Espérance et courage!
Notre sort }
Oui, leur sort } est bien beau.
Nous avons }
Ils ont eu } l’avantage
D’être installés dans ce château!
«Combien d’opéras-comiques sont brodés sur un canevas tout aussi
simplet!» conclut le chroniqueur auquel j’emprunte cette anecdote.
(MONTÉCOURT [pseudonyme], _La République française_, 7 décembre 1898.)
Ajoutons qu’on pourrait rapprocher ce minuscule canevas
d’opéra-comique du très laconique scénario de tragédie proposé par
Rivarol (Cf. ci-dessus, p. 29):
1er acte: il mourra.
2e acte: il ne mourra pas.
3e acte: il mourra.
Etc., etc.
* * *
Nous trouvons chez CASIMIR DELAVIGNE (1793-1843), dans ses _Enfants
d’Édouard_ (II, 3), plusieurs anachronismes commis coup sur coup.
Tyrrel, la future âme damnée de Glocester, raconte ainsi son ancienne
vie joyeuse:
... Je fus quatre fois riche.
Nous étions beaux à voir autour d’un bol en feu,
Buvant sa flamme, en proie aux bourrasques du jeu,
Quand il faisait rouler, sous nos mains forcenées,
Le flux et le reflux des piles de guinées.
Or, cette tragédie des _Enfants d’Édouard_ se passe en Angleterre,
sous Richard III (1452-1485), c’est-à-dire vers la fin du quinzième
siècle. A cette époque, l’eau-de-vie et le sucre étaient connus
sans doute, mais surtout comme produits pharmaceutiques, et sans
être entrés dans la consommation courante. Quant au punch, il était
inconnu, et les premières guinées ne furent frappées que sous Charles
II (1630-1685), avec de l’or importé de Guinée: d’où leur nom. (Cf.
le _Journal de la Jeunesse_, 17 mai 1902, Supplément, Couverture.)
Dans cette même tragédie, nous rencontrons plusieurs fois la locution
«_A_ revoir», formule d’adieu exprimant l’espoir qu’on se reverra
bientôt, condamnée par Littré, au lieu de «Au revoir». «_A_ revoir,
bon neveu!» (I, 2 et 9; et III, 2.)
Nous avons relevé, dans le chapitre consacré à Victor Hugo (p. 100),
la mauvaise locution «Montjoie _et_ Saint-Denis» (_Louis XI_, III,
13), pour «Montjoie Saint-Denis», cri de guerre de nos ancêtres.
L’élision de l’_e_ final de Montjoie contraint presque toujours les
poètes à faire suivre ce mot de la conjonction _et_, ce qui enlève
tout sens à la phrase, Montjoie Saint-Denis signifiant la Montjoie
(le lieu de martyre ou de joie) _de_ saint Denis.
Comme Piron, «qui faisait toutes ses tragédies de tête, et les
récitait de mémoire aux comédiens» (SAINTE-BEUVE, _Nouveaux lundis_,
t. X, p. 61), comme Delille, dont nous avons précédemment rappelé la
prodigieuse mémoire, Casimir Delavigne composait tous ses ouvrages
«par cœur», et avait coutume de ne les coucher sur le papier que
quand ils étaient terminés dans sa tête. On dit même qu’il a emporté
ainsi en mourant une tragédie à peu près achevée. (Cf. SAINTE-BEUVE,
_Portraits contemporains_, t. V, p. 180; et _Nouveaux Lundis_, t. X,
p. 61.)
On a plus d’une fois comparé Casimir Delavigne au peintre Paul
Delaroche, Alexandre Dumas, entre autres, dans ses _Mémoires_ (t.
V, p. 145). Une plaisante anecdote court à ce sujet: Théophile
Gautier ayant écrit dans un de ses feuilletons: «Casimir Delavigne
est le Delaroche de la littérature, comme Delaroche est le Casimir
Delavigne de la peinture», reçut le lendemain deux lettres, l’une de
Delavigne, l’autre de Delaroche, qui, toutes deux, lui disaient la
même chose: «Vous avez été un peu sévère pour moi» (Cf. le journal
_Le Télégraphe_, 8 septembre 1884.)
L’œuvre des vaudevillistes DUVERT (1795-1876) et LAUZANNE (1805-1877)
fourmille de facéties et de pasquinades. En voici quelques
échantillons, extraits d’un article signé E. S. (Edmond Stoullig?),
dans le journal _La Tribune_, 26 octobre 1876:
«Nous voyons, dans _Riche d’amour_, Arnal s’écrier: «Je l’ai revue,
je l’ai retrouvée, celle que j’aime — ou plutôt celui que j’aime, —
car c’est un ange, et l’ange est essentiellement masculin. (_Avec
indignation_:) Masculin! Oh! les gueux de grammairiens![35]»
[35] Aussi des poètes, voire de plus illustres, n’ont-ils pas
hésité à faire _ange_ du féminin:
C’est une femme aussi, c’est _une ange charmante_.
(Alfred DE VIGNY, _Éloa_, Poésies complètes, p. 14;
Charpentier, 1882.)
