Si l'on cherche un roi qu'on aime (_bis_),
On peut le trouver ici;
Et qui nous aime de même,
On peut l'y trouver aussi.
Si l'on cherche un roi qu'on aime
On peut le trouver ici.
Tous nos cœurs sont sa conquête (_bis_),
C'est sur eux qu'il règne ici,
On fête aujourd'hui sa fête,
N'est-ce pas la nôtre aussi?
Tous nos cœurs, etc.
A nos respects il préfère (_bis_)
L'amour qu'on lui porte ici;
De sa cour il est le père,
De son peuple il l'est aussi.
A nos respects, etc.
Partout on pourrait en dire (_bis_)
Tout ce qu'on en dit ici:
Car si de près on l'admire,
De loin on l'admire aussi.
Partout, etc.
Que parmi nous il s'arrête (_bis_)
Qu'il règne cent ans ici;
Nos vrais biens sont sur sa tête,
Nos beaux jours y sont aussi.
Que parmi nous, etc.
Stanislas, charmé, ne trouve pas sur le moment de meilleure récompense
que d'embrasser le jeune poète et le couvrir d'éloges. Mais n'était-ce
pas insuffisant et n'y avait-il pas d'autre moyen d'encourager ce
talent qui donnait de si belles promesses?
Mais si, assurément. Il y a une Académie à Nancy, et quand on tourne
si bien le couplet, on est digne d'en faire partie. L'abbé est bien un
peu jeune, il n'a que vingt ans, mais Stanislas connaît ses
classiques, et il sait qu'
Aux âmes bien nées,
La valeur n'attend pas le nombre des années.
Il est vrai que les statuts de la Société royale interdisent
formellement de briguer les suffrages académiques avant l'âge de
vingt-cinq ans, mais les règlements sont-ils donc faits pour un Roi!
et qui oserait se permettre une critique? Ce serait, en vérité, une
plaisante aventure. Donc Boufflers sera académicien, de par la volonté
du prince.
Mais que va dire l'abbé Porquet? Au plaisir de voir son élève monter
si haut ne se mêlera-t-il pas une pointe de jalousie? Et puis est-il
d'un bon exemple de placer le précepteur dans un état d'infériorité
vis-à-vis de son élève? Stanislas, dans sa sagesse, trouve le moyen de
tout concilier. Porquet est un homme de goût, il cultive les lettres,
il sera nommé académicien le même jour que Boufflers. Ainsi en décide
le Roi, non pas sans opposition.
L'abbé de Choiseul, en effet, fait les plus vives objections; il
soutient entre autres que les fonctions de précepteur sont
inconciliables avec celles d'académicien; mais où a-t-il vu pareille
incompatibilité? Du reste, Mme de Boufflers a décidé que Porquet
serait de l'Académie. Qui oserait résister à la favorite?
On réunit en hâte la compagnie, on lui signifie les volontés du Roi.
Boufflers et Porquet sont nommés à l'unanimité. Mais dans la même
séance, et pour bien montrer que le règlement n'est pas un vain mot,
M. de Champigneulles voit sa candidature résolument écartée parce
qu'il ne remplit pas les conditions d'âge exigées.
Le 20 octobre 1758 les deux néophytes furent officiellement admis dans
le cénacle. La séance fut magnifique. Le Roi était présent ainsi que
Mme de Boufflers, Mme de Mirepoix, la marquise des Armoises, le
chancelier, M. et Mme de Tressan, M. de Lucé, etc. Boufflers avait
choisi comme sujet de son discours _De l'éloquence_.
Le président lui adressa quelques paroles de bienvenue et lui dit
entre autres compliments:
«Vous vous êtes livré jusqu'à ce moment à l'étude des livres sacrés et
de la théologie, parce que vous êtes né pour éclairer de vastes
diocèses et pour être mis ensuite entre les premières colonnes de
l'Église: honneurs qui sont la récompense due aux grands talents,
lorsqu'ils sont soutenus d'un grand nom.»
A partir de ce moment, l'abbé de Boufflers assiste assidûment aux
séances académiques; il prend souvent la parole et on l'entend aborder
des sujets qui au premier abord paraissaient lui être peu familiers.
Ne s'avise-t-il pas un jour de prononcer un long et pathétique
discours sur les charmes de la vertu!
Les grandeurs, cependant, n'éblouissent pas Boufflers, car il a
beaucoup d'esprit: son titre même d'académicien le laisse froid, il ne
s'en soucie guère plus que de la théologie, et il continue plus que
jamais à rimer à tort et à travers pour les jolies dames de la Cour,
sans souci aucun de la morale et de la réserve qu'on était en droit de
lui demander.
En décembre 1760, le jour de la Sainte-Catherine, il adresse à sa mère
ce bouquet fort galant assurément, mais bien inquiétant sous la plume
d'une future «colonne de l'Église», bien étonnant dans la bouche d'un
fils:
Votre patronne, au lieu de répandre des larmes,
Au jour qu'elle souffrit pour le nom de Jésus,
Parla comme Caton, mourut comme Brutus;
Elle obtint le ciel, et vos charmes
L'obtiendront comme ses vertus.
Reniez Dieu, brûlez Jérusalem et Rome,
Pour docteurs et pour saints n'ayez que les Amours,
S'il est vrai que le Christ soit homme,
Il vous pardonnera toujours.
Ce «bouquet» aurait dû faire scandale, soulever l'indignation de Mme
de Boufflers, attirer sur la tête de l'audacieux abbé tous les
anathèmes; il n'en fut rien, bien loin de là. On le trouva charmant,
d'une grâce inimitable; l'auteur fut comblé d'éloges et la marquise se
pâma d'aise. C'était si bien le ton de la cour de Lunéville!
L'abbé a un goût marqué pour la plaisanterie, voire même pour
l'épigramme, goût qu'il gardera toute sa vie, et dans son exubérante
gaîté, il n'épargne même pas sa famille. Ne le voit-on pas un jour
pousser l'audace jusqu'à s'égayer aux dépens de son oncle, le prince
de Beauvau, de cet oncle si respecté cependant, qui occupe une si
haute situation, et qui dans la famille inspire à tous une crainte
salutaire.
C'est la similitude de nom du prince et de Panpan qui sert de thème
aux facéties du jeune abbé: