§ XIII.
Lettre du même au même.
Paris, le 11 avril 1804.
J'ai reçu hier au soir la dépêche n° 17
La mort de Pichegru fait ici une
profonde sensation. On savait qu'il ne
donnait aucune information, qu'il
déclarait constamment qu'il parlerait
devant le tribunal, et qu'en vain on se
flatterait qu'il chargeât ou dénonçât
qui que ce fût.
George montre un courage et une fermeté
égale; il importait par conséquent
d'enlever l'un ou l'autre de la scène. C'est une imposture qui ne prouve
Il paraît que Pichegru a été choisi que votre exaltation de haine;
comme victime. et voilà que peu de temps après
vous étiez passé avec armes et
L'histoire des empereurs romains, le et bagage dans le camp de ce chef
Bas-Empire, voilà le tableau du pays, du Bas-Empire, qui vous a comblé
de ce règne. d'honneurs, de richesses, et que
vous avouez vous-même avoir trahi.
DALBERG.
Jugez-vous et respectez la cendre
de celui qui eût encore sauvé la
France, sans les manoeuvres que
vous attribuez au destin, et
auxquelles vous avez pris part.
Jouissez de votre fortune dans le
repos, si l'état de votre
conscience vous le permet, mais
n'outragez point celui qui ne fut
qu'un bienfaiteur pour vous.
§ XIV.
À M. le baron de Berstett, ministre des affaires étrangères à
Carlsruhe.
Herrnsheim, le 12 novembre 1823.
George montre un courage et une fermeté
Je viens d'avoir connaissance du Je ne veux point rendre à M. de
libelle scandaleux et des inculpations Dalberg injure pour injure; elles
odieuses que M. de Rovigo publie dans ne prouvent que de la faiblesse ou
publie dans sa brochure sur de la lâcheté.
sur l'assassinat de monseigneur le duc
d'Enghien.
Il y a vingt ans que ce grand crime a Il faut prouver par de
été commis; je me trouvais alors à bons raisonnemens que l'on a
Paris, en qualité de ministre envoyé de droit. Peu importe la date de cet
S. A. S. l'électeur de Baden; V.E. doit événement; un crime n'atteint
croire combien je suis révolté d'être jamais la prescription, et
désigné, même obscurément, dans un tel d'ailleurs celui-ci appartient à
écrit. l'histoire; or, celle-ci ne
s'écrit que sur des matériaux et
Ma correspondance avec la cour et avec des faits, mais non sur des
M. le baron d'Edelsheim font foi des injures.
démarches qu'on m'avait prescrites dans
cette triste occurrence, _et combien
j'étais éloigné de faire des rapports
officieux qui auraient_ pu compromettre
la sûreté du pays et celle des
personnes qui y résidaient. Mes
dépêches déposent encore combien peu
j'ai voulu consentir à ce que cet
attentat _ne frappât pas_ l'opinion
publique, comme il devait le faire. Je
n'avais de relations avec le ministère
français que celles que le devoir de ma
position me prescrivait.
J'ai fixé mon existence en France, Vains prétextes que vous donnez
lorsque la destruction totale de nos là, on en trouvera la véritable
formes politiques en Allemagne et nos cause dans le cours de ces
rapports, que j'ai défendus jusqu'au mémoires, et cela d'après
dernier moment, furent malheureusement vous-même.
consommés; que la fille de l'empereur
d'Autriche était arrivée en France, Il y avait dans les électorats de
qu'une loi française interdisait à ceux Trèves et de Cologne, et en
dans les départemens réunis de rester à Belgique, bien d'autres individus
un service étranger. Né à Mayence, ma qui étaient dans le même cas que
fortune était située dans les vous; et, en se soumettant aux
départemens réunis; elle avait été lois de la nécessité, nous ne les
frappée précédemment de sept années de avons pas vus devenir en un clin
séquestre, et avait subi l'effet d'une d'oeil conseiller d'État, sénateur,
partie des lois sur l'émigration. duc, doté de 4 millions, ni leurs
épouses admises à l'intimité de
celle du souverain.
Depuis long-temps, il n'y avait
plus de séquestre sur vos biens,
et d'ailleurs la preuve que ce
n'était pas là une raison, c'est
que depuis 1812 ces mêmes biens se
retrouvent en Allemagne, protégés
par le retour des formes que vous
dites avoir défendues jusqu'à la
fin.
