Les routes sont divisées en plusieurs classes de largeurs différentes.

La plus importante est le Tokaïdo qui traverse l'île de Nippoune, dans

sa longueur en passant par Yedo. La distance y est inscrite, comme aussi

sur les principales autres routes, à partir du grand pont de Yedo, le

Nippoune-basse, choisi comme point de repère. Les contrées qui divisent

le Japon ont été chacune entourées de larges voies de circulation; dans

ces contrées, chaque province, puis chaque district possède également

des routes de ceinture. Enfin de chaque ville et de chaque village

partent des chemins qui relient ces points aux grandes artères. Les

voyages sont donc rendus faciles au Japon, et sur toutes ces voies de

communication circule un peuple actif de marchands, d'industriels, de

prêtres, de soldats, de princes; les uns à pied, les autres à cheval, ou

en chaise à porteurs. Pour plus d'ordre, chaque courant de voyageurs

doit suivre un même côté de la route. Afin d'éviter entre les daïmios

supérieurs un conflit de préséance qui pourrait devenir dangereux, la

cour de Yedo règle la marche de chacun, de manière à ce que deux de ces

princes ne puissent se rencontrer en chemin. La mesure est prudente, car

les grands daïmios sont toujours suivis d'une armée, et chacun s'arrête

en se prosternant sur leur passage. La facilité des voyages est

non-seulement due aux routes spacieuses, à l'absence de douanes

intérieures et d'octrois, mais encore au grand nombre d'auberges et de

maisons de thé qui bordent ces routes. De distance en distance sont

également placées des maisons de postes où le voyageur trouve à louer

des chevaux, des porteurs et des courriers.

Cette fréquence des voyages au Japon est importante à noter, car elle

introduit chez le peuple des habitudes de solidarité en opposition avec

le régime féodal qui tend à l'isolement des provinces. C'est ainsi que

les moeurs sociales ont leur expression propre, et que les

institutions n'amènent pas comme conséquences inévitables les résultats

qu'elles ont pu produire chez une autre race. Par la fréquence des

relations s'est établi parmi les Japonais un rapport homogène, dans

l'état de leurs intérêts commerciaux, industriels et scientifiques.

Leurs connaissances scientifiques sont peu développées; mais loin de

méconnaître leur ignorance sur ce sujet, ils cherchent à combler cette

lacune dans leur contact avec les étrangers. C'est par l'intermédiaire

de ces derniers, principalement par les Russes et les Hollandais, que

les Japonais sont parvenus à posséder des connaissances géographiques

assez complètes. Ils impriment de grands planisphères, chargés de notes

et d'indications, de manière à servir de traité de géographie aussi bien

que de cartes. La science historique se borne pour les Japonais à

l'histoire de leur pays. Afin d'établir leur chronologie, ils se servent

de trois moyens différents. Ils ont une ère qui commence, en l'an 660

avant J.-C., avec le règne du Daïri Shine-Mou, premier auteur de la

dynastie encore actuellement régnante. A côté de cette époque fixe, ils

comptent par cycles de soixante années et par une série de cycles plus

petits et de durée variable qu'ils appellent nengo. Les empereurs

déterminent le nom et la durée de ces nengos qui se suivent sans

interruption. Un même règne peut posséder plusieurs de ces divisions.

Les connaissances des Japonais dans les sciences physiques et naturelles

semblent très-faibles. Ils possèdent en mathématiques quelques vérités

fondamentales qui leur font envisager cette science d'une façon

spéciale. De ces vérités, ils tirent des procédés pratiques remarquables

pour la résolution des problèmes d'arithmétique, qu'ils résolvent, sans

écriture, plus promptement que les Européens. Ces procédés leur sont

communs avec les Chinois.

De même qu'en Chine, la chirurgie et les sciences qui en dépendent sont

presque ignorées au Japon, mais la médecine présente un ensemble de

connaissances plus développées, quoique imparfaites. Les médecins

japonais accordent une grande attention aux pulsations des artères, qui

leur fournissent leur principal élément diagnostique. Ils sont

très-habiles à saisir toutes les variations que présente ainsi la

circulation du sang, et rattachent avec pratique ces variations aux

différentes maladies qui peuvent en être la cause. Pour combattre les

maladies, ils emploient quatre principales méthodes: l'ingérence de

différentes substances, la plupart végétales, le feu sous forme de moxa

ou comme simple application de la chaleur, l'acupuncture, et le massage

qui est en grande estime. L'usage des bains chauds est général, en

dehors de toute prescription médicale; car les Japonais sont soigneux de

leur personne; ils accordent une grande attention à l'aspect extérieur,

comme à l'étude de la physionomie et des lignes de la main.

