NOTES

[1: C'était le père de M. de la Bouillerie.]

[2: On se souvient qu'il avait envoyé au Directoire la correspondance

trouvée dans les fourgons du général autrichien Klinglin, laquelle

attestait que Pichegru était en communications criminelles avec le

prince de Condé, et qu'il préparait les revers de sa propre armée.]

[3: Propos rapporté par les compagnons de George, lorsqu'on les

interrogeait sur ce qu'ils avaient fait, vu et entendu.]

[4: Il n'y avait qu'à Londres qu'on entretenait une surveillance parmi

les réfugiés de la guerre de l'Ouest.]

[5: M. de Rivière, que j'eus occasion de voir au Temple, me confirma

dans l'opinion que j'énonce ici. Je lui témoignai mon étonnement de le

voir lui et M. de Polignac acollés à pareille compagnie; je lui parlai

de ce qu'il avait dû souffrir en entendant, aux débats, le détail des

attrocités dont ces malheureux s'étaient rendus coupables. Il convint

qu'en effet sa position avait été pénible, et m'apprit comment il

s'était décidé à venir à Paris.

M. le comte d'Artois ne recevait depuis long-temps que les rapports les

plus invraisemblables; à entendre ceux qui les lui adressaient, il

semblait qu'il n'avait plus qu'à se présenter, que tout allait lui

obéir. Il était difficile, en considérant la source d'où partaient ces

rapports, de se défendre de l'impression qu'ils devaient naturellement

produire. Cependant, me dit M. de Rivière, je ne partageais pas le moins

du monde les espérances qu'on nous donnait. Je dis ma façon de penser au

prince; je lui demandai la permission de venir en juger moi-même, et lui

annonçai qu'il pourrait se déterminer sur mon rapport, parce que je ne

me laisserais aller à aucune illusion. Son A. R. consentit à ce voyage.

Je vins à Paris; je ne tardai pas à me convaincre que l'on nous

trompait, et j'allais repartir lorsque je fus arrêté.]

[6: Un officier de M. le duc de Bourbon, qui était à cette époque

attaché au duc d'Enghien, a contesté cette assertion. Je ne cherche pas

les motifs qui l'ont fait agir; quant à moi, je n'avais d'autre intérêt

en la notant, que celui de la vérité historique, qui était loin

d'accuser le courage de M. le duc d'Enghien. Au reste, ce prince a bien

pu faire un mystère à ses officiers de quelques démarches qu'il ne

cachait pas à ses domestiques. Je persiste donc, parce que celui qui m'a

rapporté le fait est digne de foi, et sûrement connu de mon réfutateur.

Un Strasbourgeois m'a même assuré qu'il était notoire dans ce temps, à

Strasbourg, que l'on s'y prêtait à des facilités pour laisser repasser

le duc d'Enghien le soir par la citadelle et regagner le pont du Rhin.]

[7: Je sais que, depuis la mort de M. le duc Cambacérès, on se donne

beaucoup de mouvement pour faire supprimer cette circonstance, qui est

rapportée dans ses mémoires manuscrits; mais il n'en est pas moins vrai

qu'elle y est telle que je viens de la citer, et assurément, s'il eût

vécu, il n'aurait fait aucun sacrifice à celui qui est le plus intéressé

à la faire disparaître.]

[8: Voyez aux _documens_, n° 1. Cette lettre du premier consul au

ministre de la guerre est du 10 mars 1804. Voyez, n° 2, _Lettre du

ministre de la guerre au général Ordener_.]

[9: Voir, n° 3, _Lettre de M. Talleyrand à l'électeur de Baden_, du 10

mars 1804.]

[10: J'ignorais cette circonstance de l'arrestation de la voiture du

prince, depuis onze heures jusqu'à quatre du soir à la barrière, lorsque

j'ai publié en 1823 ce que je savais de cet événement.]

[11: En quittant _le Bellérophon_ dans la rade de Plymouth en 1815, j'ai

été transporté à bord de la frégate _l'Eurotas_ pour être conduit comme

prisonnier à Malte.

Le capitaine de cette frégate était un M. de Lilycrap: pendant la

traversée, il m'a raconté souvent qu'il avait été employé près de Drack

sur les bords du Rhin; à cette époque, qu'il avait été envoyé par lui en

tout sens dans toutes les petites cours d'Allemagne, près des émigrés à

Offembourg et à Ettenheim chez M. le duc d'Enghien.

Il pestait encore de rage contre Méhée qui, disait-il, les avait si

complètement joués.]

