BOGHOS-JOUSSOUF.

NOTE REMISE DE LA PART DE MÉHÉMET-ALI AU CONSEIL DE FRANCE ET INCLUSE

DANS LA PRÉCÉDENTE LETTRE.

«Méhémet-Ali ne peut jamais consentir à abandonner les pays qu'il

possède. On ne pourra les lui arracher que par la force, et il est

fermement résolu à user de tous les moyens qu'il a et qu'il aura à sa

disposition pour se les conserver si l'on vient l'attaquer. Il préfère,

s'il doit succomber, sacrifier toute sa famille et les siens plutôt que

de leur laisser un héritage, bien et dûment acquis, mutilé par une

lâcheté. Ce n'est pas un général qui peut capituler et se vendre après

une honorable résistance, c'est un homme qui a travaillé toute sa vie

pour l'avenir, et ne peut s'en dessaisir coûte que coûte.»

Je répondis en peu de mots à cette lettre.

«Vienne, le 30 janvier 1840.

«Monsieur,

«J'ai reçu avant-hier la lettre que vous m'avez fait l'honneur de

m'écrire le 16 janvier, et je me flatte de vous dire tout le plaisir

qu'elle m'a causé. Le vice-roi a pris une attitude digne de lui, digne

de ses antécédents, et dont le résultat, j'en ai la persuasion intime,

sera favorable à ses intérêts. J'ai éprouvé une véritable jouissance à

le voir répondre si complétement à l'idée que je me suis formée de son

habileté et de son caractère. Chaque jour on reconnaîtra davantage la

solidité de la base sur laquelle il s'est placé, et, pour mon compte,

je n'ai pas manqué de proclamer hautement mes convictions à cet égard.

Je regarde aussi comme certain que, malgré toutes les nouvelles dont

sont remplis les journaux, les négociations de Londres n'amèneront aucun

résultat qui lui soit contraire, et déjà divers indices prouvent

l'impossibilité de s'entendre. J'applaudis cependant beaucoup aux

mesures de prévoyance dont on s'occupe en Égypte et dont vous voulez

bien m'entretenir. Le temps récompensera de si nobles efforts, et

j'aurai bientôt, j'espère, à féliciter le vice-roi de ses succès. Il

faut seulement de la patience. Je suis avec une constante préoccupation

tout ce qui se passe chez vous et concerne Méhémet-Ali, et je ne perds

jamais l'occasion de chercher à lui être utile quand elle se présente.

Je vous demande, de votre côté, monsieur, de me tenir exactement au

courant de ce qui se passe en Égypte; vous me devez cette complaisance,

en raison de l'amitié que je porte au vice-roi.

«Agréez, etc., etc.»

«Alexandrie, le 16 avril 1840.

«Monsieur le maréchal,

«Par la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser en date du

11 février, laquelle a beaucoup satisfait Son Altesse le vice-roi, mon

maître, vous me demandiez de vous tenir toujours au courant de ce qui se

passe chez nous. Dans le désir de pouvoir annoncer quelque chose de

nouveau, j'ai retardé ma réponse jusqu'à ce jour; différer davantage, ce

serait manquer aux égards qui vous sont dus, monsieur le maréchal, et

cependant, comme rien n'est survenu, il ne me reste rien, presque rien à

ajouter à la lettre écrite le 16 janvier dernier.

