--Dans ces conditions, continua Raphaëlle, il faut que je sache à quoi
m'en tenir, et comme je ne peux pas aller à Bade voir par moi-même
comment les choses se passent, je te demande de me remplacer.
--Moi, l'auteur de tes jours?
--Encore, s'écria Raphaëlle, impatientée, tu m'agaces à la fin en nous
la faisant à la paternité. En voilà-t-il pas, en vérité, un fameux père
qui abandonne sa fille pendant vingt ans, c'est-à-dire quand elle avait
besoin de lui, et qui ne s'occupe d'elle que quand elle commence à
sortir de la misère, c'est-à-dire quand il voit qu'il peut avoir besoin
d'elle et qu'elle est en état de l'obliger.
M. Houssu s'arrêta de manger, et, repoussant son assiette, il se croisa
les bras avec dignité.
--Si c'est pour le jambon de Reims que tu dis ça, s'écria-t-il, c'est
bas; nous aurions mangé notre omelette, ta mère et moi, tranquillement,
amicalement, comme mari et femme; nous n'avions pas besoin de tes
cadeaux, tu peux les remporter. Si je mangeais maintenant une seule
bouchée de ton jambon, elle m'étoufferait.
Du bout de sa fourchette, il piqua les morceaux de jambon; puis, après
les avoir poussés sur le bord de son assiette, il se mit à manger les
oeufs stoïquement, sous les yeux de sa femme, qui n'osait pas soutenir
sa fille comme elle en avait envie, de peur de fâcher ce bel homme,
qu'elle s'imaginait avoir reconquis depuis qu'il l'avait épousée.
Pendant quelques minutes le silence ne fut troublé que par le bruit
des couteaux et des fourchettes, car cette altercation qui venait de
s'élever entre le père et la fille ne les empêchait ni l'un ni l'autre
de manger.
La première, Raphaëlle, reprit la parole:
--Allons, père Houssu, dit-elle d'un ton conciliant, tout ça c'est des
bêtises; ne laisse pas ton jambon refroidir, il ne vaudrait plus rien;
mange-le en m'écoutant et tu vas voir que je n'ai jamais eu l'intention
de te rien reprocher.
--Si c'est ainsi...
--Puisque je te le dis.
Ramenant vivement les tranches de jambon dans son assiette, il en plia
une en deux et la porta à sa bouche.
--Je reprends maintenant mon affaire, continua Raphaëlle. En voyant que
l'on persistait à parler du mariage de Savine avec cette Américaine,
j'ai pensé que tu pourrais aller à Bade et que tu verrais ce qu'il y
avait de vrai là-dedans. Personne ne peut faire cela mieux que toi.
Est-ce que ça ne rentre pas dans ton métier? Que la scène se passe à
Bade ou à Paris, c'est la même chose; seulement, tu auras peut-être plus
de mal là-bas, en pays étranger, que tu n'en aurais à Paris, où tu es
chez toi.
--Ça c'est sûr.
--Aussi les prix de Bade ne peuvent-ils pas être ceux de Paris. Cela ne
serait pas juste.
Elle fit une pause et le regarda, mais sans affectation. Il parut ne
pas remarquer ce regard, qui était plutôt une affirmation qu'une
interrogation, et il continua de manger.
--Ce que tu auras à faire, poursuivit Raphaëlle, je n'ai pas à te
l'indiquer, c'est ton métier et il me semble qu'il est plus facile
d'observer un homme comme Savine, qui vit au grand jour, en
représentation, comme si le monde était un théâtre sur lequel il doit se
faire applaudir, que de suivre à la piste une femme qui se cache de son
mari ou une maîtresse qui se défie de ses amants.
--On a des moyens à soi, dit M. Houssu sentencieusement.
