Je suis enfin sorti de ces cavernes sombres
Où des morts gémissants Pluton retient les ombres,
Et déjà du soleil le flambeau lumineux
D'un éclat inconnu vient étonner mes yeux.
Oui, quatre fois ce dieu, dans sa noble carrière,
A sur les champs dorés répandu sa lumière:
Et quatre fois la nuit, en fournissant son cours,
Vit son espace égal à l'espace des jours;
Tandis que de mon sort l'affreuse incertitude
Dans mon cœur éperdu versoit l'inquiétude;
Et tandis qu'enchaîné dans cet affreux chaos,
Du ciel et de l'enfer je souffrois tous les maux.
Mais vainqueur de Pluton, le vaillant fils d'Alcmène
De son ami captif enfin brisa la chaîne:
Sa bouillante valeur assurant mon retour,
Je sortis des enfers, je reparus au jour;
Je quittai de Pluton la demeure abhorrée,
Et je revins enfin sous la voûte azurée,
Mais de tous ces travaux la pénible longueur
De mon ancien courage énerve la vigueur;
Et mon corps abattu, ma force chancelante,
Ne peuvent seconder ma valeur languissante.
L'abbé Porquet s'extasiait sur cet élève qui lui faisait tant
d'honneur; Mme de Boufflers était ravie des succès de son fils, elle
admirait la variété de ses aptitudes, son humeur originale, la
vivacité de ses reparties; Stanislas raffolait de ce jeune homme si
bien doué, si gai, dont l'entrain le rajeunissait; il était pour lui
plein d'indulgence et il lui passait mille fantaisies. Enhardi par la
bonté du Roi, l'abbé s'était mis avec lui sur un pied presque
familier.
La jeune muse de Boufflers ne s'attaquait pas seulement aux sujets
sérieux; ceux-ci étaient même, il faut l'avouer, l'exception. Un jour
c'est sur le singe même de Stanislas que le poète prétend exercer sa
verve; mais il a soin de glisser dans son quatrain une délicate
flatterie:
Ces climats ne l'ont point vu naître,
Et par un coup du sort, il tomba dans nos mains;
Mais par son amour pour son maître,
Jacko est devenu le singe des Lorrains.
Le Roi, très amusé par la verve du jeune homme, encourage ses essais
poétiques, et Boufflers, que le succès rend audacieux, ose composer
pour la fête du Roi une chanson qu'il débite à la table royale, aux
applaudissements de tous les courtisans: