Sans date.
Monseigneur,
J'ai l'honneur d'adresser à Votre Altesse Impériale une copie des
instructions que l'Empereur m'a dictées et que j'ai écrites à la volée.
Je pense que Votre Altesse est déjà au courant de tout cela, mais il y a
des articles intéressants. J'ai écrit comme l'Empereur parlait. Il y a
eu ensuite une conversation d'une heure. Il est déjà passé cinq mille
conscrits pour Alexandrie, et il y en a sept mille passés de Piémont en
France.
Je n'ose m'exprimer sur ce que je pense des travaux militaires du
Mont-Cenis; il faudra une division pour les garder si on les achève;
mais je parie qu'il en sera pour ce point comme pour Peschiera.
Votre Altesse Impériale verra que je sais encore loin d'elle pour
plusieurs jours. Je ne sais comment le prince Borghèse prendra ma
mission; mais, s'il la prend bien, je la ferai bien; s'il la prend mal,
je ne pourrai la remplir en entier. L'Empereur m'a dit de lui rendre
compte directement et en même temps m'a ajouté:
«Tout ce que vous allez faire étant pour le vice-roi, vous le
préviendrez de tout ce qui sera nécessaire.» Je prie Votre Altesse
Impériale de m'adresser ses ordres à Turin pour ces premiers jours; il
est probable que je n'irai à Plaisance qu'après Casal, et passant par
Milan.
J'ai l'honneur d'être avec un profond respect, Monseigneur,
De Votre Altesse, le très-humble et dévoué,
Comte DANTHOUARD.
N° X.--ORDRES ET INSTRUCTIONS DICTÉS PAR L'EMPEREUR, LE 20 NOVEMBRE
1813, À ONZE HEURES DU MATIN.
Danthouard m'écrira du Mont-Cenis où en est la forteresse, si on peut
l'armer, si elle est à l'abri d'un coup de main, etc.
Il verra le prince Borghèse qui doit avoir reçu la copie de l'ordre que
j'ai signé hier, ayant deux buts, ou qui la lui fera voir.
_Premier but._--1° L'envoi de dix-huit mille hommes de renforts à
l'armée d'Italie sur la conscription des cent vingt mille hommes. Ces
dix-huit mille hommes sont fournis aux six corps qui forment l'armée
d'Italie, à raison de sept cents hommes; total, quatre mille deux cents
hommes. Plus, huit cents hommes à prendre au dépôt du 156e pour le 92e;
en tout, cinq mille hommes, et en sept mille hommes qui font partie des
régiments qui sont à l'armée d'Italie et dépôts au delà des Alpes.
Enfin, en six cents hommes du dépôt du 156e régiment pour le 36e léger,
six cents hommes pour le 133e, six cents hommes pour le 132e, etc.;
total, seize mille hommes.
Au reste, le prince Borghèse lui remettra le décret qui est
très-détaillé, afin qu'il en ait pleine connaissance pour l'exécution de
ses ordres.
Il reconnaîtra: 1° si les conscrits sont beaux hommes et forts,
s'assurera de la quantité, si la désertion a occasionné des pertes et
combien, etc.
2° Il s'informera du directeur de l'artillerie s'il a les armes pour ces
seize mille hommes.
3° Il s'assurera si l'habillement, grand et petit équipement, sont
prêts, ou quand ils le seront, etc.
4° Cet seize mille hommes sont destinés aux premier et deuxième
bataillons de l'armée d'Italie; mais j'ai en outre une armée de réserve
de trente mille hommes par décret d'hier (19 novembre), et à prendre sur
la levée des trois cent mille hommes. Ces trente mille hommes se
lèveront en Provence, en Dauphiné, Lyonnais, et seront réunis à
Alexandrie à la fin de décembre.
Il faut voir si les armes sont prêtes ainsi que l'habillement, ou bien
si les mesures sont prises pour cela, pour ces trente mille hommes. Ces
trente mille hommes, formant trois divisions, seront incorporés, pour la
première division, dans les quatrième et sixième bataillons de l'armée
d'Italie, le quatrième bataillon existant à Alexandrie. Le vice-roi fera
former les cadres des sixièmes bataillons et les enverra de suite à
Alexandrie.
2° La deuxième division sera formée des bataillons qui ont leur dépôt
en Piémont. Plusieurs retournent à la grande armée, en sorte qu'il ne
faut compter que sur la moitié; il faut donc former des cadres en
remplacement et les diriger sur ces dépôts.
3° La troisième division sera formée de onze à douze cinquièmes
bataillons, dans les vingt-septième et vingt-huitième divisions
militaires.
La première division recevra 9,000
La deuxième division recevra 7,500
La troisième division recevra 5,500
22,000 hommes.
Indépendamment de ces trois divisions, je forme une réserve en Toscane
des troisième, quatrième, cinquième bataillons du 112e régiment, des
quatrième, cinquième bataillons du 33e léger, qui reçoivent deux mille
cinq cents hommes sur la levée des trois cent mille hommes.
Plus, je forme une réserve à Rome des troisième, quatrième, bataillons
du 22e léger, des quatrième, cinquième bataillons du 4e léger, des
quatrième, cinquième bataillons du 6e de ligne, qui recevront trois
mille hommes sur les trois cent mille hommes, non compris ce qu'ils
reçoivent des cent vingt mille hommes; total, vingt-huit mille hommes.
Il reste deux mille hommes pour l'artillerie d'Alexandrie, Turin, pour
les sapeurs, les équipages... Je veux une artillerie pour l'armée de
réserve.
J'ai envoyé le prince d'Essling à Gênes avec trois mille hommes de
gardes nationales, levées depuis un an à Toulon. Il est possible que je
lui confie le commandement de l'armée de réserve; mais, s'il est
totalement hors d'état de le remplir à cause de sa poitrine, j'y
enverrai probablement le général Caffarelli.