--Enfin c'est ton affaire; moi, ce qui me touche, c'est de savoir si
véritablement Savine est amoureux de mademoiselle de Barizel, ce qui, je
te le dis à l'avance, m'étonnerait joliment, étant donné le personnage,
ou bien s'il ne s'occupe pas seulement de cette jeune fille, qu'on
dit magnifique, précisément parce qu'elle est magnifique et parce que
d'autres s'occupent d'elle. Et puis, ce qui me touche aussi, mais pour
le cas seulement où le prince te paraîtrait pris, c'est de savoir ce
que sont ces deux femmes; la fille et la mère; si ce sont vraiment
des honnêtes femmes ou bien si ce ne sont pas tout simplement des
aventurières qui visent la grosse fortune de Savine. Sur ces deux
points: Savine amoureux et madame de Barizel honnête ou aventurière,
il me faut des renseignements certains; n'épargne donc rien, je suis
décidée à payer le prix.
De nouveau elle le regarda en appuyant sur ses dernières paroles de
façon à les bien enfoncer.
Pendant quelques minutes M. Houssu resta silencieux, n'ouvrant la bouche
que pour manger, ce qu'il faisait consciencieusement avec un bruit de
mâchoires régulier comme le tic tac d'un moulin.
--Si tu m'avais parlé ainsi tout d'abord j'aurais compris; tandis que
j'ai été suffoqué, indigné, tu sais, moi, quand il s'agit de l'honneur;
le sang ne me fait qu'un tour et je m'emporte; quand on a été soldat,
vois-tu, on l'est toujours; et la proposition que tu me faisais ou
plutôt que je m'imaginais que tu me faisais n'était pas de celles
qu'écoute froidement un soldat, un légionnaire.
Il se frappa la poitrine, qui résonna comme un coffre.
--Du moment qu'il s'agit seulement de savoir, continua M. Houssu, si le
prince Savine ne poursuit pas un mariage, je suis ton homme, car tu as
des droits à faire valoir.
--Un peu.
--Et quel autre qu'un père peut mieux les défendre? Puisque l'occasion
se présente, je ne suis pas fâché de m'expliquer une bonne fois pour
toutes sur ta liaison avec le prince Savine. Si j'ai toléré cette
liaison, c'est d'abord parce qu'il faut laisser une certaine liberté à
une artiste, et puis c'est parce que j'ai toujours cru à la parfaite
innocence de cette liaison, ce qui est bien naturel entre une femme
comme toi et un homme comme lui.
--Tout ce qu'il y a de plus naturel.
--Eh bien! ton père te tend la main.
Et, de fait, il la lui tendit, grande ouverte, avec un geste de théâtre.
--Il fera son devoir, compte sur lui; il saura empêcher ce mariage avec
cette Américaine; il saura aider le tien; il saura même... s'il le
faut... l'exiger.
--Contente-toi d'empêcher celui de mademoiselle de Barizel, s'il est
vrai qu'il doive se faire.
--Là-dessus je ne prendrai conseil que de ma conscience de père.
--Quand peux-tu partir?
--Tout de suite, si tu veux.
Mais il se reprit:
--Demain, après-demain, dans quelques jours.
--Pourquoi pas ce soir?
--Tu n'aurais pas dû me faire cette question, mais avec toi il ne faut
pas de fausse honte et j'aime mieux te dire qu'avant de partir, il me
faut réunir les fonds nécessaires, non seulement à mon voyage, mais
encore à l'achat de certaines indiscrétions qu'il me faudra peut-être
payer cher.
--Ce n'est pas ainsi que les choses doivent se passer: le voyage et les
indiscrétions, c'est moi qui les paye.
--Oh! non, pas de ça; pas d'argent entre nous.
Mais sans lui répondre, elle alla à sa robe et, ayant fouillé dans la
poche, elle en tira un petit paquet de billets de banque qu'elle remit
à. M. Houssu.
Celui-ci fit mine de le refuser, mais à la fin il l'accepta.
--Alors, dit-il, je puis partir ce soir, et dès demain, me mettre en
chasse.
--Tu sais, dit Raphaëlle, pas de roulette, hein!
--Jouer l'argent de mon enfant!
--Ne te fâche pas, et finis de déjeuner, que nous fassions un bésigue.
V
M. Houssu avait promis à sa fille de lui écrire dès le lendemain;
cependant huit jours s'écoulèrent sans nouvelles.
--Il a joué, pensa-t-elle, et il n'a pas d'argent pour acheter les
indiscrétions de l'entourage de madame de Barizel.