Sous l'influence du peu de développement que possèdent les sciences au

Japon, l'enseignement général est surtout religieux, moral et

littéraire. Une bonne éducation se continue dans l'étude de la musique

et de la peinture; elle se complète, pour les hommes, par l'exercice des

armes. La musique est complétement dans l'enfance; mais il n'en est pas

de même de la représentation dramatique, qui se produit avec vérité

d'expression et science d'observation. Les Japonais ne représentent pas

seulement sur leurs scènes des sujets mythologiques et merveilleux, dont

la production forme, pour ainsi dire, le début de l'intelligence dans ce

genre de créations: ils abordent aussi la représentation de la vie

usuelle, des détails des moeurs, des événements historiques dans un

milieu de décoration en harmonie avec le sujet mis en scène. Ce seul

fait est certainement un indice de connaissances avancées. Pour rendre

hommage au talent dramatique des Japonais, je dirai, que dès le

commencement de mon séjour au Japon, il m'est arrivé d'assister à des

représentations dont je pouvais suivre l'idée, grâce au naturel des

gestes et des expressions ainsi qu'à l'harmonie des décors. Être

intéressé dans ces circonstances, avant d'avoir eu le temps de se

familiariser avec la langue, prouve en faveur de la composition, comme

en faveur des artistes. Ils sont cependant loin d'être parfaits,

quelque disposé que l'on soit à l'indulgence par un séjour prolongé en

Chine. Le principal défaut des acteurs est d'adopter, sur les planches,

un ton déclamatoire qui gâte l'effet et nuit à la beauté de leur langue.

La langue japonaise est douce et harmonieuse. Son étude est facile si on

veut se borner à l'apprendre pratiquement, en écoutant, en se

renseignant sur les mots, et en reproduisant la manière de parler des

Japonais qui vous adressent la parole ou vous répondent. Cette dernière

observation, naïve vis-à-vis de toute langue, ne l'est pas au Japon; car

si l'on veut en savoir davantage, les difficultés se multiplient, le

temps se passe et l'on s'aperçoit que le japonais est la plus difficile

des langues vivantes. Elle est entièrement régie par l'étiquette, la

politesse et le code de la hiérarchie; adresser la parole comme on vous

parle, ou répondre comme on vous répond, c'est ne tenir aucun compte de

ces règles. Suivant la position sociale de son interlocuteur, il faut

varier ses formules, employer des mots spéciaux, conjuguer ses verbes

de façons déterminées, et faire intervenir certaines particules. Tout

cela n'est encore rien auprès des difficultés de la lecture et de

l'écriture. La langue écrite diffère de la langue parlée; ce qui s'écrit

ne se parle pas et réciproquement. Certaines formules sont spéciales, et

il serait souverainement ridicule et bouffon de confondre les deux

genres d'expressions. Comme si toutes ces difficultés ne suffisaient

pas, les Japonais ont adopté les milliers de signes idéographiques

chinois, et en plus deux écritures phonétiques. Les signes

idéographiques sont lus au Japon suivant deux prononciations

différentes: le koïé, ou lecture suivant le son, reproduit à peu près le

son chinois attribué au caractère, tandis que le kouh est une lecture

suivant le sens et traduit le son purement japonais de l'objet exprimé.

Ainsi le caractère qui signifie _chose_, se prononce _gui_ suivant la

lecture koïé et _koto_ suivant la lecture kouh.

L'écriture idéographique prend trois noms différents, suivant le style

d'écriture adoptée; le kouasho, ou shingghana, représente les signes

tracés carrément; l'écriture cursive savante et officielle est nommée

guiosho, l'écriture cursive familière prend le nom de sosho ou tsao. Les

Japonais ont eu l'intelligence de comprendre l'énorme obstacle

qu'apportait aux études la difficulté de l'écriture idéographique, qui,

en définitive, resserre la pensée dans les limites du passé et

transforme toute étude en un long apprentissage de lecture. Ils ont en

conséquence adopté l'alphabet phonétique, qui, par l'analyse des sons,

permet de poursuivre l'idée avec un instrument facile. Mais le point de

départ était tellement compliqué, qu'ils n'ont pu parvenir à la

simplicité, dont ils sentaient le besoin. Ils ont un premier alphabet

phonétique de quarante-huit syllabes exprimées par quarante-huit signes.