Plus tard, se demandant s’il ne trouverait pas un peu d’argent chez
lui: «C’est que, chez moi, ajoute-t-il, je ne suis pas bien sûr de
trouver de l’argent, vu qu’à n’y avait pas un sou quand je suis
sorti, et j’ai la clef. J’ai la clef! Il est douteux que des voleurs
se soient introduits chez moi avec effraction et y aient oublié leur
bourse. Ces événements-là sont si peu communs!»
Et ce couplet:
Quelle infortune est égale à la mienne?
Du lansquenet déplorable martyr,
J’ai beau forer ma poche artésienne,
Pas un centime, hélas! n’en peut jaillir!
. . . . . . . . . . . . . . . .
Et mon gousset, moins heureux que les Gaules,
Appelle en vain l’invasion des Francs!
Nous avons rencontré précédemment, à propos du vicomte d’Arlincourt
(p. 21), ce vers:
Le roi Louis s’avance avec vingt mille _Francs_,
qui pourrait devenir amphigourique, avons-nous dit aussi (p. 129),
si l’on écrivait _francs_ avec une initiale minuscule, selon
l’orthographe de Victor Hugo.
Les personnages de Duvert et Lauzanne ne se parlent pas à l’oreille:
«Ils se glissent deux mots _dans la trompe d’Eustache_». Un homme,
rencontrant dans une cave l’ombre de celui qu’il croit avoir tué,
s’écriera: «Cette ombre est étrange; elle sent le coke!» Un autre, à
qui l’on demande son âge, répondra: «J’ai l’âge qu’aurait la comète
de 1811, si elle vivait encore!»
Etc., etc.
«Ne reconnaît-on point là, remarque Jules Claretie (dans le journal
_La Tribune_, même date), le style ou le procédé d’Henri Rochefort?
_La Lanterne_ procède directement de Duvert et Lauzanne, et le
fils du vaudevilliste (le vaudevilliste Amand de Rochefort-Luçay:
1790-1871) a dû s’imprégner de ces phrases bizarres, curieuses, dont
l’étrangeté fait la force, et qui se gravent, par leur drôlerie même,
dans la mémoire.
«Dans un vaudeville de Rochefort et de Pierre Véron, il était
question de «ces femmes dont les cheveux sont frisés comme les
chicorées, avec cette différence qu’elles ne sont pas sauvages».
C’est tout à fait Arnal, dans _L’Homme blasé_, parlant de «ces femmes
charmantes» qui l’ont ruiné:
«Oui. Et je me regarderais comme un grossier si je les comparais à
des sangsues...
— Ah!
— ... Dont elles n’ont d’ailleurs ni la forme...
— Je crois bien!
— Ni l’utilité!»
(Le journal _La Tribune_, même date.)
Anticipant sur le chapitre consacré aux journalistes et chroniqueurs,
nous citerons ici, pour corroborer la remarque de Jules Claretie,
quelques-uns des jeux de mots et des drôleries de _La Lanterne_
d’HENRI ROCHEFORT (1830-1913).
«La France contient, dit l’_Almanach impérial_, trente-six millions
de sujets, sans compter les sujets de mécontentement.» (Samedi, 23
mai 1868, p. 1; réimpression de Victor Havard, 1886; un vol. in-18.)
«J’envoyai chercher une feuille de papier ministre, et j’écrivis à
celui de l’Intérieur...» (Page 4.) (Phrase déjà citée dans notre
Préambule, p. 12-13.)
«La discussion du budget n’est pas encore entamée, mais le budget
l’est déjà depuis longtemps.» (Page 203.)
«Toute la suite du prince Napoléon à Constantinople vient d’être
décorée par le sultan. — Comment! pas un n’a échappé au désastre?»
(Page 238.)
«... Cette belle machine administrative que l’Europe nous envie.
(Avez-vous remarqué que l’Europe nous envie énormément de choses,
mais qu’elle ne nous prend jamais rien?)» (Page 274.)
«... La cour des Tuileries, ainsi nommée parce que c’est de là que
nous arrivent les tuiles.» (Page 286.)
«Les décorés du 15 août devraient être obligés d’aller chercher
eux-mêmes la croix en haut du mât de Cocagne de l’esplanade des
Invalides. Nous serions sûrs au moins qu’ils auraient fait quelque
chose pour l’avoir.» (Page 349.)
Etc., etc.
Peu d’ouvrages ont autant vieilli que _La Lanterne_; la plupart
des allusions qu’elle renferme sont devenues obscures pour nous,
et quantité de ses plaisanteries ont perdu leur sel. «Quand on
feuillette aujourd’hui la collection de _La Lanterne_ (et c’est de
quoi peu de gens s’avisent), on se rend difficilement compte de
l’immense succès obtenu par ce pamphlet, écrit le sagace critique
Jules Levallois (_De la Restauration à nos jours_, p. 380). Ni
Paul-Louis Courier, ni Cormenin, dans leurs meilleurs jours, n’ont
ému à ce point l’opinion publique. De ces pages sarcastiques, que
l’on s’arrachait alors si avidement, quelques-unes, les premières
surtout, subsistent seulement. Ce qui fit la vogue de ce pamphlet,
lorsqu’il parut, c’était un indomptable esprit de révolte, mêlé à ce
qu’il faut bien appeler de son nom vulgaire, _la blague_.»
