Je redescendis vers la mer. Les «garçons de famille» attendaient devant
le marchand de glace, les patrons aiment boire frais! Un traînard, un
forçat, ivre-mort contre le mur de la Banque de la Guyane, piétinait
son chapeau de paille tressée et insultait les urubus. Il prendra
trente jours de blockaus. Il en a vu d'autres!...
Emotion au port! Le surveillant commande nerveusement à la corvée:
«Armez le canot! Grouillez! et gare à vous!» La corvée ne se grouille
pas, la corvée rit intérieurement. C'est qu'à l'horizon dans une
barque, des copains les _mettent_. C'est une évasion.
--Gare à vous! Armez le canot!
--Oui, pouilleux, répond la corvée (intérieurement) compte sur nous et
bois de l'eau de Rorota.
Les évadés ont dû s'entendre avec une «tapouille» brésilienne que l'on
aperçoit plus loin encore, et qui, contre espèces, les conduira à Para.
D'ailleurs, la nuit va tomber comme un plomb. Un second surveillant
arrive, essoufflé.
La corvée est prête, enfin! Six galériens et deux surveillants,
revolver en main, prennent la mer... Mais c'est pour la forme.
D'ailleurs, cette mer, ce soir, n'est pas bonne; elle est bonne
pour des forçats, non pour des surveillants. Les chasseurs d'hommes
reviendront...
Les hommes aussi, probablement.