[12: Ce propos a une coïncidence avec l'espérance qu'avait le général

Moreau, d'être revêtu de la puissance consulaire, et avec les refus

qu'il fit de s'engager dans les principes de George. J'ai appris depuis

la restauration, que, dans une autre entrevue, George lui avait dit que

son projet était tout prêt, qu'il frapperait le premier consul tel jour

(qu'il lui désignerait), et qu'il ne lui demandait que de partir

d'avance avec le général Pichegru, pour se rendre dans les environs de

Boulogne, y attendre la nouvelle de l'événement, et ne pas perdre de

temps pour agir sur l'armée; ce que Moreau refusa positivement. De sorte

que George fut obligé de retarder son coup par la conviction qu'il

acquérait, qu'il n'aurait abattu le premier consul qu'au profit du

général Moreau.

C'est alors qu'il dit: Un bleu pour un bleu, j'aime encore mieux celui

qui y est que ce j... f... là.]

[13: Le monument que l'on a élevé au général Pichegru depuis 1815 est la

meilleure réponse à faire à ceux qui, dans ce temps-là (1804), le

regardaient comme une victime ainsi que Moreau.]

[14: Ceci a été écrit en 1815. On a cité plus haut des faits et des

révélations venus à ma connaissance depuis 1823.]

[15: Le ministère anglais a prétendu qu'il était étranger au projet de

George. Voici la note remise au nom de Sa Majesté Britannique, le 30

avril 1804, aux ministres des cours étrangères.

«S. M. m'a ordonné de déclarer qu'elle espère ne pas avoir besoin de

repousser avec le dédain et l'indignation qu'elle mérite, la calomnie

atroce et dénuée de fondement, que le gouvernement de S. M. participait

à des projets d'assassinats: accusation déjà portée aussi faussement et

aussi calomnieusement par la même autorité contre les membres du

gouvernement de S. M. pendant la dernière guerre; accusation si

incompatible avec l'honneur de S. M. et le caractère connu de la nation

britannique, et si complètement dénuée de toute ombre de preuve, que

l'on peut présumer avec raison qu'elle n'a été mise en avant dans le

moment actuel qu'afin de détourner l'attention de l'Europe de la

contemplation de l'acte sanguinaire qui a été commis récemment par

l'ordre direct du premier consul de France, en violation du droit des

gens et au mépris des lois les plus simples de l'honneur et de

l'humanité.»

Imprimé à Paris, chez les frères Baudouin, _Mémoire historique sur la

catastrophe de monseigneur le duc d'Enghien_, pages 267 et 268.

De qui donc Wright, officier de la marine royale anglaise, et de plus

commandant un bâtiment de guerre de cette marine, pouvait-il avoir reçu

des ordres pour embarquer et débarquer à notre côte George et les siens?

Y a-t-il en Angleterre une autre autorité que les offices du

gouvernement qui commande à la marine?]

[16: Son défenseur, en me parlant de cette affaire pendant mon

administration, m'a dit que si dans son plaidoyer il avait admis cette

entrevue comme constante, il ne lui serait resté aucun moyen de sauver

le général Moreau, que le moindre contact avec George perdait sans

ressource.]

[17: Après l'affaire de George, dans laquelle le premier consul avait

été bien servi, on ne manqua pas de lui dire: «Voyez cependant, il a été

six mois à Paris sans qu'on s'en doutât. Il est clair que, s'il y avait

eu un ministère de la police, on n'aurait pas couru ce danger. Bien

mieux, George n'aurait pas osé y venir, si Fouché avait encore été

ministre.» On persuada aisément au premier consul de rétablir ce

ministère; il devenait nécessaire, surtout à cause des changemens qui se

préparaient et qui allaient mettre les intrigues en mouvement. Le

premier consul penchait pour M. Réal. Je ne sais ce qui le porta à se

décider en faveur de M. Fouché qui rentra au ministère. Celui-ci était

persuadé qu'il n'en était sorti que par les oeuvres de M. de Talleyrand;

il y revint donc avec la résolution de lui nuire autant qu'il le

pourrait, et effectivement il ne manqua pas une occasion de le faire.]

[18: On a le droit d'observer que c'était l'armée qui avait donné le

signal, et qui avait entraîné par son exemple. Mais qui est-ce qui avait

fait respecter le nouvel ordre social établi en France, ainsi que les

institutions qui en avaient été la conséquence? N'étaient-ce pas les

efforts de l'armée? Sous quelle garantie tout cela était-il placé?