Cette écriture reçoit le nom de kata-gana qui veut dire écriture de côté

ou d'annotation. Les Japonais se servent du kata-gana comme traduction

phonétique, pour fixer la prononciation, et malheureusement ne s'en

servent pas comme d'une écriture usuelle. L'écriture vulgaire phonétique

est nommée hira-gana. Elle se décompose en quarante-huit syllabes comme

le kata-gana, mais ce qui la rend bien plus compliquée, c'est que chacun

de ces quarante-huit sons possède, par des emprunts faits au sosho, un

grand nombre de synonymes, parmi les caractères destinés à le

reproduire. Enfin quelque compliqué que soit l'hira-gana, cet alphabet

prouve chez les Japonais un rare bon sens, et une activité intelligente

qui les pousse vers le progrès, en échappant à la routine asiatique. Ces

qualités se retrouvent dans leur littérature vulgaire, dont la verve

n'épargne pas plus le privilége que les ridicules de la vie populaire.

Les Japonais présentent le grand spectacle d'un peuple vivant et

progressif, au milieu de la torpeur asiatique, d'un peuple qui veut

avant tout s'instruire et s'améliorer, et qui, quoique placé au fond de

cet extrême Orient tout replié sur lui-même, ne repousse aucun maître.

Avec la grandeur individuelle qui les caractérise, les Japonais

pourront conquérir une forme sociale qui complétera l'expansion de leurs

qualités. Ils ont des abus à corriger, des cruautés à adoucir, mais

qu'ils sachent profiter de l'élément occidental, qui s'est fait jour

dans leur civilisation, et ils trouveront, dans ce nouvel élément, un

levier puissant à la disposition d'une action intelligente.

VII.

LE JAPON PAR RAPPORT A L'EUROPE.

Sans nous occuper du point de vue d'équilibre politique dont la

considération n'offre aujourd'hui aucune opportunité, il nous reste à

voir quelles ressources et quels avantages le Japon présente à

l'Occident, sous le rapport industriel et commercial. Par le nombre et

la densité de ses habitants, l'empire du Soleil Naissant nous ouvre un

vaste débouché pour l'importation d'un grand nombre de nos produits; par

la richesse du sol, et l'industrie des indigènes, ce pays peut nous

donner en échange de précieuses marchandises d'exportation vers

l'Europe. Sa population paraît être de 40 millions d'habitants répandus,

en presque totalité, sur les trois grandes îles de Nippoune, Sikokou et

Kioushiou, et sur un grand nombre de petites îles latérales. Ce groupe,

en y comprenant l'île de Yesso, s'étend depuis l'île de Yakoumosima,

jusqu'au détroit de La Pérouse sur 15 degrés de latitude nord. L'empire

japonais entier, depuis le sud du groupe Liou-Tshou, jusqu'au nord des

Kouriles méridionales, présente une superficie évaluée à 190,000

kilomètres carrés, et se prolonge sur vingt-cinq degrés de latitude.

Noter ce fait, c'est noter des différences de climats et comme

conséquence une diversité de productions naturelles.

L'aspect du sol est essentiellement plutonique. La nature est

accidentée, et l'eau, qui circule partout en abondance, aide à la

fertilisation d'une terre pourvue de puissants éléments de production.

Dans ce milieu volcanique il n'y a pas lieu de s'étonner des gisements

considérables de soufre que l'on rencontre au Japon. L'or y est

très-abondant, et si l'on en croit ce que disent à cet égard les

indigènes, aucun pays au monde n'en posséderait autant. Ce dire n'est,

du reste, pas invraisemblable; l'on peut facilement y ajouter foi, en se

rappelant que l'or ne valait, pour les Japonais, avant l'action de

l'influence étrangère, que quatre fois son poids d'argent. Ce dernier

métal se rencontre également en de très-riches minerais. Le gouvernement

japonais a, dit-on, le monopole des mines d'or, d'argent et de cuivre.