* * *
On peut dire d’ERNEST LEGOUVÉ (1807-1903) ce qu’on a dit de Jules
Janin, dont nous parlerons plus loin, qu’il a eu la _passion de
l’inexactitude_. Il ne peut en quelque sorte citer un seul vers sans
le tronquer, et, dans son _Art de la lecture_ comme dans sa _Lecture
en action_, il en cite presque à chaque page.
Même les vers de Corneille, de Racine, de La Fontaine, de Molière,
les plus répandus et les plus ressassés, il les estropie. Il
s’imaginait sans doute les posséder _ad unguem_, et ne prenait pas la
peine de les vérifier lors de l’impression.
Corneille écrit dans _Cinna_ (V, 1):
Tiens ta langue captive, et si ce grand silence
A ton émotion fait quelque violence;
Legouvé (_La Lecture en action_, p. 168) met: et si ce _long_
silence, et: fait _trop_ de violence.
Sur ce point seulement contente mon désir,
dit Corneille.
_Jusque-là_ seulement, — dit Legouvé (_Ibid._).
Aujourd’hui même encor mon âme irrésolue.
(CORNEILLE.)
Legouvé (_Ibid._, p. 172): _Ce matin_ même encor...
Bien plus, ce même jour je te donne Émilie.
(CORNEILLE.)
_Enfin_ ce même jour (LEGOUVÉ, _ibid._).
Et qu’ont mise si haut mon amour et mes soins.
(CORNEILLE.)
Et qu’ont _porté_ si haut (LEGOUVÉ, _ibid._),
Notez bien qu’ici, comme il s’agit d’une femme, d’Émilie, il faudrait
_portée_ au féminin. «Et qu’ont _portée si haut_...» Legouvé a mieux
aimé fausser l’orthographe que le vers et a écrit _porté_.
Approchez-vous, Néron, et prenez votre place,
dit Racine (_Britannicus_, IV, 2).
_Asseyez-vous_, Néron, — dit Legouvé (_Ibid._, p. 169).
Etc., etc.
Dans sa comédie _Autour d’un berceau_ (Théâtre, _Comédies en un
acte_, p. 323), Ernest Legouvé met dans la bouche d’un de ses
personnages le petit poème si connu, _Le Vase brisé_, de Sully
Prudhomme (_Poésies_, t. I, p. 11; Lemerre, 1882), et il ne manque
pas de le dénaturer et le massacrer.
Son eau fraîche a fui goutte à goutte,
dit Sully Prudhomme.
Son eau _pure_, — dit Legouvé.
Souvent aussi la main qu’on aime
Effleurant le cœur le meurtrit.
(Sully PRUDHOMME.)
_Ainsi parfois_ la main qu’on aime.
(LEGOUVÉ.)
Ce qui est impardonnable pour un membre de l’Académie française, il
confond, en prosodie française, le mot _pied_ avec le mot _syllabe_:
un pied, pour lui, c’est une syllabe: un alexandrin de _douze pieds_
(Cf. _La Lecture en action_, p. 258), tandis qu’il n’avait qu’à
consulter Littré, et il aurait lu (art. Pied, 26º): «Un pied, deux
syllabes; ainsi notre alexandrin, qui a douze syllabes, est un vers
de six pieds».
Il _demande excuse_, au lieu de _demander pardon_ (Cf. _Louise de
Lignerolles_, I, 8; Théâtre, Comédies et Drames, p. 22).
Il forge des vers de onze syllabes, destinés à rimer avec des vers de
douze:
Et pourriez-vous, sans peur comme sans emphase,
Entendre froidement cette petite phrase.
(_Un jeune homme qui ne fait rien_, sc. 11; Théâtre,
_Comédies en un acte_, p. 370.)
Il change le genre des substantifs, met le féminin pour le masculin:
«Tant de jeunes et charmants _talents_ qui ont illustré et enchanté
la scène française... sont _toutes_ des élèves de M. Samson.» (_L’Art
de la lecture_, Quatrième partie, I, p. 264.)
Enfin comment comprendre cette sentence, qui termine un chapitre
de _La Lecture en action_ (XVII, p. 204): «Lire les poètes tout
bas, c’est devenir leur ami; les lire tout haut, c’est devenir leur
intime?» Pourquoi _intime_ quand on les lit tout haut?
Et, à propos d’Ernest Legouvé, le sens d’un vers de son père
(Jean-Baptiste-Gabriel LEGOUVÉ: 1764-1812), ce vers si fréquemment
cité:
Tombe aux pieds de ce sexe à qui tu dois ta mère,
le dernier et comme le résumé du poème _Le Mérite des Femmes_, a été
parfois discuté.
«Il faut avouer, écrit l’auteur anonyme des _Curiosités littéraires_
(p. 279; Paulin, 1845), que le malheureux que l’on voudrait forcer
de tomber aux pieds du sexe auquel il doit sa mère, se trouverait
dans un cruel embarras; et Legouvé est bien coupable de n’avoir pas
indiqué en note la conduite à suivre en pareille occurrence. Avant
lui, on avait cru généralement que le concours des deux sexes était
nécessaire pour procréer des garçons ou des filles; mais son vers
est venu nous détromper, et il est constant maintenant, quelque
incroyable que cela puisse paraître, que, quant aux filles, le sexe
féminin suffit seul à la besogne.»
