Je descendis. La cale ordinaire formait la cour. Autour, écrasées par
un toit bas, les cages. Ces cages étaient sombres. On distinguait les
forçats se tenant aux barreaux, mais non les autres du fond. Les autres
représentaient un grouillement confus. Tous étaient vêtus de laine
bleue, tondus, rasés, inquiets. Arabes et blancs de France.
--Voulez-vous entrer? me demanda le surveillant.
C'est comme s'il m'avait dit d'entrer dans une boîte à sardines quand
les sardines y sont.
Aucune odeur. Propre même. Je crois qu'ils étaient cent dans ce bagne
trois. Le bateau amenait six cent soixante-douze condamnés moins les
trois morts.
--Alors, tenez-vous prêts.
Le surveillant ouvrit la cage.
Contre les révoltes possibles, des tuyaux de vapeur donnent dans ces
cages. Discipline ou ébouillantage: c'est à choisir.
--Au galop! Au galop!
Chargeant en hâte leur sac, les forçats se précipitèrent.
Ils prenaient maladroitement l'échelle et, soit qu'ils eussent oublié
comment on marche, tous, débouchant sur le pont de coupée, ramassaient
la bûche.
--Adieu! envoie un garçon du bord à l'un.
--Au revoir! répond le forçat en tombant.
--Allons, grouillons!
Ils remontaient leur sac de toile sur l'épaule. Le sac glissait aussi.