«Son Altesse le vice-roi continue dans son système de modération et

attend qu'on lui rende justice; s'il continue ses armements, c'est

uniquement dans les vues d'une défense légitime. Son Altesse

Ibrahim-Pacha ne fera pas le moindre mouvement sans un ordre du

vice-roi, et cet ordre ne serait donné qu'en cas qu'on fût attaqué. Vous

avez eu, monsieur le maréchal, des entretiens très-fréquents et assez

intimes avec Son Altesse le vice-roi pour avoir pu connaître sa manière

de penser et sa loyauté; on affecte aujourd'hui de ne pas croire à ses

promesses, lorsqu'il donne au jour le jour une preuve convaincante d'y

être religieusement fidèle. Il attend, et sa demande malgré les

événements et les circonstances n'a jamais changé, l'hérédité pour sa

famille de ce qu'il possède et qu'on n'a pu lui ravir. Il proteste de

son obéissance, de son attachement à son souverain, au service duquel il

veut se dévouer pour relever sa nation avilie. Son grand tort n'est que

de penser que les étrangers seront toujours étrangers en Turquie, que

son organisation définitive ne peut s'obtenir que pas à pas, en

procédant du connu à l'inconnu, en employant les musulmans déjà

instruits à former ceux qui ne le sont pas, pour inspirer ensuite de

l'émulation aux uns et aux autres. Voilà son tort; il est grave, parce

qu'il contrarie les projets d'une puissance voisine; mais aussi tout le

monde ne peut pas avoir un seul et même intérêt; si celui du vice-roi

est conforme à la majorité, pourquoi l'éliminer?

«Soyez bien convaincu, monsieur le maréchal, que Son Altesse le vice-roi

respectera toujours son souverain et n'ambitionne que de lui être utile,

qu'il n'a aucune difficulté à reconnaître les grandes puissances, ou

telle qui serait plus particulièrement indiquée, comme garant de ses

obligations.

«Il suffit qu'on satisfasse à sa juste demande et qu'on se conduise à

son égard avec bonne foi. Je l'ai dit et je dois le répéter, Méhémet-Ali

ne commencera jamais les hostilités; mais il ne reculera pas devant la

guerre, de quelque part qu'elle vienne, et alors..... Dieu seul sait ce

qui pourra arriver.

«J'ai à vous annoncer que l'enthousiasme gagne insensiblement la

population au Caire. Les cheiks de la mosquée El-Ahzar ont voulu être

eux-mêmes à la tête des milices qui se forment avec une grande rapidité;

les officiers égyptiens et étrangers s'étonnent du progrès que font

journellement ces milices dans le maniement des armes.

«Agréez, monsieur le maréchal, etc.

«BOGHOS-JOUSSOUF.»

Je répondis la lettre suivante:

«Monsieur,

«J'attendais de vos nouvelles avec impatience, mais n'étais nullement

étonné de n'en pas recevoir, vu le _statu quo_ qui subsiste partout.

J'admire sincèrement les fortes résolutions que le vice-roi a adoptées,

l'attitude qu'il a prise, et je crois fermement que cette marche le

mènera au résultat que ses justes droits lui font ambitionner. Je devine

cependant les embarras financiers qu'il peut éprouver; mais la force de

son caractère suffit pour les vaincre, et l'Égypte, d'ailleurs, est

certainement le pays du monde où l'on peut pendant plus longtemps faire

de grandes choses avec peu d'argent. Cette crise aura un terme;