Elle connaissait son père et savait quel cas on devait faire de ses
nobles paroles sur l'honneur et le sentiment paternel: pendant trente
ans M. Houssu n'avait eu souci que de vivre aux dépens des femmes qu'il
subjuguait par sa belle prestance militaire; puis un jour, ayant eu
l'heureuse chance d'être décoré, il s'était tout à coup imaginé qu'il
devait mettre un certain accord sinon entre sa vie, au moins entre son
langage et sa nouvelle position; de là cette phraséologie qu'il avait
adoptée sur l'honneur (dont il se croyait le représentant sur la terre),
le devoir, la délicatesse, la fierté, tous sentiments qu'ils connaissait
de nom mais sans avoir des idées bien précises sur ce qu'ils pouvaient
être; de là aussi son parti pris de paraître ignorer la situation vraie
de sa fille et de tout s'expliquer ou plutôt de tout expliquer aux
autres par «la liberté d'artiste». Quoi de plus facile à comprendre que
sa fille possédât un hôtel aux Champs-Elysées: n'était-elle pas artiste
et ne sait-on pas que les artistes gagnent ce qu'elles veulent? Quoi de
plus naturel qu'on lui donnât des diamants, des chevaux, des bijoux:
n'a-t-on pas toujours comblé les artistes de cadeaux? Chacun applaudit à
sa manière, celui-ci les mains vides, celui-là les mains pleines. Malgré
cette attitude et le langage qu'il avait adopté, il n'en était pas moins
toujours l'homme d'autrefois, c'est-à-dire parfaitement capable «de
jouer l'argent de son enfant», comme autrefois il jouait et dépensait
l'argent «de celles qu'il aimait».
Cependant elle se trompait: s'il avait joué et il n'avait eu garde de
ne pas le faire dès son arrivée, il avait néanmoins obtenu certaines
indiscrétions sur la famille Barizel et le prince Savine; seulement, au
lieu de les obtenir rapidement en les payant, il avait été obligé, une
fois qu'il avait été ruiné par la roulette, de manoeuvrer avec lenteur
et de remplacer par de l'adresse l'argent qu'il n'avait plus; de sorte
que ç'avait été après toute une semaine d'attente qu'elle avait reçu la
lettre promise, une longue lettre en belle écriture moulée, épaisse et
carrée, qu'il avait apprise au régiment et qui lui avait valu la faveur
de son major pendant son service.
«Ma chère fille,
«Misère et compagnie.
«Voilà ce que j'ai à te dire de l'Américaine et de sa fille.
«Une pareille découverte vaut bien les quelques jours d'attente que j'ai
eu le chagrin de t'imposer malgré moi, je pense, et tu ne m'en voudras
pas d'un retard causé uniquement par les difficultés de ma tâche.
«Car elle était difficile, je t'en donne ma parole; difficile avec les
Américaines, difficile avec le prince.
«Et de ce côté même assez difficile pour que je ne puisse pas encore
répondre d'une façon précise à ta question:--Est-il amoureux? Veut-il se
marier?
«Je suis honteux de ne pouvoir pas te donner encore cette réponse; mais
puisque tu connais le personnage, tu sais qu'il n'y a pas qu'à regarder
dans son jeu pour le deviner.
«Comment, vas-tu te demander, en a-t-il appris si long sur les
Américaines et si peu sur le prince?
«Tu ne serais pas ma fille, je ne te dirais rien là-dessus, mais un père
ne doit pas avoir de secrets pour son enfant: le fond du métier, c'est
de savoir faire causer les domestiques; sans doute il ne faut pas
accepter bouche ouverte tout ce qu'ils racontent, ni en bien ni en mal;
en bien, parce qu'ils peuvent vouloir faire mousser leurs maîtres (ce
qui est rare); en mal parce qu'ils peuvent les dénigrer à plaisir, sans
esprit de justice (ce qui est fréquent); mais enfin en se tenant sur ses
gardes, on peut avec eux serrer la vérité de bien près. J'ai donc fait
causer les domestiques de l'Américaine, mais je n'ai pas pu employer
le même système avec ceux du prince, qui me connaissent; de là cette
diversité dans mes renseignements. Il est bien évident, n'est-ce pas,
que je n'ai pas pu m'adresser aux domestiques du prince, qui auraient
été surpris de mes questions et qui auraient pu bavarder, qui auraient
sûrement »»qui ne me connaissant pas, n'ont point pensé à se tenir en
défiance et sont tombés dans tous les traquenards que j'ai eu l'idée de
leur tendre.