N'était-ce pas sous celle de l'armée?

Pour détruire ces institutions, par où devait-on commencer, si ce

n'était par leur auteur? et après lui, qui est-ce qui était le plus

menacé, si ce n'était l'armée? (Témoin les événemens de 1815.) Celle-ci

ayant, comme toute la France, traversé la révolution, voyait un danger

pour elle-même; il n'était donc pas surprenant qu'elle cherchât la

première à s'en garantir.]

[19: Avant que le premier consul mît la couronne impériale sur sa tête,

il avait été nommé consul à vie à la suite d'un vote populaire, le 2

août 1802. Ses ennemis lui ont reproché l'assentiment qu'il donna au

sénatus-consulte qui le perpétuait ainsi dans l'autorité, comme un acte

ambitieux par lequel il a voulu préparer son avénement au trône.

En examinant sans partialité tout ce qu'ils ont pu dire à ce sujet, on y

reconnaît les caractères de la passion et de l'envie. Il ne faut que se

reporter à cette époque pour s'en convaincre.

Le consulat ne devait d'abord être exercé que pendant dix ans, et l'on

se rappelle combien l'esprit de parti troublait la tranquillité

intérieure, et à combien de discordes on aurait encore été exposé, si

une main ferme n'avait pas contenu toutes les factions. Or, que

serait-il arrivé lorsqu'il aurait fallu élire un successeur au premier

consul? Vraisemblablement les partis se seraient agités, et comme les

militaires auraient fait la loi, les votes auraient été partagés entre

le premier consul et le général Moreau.

Je suppose que celui-ci eût été élu; qu'aurait-il fait? Il n'y a que des

hommes sans expérience qui ne conviendront pas qu'il aurait défait tout

ce que son prédécesseur avait établi; et comme il aurait dû craindre,

par suite du mécontentement que cela aurait excité, qu'à l'élection

suivante on réélût le général Bonaparte, il se serait empressé d'y

apporter des obstacles, si même il n'avait pas fait pire, sous le

prétexte qu'il conspirait contre la tranquillité de la république.

L'histoire de ces sortes de gouvernemens n'est pleine que d'événemens

semblables.

Après Moreau, on en aurait élu un autre, qui à son tour lui aurait fait

la même chose, et ainsi de suite comme à Constantinople. Le général

Bonaparte aurait été un fou de s'y exposer, et on se serait moqué de lui

de n'avoir pas su se servir du pouvoir, lorsqu'il en était revêtu. Dans

ces cas-là, le premier qui a la place fait fort bien de ne pas la

quitter. Et d'ailleurs, comment les amis de la liberté n'ont-ils pas

établi ce gouvernement pendant que l'empereur était en Égypte? Alors ils

étaient maîtres du terrain, et pouvaient s'y constituer comme ils

auraient voulu.]

[20: C'est à ce voyage qu'il fit venir M. de Massias. Voyez chap.

complémentaire à la fin de ce volume.]

[21: Lauriston, comme aide-de-camp de l'empereur, l'accompagnait à ce

voyage.]

[22: À la suite de la première visite qu'il fit faire par les

architectes, que j'accompagnai ainsi que Duroc, ceux-ci furent si

effrayés de la quantité de réparations qu'exigeait ce palais monumental,

qu'ils convinrent unanimement qu'il en coûterait plus pour le réparer

que pour le démolir.]

[23: Le moment fixé pour le départ du pape des Tuileries pour

l'archevêché éprouva un moment de retard par une cause singulière. Tout

le monde ignorait en France, et même aux Tuileries, qu'il était d'usage

à Rome, quand le Pape sortait pour officier dans les grandes églises,

comme celle de Saint-Jean-de-Latran par exemple, qu'un de ses principaux

camériers partît un instant avant lui, monté sur un âne et portant une

grande croix de procession. Ce fut au moment même de se mettre en

marche, qu'on apprit cette coutume. Le camérier n'aurait pas voulu, pour

tout l'or du monde, déroger à l'usage et prendre une plus noble monture.

Il fallut donc mettre tous les piqueurs des Tuileries en recherche; on

eut le bonheur de trouver un âne assez propre que l'on se hâta de

couvrir de galons. Le camérier traversa avec un sang-froid imperturbable

l'innombrable multitude qui bordait les quais, et qui ne pouvait

s'empêcher de rire à ce spectacle bizarre qu'elle voyait pour la

première fois.]