l'opinion de l'Europe grandit chaque jour en faveur du vice-roi, et il

n'est pas aujourd'hui un bon esprit qui ne comprenne combien a été

intempestive une intervention où personne n'était d'accord ni sur le

but ni sur les moyens, et dont l'exécution offrait des questions

insolubles et des difficultés insurmontables. Les auteurs de cette

intervention ne se sont pas doutés qu'elle serait, comme il est arrivé,

plus à la charge de ceux qu'ils voulaient servir qu'à celui qu'ils

voulaient combattre, et qu'elle tendrait à affaiblir encore un empire

déjà si faible qu'ils voulaient ressusciter. Je pense donc que

Méhémet-Ali doit persévérer dans le système qu'il suit, mais redoubler

ses efforts pour arriver à traiter et à s'arranger directement avec la

Porte. Le jour où il y sera parvenu, les gouvernements de l'Europe se

trouveront soulagés d'un grand poids; et, joyeux d'un événement qui

assurera la paix, ils s'empresseront de garantir ce qui aura été fait

pour accroître les gages de la sécurité et du repos de l'avenir. Je

crois donc que le vice-roi ne doit négliger aucun moyen pour arriver à

ce résultat. Les Turcs éclairés de Constantinople doivent reconnaître

qu'il n'y a aucun bénéfice et aucune sécurité pour l'empire turc à

laisser au hasard de l'avenir et de la complication des intérêts de

plusieurs son sort et sa destinée; les exaltés religieux doivent être

mécontents de la politique suivie jusqu'à ce jour; ainsi le pacha doit

avoir des appuis et des auxiliaires dans sa nation, dent le nombre devra

augmenter chaque jour et ajouter l'influence de l'opinion à celle que

lui donnent déjà sa politique habile et les moyens dont il dispose. Le

triomphe de Méhémet-Ali et la consolidation de l'édifice politique qu'il

a créé correspondent aux calculs et aux prévisions de mon esprit et

satisferont aux sentiments que je lui porte.

«Adieu, monsieur, etc., etc.»

«Alexandrie, le 16 juin 1840.

«Monsieur le maréchal,

«J'avais eu l'avantage de vous écrire en date du 16 avril, et la récente

lettre dont vous m'avez favorisé le 12 mai porte tous les caractères

d'une réponse à ma susdite. M'étant parvenue après que Son Altesse le

vice-roi s'était mis en voyage pour le Caire, j'ai rempli mes devoirs

par l'envoi d'une exacte traduction; mais j'ai dû, en même temps,

attendre un nouveau courrier avant que de prendre la plume pour la

correspondance que vous avez daigné autoriser; l'absence de Son Altesse

et le manque de nouvelles de quelque intérêt m'y obligeaient.

«Je suis heureux, monsieur le maréchal, de pouvoir vous annoncer que,

par suite de la récente destitution de Khosrew-Pacha, la principale

pierre d'achoppement étant levée, Son Altesse le vice-roi, suivant les

impulsions plus d'une fois manifestées et toujours méconnues, a saisi la

circonstance de la naissance d'une princesse, fille du sultan, pour

donner à son suzerain un témoignage public et officiel de son respect et

de son dévouement. En conséquence, aujourd'hui même, par bateau à vapeur

exprès, Son Excellence Samy-Bey, général et premier aide de camp de Son

Altesse le vice-roi, est parti pour Constantinople, porteur d'une lettre

de félicitations analogue à la circonstance, et spécialement chargé

d'exprimer à Sa Hautesse les assurances de toute sa soumission comme

fidèle vassal, ainsi que de son désir de coopérer au bien de l'empire

par tous les moyens à sa disposition. Son Excellence Samy-Bey a

l'autorisation d'appuyer, par des témoignages de fait, les assurances

dont il est porteur, parce que, dans la position actuelle des choses,

ces preuves feront foi entière des sentiments obséquieux de Méhémet-Ali,

et ne peuvent être attribués ni à la faiblesse ni à la contrainte.

Le vice-roi doit espérer que sa noble conduite ne sera pas méconnue et

qu'elle portera ses fruits.

«Veuillez agréer, monsieur le maréchal, etc.

«BOGHOS-JOUSSOUF.»

Voici ma réponse:

«Monsieur,

«Je n'ai pas eu l'honneur de répondre à votre dernière lettre et de vous

écrire par le dernier paquebot, parce que je n'avais à vous mander rien

d'intéressant. J'attendais avec une confiance extrême le succès de la

mission de Samy-Bey à Constantinople pour faire mon compliment bien

sincère au vice-roi; car je m'identifie de coeur avec lui, et désire

ardemment de voir terminer cette pénible affaire qui compromet le repos

de l'Europe et du monde; mais je vois le temps s'écouler sans amener le

résultat que j'attendais, et en même temps les révoltes de Syrie, qui

retentissent beaucoup et dont on exagère peut-être l'importance, donnent

du crédit aux ennemis de Méhémet-Ali, leur fournissent des arguments et

raniment leurs espérances.