La fille de l'empereur d'Allemagne
n'est plus à Paris pour motiver
votre séjour en France, et non
seulement vous ne retournez pas en
Allemagne, mais vous vous faites
remarquer parmi ceux qui achèvent
la destruction des vieilles formes
germaniques, et pour travailler
avec plus de sûreté vous vous êtes
mis à couvert par un acte de
naturalisation du roi de France;
avant cela vous étiez donc
redevenu Allemand par le même
principe qui vous avait fait
Français: pourquoi ne l'êtes-vous
pas resté, si l'opinion de vos
compatriotes ne vous avait pas
averti de la réception qui vous
attendait?
J'ai conservé les minutes de ma Le besoin d'intrigue vous a retenu
correspondance officielle, mais je ne en France, et vous verrez dans le
voudrais imprimer, si cela devenait cours de ces mémoires tout ce que
nécessaire, que ce qui a rapport au que vous y avez fait; vous avez beau
fait et soumettre à V. E. les minutes aujourd'hui plaider la cause des
qu'on doit publier. Je m'adresse donc à Grecs, vous n'abuserez personne.
vous, M. le baron, avec confiance, et
je vous prie de parcourir la série
numérotée de mes lettres de 1804. La Pour un homme d'esprit et de
dignité de la cour de Bade finesse, voilà une singulière
n'exigerait-elle peut-être pas qu'elle ouverture. Ainsi si la cour de
exprimât par un simple article de Baden y avait obtempéré, cela
journal et sans signature, qu'on aurait été à votre demande par
regardait comme calomnieuses et sans intérêt pour vous, autant et plus
fondement les perfides insinuations que sans doute que par considération
M. de Rovigo se permet contre un pour sa propre dignité, que je
ministre de la maison de Bade, maintenu n'ai pas blessée, parce que dans
dans son poste après cet attentat? Je un personnage diplomatique il y a
puis encore espérer de la justice et deux individus bien distincts dont
des bontés de S. A. R. monseigneur le on n'a jamais confondu les deux
grand duc, qu'elle voudra le faire caractères.
officiellement à Paris.
Or, c'est de l'individu privé dont
Vous êtes, M. le baron, trop homme du il est ici question, mais après
monde et trop homme d'affaires pour ne tout, que me ferait la déclaration
pas sentir que je dois me servir des que vous avez demandée?
preuves et des documens qui sont à ma
disposition pour confondre d'aussi Changerait-elle quelque chose aux
grandes infamies, et que j'ai un droit faits?
acquis à éclairer ma conduite à cette
funeste époque.
Si votre cour les prend sur son
Vous rendrez donc, j'en suis sûr, compte, cela pourra vous être bon
justice à ma démarche. J'attends la à quelque chose; mais en quoi cela
réponse de V. E. avec la confiance que peut-il altérer la vérité des
m'inspire votre ancienne amitié pour argumens que je vous oppose?
moi, et je la prie d'agréer l'assurance
de ma haute considération et de mes Est-ce en désespoir de cause que
sentimens dévoués. vous avez eu recours à ce moyen?
Vous n'êtes point fondé à vous
DALBERG. plaindre de mon attaque;
vous proclamez vous-même votre
trahison envers celui qui ne fut
que votre bienfaiteur et celui de
toute votre famille. Vous
outragez sa cendre après avoir
trouvé honneurs, fortune et
considération sous les rameaux de
sa gloire. Vous vous êtes fait le
pilote des intrigues étrangères,
pour détruire un trophée qui vous
protégeait.
Moi, je défends la mémoire de
celui-là même que vous offensez
lorsqu'il n'est plus; j'acquitte
le mandat de la reconnaissance,
et, en le faisant, je ne m'attends
même à aucune justice de la part
de ceux qui cherchent à mettre
l'opinion sous le joug de leur
haine personnelle. Mais ce n'est
pas pour eux que j'écris, d'autres
me liront avec plus d'équité; le
jour de la justice pourra bien
tarder, mais il arrivera.
§ XV.
À M. le prince de Talleyrand, château de Herrnsheim, près Worms, le
13 novembre 1823.