[24:

«Monsieur le général de division Savary, mon aide-de-camp,

«Vous partirez dans la journée en toute diligence pour Bruxelles. Les

pièces ci-jointes vous feront connaître l'objet de votre mission. Vous

irez voir le président de la cour criminelle et le procureur impérial,

et, sans faire aucun nouvel éclat, ni laisser pénétrer le but de votre

voyage, vous recueillerez les renseignemens convenables, qui me mettent

à même d'avoir une idée précise sur cette affaire, ainsi que sur la

nécessité des mesures que l'on propose.

«Vous irez aussi à mon château de Lacken, pour voir dans quelle

situation sont les travaux.

«Vous irez de là à Anvers; vous y visiterez dans le plus grand détail

l'arsenal, les chantiers de construction, les magasins, les chaloupes

canonnières et autres bâtimens de la flottille qui se trouvent en

armement. Vous reviendrez par Bruges, Ostende, Dunkerque, Calais,

Ambleteuse, Vimereux et Boulogne. Vous resterez dans chacune de ces

villes le temps nécessaire pour bien voir la situation de l'armée de

terre et de mer, et vous mettre à même de me rendre compte de tout ce

qui peut m'intéresser. Vous m'écrirez de Bruxelles sur l'affaire de ...,

et de chacune des autres villes sur tout ce qui a rapport à votre

mission. Vous causerez avec le général Davout et les autres généraux, et

toujours dans ce sens que je compte que l'armée et la flottille ne

cessent pas d'être maintenues sur un pied respectable et dans la

meilleure discipline. Sur ce, je prie Dieu qu'il vous ait en sa sainte

garde.

«Malmaison, ce 24 ventôse an XIII.

«NAPOLÉON.»

]

[25: L'armée qui aurait passé le détroit est celle qui a combattu depuis

les Russes et les Autrichiens. Si elle n'eût pas conquis l'Angleterre,

comme je le crois, au moins eût-elle amené une paix bien autre que

celles que nous sommes accoutumés de faire avec ce pays.]

[26: J'ai eu occasion de m'assurer depuis, que lors de la réunion des

troupes russes à leur frontière pour opérer ce mouvement, la Russie

avait fait demander passage à la Prusse, que non seulement la cour de

Berlin le refusa, mais qu'elle mobilisa une armée pour s'opposer au

passage. Ce fut sur ces entrefaites que la Prusse apprit la violation de

son territoire par le corps de Bernadotte. Elle témoigna la même humeur,

et ouvrit le passage aux Russes. L'empereur profita de cette mauvaise

disposition contre la France, et hâta son voyage à Berlin pour entraîner

la Prusse dans sa politique.

Depuis cette époque, les choses n'ont été que de mal en pis avec ce

pays. Ce n'est pas le moindre inconvénient de sa position géographique.

Il sera long-temps encore obligé de rester dans le disque de la

puissance qui le menace le plus. Si l'armée française, au lieu d'être

entièrement occupée à Boulogne, eût pu lui offrir la certitude d'être

secouru à temps, jamais la Prusse n'aurait dévié d'une alliance qui lui

était naturelle et nécessaire.]

[27: Ce fut à cette occasion qu'il connut l'évêque d'Augsbourg, qui

était autrefois électeur de Trèves; il conçut de l'estime pour lui, et

ce prince en retour s'attacha à l'empereur, qu'il considérait comme lui

ayant fait donner l'évêché d'Augsbourg, sans lequel il n'aurait eu

aucune indemnité de la perte de son électorat.]

[28: D'après la capitulation de Memingen, les officiers retournaient

chez eux. On laissait entrevoir au prince Maurice qu'en cas de retard de

la part du général Mack, on n'accorderait pas cette faveur.]

[29: On a vu plus haut que des environs d'Ingolstadt il avait été envoyé

contre l'archiduc Ferdinand, pour empêcher sa réunion avec la grande

armée par la Bohême.]

[30: L'empereur avait reçu la nouvelle du désastreux combat naval de

Trafalgar.

L'amiral Villeneuve, après son combat contre l'amiral Calder, avait

rallié l'escadre du Ferrol et était allé à Cadix avec l'escadre

espagnole. L'empereur avait sans doute ordonné au ministre de la marine

de lui retirer le commandement de ses flottes, car celui-ci envoya

l'amiral Rosilly pour le remplacer. Il en prévint Villeneuve par un

courrier; y ajouta-t-il quelques reproches, c'est ce que j'ignore: mais

il fallait bien qu'il y eût quelque chose de semblable, puisque

Villeneuve sortit de Cadix sans but avec les flottes française et

espagnole, pour attaquer l'escadre anglaise, commandée par Nelson.