«Tout semblait devoir marcher rapidement à une solution favorable, quand

les bruits des insurrections du Liban ont tout suspendu et rendu tout

incertain. Pour ma part, j'en ai éprouvé un véritable chagrin, et je

suis persuadé encore que le vice-roi, par sa vigueur et sa résolution,

d'un côté, et la modération qu'il apportera ensuite, trouvera le moyen

de tout terminer dans ces parages. S'il obtient ce résultat promptement,

il avancera beaucoup la solution de la question principale. Dans tous

les cas, je suis convaincu que le vice-roi ne manquera pas à sa destinée

et sera à la hauteur des événements qui peuvent survenir.

«Je rencontre souvent M. le consul de Danemark à Alexandrie, qui

s'occupe avec zèle des intérêts de l'Égypte et me semble très-dévoué au

vice-roi. Je trouve du plaisir à causer avec quelqu'un dont les opinions

sont aussi en harmonie avec les miennes. Il voulait partir pour

Alexandrie; je l'ai engagé à rester encore, parce que je crois sa

présence utile aux intérêts du pacha.

«Veuillez agréer, monsieur, etc., etc.»

Boghos-Bey me répondit:

«Alexandrie, le 16 juillet 1840.

«Monsieur le maréchal,

«Les journaux et les salons de l'Europe ont sans doute fait retentir aux

oreilles des personnes marquantes que des troubles existaient en Syrie,

à la montagne du Liban; car il importait à ceux qui voulaient arracher

cette province à sa domination actuelle de faire exécuter un mouvement

qui pût donner crédit à leurs présages diplomatiques et les établir sur

le trépied de prophètes.

«Le mouvement a eu lieu, en effet; mais, comme il devait essentiellement

tenir de l'essence de sa création étrangère, il ne put jamais prendre

naissance dans le pays; il n'a eu aucune base fixe, aucun but avoué,

aucun chef de marque. De pauvres montagnards ont été trompés; leurs yeux

n'ont pu se dessiller qu'au moment où le gouvernement égyptien s'est vu

dans la nécessité de prouver que, s'il leur avait accordé du temps pour

se reconnaître, c'était l'effet de la magnanimité de notre vice-roi (qui

veut le repentir du coupable plutôt que sa destruction) et non de la

faiblesse.

«Sans faire le moindre déplacement dans les cantonnements des troupes en

Syrie, et en écrivant à son fils Ibrahim-Pacha qu'il en faisait son

affaire, Méhémet-Ali a réuni à Beyrouth, Saïda et Balbeck un nombre plus

que suffisant de troupes pour réduire les insurgés, quand même ils

auraient opposé une opiniâtre résistance. Son Altesse Abbas-Pacha fut

envoyé d'Égypte pour commander en chef les opérations.

«Vous comprendrez, monsieur le maréchal, que, ces dispositions achevées,

tout devait se terminer sans autre délai. On signifia aux chefs

insurgés, gens de nulle valeur, de mettre bas les armes; ils firent

sentir qu'ils se rendraient si on leur assurait des avantages

personnels. Une pareille proposition faisait sentir que le mouvement

insurrectionnel demeurait toujours factice et n'avait point de racine

dans la population; mais il aurait été honteux de l'accepter, et, après

avoir signifié le refus, on en vint aux armes.

«Cette démonstration fit évanouir tous les projets conçus sur l'opinion

d'une faiblesse qui n'existait que dans des cerveaux malades; on

s'empressa de livrer les armes et d'implorer le pardon.

«Je renouvelle, monsieur le maréchal, etc.

«BOGHOS-JOUSSOUF.»

«Alexandrie, le 27 août 1840.

