«Ah!…»
C’est tout ce que je trouvais à dire.
«Ainsi, j’ai beaucoup de plaisir, continua-t-elle, à la conversation du
prince Galitch, qui est certainement plus romanesque que vous tous!»
Je dus faire une drôle de mine, car elle en marqua un bruyant
amusement. Quelle petite femme bizarre!
Alors, je lui demandai qui était ce prince Galitch dont elle nous
parlait souvent et qu’on ne voyait jamais.
Elle me répliqua qu’on le verrait au déjeuner, car elle l’avait invité
à notre intention; et elle me donna, sur lui, quelques détails.
J’appris ainsi que le prince Galitch est un des plus riches boyards de
cette partie de la Russie appelée «Terre noire», féconde entre toutes,
placée entre les forêts du Nord et les steppes du midi.
Héritier, dès l’âge de vingt ans, d’un des plus vastes patrimoines
moscovites, il avait su encore l’agrandir par une gestion économe et
intelligente dont on n’eût point cru capable un jeune homme qui avait
eu jusqu’alors pour principale occupation la chasse et les livres. On
le disait sobre, avare et poète. Il avait hérité de son père, à la
cour, une haute situation. Il était chambellan de sa majesté et l’on
supposait que l’empereur, à cause des immenses services rendus par le
père, avait pris le fils en particulière affection. Avec cela, il était
délicat comme une femme à la fois et fort comme un turc. Bref, ce
gentilhomme russe avait tout pour lui. Sans le connaître, il m’était
déjà antipathique. Quant à ses relations avec les Rance, elles étaient
d’excellent voisinage. Ayant acheté depuis deux ans la propriété
magnifique que ses jardins suspendus, ses terrasses fleuries, ses
balcons embaumés avaient fait surnommer, à Garavan, «les jardins de
Babylone», il avait eu l’occasion de rendre quelques services à Mrs.
Edith lorsque celle-ci avait achevé de transformer la baille du château
en un jardin exotique. Il lui avait fait cadeau de certaines plantes
qui avaient fait revivre dans quelques coins du fort d’Hercule une
végétation à peu près retenue jusqu’alors aux rives du Tigre et de
l’Euphrate. Mr Rance avait invité quelquefois le prince à dîner, à la
suite de quoi le prince avait envoyé, en guise de fleurs, un palmier de
Ninive ou un cactus dit de Sémiramis. Cela ne lui coûtait rien. Il en
avait trop, il en était gêné, et il préférait garder pour lui les
roses. Mrs. Edith avait pris un certain intérêt à la fréquentation du
jeune boyard, à cause des vers qu’il lui disait. Après les lui avoir
dits en russe, il les traduisait en anglais et il lui en avait même
fait, en anglais, pour elle, pour elle seule. Des vers, de vrais vers
d’un poète, dédiés à Mrs. Edith! Celle-ci en avait été si flattée
qu’elle avait demandé à ce russe qui lui avait fait des vers anglais de
les lui traduire en russe. C’étaient là jeux littéraires qui amusaient
beaucoup Mrs. Edith, mais qu’Arthur Rance goûtait peu. Celui-ci ne
cachait pas, du reste, que le prince Galitch ne lui plaisait qu’à
moitié, et, s’il en était ainsi, ce n’était point que la moitié qui
déplaisait à Mr Rance chez le prince Galitch fût précisément la moitié
qui intéressait tant sa femme, c’est-à-dire la «moitié poète»; non,
c’était la «moitié avare». Il ne comprenait pas qu’un poète fût avare.
J’étais bien de son avis. Le prince n’avait point d’équipage. Il
prenait le tramway et souvent faisait son marché lui-même, assisté de
son seul domestique Ivan, qui portait le panier aux provisions. Et il
se disputait, ajoutait la jeune femme, qui tenait ce détail de sa
propre cuisinière, — il se disputait chez les marchandes de poisson, à
propos d’une rascasse, pour deux sous. Chose bizarre, cette extrême
avarice ne répugnait point à Mrs. Edith qui lui trouvait une certaine
originalité. Enfin, nul n’était jamais entré chez lui. Jamais il
n’avait invité les Rance à venir admirer ses jardins.
«Il est beau? demandai-je à Mrs. Edith quand celle-ci eut fini son
panégyrique.
— Trop beau! me répliqua-t-elle. Vous verrez!…»
Je ne saurais dire pourquoi cette réponse me fut particulièrement
désagréable. Je ne fis qu’y penser après le départ de Mrs. Edith et
jusqu’à la fin de mon service de garde qui se termina à onze heures et
demie.
Le premier coup de cloche du déjeuner venait de sonner; je courus me
laver les mains et faire un bout de toilette et je montai les degrés de
la Louve rapidement, croyant que le déjeuner serait servi dans cette
tour; mais je m’arrêtai dans le vestibule, tout étonné d’entendre de la
musique. Qui donc, dans les circonstances actuelles, osait, au fort
d’Hercule, jouer du piano? Eh! mais, on chantait; oui, une voix douce,
douce et mâle à la fois, en sourdine, chantait. C’était un chant
étrange, une mélopée tantôt plaintive, tantôt menaçante. Je la sais
maintenant par coeur; je l’ai tant entendue depuis! Ah! vous la
connaissez bien peut-être si vous avez franchi les frontières de la
froide Lithuanie, si vous êtes entré une fois dans le vaste empire du
nord. C’est le chant des vierges demi-nues qui entraînent le voyageur
dans les flots et le noient sans miséricorde; c’est le chant du Lac de
Willis, que Sienkiewicz a fait entendre un jour immortel à Michel
Vereszezaka. Écoutez ça:
«Si vous approchez du Switez aux heures de la nuit, le front tourné
vers le lac, des étoiles sur vos têtes, des étoiles sous vos pieds, et
deux lunes pareilles s’offriront à vos yeux… tu vois cette plante qui
caresse le rivage, ce sont les épouses et les filles de Switez que Dieu
a changées en fleurs. Elles balancent au-dessus de l’abîme leurs têtes
blanches comme des phalènes; leur feuille est verte comme l’aiguille du
mélèze argentée par les frimas…
«Image de l’innocence pendant la vie, elles ont gardé sa robe virginale
après la mort; elles vivent dans l’ombre et ne souffrent point de
souillure; des mains mortelles n’oseraient y toucher.
«Le tsar et sa horde en firent un jour l’expérience, lorsque après
avoir cueilli ces belles fleurs ils voulurent en orner leurs tempes et
leurs casques d’acier.
«Tous ceux qui étendirent leurs mains sur les flots (si terrible est le
pouvoir de ces fleurs!) furent atteints du haut mal ou frappés de mort
subite.
«Quand le temps eut effacé ces choses de la mémoire des hommes, seul,
le souvenir du châtiment s’est conservé pour le peuple, et le peuple en
le perpétuant par ses récits, appelle aujourd’hui tsars les fleurs du
Switez!…
«Cela disant, la Dame du lac s’éloigna lentement; le lac s’entrouvrit
jusqu’au plus profond de ses entrailles; mais le regard cherchait en
vain la belle inconnue qui s’était couvert la tête d’une vague et dont
on n’a jamais plus entendu parler…»
C’étaient les paroles mêmes, les paroles traduites de la chanson que
murmurait la voix à la fois douce et mâle, pendant que le piano faisait
entendre un accompagnement mélancolique. Je poussai la porte de la
salle et je me trouvai en face d’un jeune homme qui se leva. Aussitôt,
derrière moi, j’entendis le pas de Mrs. Edith. Elle nous présenta.
J’avais devant moi le prince Galitch.