Mon prince,
M. de Rovigo attend donc de bien Quoique j'aie déjà expliqué la
grandes faveurs pour avoir lancé dans part que M. de Dalberg a eue à cet
le monde un aussi infâme libelle. Je le événement, je crois devoir
reçois ici, à cent cinquante lieues de quelques réponses aux injures que
Paris. Il me désigne dans une note; contient sa correspondance.
elle renferme autant de faussetés que
de phrases. J'ai les minutes de ma Je n'avais aucun projet d'ambition
correspondance officielle avec la cour ou de fortune, en cherchant à
de Baden, elles suffiraient pour faire éclore une vérité historique
confondre d'aussi absurdes et d'aussi de dessous les ténèbres dont des
perfides insinuations, faites pour intrigans l'avaient couverte.
plaire je ne sais à qui. Je dois
attendre de vous, mon prince, la Depuis long-temps des avis
déclaration qu'à l'époque de ce drame particuliers avaient fortifié mes
je me tenais très-éloigné, comme je le soupçons contre M. de Dalberg, et
devais, du ministère français; mes sa correspondance officielle est
rapports plus particuliers avec vous, venue les justifier. Je dois donc
et dont je m'honore, datent de la me féliciter d'en avoir provoqué
Pologne, où nous fîmes de communs la publication.
efforts avec M. le baron de
Vincent, pour empêcher que la guerre de Les lecteurs jugeront si les
1807 ne dévastât une plus grande partie remarques que j'y fais sont
du monde. justes, et eux seuls sont
compétens pour prononcer.
Quant à l'opinion manifestée ici
par M. de Dalberg sur mon compte,
je ne puis pas raisonnablement
m'attendre à ce qu'il me traite
avec plus de déférence qu'il ne
l'a fait envers son bienfaiteur.
La résistance que l'Europe opposait à Vous étiez ministre germanique?
Bonaparte, lorsqu'il voulut monter sur pourquoi avez-vous contribué à
le trône de France, avait ranimé les empêcher l'Allemagne d'avoir une
espérances de l'émigration. chance de plus?
Le procès de Pichegru, de MM. de Vous étiez donc déjà autant
Polignac et de Rivière s'instruisait à officieux qu'officiel, et il n'y
Paris; j'y arrivais comme ministre avait pas deux ans que le duc
envoyé de l'électeur de Baden; j'eus d'Enghien était mort.
ordre de m'informer s'il existait une
plainte contre les émigrés qui
habitaient l'électorat, et si leur
séjour avait des inconvéniens. Vous me
répondîtes que vous ne pensiez pas que
le gouvernement de Baden dût être plus
sévère que n'était le gouvernement
français, que vous ne connaissiez
aucune plainte à leur égard, et qu'il
fallait les laisser tranquilles. Je
transmis cette réponse à l'électeur.
L'enlèvement eut lieu sur les faux Quand vous avez vu son territoire
rapports de la police secrète de violé, vous n'avez pu douter qu'on
Bonaparte. Ici, M. de Rovigo dit vrai. vous avait trompé; alors vous
On m'a assuré que les agens de cette étiez fondé à éclater ouvertement;
police commirent alors la méprise de mais loin de là, votre prince a
désigner un M. de Thumery, attaché à épousé une princesse de la famille
monseigneur le duc d'Enghien, comme de l'empereur Napoléon, et vous
étant le général Dumouriez, venu êtes devenu l'homme de sa
d'Angleterre à Ettenheim. politique!
Cette fausse information doit avoir
ajouté aux alarmes du premier consul;
il craignait qu'un mouvement immédiat
ne s'organisât sur la frontière.
Je sais que le roi de Suède, qui se Voilà le seul avis que le duc
trouvait alors à Carlsruhe, et d'Enghien a reçu, et non pas celui
l'électeur, firent avertir le prince donné par un prétendu courrier de
qu'il pouvait courir des dangers, et M. de Talleyrand et dont on n'a
qu'il devait s'éloigner; il tarda, et parlé que depuis la restauration.
fut la malheureuse victime de sa
sécurité. Si, comme je l'ai déjà dit, le duc
d'Enghien avait reçu un avis de
Après cet événement, et lorsque la Paris, il n'aurait ni tardé ni
Russie se prononça à Ratisbonne sur hésité à s'éloigner.
cette violation d'un territoire
étranger, on désira que l'électeur
voulût se prêter à des explications
officieuses: la cour de Berlin,
désirant éloigner la guerre, en fit un
objet de négociation à Paris. Vous
devez vous rappeler, mon prince, la
résistance que j'opposai à M. de
Lucchesini, pour que l'électeur
n'accédât à rien qui pût compromettre
sa dignité morale et la haute opinion
que l'on avait de sa loyauté et de ses
vertus. Ma correspondance renferme ces
détails. Dans les temps où nous vivons,
et où on exalte de nouveau toutes les
passions, on doit, mon prince, éclairer
la part qu'on a prise aux affaires
publiques, lorsqu'on est calomnié.