«Monsieur le maréchal,

«J'ai eu l'honneur de recevoir et de soumettre à Son Altesse le vice-roi

la lettre que vous avez bien voulu m'adresser le 25 juillet dernier. Son

Altesse, qui apprécie en tout temps vos bons conseils, a remarqué avec

plaisir une coïncidence nouvelle dans les idées; les troubles de la

Syrie ont été apaisés par la vigueur de sa résolution, accompagnée et

suivie de sa modération. Aussitôt que les Maronites ont quitté la partie

et remis leurs armes, la montagne du Liban a été évacuée par les

troupes, afin de prévenir les excès auxquels leur présence aurait pu

donner lieu; les chefs mêmes des révoltés ont obtenu la vie sauve et ont

été expédiés au Sennaar.

«Il a été fort malheureux que les cabinets de l'Europe, très-mal

renseignés depuis quelque temps par leurs agents officiels, aient pu

croire que de pareils troubles, dans une province comme la Syrie,

pussent se changer en insurrection générale. Aucun motif de plaintes

sérieux n'avait été donné, et ceux qui ont forgé des griefs pour remuer

les masses ne sont parvenus à séduire qu'un petit nombre; les faits

l'ont prouvé à l'évidence. Ces troubles mêmes auraient été plus tôt

étouffés si Son Altesse le vice-roi n'avait pas ordonné à Son Altesse

Ibrahim-Pacha de ne point s'en inquiéter, qu'il en ferait son affaire.

«Cela est d'autant plus malheureux, qu'il a pu faire prendre avec une

précipitation que rien ne saurait justifier, et presque _ab irato_, une

décision à Londres, criante d'injustice contre Son Altesse le vice-roi,

et tellement criante, qu'elle a été repoussée à Constantinople même

parmi les ennemis de Méhémet-Ali; mais les personnes dirigeantes n'ont

d'autre planche de salut que l'importance que leur donnent la question

actuelle et l'appui de l'étranger.

«Rifaat-Bey, commissaire de la Porte, a notifié cette décision à

Méhémet-Ali, le 16 août. Son Altesse lui a exprimé combien il était

peiné de voir que le sultan, qui lui avait fait concevoir, depuis son

avènement au trône, les meilleures espérances d'un arrangement direct

plus ou moins éloigné, et toujours basé sur le dévouement de Méhémet-Ali

à sa personne et au bien de sa nation, voulût s'appuyer sur une décision

prise à l'étranger sur des pièces fausses ou erronées; qu'elle croyait,

d'après cette tournure des affaires, devoir s'en remettre à la médiation

de la France, mieux instruite et plus désintéressée dans la question;

qu'elle n'attaquerait pas en attendant, ne voulant point se prévaloir

des circonstances, mais qu'elle se tiendrait en mesure de repousser la

force par la force.

«Les quatre consuls généraux ont ensuite adressé à Son Altesse leurs

réflexions sur la nécessité de se soumettre à la décision émanée; et,

comme le vice-roi en a témoigné le désir, ces réflexions furent remises

par écrit, escortées d'une lettre d'accompagnement. Hier 26, Rifaat-Bey,

avec les quatre consuls généraux qui seuls ont empêché son retour à

Constantinople, depuis la réponse qui lui a été donnée, s'est présenté

de nouveau à Son Altesse le vice-roi, espérant sans doute que son

opinion se serait modifiée depuis l'arrivée de la presque totalité de

l'escadre anglaise sur notre rade, avec l'amiral Stafford et deux

frégates autrichiennes. Son Altesse se contenta de lui dire «Dieu seul

prend et distribue les empires.» Le consul anglais voulant répliquer, le

vice-roi dit alors: «Tout est inutile, car je n'ai rien d'autre à

ajouter.»

«Notre côte est garnie de batteries, pour empêcher un coup de main. Il y

a assez de troupes pour repousser un débarquement; d'autres sont en

marche et arriveront demain probablement. Les vaisseaux sont embossés

sur deux lignes, dans le port, près des passages, et quatre d'entre eux

défendront spécialement l'arsenal et le bassin où l'on a placé les

autres navires moindres, préparés pour être coulés bas dans le cas

d'urgence. La grande passe du port a été fermée avec des caissons

remplis de lest; de sorte que les seuls bâtiments avec très-peu de

tirant d'eau pourront entrer dans le port vieux.