Loin d'encourager l'exploitation de ces métaux, il craint une trop

grande production et semble considérer les gisements de métaux précieux

comme une réserve à laquelle il n'est permis de toucher qu'au fur et à

mesure des besoins; le contact européen suffira pour convertir les

Japonais à des idées économiques différentes. On sait que la plus grande

partie des bénéfices que faisaient les Hollandais relégués à Décima

étaient réalisés sur l'exportation du cuivre dont le Japon possède de

grandes quantités. On y trouve du plomb, du charbon de terre, du fer en

abondance. Enfin d'après tous les renseignements que l'on peut

recueillir, il paraît que le Japon est un pays exceptionnel sous le

rapport du nombre et de la richesse de ses mines. Du sein d'une terre

aussi abondamment minéralisée, s'élèvent des eaux chaudes et froides,

chargées de principes divers dont les vertus curatives sont employées au

Japon sous forme de bains et de boissons. Les entrailles de la terre

japonaise recèlent encore un autre genre de richesse, car on y trouve de

magnifiques pierres de construction, que les habitants n'osent guère

employer par crainte des tremblements de terre, mais dont une science

plus parfaite pourrait certainement tirer parti, même dans ces

circonstances défavorables. Si les Japonais ont besoin d'ingénieurs et

de professeurs en architecture, il n'en est pas ainsi vis-à-vis du

kaolin, de la précieuse terre à porcelaine, qu'ils savent employer d'une

façon remarquable. On trouve encore au Japon du cristal de roche, du

jaspe et des agates. Il est très-probable qu'une étude scientifique de

la minéralogie de ce pays mettrait au jour bien des corps utiles que les

Japonais ne savent pas isoler. En tout cas, la part est belle; les

divinités ténébreuses semblent avoir entassé pour les fils du Soleil

Naissant, leurs principales richesses, et si nous quittons leur empire

pour rechercher dans les profondeurs des mers quels trésors recèlent ses

eaux, nous verrons la perle, le corail, l'ambre gris, une grande

quantité de poissons délicats, la baleine dans le nord. Ces dernières

richesses sont d'une importance majeure au Japon, car les Japonais,

comme les autres peuples de l'extrême Orient, se nourrissent presque

exclusivement de poisson et de riz.

Le sol japonais est aussi prodigue de trésors que les entrailles de la

terre et les profondeurs des eaux. La principale production est le riz,

dont la culture donne à la campagne un aspect particulier par la

multitude de canaux qui divisent le terrain. L'exportation de cette

denrée est prohibée, pour en conserver la valeur accessible aux basses

classes. Une autre source de richesse réside dans la culture de la soie,

et dans la soie produite, on trouve, au dire des experts, une qualité

qui est la plus belle de l'Orient. Parmi les principales autres

productions végétales on remarque le thé, le coton, le camphre, le

tabac, la cire végétale, la noix de galle, et le sucre dans le sud. Les

thés japonais sont naturels; c'est pourquoi les négociants étrangers les

expédient d'abord en Chine, pour y recevoir les préparations que les

Chinois font subir à leurs thés et auxquelles les consommateurs

européens sont habitués.

Les Japonais apportent à la culture un tel soin et une telle

intelligence, qu'ils provoquent même l'admiration des Chinois passés

maîtres en ce travail. Ils connaissent bien l'emploi des engrais, et

sont jardiniers aussi habiles qu'agriculteurs intelligents. Le jardinage

de luxe est chez eux en grande estime; les fleurs et les arbustes rares

sont l'objet d'un commerce intérieur. Au milieu d'une population aussi

dense que l'est celle qui habite ce pays, chaque coin de terre doit

produire une utilité, ou pour le moins un agrément. Tout site accessible

à l'homme y est, dit-on, l'objet d'un travail actif; ce que j'ai pu voir

par moi-même me le fait aisément croire. Envisagés comme industriels,

les Japonais apportent à leurs travaux le soin et l'intelligence qui

font partie de leur nature. Ils possèdent quelques spécialités dont les

produits sont remarquables. Leurs objets de laque sont de toute beauté

et supérieurs à tout ce qui est fait en ce genre. Leurs tissus de soie

ne valent peut-être pas les produits similaires de la Chine, mais les

porcelaines japonaises peuvent soutenir toute comparaison par la finesse

de la pâte, l'élégance des formes, l'éclat des couleurs et l'harmonie

des dessins. Les Japonais sont de véritables artistes en bronze, qu'ils

savent ciseler avec une perfection et une patience incroyables. Ils

manient, en général, parfaitement les métaux; et leurs sabres, quoique

lourds, sont remarquables par la dureté de l'acier, la finesse du poli,

le tranchant de la lame, et le travail artistique de la poignée et du

fourreau. Ce goût, qui se fait également sentir dans leur talent

d'émailleur, accuse chez les Japonais des besoins de civilisation

élégante en contraste avec la simplicité réelle de leurs moeurs. Ceci

n'est pas un des côtés les moins intéressants du caractère japonais qui

trouvera, dans les relations étrangères, l'occasion de s'affirmer

définitivement dans sa voie spéciale de civilisation, comme individu et

comme société.

Ce qui précède indique brièvement les principaux produits que nous

pouvons demander aux Japonais; par contre nous en avons plusieurs à leur

fournir. Parmi ces derniers, quelques-uns nous sont spéciaux, mais la

plupart, sans nous être particuliers, sont obtenus dans notre

civilisation à un prix contre lequel les Japonais ne peuvent lutter.