L'engagement eut lieu au cap Trafalgar. Nous avions en tout trente

vaisseaux ou même trente-un. Les Anglais n'en avaient pas au-delà de

trente-deux ou trente-trois, et cependant nous fûmes non seulement

battus, mais détruits; en résultat, nous perdîmes dix-huit vaisseaux, le

reste rentra à Cadix. À la vérité, l'amiral Nelson fut tué dans le

combat, mais cela ne faisait rien à l'honneur des armes. Villeneuve fut

pris et emmené en Angleterre.

L'amiral espagnol Gravina fut blessé, et mourut des suites de sa

blessure. On reprocha beaucoup à l'amiral Dumanoir, qui commandait

quatre vaisseaux de réserve, d'avoir amené sans combattre; on prétendit

que, s'il avait attaqué, il aurait réparé les affaires; il fut traduit à

un conseil de guerre, et acquitté, comme cela était habituel.]

[31: Les Français pourraient aujourd'hui parler avec plus de raison de

l'ambition de la Russie.]

[32: L'empereur venait de recevoir de M. Delaforest, son ministre à

Berlin, l'avis que la cour de Prusse avait pris parti pour les coalisés,

et qu'elle envoyait M. de Haugwitz à son quartier-général pour le lui

signifier. Le ministre arriva effectivement à Brunn peu de jours après

moi; comme l'empereur avait déjà bien assez d'ennemis sur les bras, il

ne voulut pas donner à la Prusse l'occasion de se compromettre encore.

Il renvoya M. de Haugwitz à son ministre des relations extérieures, qui

était à Vienne, et auquel il écrivit en conséquence, bien persuadé que,

si la bataille qu'il se disposait à livrer était heureuse, les affaires

de la Prusse s'arrangeraient facilement, et que, si au contraire il la

perdait, sa position ne serait pas plus mauvaise. Cette politique se

trouvait dans l'intérêt de la Prusse.]

[33: On remarquera facilement que l'auteur nomme souvent un maréchal

pour indiquer son corps d'armée, et un général de division pour indiquer

la division commandée par ce général.]

[34: C'est dans ce moment que l'empereur envoya du champ de bataille,

son aide-de-camp Lebrun, porter la nouvelle du succès à Paris, et qu'il

envoya également un officier à l'électeur de Bavière et à celui de

Wurtemberg.]

[35: Jusqu'en 1806, nous avons vu l'infanterie russe mettre ses

havresacs par terre, avant de commencer le feu, de manière que, quand

elle était repoussée, elle perdait tous ses bagages.]

[36: Nous étions au 5 décembre à la pointe du jour; la bataille avait eu

lieu le 2.]

[37: Il faut observer que les débris de l'armée russe avaient beaucoup

de chemin à faire pour venir s'opposer à Davout.]

[38: Cependant l'armistice ne devait concerner les Russes qu'après que

l'empereur Alexandre aurait accepté les conditions arrêtées à l'entrevue

des deux empereurs, et ce n'est que dans la nuit du 4 au 5 qu'il m'a

donné sa parole d'y souscrire.]

[39: Effectivement trente-six mille Russes y étaient avec le général

Buxhoewden; ils auraient été joints aux Prussiens, si nous eussions perdu

la bataille.]

[40: Le général Junot était ambassadeur en Portugal. L'empereur, voulant

lui fournir une occasion de se distinguer, lui avait envoyé ordre de

venir le joindre à l'armée; il arriva deux jours avant la bataille.

Quand il aurait toisé son chemin de Lisbonne à Austerlitz, il ne serait

jamais arrivé plus à propos.]

[41: Il avait, depuis un ou deux ans, fait embrasser la carrière

militaire à son frère Joseph, et lui avait donné le commandement du 4e

régiment de ligne au camp de Boulogne. Ce prince présidait à Paris le

conseil des ministres en l'absence de l'empereur.]

[42: C'est pendant le séjour à Munich que l'on abandonna le calendrier

républicain, pour reprendre le calendrier ancien.]

[43: On regarda avec raison la retraite de M. Chaptal comme un malheur:

c'était l'homme de France le plus fait pour donner de l'essor à

l'industrie nationale; il avait une opinion à lui, et avait le courage

de la défendre; il n'entretenait l'empereur que d'idées de paix. La

méchanceté fit parvenir aux oreilles de l'empereur des contes absurdes

sur de prétendues spéculations de ce ministre. Il était naturel qu'ayant

dans sa fortune de grands établissemens de chimie, il ne les détruisît

point, par la raison qu'il était ministre.

