M. de Lamennais, mécontent sans doute du refus de la commission
parlementaire d'accepter son plan inacceptable de Constitution,
changea subitement de conduite et de politique. Une nuit, quelques
vociférateurs allèrent crier sous ses fenêtres, dans la rue de
l'Université: _Vive Ledru-Rollin!_ Il prit ces vociférations pour une
menace personnelle; et sortit en sursaut de sa demeure. Quand il y
rentra, le ton de sa polémique était changé: les doctrines
conservatrices qui l'avaient signalé avaient fait place aux doctrines
radicales et socialistes. Il disparut bientôt après. Il voulut
s'essayer devant l'Assemblée, son éloquence ne put supporter le
tumulte d'une mêlée. Il quitta la Chambre et il suivit dans tous ses
excès les différentes phases de l'opinion qu'il avait adoptée. On sait
comment il mourut, luttant contre les opinions religieuses pour
lesquelles il avait écrit plus jeune, martyr du doute pour avoir trop
affirmé dans tous les sens; on ne put l'accuser, du moins, d'une mort
intéressée, car il mourut avec constance dans son incrédulité. Il
avait fait le tour des idées sans s'arrêter jamais dans la modération.
Juif errant de la foi et de la politique, il ne restera rien de lui
qu'un nom illustré par des versatilités illustres et des essais
démentis par des essais contraires. Homme de recherches qui avait
marché toujours sans rien trouver que le doute.
Parlons maintenant de M. de Genoude.