Le prince était ce que l’on est convenu d’appeler dans les romans: «un
beau et pensif jeune homme»; son profil droit et un peu dur aurait
donné à sa physionomie un aspect particulièrement sévère, si ses yeux,
d’une clarté et d’une douceur et d’une candeur troublantes, n’eussent
laissé transparaître une âme presque enfantine. Ils étaient entourés de
longs cils noirs, si noirs qu’ils ne l’eussent point été davantage
s’ils avaient été brossés au khol; et, quand on avait remarqué cette
particularité des cils, on avait, du coup, saisi la raison de toute
l’étrangeté de cette physionomie. La peau du visage était presque trop
fraîche, ainsi qu’elle est au visage des femmes savamment maquillées et
des phtisiques. Telle fut mon impression; mais j’étais trop intimement
prévenu contre ce prince Galitch pour y attacher raisonnablement
quelque importance. Je le jugeai trop jeune, sans doute parce que je ne
l’étais plus assez.
Je ne trouvai rien à dire à ce trop beau jeune homme qui chantait des
poèmes si exotiques; Mrs. Edith sourit de mon embarras, me prit le bras
— ce qui me fit grand plaisir — et nous emmena à travers les buissons
parfumés de la baille, en attendant le second coup de cloche du
déjeuner qui devait être servi sous la cabane de palmes sèches, au
terre-plein de la Tour du Téméraire.
2° Le déjeuner et ce qui s’en suivit. Une terreur contagieuse s’empare
de nous.
À midi, nous nous mettions à table sur la terrasse du téméraire, d’où
la vue était incomparable. Les feuilles de palmier nous couvraient
d’une ombre propice; mais, hors de cette ombre, l’embrasement de la
terre et des cieux était tel que nos yeux n’en auraient pu supporter
l’éclat si nous n’avions tous pris la précaution de mettre ces binocles
noirs dont j’ai parlé au début de ce chapitre.
À ce déjeuner se trouvaient: M. Stangerson, Mathilde, le vieux Bob, M.
Darzac, Mr Arthur Rance, Mrs. Edith, Rouletabille, le prince Galitch et
moi. Rouletabille tournait le dos à la mer, s’occupant fort peu des
convives, et était placé de telle sorte qu’il pouvait surveiller tout
ce qui se passait dans toute l’étendue du château fort. Les domestiques
étaient à leurs postes; le père Jacques à la grille d’entrée, Mattoni à
la poterne du jardinier et les Bernier dans la Tour Carrée, devant la
porte de l’appartement de M. et de Mme Darzac.
Le début du repas fut assez silencieux. Je nous regardai. Nous étions
presque inquiétants à contempler, autour de cette table, muets,
penchant les uns vers les autres nos vitres noires derrière lesquelles
il était aussi impossible d’apercevoir nos prunelles que nos pensées.
Le prince Galitch parla le premier.
Il fut tout à fait aimable avec Rouletabille et, comme il essayait un
compliment sur la renommée du reporter, celui-ci le bouscula un peu. Le
prince n’en parut point froissé, mais il expliqua qu’il s’intéressait
particulièrement aux faits et gestes de mon ami en sa qualité de sujet
du tsar, depuis qu’il savait que Rouletabille devait partir
prochainement pour la Russie. Mais le reporter répliqua que rien encore
n’était décidé et qu’il attendait des ordres de son journal; sur quoi
le prince s’étonna en tirant un journal de sa poche. C’était une
feuille de son pays dont il nous traduisit quelques lignes annonçant
l’arrivée prochaine à Saint-Pétersbourg de Rouletabille. Il se passait
là-bas, à ce que nous conta le prince, des événements si incroyables et
si dénués apparemment de logique dans la haute sphère gouvernementale
que, sur le conseil même du chef de la sûreté de Paris, le maître de la
police avait résolu de prier le journal l’Époque de lui prêter son
jeune reporter. Le prince Galitch avait si bien présenté la chose que
Rouletabille rougit jusqu’aux deux oreilles et qu’il répliqua sèchement
qu’il n’avait jamais, même dans sa courte vie, fait oeuvre policière et
que le chef de la Sûreté de Paris et le maître de la police de
Saint-Pétersbourg étaient deux imbéciles. Le prince se prit à rire de
toutes ses dents, qu’il avait belles et vraiment je vis bien que son
rire n’était point beau, mais féroce et bête, ma foi, comme un rire
d’enfant dans une bouche de grande personne. Il fut tout à fait de
l’avis de Rouletabille et, pour le prouver, il ajouta:
«Vraiment on est heureux de vous entendre parler de la sorte, car on
demande maintenant au journaliste des besognes qui n’ont point affaire
avec un véritable homme de lettres.»