«Les provenances du dehors sont, par les pilotes, conduites dans le port

neuf, où les navires marchands débarqueront; ils ne passeront dans le

port vieux qu'après s'être assurés par la visite qu'ils sont vides,

prêts à charger, et n'ayant pas de matières inflammables.

«Je ne finirais pas si je vous détaillais toutes les mesures qui ont été

prises, ou qui se prennent par précaution.

«La Syrie est complétement tranquille. Les propositions que le

commandant Napier a faites à Son Excellence Abbas-Pacha, le 14 août

(deux jours avant la notification de la décision de Londres à

Méhémet-Ali), ont été repoussées; il en a été de même des ouvertures

faites à Hassan-Pacha, général de division des troupes de

Constantinople.

«L'émir Bechir a assuré le vice-roi de toute sa fidélité et du désir de

la Montagne, qui ne veut ni étrangers ni insurrection.

«Des corps de troupes nombreux gardent toutes les côtes de la Syrie, et

les vaisseaux anglais ne pourront, en dernière hypothèse, jamais

commander au delà de la portée de leurs canons.

«Son Altesse Méhémet-Ali a bon espoir que l'on saura enfin la vérité en

Europe, et qu'on reconnaîtra combien l'on a été trompé sur la portée de

la prétendue révolte de la Syrie. Que si on s'est fourvoyé une seconde

fois, le 15 juillet, à Londres, comme on s'est fourvoyé à Constantinople

en réclamant la demande d'intervention, il y aura toujours moyen (à

moins qu'on ait des raisons pour soulever une guerre générale) de

conseiller au sultan d'user de sa munificence, et, en faisant un acte de

souverain favorable à Méhémet-Ali, rendre à la Turquie sa force et à

l'Europe le repos.

«Je suis, etc., etc.

«BOGHOS-JOUSSOUF.»

Ma réponse était conçue en ces termes:

«Monsieur,

«Mon retour tardif à Vienne m'a empêché de répondre par le paquebot

dernier à la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 28

août, et en même temps de vous entretenir de la mesure insensée prise à

Constantinople contre le vice-roi. Vous imaginez sans peine la sensation

que j'en ai ressentie; mais ce que je regrette de ne vous avoir pas dit

plus tôt, c'est que cet acte, qui a eu une désapprobation universelle, a

mécontenté de la manière la plus vive le prince de Metternich, et que

l'internonce autrichien, qui y a concouru, a été l'objet de son blâme le

plus sévère. Cet événement, jugé partout en Europe de la même manière,

accélérera je l'espère la fin d'une crise dont tout le monde souffre, et

servira probablement les intérêts du vice-roi, au lieu de leur être

contraire. L'attitude qu'il a prise et qu'il conserve, les concessions

qu'il a faites en dernier lieu, et qui paraissent suffisantes à tout ce

qui n'est pas aveuglé par la passion, sont des motifs de croire que tout

s'arrangera bientôt. C'est un voeu que je forme ardemment; personne ne

s'en réjouit davantage, comme personne plus que moi n'admire plus

sincèrement la dignité et la raison qui ont constamment présidé aux

résolutions du vice-roi.

«Veuillez, etc., etc.»

«Alexandrie, le 16 septembre 1840.

«Monsieur le maréchal,

«J'ai eu l'honneur de vous adresser ma dernière lettre sous date du 27

août dernier; et, sans en attendre la réponse, je suis l'engagement pris

avec vous, monsieur le maréchal, de vous tenir au courant de ce qui se

passe dans nos contrées.

«Son Altesse le vice-roi a fait appeler les quatre consuls généraux,

quelques jours avant l'expiration du dernier terme, et leur a déclaré

qu'il acceptait la disposition du traité de Londres quant à l'hérédité

de l'Égypte, etc.; mais que son intention était, en fidèle vassal, de

représenter à son souverain ses services passés, et d'obtenir de lui et

de l'équité de ses augustes alliés une plus large part en ce qui

concerne la Syrie. Sa dépêche fut envoyée à Constantinople, d'où elle

aura été communiquée aux principales cours d'Europe.

