M. Houssu commença par servir sa fille avec un air triomphant.

--Goûte-moi ça, dit-il, est-ce moelleux, est-ce soufflé? Tu as eu une

fameuse idée de venir déjeuner avec nous.

--J'ai à te parler.

--Eh bien, ma fille, parle en mangeant, comme je t'écouterai.

--Tu as lu ce que les journaux disent du prince?

--Qu'il allait épouser une jeune Américaine.

--Il n'y a pas de fumée sans feu; en tout cas l'affaire mérite d'être

éclaircie et je compte sur toi pour ça. Tu vas partir pour Bade et

m'organiser une surveillance intime, comme tu dis dans tes circulaires,

autour du prince Savine et de madame de Barizel, cette Américaine.

--Moi! ton père!

--Eh bien?

--C'est à ton père que tu fais une pareille proposition!

--A qui veux-tu que je la fasse?

Vivement, violemment, M. Houssu se tourna vers elle en jetant son épaule

gauche en avant par le geste qui lui était familier lorsqu'il voulait

mettre sa décoration sous les yeux d'un client qu'il fallait éblouir.

--Tu ne parlerais pas ainsi, s'écria-t-il en frappant sa chemise de sa

large main velue, si le signe de l'honneur brillait sur cette poitrine.

--Puisqu'il n'y brille pas, écoute-moi et ne dis pas de bêtises. On

raconte que Savine va se marier. S'il est quelqu'un que cela intéresse,

c'est moi, n'est-ce pas?

Corysandre · 第 8 / 50 题