Rouletabille, indifférent, laissa tomber la conversation.
Mrs. Edith la releva en parlant avec extase de la splendeur de la
nature. Mais, pour elle, il n’était rien de plus beau sur la côte que
les jardins de Babylone, et elle le dit. Elle ajouta avec malice:
«Ils nous paraissent d’autant plus beaux, qu’on ne peut les voir que de
loin.»
L’attaque était si directe que je crus que le prince allait y répondre
par une invitation.
Mais il n’en fut rien. Mrs. Edith marqua un léger dépit, et elle
déclara tout à coup:
«Je ne veux point vous mentir, prince. Vos jardins, je les ai vus.
— Comment cela? interrogea Galitch avec un singulier sang-froid.
— Oui, je les ai visités, et voici comment…»
Alors elle raconta, pendant que le prince se raidissait en une attitude
glacée, comment elle avait vu les jardins de Babylone.
Elle y avait pénétré, comme par mégarde, par derrière, en poussant une
barrière qui faisait communiquer directement ces jardins avec la
montagne. Elle avait marché d’enchantement en enchantement, mais sans
être étonnée. Quand on passait sur le bord de la mer, ce que l’on
apercevait des jardins de Babylone l’avait préparée aux merveilles dont
elle violait si audacieusement le secret. Elle était arrivée auprès
d’un petit étang, tout petit, noir comme de l’encre, et sur la rive
duquel se tenaient un grand lis d’eau et une petite vieille toute
ratatinée, au menton en galoche. En l’apercevant, le grand lis d’eau et
la petite vieille s’étaient enfuis, celle-ci si légère, qu’elle
s’appuyait pour courir sur celui-là comme elle eût fait d’un bâton.
Mrs. Edith avait bien ri. Elle avait appelé:
«Madame! Madame!»
Mais la petite vieille n’en avait été que plus épouvantée et elle avait
disparu avec son lis derrière un figuier de Barbarie. Mrs. Edith avait
continué sa route, mais ses pas étaient devenus plus inquiets. Soudain,
elle avait entendu un grand froissement de feuillages et ce bruit
particulier que font les oiseaux sauvages quand, surpris par le
chasseur, ils s’échappent de la prison de verdure où ils se sont
blottis. C’était une seconde petite vieille, plus ratatinée encore que
la première, mais moins légère, et qui s’appuyait sur une vraie canne à
bec de corbin. Elle s’évanouit — c’est-à-dire que Mrs. Edith la perdit
de vue au détour du sentier. Et une troisième petite vieille appuyée
sur deux cannes à bec de corbin surgit encore du mystérieux jardin;
elle s’échappa du tronc d’un eucalyptus géant; et elle allait d’autant
plus vite qu’elle avait, pour courir, quatre pattes, tant de pattes
qu’il était tout à fait étonnant qu’elle ne s’y embrouillât point. Mrs.
Edith avançait toujours. Et ainsi elle parvint jusqu’au perron de
marbre habillé de roses de la villa; mais, la gardant, les trois
petites vieilles étaient alignées sur la plus haute marche, comme trois
corneilles sur une branche, et elles ouvrirent leurs becs menaçants
d’où s’échappèrent des croassements de guerre. Ce fut au tour de Mrs.
Edith de s’enfuir.
Mrs. Edith avait raconté son aventure d’une façon si délicieuse et avec
tant de charme emprunté à une littérature falote et enfantine que j’en
fus tout bouleversé et que je compris combien certaines femmes qui
n’ont rien de naturel peuvent l’emporter dans le coeur d’un homme sur
d’autres qui n’ont pour elles que la nature.