Au nombre des périphrases célèbres, — trois coup sur coup, — figurent
les quatre vers suivants de Legouvé père. Pour faire prononcer à
Henri IV son mot fameux: «Je voudrais que le plus pauvre paysan de
mon royaume pût au moins avoir la poule au pot le dimanche», il écrit:
Je veux enfin qu’_au jour marqué pour le repos_
_L’hôte laborieux des modestes hameaux_
Sur sa table moins humble ait, par ma bienfaisance,
_Quelques-uns de ces mets réservés à l’aisance_.
(Cf. Paul STAPFER, _Racine et Victor Hugo_, p. 263.)
C’était, comme nous l’avons vu, le temps des périphrases, si chères à
Jacques Delille et à ses disciples ou émules.
* * *
Quand la borne est franchie, _il n’est plus de limites_,
estime, non M. de la Palisse, mais FRANÇOIS PONSARD (1814-1867), dans
_L’Honneur et l’Argent_ (III, 5); et, dans _Le Lion amoureux_ (I, 1,
et IV, 6) il nous dépeint le salon d’une grande dame, où
chaque parti se touche;
et l’un des personnages émet ce vœu, passablement difficile à
réaliser:
Que ne puis-je saisir mon cœur dans ma poitrine,
L’écraser contre terre, et fouler sa ruine.
On a souvent cité, comme exemple de prosaïsme, ces vers de Ponsard:
Notre ami, possesseur d’une papeterie,
A fait, avec succès, appel à l’industrie.
(_L’Honneur et l’Argent_, V, 2.)
En voici deux autres de la même râtelée, appartenant à l’académicien
Charles-Guillaume ÉTIENNE (1777-1845):
Il est depuis un an dans ses manufactures,
Il y fait établir de vastes filatures.
(_L’Intrigante_, I, 1.)
Et celui-ci, qui est de Sainte-Beuve (_Pensées d’août_, Poésies
complètes, p. 295; Charpentier, 1890), qu’on ne s’attendait guère à
voir apparaître sous sa plume:
Il tenait, comme on dit, un cabinet d’affaires.
Précédemment (p. 107), nous avons cité ce vers de Victor Hugo:
Le Crédit mobilier ou le Crédit foncier,
et celui de Gabriel Marc:
La Caisse des Dépôts et Consignations.
L’École dite «du bon sens», dont François Ponsard et ÉMILE AUGIER
(1820-1889) ont été les grands chefs, nous fournirait à foison de ces
vers prosaïques:
Quand le printemps fleurit, il faut que je me purge.
(Émile AUGIER, _Gabrielle_, I, 1.)
Fais-lui faire, tu sais, ce _machin au fromage_.
— Ne vous mêlez donc pas des choses du ménage.
(ID., _ibid._, I, 2.)
Mais que c’est donc joli tout ce que nous disons!
— Oui, nous n’avons pas l’air d’une troupe d’oisons.
(ID., _Philiberte_, I, 8.)
... Quand j’ai dîné,
J’ai besoin de causer à cœur déboutonné.
(Émile AUGIER, _Philiberte_, II, 1.)
Ma spécialité, hormis un cas extrême,
Aux jeux qu’on joue à _quatre_ est de faire un _cinquième_.
(ID., _ibid._, II, 2.)
Ce dernier vers pourrait être rapproché de cette phrase de Victor
Hugo (_Correspondance_, dans la _Revue bleue_, 7 novembre 1896, p.
586): «Si les faiseurs d’ordre public essayaient d’une exécution
politique, et que _quatre_ hommes de cœur voulussent faire une émeute
pour sauver les victimes, je serais le _cinquième_.»
Et demander _excuse_ pour demander _pardon_:
... Je me sens si confuse,
Monsieur, que j’ai voulu vous demander excuse.
(Émile AUGIER, _ibid._, II, 7.)
Une humoristique et amusante fin de lettre d’Émile Augier, pour en
terminer avec lui:
«Mille compliments,
«Mille amitiés,
«Et mille
«AUGIER.»
(Cf. le journal _Le Gaulois_, novembre 1889.)
Le fin et charmant lettré que fut CAMILLE DOUCET (1812-1895) est
rendu responsable aussi de bien étranges vers:
Va, mon fils, _de chemin_, suis ton _petit bonhomme_.
Considération! Considération!
Ma seule passion! ma seule passion!
(Cf. Clair TISSEUR, _Modestes Observations sur l’art de
versifier_, p. 257; — et _Revue bleue_, 26 août 1871,
p. 198.)
Et ce distique encore, pastiche de Camille Doucet, attribué à
l’avocat Ferdinand Duval, ancien préfet de la Seine (Renseignement
verbal):
Et pour te témoigner ma satisfaction,
Je te mène au Jardin d’Acclimatation.
* * *
Le théâtre d’EUGÈNE LABICHE (1815-1888) abonde en jeux de mots,
drôleries, incohérences voulues, pataquès fabriqués à dessein, _ad
risum_.
«... J’ai fait sa connaissance dans un omnibus... Son premier mot fut
_un coup de pied_.» (_Un Chapeau de paille d’Italie_, I, 4.)
«... Je n’aurai pas même une chaise à offrir à ma femme pour reposer
sa tête.» (_Ibid._, III, 4.)
«C’est un moment bien doux pour un père, que celui où il se sépare de
sa fille chérie, l’espoir de ses vieux jours, le bâton de ses cheveux
blancs.» (_Ibid._, IV, 6.)