«Lorsque le terme expira effectivement, Son Altesse le vice-roi étant

indisposée, elle délégua Son Excellence Samy-Bey pour recevoir les

commissaires de la Porte et MM. les consuls généraux. Cette séance

ratifia officiellement ce qui avait déjà été dit et proposé dans la

première.

«Rifaat-Bey partit alors pour Constantinople. Par cette conduite, Son

Altesse, qui est bien décidée à résister à l'injustice et à ne céder

qu'aux armes ce qu'il doit à ses armes, a voulu prouver qu'il aime à

tenir de son souverain cette faveur et ne veut nullement empiéter sur

ses droits; mais, d'un autre côté, si la politique passionnée des

étrangers ne reconnaissait pas qu'il ouvre une dernière porte pour la

pacification de l'Orient, qu'il ne peut aller plus loin; si on avait des

arrière-pensées contre l'existence de l'empire et qu'on voulût sa

destruction en commençant par lui tirer le peu de sang qui reste dans

ses veines, alors, dis-je, le devoir de Son Altesse se trouvera tracé.

«Méhémet-Ali, obligé, forcé de lutter, soit pour son existence, soit

pour sauver l'empire, n'aurait plus de ménagement à garder. Il sait bien

qu'en dépit de tous les efforts rien de sérieux ne peut être tenté

contre lui qu'au printemps prochain; et, à moins que tout sentiment de

justice, à moins qu'il y ait dans tous les cabinets, chez toutes les

nations intéressées à la tranquillité de l'Orient, un éblouissement dont

on ne saurait se rendre compte, il ne sera pas seul dans la lutte.

L'histoire n'aura pas à dire que toutes les nations policées se sont

coalisées pour étouffer la civilisation renaissant en Orient par

l'Égypte, qui avait été son premier berceau.

«J'ai dit étouffer la civilisation renaissante, parce qu'il est

inévitable que les pachas de la Porte se borneraient à des

démonstrations, comme l'on fait à Constantinople, et que Méhémet-Ali et

sa dynastie peuvent seuls donner le complément aux institutions solides

implantées sur ce sol.

«Je déplore toujours que le cabinet autrichien, ami réellement de la

Turquie, se soit laissé entraîner par je ne sais quelle illusion ou

quelle nécessité. On s'accorde à dire que Son Altesse le prince de

Metternich avait énoncé une opinion contraire: en effet, le plus habile

diplomate de notre siècle devait mieux apprécier les choses qu'il ne l'a

fait.

«La sollicitude, ou, pour mieux dire, la passion que les agents anglais

déploient en cette circonstance, prouve qu'il y a un but à eux

particulier. M. le colonel Hodges cherche à donner de la gravité aux

moindres événements pour forcer la patience du vice-roi à se lasser;

mais Son Altesse n'est pas seulement un guerrier heureux, on doit le

voir. Je prends la liberté de vous adresser, monsieur le maréchal, les

pièces relatives à une dernière affaire dont les journaux s'empareront

sans doute. Il est juste que vous sachiez qu'une barque du pays, ou tout

autre transport par eau ou par terre, qui voudra abusivement arborer

pavillon anglais pour faire des actes illicites, pourra le faire en

toute sécurité, sauf, dans le cas contraire, à entendre signifier que le

pavillon anglais est insulté pour être obligé de se rendre à la Douane;

je dis signifier, car aucun raisonnement n'est plus admis.

«Est-ce que les quatre puissances alliées ont jamais entendu faire les

affaires particulières de l'une d'elles, tout en annonçant vouloir

pacifier l'Orient? Cela n'est pas croyable; mais il n'est pas moins

vrai, par le fait, qu'une d'elles agit activement et seule.