Dans cette classe, dont les articles s'adressent aux nécessités les plus

usuelles de la vie rentrent les tissus de laine et de coton, les

camelots, quelques soieries, satins et velours, qui sont réalisés à des

prix avantageux pour les vendeurs européens comme pour les acheteurs

indigènes. Nos étoffes chaudes de laine et de velours communs présentent

encore aux habitants du Japon une spécialité d'usage et d'économie

qu'ils ne peuvent remplacer; car leur industrie ne leur fournit, pour

s'abriter contre le froid, que des vêtements légers qu'ils multiplient

sur eux, ou des étoffes ouatées qui leur reviennent plus cher et leur

durent moins longtemps. Ces articles trouvent ainsi au Japon un débouché

dont l'importance deviendra chaque jour plus grande par suite des

habitudes contractées et de l'usage qui se propage, sous l'impulsion des

avantages réalisés. Les articles de mercerie, le fil, les aiguilles, les

boutons, dont les Japonais ignoraient l'usage, les objets de fabrique

connus sous le nom d'article de Paris, les cuirs travaillés entrent

aussi dans la consommation ordinaire, ainsi que les glaces, les vitres,

les verreries. Le commerce étranger fournit encore au Japon des

médicaments, des produits chimiques et pharmaceutiques, des matières

colorantes pour la teinturerie, des instruments de science et de

précision, des instruments de chirurgie, ainsi que des livres

scientifiques, des armes, de la coutellerie et de la quincaillerie.

L'horlogerie donne lieu au Japon à un commerce très-actif entre les

indigènes et les Européens. Dans les produits d'un autre genre, se

trouvent l'eau-de-vie, les vins doux, les liqueurs sucrées, le vin de

Champagne, d'un intérêt tout français, les huiles, les épices, les

ginsang et les drogues asiatiques, qui, sans provenir d'Europe, peuvent

intéresser la navigation européenne, de même que tous ces produits

alimentaires dont les Chinois sont friands et que les Japonais

recherchent également; ce sont surtout: le poisson sec, les huîtres

salées, les herbes marines, les champignons, les pois, la colle de

poisson, les ailerons de requins, les nids de salanganes, les

holothuries, etc.

Ces principales indications suffisent pour montrer l'importance des

échanges qui intéressent l'industrie, le commerce et la navigation. Si

les métaux précieux, qui forment l'une des principales richesses du

Japon, ne sont pas, aujourd'hui, rangés parmi les objets d'échange, ce

résultat des restrictions imposées par le gouvernement, dans la crainte

de voir son pays inondé d'une trop grande masse de numéraire, devra

changer à la suite de l'impulsion nouvelle de production et d'écoulement

provoqués par les étrangers. Les Japonais s'apercevront qu'il y a, en

définitive, profit à livrer une marchandise qui leur coûte moins qu'aux

autres peuples, et dont ils sont abondamment pourvus. Mais pour en

arriver à ce but, il faut activer l'importation de nos produits et de

nos services, rendre ainsi le travail des mines nécessaire pour solder

les achats. Ce résultat sera précieux, vis-à-vis de l'état actuel du

commerce européen avec les Indes orientales et la Chine.

Le mouvement du commerce extérieur au Japon n'a pas encore pris les

allures franches d'intérêts particuliers libres dans leur expression. Ce

mouvement accusé officiellement pour l'année 1862 représente 52 millions

de francs, dont 37 appartiennent à l'exportation. Ces chiffres sont

rendus douteux par une contradiction que les documents officiels

constatent sans explication; car après avoir, dans le tableau général,

indiqué l'exportation des soies écrues pour une valeur de 32,528,000

francs, ils notent 20,000 balles de soie à 2,500 francs en moyenne,

exportées dans cette même année, ce qui représente pour l'exportation

seule de la soie une valeur de 50 millions. Le thé est, après la soie,

l'article le plus important; il se trouve à l'exportation pour un total

de 3,402,000 francs.

L'importation est principalement représentée par 7 millions d'étain et

de plomb, et 6 millions de camelots, toiles, cotonnades et cotons en

écheveaux.

La France n'entre dans ce commerce que pour 703,000 fr. à l'importation

et 1,569,000 fr. à l'exportation. La plus grande part appartient à

l'Angleterre, pour une valeur totale de 37,620,000 francs. Ces chiffres

sont faibles, vis-à-vis d'une terre qui donne tant d'espérances. Mais il

faut remarquer qu'il y a progrès constant depuis le début commercial; en

1863 le commerce extérieur a été de 88 millions dont 63 d'exportation et

24 d'importation. Le Japon ne pourra d'ailleurs réaliser les espérances

conçues que le jour où les intérêts privés seront seuls en présence.

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