Il est connu que sous votre ministère
vous n'avez cessé de modérer les
passions violentes de Bonaparte; vous
désiriez que les longs malheurs de
l'Europe finissent avec lui et par lui;
mais telle n'a pas été la volonté du
destin; votre nom se rattache à un
grand événement, et je me féliciterai Cette part n'est pas douteuse;
toujours de la faible part que j'y ai mais avec de tels sentimens,
eue. La funeste catastrophe sur comment avez-vous pu, moins d'un
laquelle on a de nouveau attiré an auparavant, avoir mis votre nom
l'attention, a été suffisamment connue au bas de la délibération de la
avant le temps, pour pouvoir être section du conseil d'État dont
attribuée à qui elle appartient, vous faisiez partie alors, et qui
Bonaparte seul, mal informé par ce que condamnait le respectable M.
la police avait de plus vil, et Frochot (préfet de la Seine), pour
n'écoutant que sa fureur, se porta à ne pas s'être opposé avec assez de
cet excès sans consulter; il fit force à l'entreprise de Mallet, le
enlever le prince avec l'intention de 23 octobre 1812?
le tuer! Il est déplorable de devoir de
nouveau s'occuper de faits qui Il me semble que cette sentence,
déshonorent autant cette pauvre signée par vous, est devenue la
humanité. vôtre; il ne faut qu'attendre le
jour de la justice. Ce ne sont
Si vous me faites l'honneur de me pas, comme vous le dites, les
répondre, mon prince, veuillez envoyer agens de police qui ont trompé
votre lettre à mon hôtel, d'où elle me l'empereur, puisqu'elle ne s'est
sera transmise, et agréez l'hommage pas mêlée de cette affaire.
respectueux et dévoué que je vous
offre. Non, Monsieur, l'empereur n'a
point fait enlever ce prince avec
DALBERG. l'intention de le tuer; si
toutefois c'était votre opinion,
vous seriez mille fois coupable de
n'en avoir pas prévenu votre cour
lorsqu'il en était temps encore,
comme on le voit par votre
correspondance elle-même.
Mais soit que vous fussiez
coupable, ou que vous n'ayez été
que trompé, que n'est-on pas
autorisé à penser en vous voyant
moins de deux ans après dans les
intimités de la politique de celui
que vous outragez si ingratement?
§ XVI.
Copie de la lettre de M. le baron de Berstett.
Carlsruhe, le 16 novembre 1823.
Monsieur le duc,
Aussitôt après la réception de la
lettre que V. E. m'a fait l'honneur de
m'adresser en date du 12, je me suis
occupé, conformément à ses désirs, à
parcourir la série de sa correspondance
officielle de 1804 avec le baron
d'Edelsheim. Je n'y ai trouvé que ce
que je m'attendais à y trouver
relativement à l'indignation que vous a
fait éprouver l'horrible assassinat du
duc d'Enghien; toutes vos lettres de
cette époque expriment avec énergie ce
sentiment, et si vous jugez à propos,
M. le duc, de faire usage de
quelques-unes des minutes que vous avez
conservées, je pense que le
déchiffrement de votre dépêche n° 25,
du 22 mars 1804, sera plus que
suffisant pour confondre vos
calomniateurs.
Peut-être pourriez-vous y ajouter un Il est remarquable que M. de
extrait du 27 mars n° 27, pour prouver Dalberg n'ait pas publié ce
qu'à l'époque fatale vous n'aviez pas numéro. C'est grand dommage, et il
encore à vous réjouir de la confiance serait bien à désirer que
du ministère des affaires étrangères à l'ex-ministre de Bade se décidât à
Paris; si toutefois vous trouvez qu'il le faire. D'ici là on ne pourra
vaille la peine de vous justifier sur s'expliquer cette réserve que par
le reproche ridicule qu'on vous a fait la supposition qu'il y tient sans
sur votre intimité avec lui. doute sur M. de Talleyrand un
langage qu'il a des motifs
J'enverrai par la poste de demain au puissans de ne pas tenir
bailli de Ferrette, les copies des aujourd'hui.
pièces les plus intéressantes de votre
correspondance de cette époque, pour en
faire usage partout où cela pourra vous
être de quelque utilité, comme des
pièces authentiques qu'il a trouvées
dans les papiers de la légation.
