XI

M. de Lamennais, mécontent sans doute du refus de la commission

parlementaire d'accepter son plan inacceptable de Constitution,

changea subitement de conduite et de politique. Une nuit, quelques

vociférateurs allèrent crier sous ses fenêtres, dans la rue de

l'Université: _Vive Ledru-Rollin!_ Il prit ces vociférations pour une

menace personnelle; et sortit en sursaut de sa demeure. Quand il y

rentra, le ton de sa polémique était changé: les doctrines

conservatrices qui l'avaient signalé avaient fait place aux doctrines

radicales et socialistes. Il disparut bientôt après. Il voulut

s'essayer devant l'Assemblée, son éloquence ne put supporter le

tumulte d'une mêlée. Il quitta la Chambre et il suivit dans tous ses

excès les différentes phases de l'opinion qu'il avait adoptée. On sait

comment il mourut, luttant contre les opinions religieuses pour

lesquelles il avait écrit plus jeune, martyr du doute pour avoir trop

affirmé dans tous les sens; on ne put l'accuser, du moins, d'une mort

intéressée, car il mourut avec constance dans son incrédulité. Il

avait fait le tour des idées sans s'arrêter jamais dans la modération.

Juif errant de la foi et de la politique, il ne restera rien de lui

qu'un nom illustré par des versatilités illustres et des essais

démentis par des essais contraires. Homme de recherches qui avait

marché toujours sans rien trouver que le doute.

Parlons maintenant de M. de Genoude.

Cours familier de Littérature - Volume 24 · 第 99 / 108 题