«Laissez-moi contempler ce profil... ce nez renouvelé des Grecs! ces
yeux fendus en amandes... douces! oh! très douces!» (_Le Misanthrope
et l’Auvergnat_, 11.)
«SAINT-GERMAIN (domestique). Madame la baronne est attelée! — LA
BARONNE. Comment, je suis attelée? — SAINT-GERMAIN. Pardon, je veux
dire: la voiture...» (_La Fille bien gardée_, 1.)
«Ne trempons pas notre plume dans nos larmes!» (_Ibid._, p. 16.)
«A Bordeaux, quand on aime, quand on distingue une jeune fille au
spectacle, on ne s’informe ni de son rang, ni de son nom, ni de _son
sexe_.» (_Un jeune homme pressé_, 1.)
«Je vais me marier en Amérique; n’ayant pas eu d’enfants dans ce
monde, j’ai des chances pour en avoir dans l’autre.» (_Ibid._, 4.)
«J’avise une affiche: _Vins à vendre sur pied_. — Comment! des vins
sur pied? — Oui, la récolte.» (_Ibid._, 4.)
«Ah! dame, vous savez [dans cette maison, si gaie qu’elle soit], il
y a des jours de souffrance. — Qu’est-ce qui n’a pas ses jours de
souffrance!» (_Deux papas très bien_, 8.)
«... Vous nourrissiez déjà l’espoir... — Et je le nourris toujours,
monsieur; je le nourris plus que jamais aujourd’hui,... sans savoir,
hélas! si j’en serai plus gras!» (_Ibid._, 10.)
«... Voici la note: ...un bonnet de femme, un soulier _du même sexe_
et un tour en cheveux, etc.» (_L’Affaire de la rue de Lourcine_, 21.)
«Tiens! il est sourd, notre correspondant? C’est donc pour ça qu’il
ne répond jamais à nos lettres.» (_Le Voyage de M. Perrichon_, II, 9.)
«(_Célimare présentant Vernouillet à Bocardon_:) Monsieur
Vernouillet... mon meilleur ami! (_Présentant Bocardon à
Vernouillet_:) Monsieur Bocardon... mon meilleur ami!» (_Célimare le
bien-aimé_, I, 10.)
«Est-ce que ça se mange, les poissons rouges? — Pourquoi pas? On
mange bien des écrevisses.» (_Ibid._, III, 1.)
«J’ai voulu leur emprunter de l’argent... — L’éteignoir de l’amitié.»
(_Ibid._, III, 12.)
«Soit dit sans vous fâcher, mon cher, vous prenez du ventre! — Pourvu
que je ne prenne pas le vôtre!» (_Un Monsieur qui prend la mouche_,
9.)
«Cécile! Je ne vous dis pas adieu... Nous nous reverrons peut-être
cet hiver... dans un monde meilleur... au bal, à Paris.» (_Ibid._,
19.)
«(_Vancouver prenant la valise de Dardenbœuf_:) Permettez que je vous
dévalise!» (_Mon Isménie_, 11.)
«MONTAUDOIN à sa fille: ...Tu ignores les mystères de la vie
parisienne! Tu ne sais pas qu’il y a des tigres qui viennent déposer
leurs œufs dans le ménage des colombes! — FERNANDE: Mais, papa, les
tigres n’ont pas d’œufs! — MONTAUDOIN: Ces reptiles ne devraient pas
en avoir, mais ils en ont!» (_Les 37 sous de M. Montaudoin_, 16.)
«Les femmes aiment à s’appuyer sur un bras qui porte une épée à sa
ceinture.» (_Le plus heureux des trois_, II, 2.)
«Il paraît qu’un jour, à sa fête, vous lui aviez composé un petit
compliment? — Un quatrain... _huit_ vers seulement.» (_La Sensitive_,
I, 1.)
«Retenez bien ceci: plus un peuple a de lumières, plus il est
éclairé. — C’est comme les salles de bal. — Et plus il est éclairé...
— Plus il a de lumières.» (_29 degrés à l’ombre_, 1.)
«Voulez-vous me permettre de faire son portrait à l’huile... et à
l’œil?» (_La Main leste_, 10.)
«Me croyant poète, j’ai commis des vers, et, généralement, quand on
commet des vers, on désire les lire à quelqu’un... Peu de poètes ont
le courage du vers solitaire!» (_La Chasse aux corbeaux_, I, 4.)
«Le mariage est un contrat synallagmatique... Article 146... Les
époux doivent être libres, français, et de sexe différent.» (_Un
Monsieur qui a brûlé une dame_, 3.)
«Je me perce moi-même... comme Cléopâtre. — Permettez! Cléopâtre...
d’abord, c’est un aspic! elle s’est poignardée avec un aspic!» (_Les
Noces de Bouchencœur_, I, 6.)
«Je veux lui plonger dans le cœur un fer rouge... un fer rouge qui
s’appellera le remords... un fer rouge qui le poursuivra partout,
qui lui rongera le foie... comme un vautour... et dont le miroir
implacable lui représentera son crime, en lui criant: «Misérable! tu
as trompé ton ami!» (_Le Prix Martin_, III, 8.)
