venu? dites-le-moi; je parle du trésor.» Et Reineke dit:
«Je ne vous cacherai pas ce secret; à quoi cela me servirait-il? car je
ne puis rien emporter de toutes ces choses précieuses. Mais, puisque vous
l'ordonnez, je vais tout vous raconter; car il faut bien qu'on le sache
une fois; et vraiment pour tout l'or du monde je ne voudrais pas garder
plus longtemps ce grand secret. Apprenez-le donc, ce trésor a été volé.
Une conjuration a été faite pour vous tuer, vous, sire! et, si à l'instant
même le trésor n'avait pas été habilement enlevé, c'en était fait de vous.
Faites-y bien attention, très-gracieux seigneur, de ce trésor dépendaient
votre vie et votre postérité; et c'est son détournement qui a jeté mon
propre père dans de si grands malheurs, qui l'a conduit prématurément au
tombeau et peut-être à une éternité de souffrances; mais, sire, tout cela
est arrivé pour votre salut!»
Et la reine écoutait, toute consternée, ce discours plein d'horreur,
ce mystère confus du meurtre de son époux, cette trahison, ce trésor et
tout ce qu'il avait dit: «Songez-y bien, Reineke, s'écria-t-elle, je vous
exhorte sérieusement; le grand pèlerinage est devant vous; soulagez votre
âme par le repentir; dites toute la vérité et parlez clairement de ce
meurtre.»
Et le roi ajouta: «Que chacun fasse silence: que Reineke descende et
vienne près de moi, pour que je l'entende, car l'affaire me concerne
personnellement.»
Reineke, en l'entendant, se sentit renaître à l'espérance; il descendit de
l'échelle, au grand désappointement de ses ennemis; il s'approcha aussitôt
du roi et de la reine, qui l'interrogèrent avidement sur les détails de
cette histoire.
Alors il se prépara à de nouveaux et plus énormes mensonges. «Si je
pouvais regagner, se disait-il, les bonnes grâces du roi et de la reine,
et si en même temps je pouvais réussir à perdre les ennemis qui m'ont
mis si près de la mort, je serais sauvé. Sûrement ce serait pour moi
un avantage bien inattendu; mais, je le vois, il me faut dire bien des
mensonges et gros comme des montagnes.»
La reine impatiente continua à interroger Reineke: «Apprenez-nous
clairement comment la chose s'est passée! Dites la vérité, songez à
votre conscience, délivrez votre âme!»
Reineke répondit: «Je ne demande pas mieux que de tout dire. Je m'en vais
mourir; c'est irrémissible; ce serait de la folie à moi de charger ma
conscience à la fin de ma vie et de m'attirer un châtiment éternel. Il
vaut mieux tout avouer, et, si par malheur il me faut accuser mes parents
et mes amis les plus chers, hélas! que puis-je faire? L'enfer est là qui
me menace.»
Le roi, durant cet entretien, était devenu tout inquiet; il dit à Reineke:
«Est-ce bien la vérité?»
Reineke lui répondit avec une attitude pleine de dissimulation:
«Certes, je suis un grand pécheur; mais je dis la vérité. À quoi cela me
servirait-il de vous mentir? Je me damnerais pour l'éternité. Vous le
savez bien, il en a été décidé ainsi, il faut que je meure, je vois la
mort devant moi et je ne mentirai pas; car rien en ce monde, bien ou mal,
ne peut venir à mon secours.» Reineke prononça ces paroles en tremblant et
parut désespéré.
Et la reine dit: «Sa détresse me touche; je vous en prie, monseigneur,
regardez-le avec miséricorde et songez que par cette confession nous
évitons plus d'un malheur; écoutons, le plus tôt possible, le fond de
cette tristesse. Ordonnez le silence et qu'il parle devant tous.»
Et le roi commanda le silence. Toute l'assemblée se tut, et Reineke dit:
«Puisque vous le désirez, sire, prêtez l'oreille à ce que je vais dire.
Quoique mon discours ne soit pas appuyé de lettres et de documents,
il n'en sera pas moins fidèle et précis; je vais vous découvrir la
conjuration et je compte bien n'épargner personne.»