OPÉRATIONS.

Le vice-roi ne doit pas quitter l'Adige sans une bataille. Il doit avoir

de la confiance; il a quarante mille hommes, il peut avoir cent vingt

pièces de canon, il est sûr du succès. Quitter l'Adige sans se battre

est un déshonneur. Il vaut mieux être battu.

Il faut qu'il y ait beaucoup d'artillerie, il ne doit pas en manquer à

Mantoue et Pavie. Il n'y a que les attelages qui pourraient manquer;

mais les dépôts sont trop voisins pour que l'on ait besoin de traîner

beaucoup de caissons. Ce n'est pas comme l'armée attaquante qui est

obligée à avoir avec soi ses deux approvisionnements. Il faut une

réserve de dix-huit pièces de douze pour un moment décisif. L'attelage

bien nécessaire est celui de la pièce et d'un caisson et demi, il n'est

pas nécessaire d'attelages réguliers pour les affûts, les forges, les

rechanges, etc., lorsque l'on est aussi prêt de ses places et dépôts.

Lorsqu'il verra venir la bataille, il doit avoir cent cinquante à deux

cents pièces. Je n'attache pas d'importance à la perte des canons, si

les chances de prises peuvent être compensées par les chances de succès.

Je suppose que la demi-lune de la porte de Vérone à Caldiero est établie

et armée; en cas contraire, il faut l'établir sur-le-champ et l'armer

avec du huit et du douze en fer on mauvais aloi à tirer des places,

puisque l'on n'a pas occupé Caldiero, qui était la véritable position.

J'avais dans le temps fait établir cette demi-lune.

L'occupation des hauteurs de Caldiero, couverte d'ouvrages de campagne,

ne peut être forcée, l'Alpon en avant. On doit y être sans inquiétude,

la Rocca-d'Anfo barre le seul chemin par où l'on puisse venir avec de

l'artillerie. Il y faut deux chaloupes armées pour le lac; il faut deux

ou trois barques années pour le lac de Come. Il faut tirer des marins de

la côte pour ce service, et, s'il n'y en a pas en demander au prince

Borghèse, de Gênes, où il se trouve des marins de l'ancienne France. Il

faut trois à quatre cents hommes dans la citadelle de Bergame et de

Brescia. Quelques poignées d'hommes de gardes nationales pour

l'intérieur de la ville et deux mauvaises pièces à la citadelle.

Il faut des bateaux armés pour les lacs de Mantoue, et qu'il y ait un

lieutenant de vaisseau de la vieille France pour chef; il faut rester

maître de tous les points des lacs.

Il faut se maintenir en communication avec Brondolo par la rive droite

de l'Adige. Il faut à Rivoli une bonne redoute palissadée, armée de

canons, ce qui rend impraticable la grande route de Vérone.

Il faut occuper le Montebaldo, et un ouvrage à la Corona.

Il faut alors que l'ennemi passe l'Adige, et je ne vois pas de

difficultés à couper les digues de l'Alpon et même les digues de l'Adige

sous Legnago à Chiavari (en batardeau). Il faut des bateaux armés sur le

lac Majeur et sur le lac de Lugano, sans violer les Suisses. Il y a un

point au royaume d'Italie. Dans ces situations inforçables, il ne faut

pas quitter sans une bataille; une manoeuvre que j'indique, que je ne

conseille pas, que je ferais, serait de passer par Brondolo-sur-Mestre,

et de forcer sur Trévise ou la Piave avec trente mille hommes; il ne

manque pas de moyens de transports à Venise. Je la ferais, mais je ne

conseille pas si on ne me comprend pas. On obtiendrait des résultats

incalculables. L'ennemi opère par Conegliano et Trévise; on le coupe,

on le disperse, on le détruit, et, s'il faut se retirer, on le fait sur

Malghera et l'Adige. Mais je ne conseille pas cette manoeuvre hardie;

c'est là ma manière, mais il faut comprendre et saisir tous les détails

et moyens d'exécution, le but à remplir, les coups à porter, etc.,

etc....... L'armée serait....... (_Sa Majesté en est restée là court_).

Si le vice-roi perdait la bataille et abandonnait l'Adige, il a la ligne

du Mincio qui n'est pas bonne, mais qu'il faut préparer d'avance pour

s'en servir pour un premier moment de retraite et voir venir; ensuite

l'Adda, le Tessin, etc., etc. Je pense que, forcé sur le Tessin, il doit

se jeter sur Alexandrie et la Boquette. Il serait, à Alexandrie,

renforcé par l'armée de réserve, sa ligne d'opération serait par Gênes.

Je préfère défendre Gênes au mont Cenis parce que d'Alexandrie et Gênes

il protége davantage la Toscane. Au cas de retraite, il faudra prévenir

les garnisons de Turin et du mont Cenis, et celle du Simplon, qui doit

se retirer sur Genève que je fais mettre en défense.

Quand bien même le vice-roi quitterait le Mincio et l'Adda, la

grande-duchesse doit rester à Florence; l'ennemi ne peut y envoyer un

détachement de son armée. D'ailleurs, si la grande-duchesse était

forcée, elle se replierait sur Rome; si elle y était encore forcée, elle

se replierait sur Naples.

La présence du prince d'Essling avec trois mille hommes à Gênes, où les

dépôts se forment, et les marins assurent la place. D'ailleurs les

Génois ne sont pas Autrichiens.

Il n'y a rien à craindre des Suisses; s'ils étaient contre nous, ils

seraient perdus. Ils sont bien loin de se déclarer aujourd'hui quoi

qu'on dise. Enfin, passé février, je serai en mesure, et j'enverrai

d'autres renforts. J'ai en ce moment huit cent mille hommes en

mouvement, etc. L'argent ne me manque pas.

Si les autorités italiennes étaient obligées d'évacuer Milan, elles se

retireraient à Gênes.

Dans tout ceci, j'ai fait abstraction du roi de Naples, car, s'il est

fidèle à moi, à la France et à l'honneur, il doit être avec vingt-cinq

mille hommes sur le Pô. Alors beaucoup de dispositions sont changées.

Je connais parfaitement les positions; je ne vois pas comment l'ennemi

passerait l'Adige. Quand bien même l'ennemi se porterait d'Ala sur

Montebaldo, il ne peut y conduire d'artillerie sur la Corona. Il y a de

superbes positions où j'ai donné ma bataille de Rivoli.

L'infanterie autrichienne est méprisable; la seule qui vaille quelque

chose est l'infanterie prussienne. À Leipsick, ils étaient cinq cent

mille hommes, et je n'en avais que cent dix mille; je les ai battus deux

jours de suite, etc., etc.

Il faut un pont sur le Pô au-dessous de Pavie vers Stradella. Il faut

faire travailler à la citadelle de Plaisance.

Si j'avais su sur quoi compter pour l'artillerie, j'aurais vu si je

devais aller en Italie; dans tous les cas, on peut laisser ébruiter que

j'irai en Italie, etc., etc.

Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse (9/9) · 第 62 / 105 题