* * *
Presque dès ses débuts, alors qu’il exerçait «le sacerdoce de la
critique» au rez-de-chaussée de _L’Événement_, AUGUSTE VACQUERIE
(1819-1895) se rendit célèbre par une énorme bévue, qui, dit
Balathier de Bragelonne (_Le Voleur_, 13 mai 1859, p. 31, et 29 mai
1874, p. 350), «frappa d’étonnement le monde des lettres et des
artistes». Il prit le nom d’une île pour un nom d’homme, attribua la
Vénus de Milo au «grand sculpteur Milo».
Dans le chapitre des «Romanciers», nous verrons cette même Vénus
donner lieu à d’autres quiproquos.
En revanche, on a parfois pris le nom de l’ébéniste Boule (1642-1732)
pour un nom commun: «des meubles de boule», «des meubles en boule».
La rime a souvent de cruelles exigences. Auguste Vacquerie l’a
éprouvé dans _Tragaldabas_ (III, 2):
Et je vais donc connaître enfin ce paradis
D’être appelé mon chien et _mon petit radis_.
Il y a d’étranges images, d’ahurissantes métaphores dans _Profils et
Grimaces_, un recueil d’articles du même auteur. Exemples:
«Il en est de l’esprit comme du corps: les bottes neuves gênent le
pied, les idées neuves gênent l’intelligence. Le drame est tout neuf,
Racine est _une vieille botte_. Nous comprenons sans les imiter, ceux
qui se chaussent de tragédies _éculées_.» (Page 17.)
«Il y a des enfants qui viennent rachitiques, goitreux, sourds,
muets, aveugles; et il y a de fiers et vigoureux oiseaux qui vivent
dans les montagnes et dans les tempêtes, superbes, _causant_ avec
le tonnerre, souffletant l’orage à coups d’aile et faisant _baisser
les yeux_ au soleil... Une ode est un aigle; un vaudeville est _un
cul-de-jatte_.» (Page 140.)
«L’Odéon... c’est la crèche des talents tout petits, des pièces qui
_vagissent_, des comédiens _qui ne marchent pas encore_, des comédies
_qui font leurs dents_.» (Page 208.)
Elle est de Vacquerie également cette phrase (_Ibid._, p. 305-306)
qui évoque le souvenir de pensées chères à Victor Hugo[36]: «Je
suis le bon Samaritain des crapauds... Je suis l’ami intime des
colimaçons et le galant des araignées... J’ai envie de dire au
chacal: «Mon frère, embrassons-nous!»
[36] Cf. Victor HUGO, _La Pitié suprême_, XIV, p. 150
(Hetzel-Quantin, s. d. in-16):
Être le guérisseur, le bon Samaritain
Des monstres, ces martyrs ténébreux du destin,
Etc., etc.
Et celle-ci encore (_Profils et Grimaces_, p. 308-309): «Lorsque je
réfléchis à tous les services que les choses nous rendent, j’en veux
aux maçons qui chargent trop un vieux mur, et je ne ferais pas de mal
à une allumette. Je plains les clous rouillés, je bénis les charrues,
je remercie avec effusion les chenets qui se mettent dans le feu pour
nous, j’admire les chaudrons.» Etc.
Le toast de Desgenais, dans _Les Parisiens_ (I, 14) de THÉODORE
BARRIÈRE (1823-1877) a été plus d’une fois cité comme modèle de
pathos: «Je bois aux parasites qui déjeunent de la flatterie et
soupent de la bassesse... Je bois à la prudence qui ne relève pas
le gant qu’on lui jette, et qui porte crânement un outrage sur
l’oreille...»
Et ces métaphores et hyperboles extraites de la même pièce:
«Oh! comme ce pauvre petit baiser a froid! — Oui, ses baisers
grelottent au foyer conjugal.» (II, 1.)
«Enfin, monsieur, en supposant que vos rêves brodés au collet ne se
réalisent pas...» (II, 1.)
* * *
Autres singularités théâtrales.
FERNAND DESNOYERS (1828-1869), l’auteur de la fameuse pièce de vers
relative à Casimir Delavigne et adressée aux
Habitants du Havre, Havrais!
. . . . . . . . . . . . . .
Il est des morts qu’il faut qu’on tue!
écrivit _en vers_ le scénario de sa pantomime _Le Bras noir_ (1856,
in-18), précaution qu’on aurait volontiers jugée inutile, puisqu’il
s’agissait d’une pantomime et qu’aucun de ces vers ne devait être
prononcé, et il fut si fier de cette innovation qu’il se mit à
joindre à son nom, sur les couvertures de ses volumes, cette mention:
«Auteur du _Bras noir_». C’est par scrupule sans doute ou par
modestie qu’il n’ajouta pas: «pantomime _en vers_». (Cf. Alphonse
DAUDET, _Trente ans de Paris_, p. 245; et LAROUSSE, 2e suppl.)
VILLIERS DE L’ISLE-ADAM (1833-1889) composa un drame en «un acte, une
scène et une phrase», et qui avait pour titre _La Méprise_. Au lever
du rideau, dans une demi-obscurité, un couple causait à voix basse
et tranquillement de ses petites affaires. Tout à coup, un homme, le
jaloux, armé d’un revolver, émergeait de l’ombre, et, sans mot dire,
foudroyait le couple à bout portant. Alors la scène s’éclairait. Le
justicier se penchait sur les cadavres pour les reconnaître, puis se
redressait vivement, stupéfait, ahuri, et déclarait: «Il y a erreur!