J'espère que cette mesure remplira vos
vues, et je serais charmé si elle
pouvait contribuer à vous tranquilliser
sur les effets d'une calomnie à
laquelle vous ne deviez pas assurément
vous attendre.
Charmé de trouver une occasion pour M. de Berstett était encore à
renouveler à V. E. l'assurance de ma cette époque de 1804 un jeune
haute considération, je la prie de ne homme peu versé dans les affaires,
jamais douter de la sincérité de mon et du reste placé trop loin du
parfait dévouement. point d'optique pour juger
sainement de l'effet du tableau
_Signé_, BERSTETT. dont on retrace une scène dans ce
cas-ci.
D'ailleurs cette lettre-ci ne
prouve rien, sinon que l'on peut
regarder comme authentiques les
lettres publiées par M. de
Dalberg.
§ XVII.
Lettre de M. de Talleyrand à M. de Dalberg.
Paris, le 20 novembre 1823.
Je viens de recevoir votre lettre du 13
novembre, mon cher Duc; elle est
excellente. Je l'ai lue à plusieurs Voilà qui est vite décider la
personnes de différentes opinions: on question. On dit que quand Satan
est d'accord. On la trouve sans fut devenu vieux, il se fit ermite
réplique. J'ai été tenté de la faire pour absoudre ses confrères: reste
imprimer; mais plus de réflexions m'ont à savoir si l'absolution fut
conduit à penser qu'il y aurait efficace.
peut-être une autre marche à suivre. Il
ne faut pas mettre trop d'importance à
l'attaque du duc de Rovigo. Le public Le public, dites-vous? Quel
en a fait justice, et justice complète; public? C'est sans doute celui de
vous verrez que tout le monde a été certains salons, car le véritable
indigné de toute la bassesse que public, celui qui est à l'abri des
renferment les atroces calomnies du duc intrigues et des coteries, dont,
de Rovigo. Le jugement est porté; on ne par cela même, le jugement est
veut plus de cette affaire. sans appel, pense qu'il y a de la
bassesse à trafiquer de
l'indépendance de son pays, mais
qu'il n'y en a jamais à démasquer
un traître, ou à déchirer le voile
de l'hypocrisie.
Je n'ai, quant à moi, rien à publier,
et je ne publierai rien. J'ai écrit au Je le crois. Que pourriez-vous
roi une lettre; c'est tout ce qu'il y a dire qui ne vous accusât plus
eu et tout ce qu'il y aura de moi dans encore que ne le fait votre
cette infâme affaire. Adieu. J'espère silence? Vous vous plaignez;
vous revoir sous peu de jours. Mille êtes-vous fondé à le faire? Après
amitiés. avoir suscité tous les grands
désordres de l'état, causé la
dévastation de la fortune
publique, vous en êtes réduit à
accuser votre propre ouvrage, pour
tâcher de conserver quelque crédit
près de vos anciens amis; mais ce
crédit-là même passera, et il ne
vous restera que la prétention de
fixer le ridicule et de mettre le
vice en crédit.
_N. B._ Je demanderai au lecteur
si cette lettre ne fait pas
soupçonner que celle du duc de
Dalberg a été concertée entre les
deux correspondans. J'ai été
tenté de la faire imprimer, dit M.
de Talleyrand, et vite M. de
Dalberg imprime. Cette manoeuvre,
de faire agir un autre et de tout
avancer sous son nom, sans
paraître, afin de conserver ses
manoeuvres indépendantes; la
confiance où il paraît être qu'il
a réussi à faire disparaître
toutes les pièces de cette
affaire, sécurité qui pourrait
bien être troublée, tout cela est
conforme au caractère connu de M.
de Talleyrand, et tout-à-fait
d'accord avec ses antécédens.
Frapper dans l'ombre, et se tenir
à l'écart; mettre les autres en
avant, et se conserver la facilité
de recueillir le fruit de leurs
menées, ou de les désavouer, selon
la circonstance, c'est ce que bien
des gens ont appelé du talent,
sans réfléchir que l'histoire
pourrait bien un jour le qualifier
autrement.