«Comment j'ai fait causer ces domestiques; cela n'a pas d'intérêt pour
toi; cependant, je dois te dire, pour que tu comprennes le mérite que
j'ai eu à cela, que ce sont des noirs très dévoués à leur maîtresse. Ce
qui te touche, n'est-ce pas, ce sont les résultats de ces causeries? Les
voici:
«Bien que madame de Barizel ait une fille de seize ou dix-sept ans, la
belle Corysandre, ce n'est point une vieille femme: c'est au contraire,
une personne très agréable, qui a dû être fort jolie en sa jeunesse et
qui présentement est encore assez bien pour avoir trois amants (je ne
parle que de ceux qui sont en pied), deux que tu connais parfaitement:
le financier Dayelle et le banquier Avizard, et un troisième que tu as
peut-être vu ou dont tu as peut-être entendu parler, un correspondant
de journaux nommé Leplaquet. Comment s'est-elle fait aimer de ces trois
hommes si différents? Cela je n'en sais rien et ce serait à creuser,
mais ce qu'il y a de certain c'est que tous les trois l'aiment au point
de ne pas se gêner: au contraire, ils s'aident les uns les autres;
Dayelle qui, il y a quelques années, était en guerre avec Avizard, est
maintenant au mieux avec lui et tous les deux mettent leur influence et
leurs relations, peut-être même leur bourse au service de Leplaquet; et
il y a des braves gens qui s'imaginent que quand plusieurs hommes aiment
la même femme ils doivent être ennemis, c'est amis, au contraire, qu'ils
sont, compères, associés le plus souvent, au moins quand la femme est
habile. Et justement madame de Barizel est une maîtresse femme. De ces
trois amants en titre, il y en a deux qui veulent l'épouser, Avizard et
Leplaquet, et ceux-là elle les fait patienter en leur disant qu'elle ne
peut devenir leur femme que quand elle aura marié sa fille; et il y en
a un troisième qu'elle veut elle-même épouser, Dayelle, qui, veuf, père
d'un fils en âge de prendre femme, n'est point porté au mariage, mais
qu'elle espère enlever en mariant sa fille à un grand personnage qui
éblouira Dayelle, orgueilleux comme un dindon (qu'il n'est pas pour le
reste) de son grand nom, de sa grande situation dans le monde; beau-père
du prince...
«Tu vois, n'est-ce pas, comment les choses se présentent et combien un
mariage avec notre prince les arrangerait?
«Ce qu'il y a d'ingénieux dans le plan de madame de Barizel, c'est que
tous ceux qui l'entourent ont intérêt à ce que ce mariage se fasse:
Dayelle pour avoir tout à lui madame de Barizel qui présentement le scie
à chaque instant avec: «Ma fille, c'est pour ma fille, c'est à cause de
ma fille.» Avizard et Leplaquet pour épouser madame de Barizel; de sorte
que, non seulement madame de Barizel et sa fille, la belle Corysandre,
poursuivent ce mariage, mais encore que Dayelle, Avizard, Leplaquet et
d'autres encore peut-être que je ne connais pas y poussent de toutes
leurs forces: Dayelle et Avizard, en mettant dans le jeu de madame de
Barizel leur influence et leurs relations, Leplaquet en apportant dans
l'association un esprit d'intrigue et de ruse, une ingéniosité de moyens
qui paraissent très remarquables.
«Voilà la situation de madame de Barizel et de sa fille telle que je la
démêle au milieu de tous les renseignements, souvent contradictoires,
que je suis parvenu à réunir depuis que je suis ici.
«Tu vois qu'elle est redoutable.
«Mais ce qui la rend plus dangereuse encore c'est:
«1° La détresse d'argent des Américaines;
«2° La beauté de la jeune fille.
«C'est une vieille vérité que le succès n'appartient qu'à ceux qui sont
aux abois, parce qu'ils risquent tout. Eh bien! c'est là justement le
cas de madame de Barizel d'être aux abois pour l'argent: il est vrai que
les apparences ne sont pas d'accord avec ce que je te dis là, mais ce
n'est pas les apparences qu'il faut croire: on parle d'un terrain
à Paris sur lequel madame de Barizel va faire construire un hôtel
magnifique, on parle de grosses sommes déposées chez Dayelle et Avizard,
on parle d'une fortune considérable en Amérique; mais tout cela est
propos en l'air. La réalité, c'est qu'on vit d'expédients, avec largesse
pour ce qui doit frapper les yeux, avec une avarice dans tout ce qui
est caché, dont on n'aurait pas idée dans le ménage bourgeois le plus
pauvre. Si ma lettre n'était pas déjà si longue, j'entrerais à ce sujet
dans des détails caractéristiques que je réserve pour te les conter:
tu verras ce qu'est la misère cachée de certains personnages qui
éblouissent le monde; vrai, c'est curieux et amusant; ça nous venge,
nous autres, gens d'honneur.
«En te disant que la beauté de mademoiselle de Barizel est merveilleuse,
ce n'est pas de l'exagération; il faut la voir pour admettre qu'une
créature humaine peut être aussi admirablement belle. Il est vrai, et
je l'ajoute tout de suite, qu'elle n'a pas l'air très intelligent,
on prétend même qu'elle est un peu bête; mais enfin la beauté reste,
éblouissante; c'est un homme qui s'y connaît qui lui donne ce certificat
Tout cela, n'est-ce pas: les projets de madame de Barizel, ses
relations, sa détresse d'argent, la beauté de sa fille font qu'un
mariage avec le prince Savine paraît avoir bien des chances pour lui?
«Le prince veut-il ce mariage?
«Toute la question est là, et je t'ai dit que je ne pouvais pas la
résoudre; mais ne le voulût-il pas, il me semble qu'on peut croire qu'il
sera amené un jour ou l'autre a se laisser faire de force ou de
bonne volonté: il doit être bien difficile de résister à des femmes
dangereuses comme celles-là, la mère pour son habileté, la fille pour sa
beauté.
«La seule chose certaine, c'est qu'il ne les quitte pas, ce qui est un
indice grave.
«Pour le soustraire à cette influence qui menace de l'envelopper, il
faudrait qu'on lui fît connaître ces deux femmes. Mais comment? je n'ai
pas des faits précis à lui mettre sous les yeux de façon à les lui
crever. Depuis qu'elles sont en France, elles s'observent d'autant mieux
qu'elles n'y sont venues que pour faire, l'une et l'autre, un grand
mariage. Ce serait en Amérique qu'il faudrait faire une enquête, à
Bâton-Rouge, à la Nouvelle-Orléans, là où s'est écoulée la jeunesse de
madame de Barizel; c'est là que sont les cadavres, et si j'en crois le
peu que j'ai pu recueillir, ils ne seraient pas difficiles à déterrer.
«Tandis qu'ici c'est le diable: il faut chercher, combiner, se donner un
mal de galérien et pour pas grand'chose.
«Et pendant ce temps-là notre prince se trouve serré de plus en plus.
«Dis-moi ce que je dois faire; surtout envoie-moi les moyens de faire
quelque chose, car je suis au bout de mes ressources. C'est étonnant
comme l'argent file.
Je t'embrasse avec les sentiments d'un père affectueux et dévoué.
«Houssu.»
A cette longue lettre, Raphaëlle répondit par une dépêche télégraphique
qui ne contenait que deux mots:
«Reviens immédiatement.»
M. Houssu arriva à Paris le vendredi soir, et le samedi matin il
s'embarquait au Havre sur le transatlantique en partance pour New-York.
Raphaëlle avait jugé la situation assez menaçante pour aller en Amérique
déterrer les cadavres qui devaient lui rendre son prince.