Je me suis trompé!» (Cf. Émile BERGERAT, _Le Journal_, 3 juillet
1894.)
* * *
Il y a aussi des incohérences et drôleries théâtrales qui proviennent
des acteurs et non des auteurs. Ce sont, le plus souvent, des
_contrepetteries_. Celle-ci, par exemple, contée par Voltaire (lettre
à M. de Bellay, 6 juillet 1767): Au moment de simuler un assaut,
et au lieu de commander: «Sonnez, trompettes! En avant!», l’acteur
s’écria: «_Trompez, sonnettes!_ En avant!»
La langue fourcha de même, un soir, à une actrice du
Théâtre-Français, qui, au lieu de dire: «Ma suivante Lisette»,
prononça: «Ma _suivette Lisante_.» (_L’Opinion_, 19 août 1885.)
L’acteur Febvre, malgré son talent, raconte encore le journal
_L’Opinion_ (même date), commit plusieurs de ces pataquès. Au lieu
de: «Je vous bénis et je vous vénère», — «je vous _vernis_ et je
vous _bénère_», articula-t-il un soir, sans que, paraît-il, aucun
spectateur y prît garde. Ailleurs, au lieu de cette phrase: «J’ai
toujours été malheureux: ma mère est morte en me mettant au monde;
mon père, un vieux soldat...», il s’écria, avec du reste une profonde
expression de mélancolie: «J’ai toujours été malheureux; _mon père_
est mort en me mettant au monde; _ma mère_, un vieux soldat...»
«D’honneur, mon cher _bal_, votre _comte_ est superbe!» déclara un
soir un acteur qui voulait dire: «Mon cher comte, votre bal est
superbe.» (Paul DE KOCK, _Le Petit Isidore_, p. 27; Rouff, s. d.,
in-4.)
Justin Bellanger (1833-1917), qui fut acteur, avant d’être poète et
bibliothécaire de la ville de Provins, raconte, dans ses «Souvenirs
de jeunesse» (_La Vie de théâtre_, p. 48-49; Lemerre, 1905) que,
jouant le rôle de Francesco dans _Gaspardo le Pêcheur_ de Bouchardy,
et ayant lu la lettre dont la première phrase est ainsi conçue: «Je
n’étais pas ton père, Francesco!», au lieu de s’écrier ensuite:
«Oh! je n’étais pas son fils!» articula un soir avec conviction ces
burlesques paroles: «Oh! je n’étais pas son père!» qui provoquèrent
un fou rire dans toute la salle.
Et cet autre, ce «grand comédien» s’écriant, au milieu d’une scène
fort pathétique et avec la plus superbe conviction: «Un _mou de
veau_, et je suis sauvé!» (Pour: un mot de vous). (A. DE CHAMBURE, _A
travers la presse_, p. 489; Ferth, 1914.)
Nous avons vu, dans le chapitre consacré à Victor Hugo (p. 117), qu’à
la première représentation d’_Hernani_ le cri d’Hernani à l’adresse
de Ruy Gomez: «Vieillard stupide» avait été entendu _Vieil as de
pique_ par certains spectateurs.
Voici d’autres confusions du même genre:
Dans la tragédie d’_Azémire_, de Marie-Joseph Chénier, conte Henri
Welschinger (_Les Almanachs de la Révolution_, p. 144; Jouaust,
1884), comme un des personnages s’écrie: «Que dira ton vieux père?»
les beaux esprits de la cour entendirent ou feignirent d’entendre:
«Que dira _Dieu le Père_?» D’où mille pasquinades qui contribuèrent à
la chute de la pièce.
Au dernier acte des _Funérailles de l’honneur_ d’Auguste Vacquerie,
l’acteur Rouvière ayant à dire: «Je ne suis pas venu ici comme
vous, madame, _incognito_», la moitié de la salle entendit: _en
coquelicot_! Et il paraît que de passionnés romantiques jugèrent cela
«très fort, — un trait de génie». (_Le Rappel_, 4 décembre 1874.)
Un acteur, nommé Paul Laba, à sa sortie du Conservatoire, débuta dans
le rôle de Damis, de _Tartuffe_, et obtint un succès de fou rire,
grâce à la manière dont il disait les deux vers:
J’en prévois une suite, et qu’avec ce pied plat,
Il faudra que j’en vienne à quelque grand éclat.
(I, 1.)
L’expression _pied plat_ vise Tartuffe, «mais le comédien crut faire
mieux en montrant son pied, — ce pied plat, — indiquant par une
pantomime vive et animée l’usage qu’il entendait en faire, ce qui
provoqua un effet de gaieté irrésistible». (Félix DUQUESNEL, _Le
Temps_, 8 novembre 1913.)
On trouve dans _Les Comédiens_ de Casimir Delavigne (I, 6) ces deux
vers:
Le public, dont l’arrêt punit ou récompense,
S’informe comme on _joue_ et non pas comme on _pense_.
En lançant ce dernier vers, certain acteur amateur, qui cherchait
sans doute à produire un effet nouveau, se frappait sur _la joue_
à la fin du premier hémistiche, et sur _le ventre_ en terminant le
second. (_Le Figaro_, 14 décembre 1875.)
Dans une autre pièce du même auteur, sa tragédie _Les Vêpres
siciliennes_, un des personnages, Lorédan, termine l’acte II par
cette solennelle et vibrante déclaration:
Du dernier des tyrans ces murs seront purgés.
Et nous n’y rentrerons que vainqueurs et vengés!
Ce que l’un des interprètes de ce rôle modifiait en ces termes:
Du dernier des tyrans ces murs seront _vengés_.
Et nous n’y rentrerons que vainqueurs et _purgés_!
(_Musée des Familles_, 1er janvier 1897, p. 26.)
De même ces deux vers de Corneille (_Théodore_, I, 2):
Un bienfait perd sa grâce à le trop publier;
Qui veut qu’on s’en souvienne il le doit oublier.
se sont trouvés ainsi transformés par un acteur:
Un bienfait perd sa grâce à le trop _oublier_;
Qui veut qu’on s’en souvienne, il le doit _publier_.
Dans _La Tour de Nesle_, d’Alexandre Dumas et Gaillardet, un acteur,
un figurant plutôt, jouant un rôle de messager, avait, en entrant
en scène, à prononcer cette simple phrase: «Lettres patentes du roi
au capitaine Buridan». Au lieu de cela, ledit messager accourt en
s’écriant d’une voix de stentor:
«Lettres _épatantes_ du roi,» etc.
Toute la salle d’éclater de rire.
«Qu’est-ce qu’ils ont donc, ces daims-là? Qu’est-ce qu’il y a de
risible? demande le comparse à l’un de ses voisins sur la scène.
— Dame, tu as dit _épatantes_...
— Eh bien?»
(_La République française_, 28 février 1899.)
Un souffleur de la Comédie-Française «s’obstinait à appeler la
tragédie de _Pertinax_, d’Arnault, _Le Père Tignace_». (Alexandre
DUMAS, _Mémoires_, t. VIII, p. 290.)
«Elle a débuté dans _Le Cidre_ (_Le Cid_) de Corneille; elle a fait
Chimène.» (Paul DE KOCK, _Nouvelles_, Les Bords du canal, p. 14,
Rouff, s. d., in-4.)
Alphonse Karr, dans ses _Guêpes_ (juin 1841, t. II, p. 307), parle
d’une affiche théâtrale annonçant une représentation prochaine et
portant, faute de musiciens, cet avertissement: «Un dialogue vif et
spirituel _remplacera la musique_, qui nuit à l’action».
Il y eut un soir, dans je ne sais quelle bourgade de Bretagne ou
d’ailleurs, un commencement d’incendie au théâtre, où l’on venait
de jouer un bon vieux drame, qui se terminait par un bombardement.
Le lendemain, l’imprésario n’eut rien de plus pressé que de faire
afficher cet avis:
«Désormais, afin d’éviter tout accident, le bombardement se fera _à
l’arme blanche_.» (Cf. Alphonse LAFITTE, le journal _Le Corsaire_, 27
mai 1876.)
Dans une autre petite ville, une troupe de comédiens ambulants
venait de jouer _Le Misanthrope_. L’acteur qui avait rempli le rôle
d’Alceste, et qui l’avait joué de moitié avec le souffleur, s’avance
sur la scène, après la représentation, s’incline et dit:
«Mesdames et Messieurs, nous aurons l’honneur de vous donner, demain
soir, et pour notre clôture définitive, une pièce de Sedaine, _Le
Philosophe sans le savoir_...
— Non pas! non pas! interrompt le maire, qui se trouvait justement
dans la salle. Vous venez de jouer _Le Misanthrope_ sans le savoir,
et vous saurez demain, s’il vous plaît, _Le Philosophe_ pour le
jouer.» (Cf. ID, _ibid._, 31 mai 1876.)
Sous la Révolution, le citoyen et imprésario Léger ayant fait
afficher, dans une ville de province, qu’il donnerait prochainement
en représentation _Amphitryon_, comédie _en vers libres_ de Molière,
la municipalité de l’endroit, sur le seul vu de l’affiche, et
soucieuse de la bienséance, interdit la représentation. (Cf. Henri
WELSCHINGER, _Les Almanachs de la Révolution_, p. 171.)
L’anecdote suivante, que je rencontre encore dans ce dernier ouvrage
(p. 35), bien qu’en dehors de mon sujet, me semble assez intéressante
pour être glissée ici. Dans la ville de Beaune, l’épouse du maire
ayant accouché le jour même où son mari était «élevé à la mairie», un
bel esprit beaunois salua ce double événement par ce joyeux distique:
Notre choix l’a fait maire, et l’amour le fait père;
Quel triomphe pour nous de le voir père et maire!
Comme exemple des drôleries de la censure théâtrale, n’oublions
pas cette anecdote contée par Aurélien Scholl, et dont Planté, «le
censeur légendaire», fut le héros (_L’Opinion_, 30 octobre 1885):
«C’était dans une petite pièce de Siraudin et Delacour. Au lever
du rideau, une femme de chambre était occupée à coudre: «Allons,
bon! disait-elle, voilà encore mon fil qui vient de casser... C’est
pourtant du fil d’Écosse!»
«Planté écrivit en marge: «Choisir une autre qualité de fil pour ne
pas altérer nos bons rapports avec l’Angleterre».