Le prince ne parut nullement embarrassé de cette petite histoire. Il
dit, sans sourire:
«Ce sont mes trois fées. Elles ne m’ont jamais quitté depuis que je
suis né au pays de Galitch. Je ne puis travailler ni vivre sans elles.
Je ne sors que lorsqu’elles me le permettent et elles veillent sur mon
labeur poétique avec une jalousie féroce.»
Le prince n’avait pas fini de nous donner cette fantaisiste explication
de la présence des trois vieilles aux jardins de Babylone, que Walter,
le valet du vieux Bob, apporta une dépêche à Rouletabille. Celui-ci
demanda la permission de l’ouvrir, et lut tout haut:
«— Revenez le plus tôt possible; vous attendons avec impatience.
Magnifique reportage à faire à Pétersbourg.»
Cette dépêche était signée du rédacteur en chef de l’Époque.
«Eh! qu’en dites-vous, monsieur Rouletabille? demanda le prince; ne
trouvez-vous point, maintenant, que j’étais bien renseigné?»
La Dame en noir n’avait pu retenir un soupir.
«Je n’irai pas à Pétersbourg, déclara Rouletabille.
— On le regrettera à la cour, fit le prince, j’en suis sûr, et
permettez-moi de vous dire, jeune homme, que vous manquez l’occasion de
votre fortune.»
Le «jeune homme» déplut singulièrement à Rouletabille qui ouvrit la
bouche pour répondre au prince, mais qui la referma, à mon grand
étonnement, sans avoir répondu. Et le prince continua:
«… Vous eussiez trouvé là-bas un terrain d’expériences digne de vous.
On peut tout espérer quand on a été assez fort pour dévoiler un
Larsan!…»
Le mot tomba au milieu de nous avec fracas et nous nous réfugiâmes
derrière nos vitres noires d’un commun mouvement. Le silence qui suivit
fut horrible… Nous restions maintenant immobiles autour de ce
silence-là, comme des statues… Larsan!…
Pourquoi ce nom que nous avions prononcé si souvent depuis
quarante-huit heures, ce nom qui représentait un danger avec lequel
nous commencions de nous familiariser, — pourquoi, à ce moment précis,
ce nom nous produisit-il un effet que, pour ma part, je n’avais encore
jamais aussi brutalement ressenti? Il me semblait que j’étais sous le
coup de foudre d’un geste magnétique. Un malaise indéfinissable se
glissait dans mes veines. J’aurais voulu fuir, et il me parut que si je
me levais, je n’aurais point la force de me contenir… Le silence que
nous continuions à garder contribuait à augmenter cet incroyable état
d’hypnose… Pourquoi ne parlait-on pas?… Qu’est-ce que faisait la gaieté
du vieux Bob?… On ne l’avait pas entendue au repas?… Et les autres, les
autres, pourquoi restaient-ils muets derrière leurs vitres noires?…
Tout à coup, je tournai la tête et je regardai derrière moi. Alors, je
compris, à ce geste instinctif, que j’étais la proie d’un phénomène
tout naturel… Quelqu’un me regardait… Deux yeux étaient fixés sur moi,
pesaient sur moi. Je ne vis point ces yeux et je ne sus d’où me venait
ce regard… Mais il était là… Je le sentais… Et c’était son regard à
lui… Et cependant, il n’y avait personne derrière moi… ni à droite, ni
à gauche, ni en face… personne autour de moi que les gens qui étaient
assis à cette table, immobiles derrière leurs binocles noirs… Alors…
alors, j’eus la certitude que les yeux de Larsan me regardaient
derrière l’un de ces binocles là!… Ah! les vitres noires! les vitres
noires derrière lesquelles se cachait Larsan!…
Et puis, tout à coup, je ne sentis plus rien… Le regard, sans doute,
avait cessé de regarder… je respirai… Un double soupir répondit au
mien… Est-ce que Rouletabille?… Est-ce que la Dame en noir auraient,
eux aussi, supporté le même poids, dans le même moment, le poids de ses
yeux?… Le vieux Bob disait:
«Prince, je ne crois point que votre dernier os à moelle du milieu de
la période quaternaire…»