Le _Duala_, de couleur grise, cherchait sa route à travers le Maroni.
Sur le Maroni, à cause des bancs, on ne peut marcher droit, c'est en
zigzag que les bateaux remontent ou descendent la rivière.
Il touchait presque la brousse. On eût dit qu'il tenait à montrer avant
tout à sa cargaison d'hommes ce qui serait leur plus grand ennemi. Mais
ce n'était pas, car les transportés sont dans des cages, au fond, et ne
voient rien.
Un vieux forçat, que cachait un arbre, épiait l'avance du cargo.
L'ancien mâchait et remâchait des souvenirs.
Boppe est-il à bord? Les autorités se le demandaient. Il avait déjà une
place toute prête, camp Godebert, à la société forestière. Et puis,
plus les curiosités sont mauvaises, plus elles vous tiennent. On ne
reçoit pas tous les jours un homme du monde à Saint-Laurent.
Il pleuvait. La chape de plomb que chacun porte sous les tropiques en
était alourdie. Une légère émotion, malgré l'habitude, marquait les
chefs. Le _Duala_ siffla. Il accostait.
Derrière chaque hublot souqué un couple de têtes, joue à joue,
s'encadrait. Ce verre épais les séparait, seul, maintenant, du but
final. Ils cherchaient à voir.
L'ancre tomba.
La patente était nette. Pas d'épidémies, trois morts seulement. Libre
pratique fut donnée.
Nous gravîmes la coupée, Boppe n'était pas à bord. Le silence régnait
sur le pont. Cela frappait d'autant que, sur un bateau, à l'arrivée, le
brouhaha est de rigueur. Des ordres coururent immédiatement.
--Qu'on lui montre le bagne trois, à ce Monsieur, dit le commandant.