L'empereur reconnut plus tard qu'on l'avait trompé; M. Chaptal était un

des hommes dont la conversation lui plaisait le plus, et des lumières

duquel il faisait le plus de cas: aussi était-il toujours un des

premiers sur la liste des personnes qui avaient chez l'empereur la

faveur des entrées particulières.]

[44: L'empereur traitait Clarke en enfant qui aurait pleuré, si on

n'avait pas fait attention à lui. Jamais homme n'a été aussi

malheureusement organisé que Clarke; courtisan par nature, on ne sait ce

qu'il n'aurait pas fait pour obtenir un regard d'approbation de

l'empereur.]

[45: D'Etten, d'Essen et de Werden dans le comté de la Marche.]

[46: Notre opinion était fondée sur ce que lord Yarmouth avait suivi la

négociation jusqu'au mois d'août, époque à laquelle lord Lauderdale fut

envoyé à Paris: on savait celui-ci tenir à la faction Grenville, et

opposé à M. Fox, qui, étant malade de la maladie dont il mourut dans le

milieu du mois suivant, eut peu d'influence sur le choix du négociateur,

et sur la conduite des négociations.

Nous avons pensé que lord Lauderdale n'avait été envoyé que pour

entraver et rompre ces négociations, parce que, dès son arrivée, il

refusa de reconnaître la base sur laquelle négociait lord Yarmouth.

Dès-lors on cessa de s'entendre et tout parut fini, quoique cependant il

ne quittât Paris qu'après que l'empereur fut parti pour l'armée, sans

doute pour accréditer l'opinion que c'était la France qui avait rompu.

Je crains d'avoir un peu trop disposé le lecteur à placer la cause de la

rupture dans les jactances de la jeunesse de Paris, et les alentours du

grand-duc de Berg, qui n'était pas le seul à former des projets.

L'empereur n'était pas de caractère à se laisser entraîner par ces

petites intrigues. Il jugea la guerre inévitable, parce qu'elle n'était

que la conséquence des projets de la coalition qui ne fut jamais

dissoute, qui modifia ses plans, mais n'y renonça jamais.

Sur des esprits aussi invariablement prévenus que ceux qui dirigeaient

les cabinets étrangers, sur des têtes vaines et vindicatives,

l'Angleterre avait trop de prise pour éviter l'occasion de renouer la

partie; elle venait de faire rejeter le traité fait entre la Russie et

la France par M. d'Oubril. Des relations d'amitié liaient déjà les deux

cours de Prusse et de Russie; l'Angleterre avait donc une position

facile à prendre. Ce qu'il y a de certain, c'est que l'empereur était

loin de vouloir la guerre, qui ne pouvait que remettre l'avenir en

problème, et que le roi de Prusse ne s'en souciait pas; tous deux la

firent malgré eux, l'un y fut contraint et l'autre entraîné. Les femmes,

les jeunes gens et les ambitieux y contribuèrent plus que ces deux

souverains.]

[47: Il remplaça le maréchal Lefebvre, qui commandait le 5e corps, par

le maréchal Lannes, qu'il avait ramené de Paris, et il donna le

commandement de la garde à pied au maréchal Lefebvre.]

[48: Le prince de Hohenlohe, qui commandait cette armée, garda

Montesquiou pendant toute la bataille. On dit même qu'il ne fit remettre

au roi la lettre dont Montesquiou était porteur qu'après la bataille.]

[49: En venant de Weimar à Naumbourg, l'empereur avait passé d'abord par

la position dans laquelle le roi de Prusse avait combattu, et ensuite

par celle qu'avait occupée le maréchal Davout. Les deux champs de

bataille étaient encore couverts de débris.]

[50: «M. le général Savary, restez toute la journée dans votre position.

Portez-vous partout où vos chevaux pourront aller. Si vous pouviez aller

jusqu'à Fehrbellin, il serait possible que vous y trouvassiez quelque

chose. Si vous prenez des chevaux, envoyez-les à Spandau, pour monter

les dragons. Surtout envoyez-moi des renseignemens; si vous en avez

d'importans, vous pourrez les envoyer directement au grand-duc de Berg,

qui sera à Oraniembourg.

«Sur ce, etc.

Mémoires du duc de Rovigo, pour servir à l'histoire de l'empereur Napoléon, Tome 2 · 第 46 / 47 题