Ainsi donc, avant le 1er janvier, le vice-roi recevra seize mille hommes
des cent vingt mille hommes pour recruter les trois premiers bataillons
des régiments, tout cela de l'ancienne France; il n'y aura ni
Piémontais, ni Italiens, ni Belges; plus trente mille hommes de l'armée
de réserve; total, quarante-six mille hommes réunis d'ici au mois de
février, tous vieux Français et âgés de vingt-trois, vingt quatre,
vingt-cinq, vingt-six, vingt-sept, vingt-huit, vingt-neuf, trente,
trente et un, trente-deux ans.
Le principal soin doit être de former les sixièmes bataillons et de
tirer des corps pour former les cadres dont nous manquons et qu'on ne
peut créer.
Le roi de Naples m'a écrit qu'il marche avec trente mille hommes. S'il
exécute le mouvement, l'Italie est sauvée; car les troupes autrichiennes
ne valent pas les Napolitains.
Le roi est un homme très-brave, il mérite de la considération, il ne
peut diriger des opérations, mais il est brave, il anime, il enlève et
mérite des égards. Il ne peut donner de l'ombrage au vice-roi; son rôle
est à Naples, il n'en peut sortir.
Danthouard me rendra compte de l'état dans lequel se trouve la citadelle
de Turin, son armement, ses magasins de guerre et de bouche, son
commandant, les officiers du génie, de l'état-major, etc., etc.
Il me rendra le même compte sur Alexandrie, en joignant le calque des
ouvrages; il me fera rapport sur les officiers, l'état-major, etc., etc.
Même rapport sur la citadelle de Plaisance. On me parle de la citadelle
de Casal; il s'y rendra, et me rendra compte si cela vaut la peine
d'être armé et approvisionné. Si le vice-roi avait enfermé dans les
places les fonds de dépôts comme quartiers-maîtres, ouvriers, etc., il
faut les retirer, il faut même évacuer tout ce qui, dans ce genre, se
trouve à Mantoue; on y a même enfermé le cinquième bataillon en dépôt du
3e léger; j'ai donné des ordres pour que ce dépôt reçoive six cents
conscrits à Alexandrie; Danthouard se fera rendre compte où cela en est,
et que cela soit dirigé d'Alexandrie; ensuite que le dépôt major,
ouvriers, soient à Plaisance pour recevoir ce qui revient de la grande
armée et organiser un bataillon. Danthouard trouvera à Alexandrin sept
cents hommes pour le 13e de ligne. Le vice-roi a enfermé le dépôt à
Palma-Nova; ces sept cents hommes vont se trouver seuls. J'ai ordonné
d'en former le sixième bataillon. Il faut que le vice-roi fournisse
quelques officiers, et le prince Borghèse formera le cadre. J'ai ordonné
qu'un demi-cadre du 13e soit envoyé de Mayence; mais, jusqu'à l'arrivée,
il faut pourvoir à la réception, organisation, instruction, et mettre ce
bataillon à la citadelle d'Alexandrie. Danthouard trouvera à Plaisance
le dépôt du neuvième bataillon des équipages militaires. Il faut diriger
tout l'atelier, le matériel, les magasins sur Alexandrie, qui est une
place sûre.
Si les approvisionnements des citadelles de Turin et d'Alexandrie
n'étaient pas complets, il faudrait en rendre compte au prince Borghèse,
pour qu'il y pourvoie de suite.
Danthouard donnera des ordres en forme d'avis pour tout ce qu'il croira
nécessaire d'après mes intentions et me rendra compte des ordres qu'il
aura donnés.
Il faut que les fortifications soient en état, fermer les gorges en
palissades, voir ce qui est nécessaire pour les parapets et banquettes à
rétablir, etc., etc. Porter une grande attention sur les inondations.
Compte-t-on dans le pays sur l'inondation du Tanaro et la résistance du
pont éclusé?
Un régiment croate de treize cents hommes et six cents chevaux est à
Lyon. Je donne ordre à Corbineau de faire mettre pied à terre et
d'envoyer cette canaille sur la Loire, et de donner trois cents chevaux
à chacun des deux régiments, 1er hussards et 31e de chasseurs.
Je vais m'occuper de la cavalerie pour l'armée d'Italie: 1° J'envoie à
Milan tout ce qui appartient au 1er de hussards et 31e de chasseurs; 2°
je vais y envoyer deux bons régiments de dragons d'Espagne de douze
cents chevaux chacun.
J'ai ordonné que toutes les troupes italiennes de la grande armée se
rendent à Milan, il y a quatre mille hommes. Même ordre pour les mêmes
qui sont en Aragon et en Espagne; il y a six mille hommes, tout cela est
en marche. J'ai ordonné à Grouchy de se rendre à l'armée d'Italie. Il
est un peu susceptible, mais le vice-roi fera pour le mieux. Le vice-roi
peut avoir grande confiance en Zucchi; j'en ai été très-content.
Il ne faut pas donner du crédit à Pino, il faut élever en crédit
Palombini et Zucchi et soutenir Fontanelli. L'expérience m'a prouvé que
l'ennemi s'occupe particulièrement de gagner les généraux étrangers que
nous portons en avant et leur accordent crédit et confiance. Ainsi de
Wrede, pour qui j'ai tout fait, a été tourné contre moi, mais il est
mort. Les trois généraux que j'indique peuvent être mis en avant en ce
moment et annuler Pino.
Il faut que les approvisionnements des places soient pour six mois. Je
désire que Danthouard examine Saint-Georges et me dise sur quoi je puis
compter.