«Daignez agréer, monsieur le maréchal, etc.

«BOGHOS-JOUSSOUF.»

«Alexandrie, le 6 novembre 1840.

«Monsieur le maréchal,

«Le prix que Son Altesse le vice-roi, mon auguste maître, attache à

votre bienveillante amitié et à vos conseils lui a fait recevoir avec

beaucoup de satisfaction la lettre dont vous m'avez honoré, monsieur le

maréchal, en date du 3 octobre. Son Altesse m'a chargé de vous en

présenter ses remercîments et de vous répéter qu'elle désire beaucoup

que vous puissiez, dans vos moments de loisir, donner suite à votre

correspondance.

«Des nouvelles peu favorables concernant la Syrie doivent être en ce

moment répandues dans le public. Vous m'avez imposé le devoir, monsieur

le maréchal, de vous tenir au courant des événements; je le remplirai

fidèlement.

«Vous ne devez pas ignorer les dissidences qui se sont manifestées

depuis des siècles entre les chefs et les sectes du Liban. Ces

dissidences, dont le germe n'a pu être entièrement détruit par le court

espace de temps écoulé depuis que la Syrie entière se trouvait sous la

domination de l'Égypte, ont été exploitées, je ne vous dirai pas au

profit de qui, mais au détriment de la tranquillité locale.

«L'émeute venait d'y être comprimée, et Son Altesse traitait avec

humanité et avec clémence les chefs des troubles; j'en donnai avis au

corps consulaire le 15 juillet, et le même jour on signait à Londres une

convention qui déclarait Méhémet-Ali incapable de gouverner la Syrie.

«Vers les premiers jours d'août parurent les vaisseaux anglais devant

Beyrouth; le 14, devant Alexandrie. Je ne vous détaillerai point ce qui

a été dit ou fait, car cela est déjà du domaine public; mais ce qu'il

m'importe de vous faire bien remarquer, monsieur le maréchal, c'est

qu'il y avait à défendre une côte syrienne de cent vingt-cinq lieues de

longueur, dépourvue d'ouvrages propres à résister aux batteries de

plusieurs vaisseaux (et on en a employé dix, sans compter les frégates,

corvettes, et six à huit bateaux à vapeur de grande force); il était

donc impossible de résister sur la plage à toute démonstration sérieuse

sans exposer des soldats en pure perte, comme il était impossible de

refouler les troupes débarquées, qui se tenaient sous la protection des

batteries des vaisseaux. Successivement donc il a fallu abandonner

plusieurs points de la côte, et alors les montagnards, en dissidence

avec l'émir Bechir, ont pu recevoir des armes et de l'argent, ce qu'ils

ne refusent jamais pour se rendre forts et indépendants chez eux. Son

Altesse Ibrahim-Pacha, voulant ramener ceux-ci par la douceur, leur fit

demander le motif de leur mécontentement. Ils répondirent qu'ils

n'avaient pas de griefs contre le gouvernement égyptien, mais qu'ils

étaient vexés et pillés par l'émir Bechir, que ce gouvernement

soutenait; alors Son Altesse Ibrahim-Pacha fit publier par toute la

montagne que dorénavant l'émir Bechir n'avait plus à recevoir aucun

impôt. Ce dernier, voyant que les partis qui lui étaient contraires

étaient armés par les Anglais, et que son influence avait reçu un échec

de la part du gouvernement égyptien, jugea que sa position n'était plus

tenable, se rendit au camp des Anglais et fit sa soumission avec cent

vingt personnes de sa suite. Ils ont tous été embarqués pour Malte.

«Un nouvel émir Bechir, hostile au gouvernement égyptien, a été nommé,

et toute la montagne se trouve dans l'anarchie la plus complète. Son

Altesse Ibrahim-Pacha a dû juger convenable de ne pas laisser ses

troupes dans un lieu où elles n'auraient pu être d'aucune utilité; une

retraite fut opérée derrière le Liban, se rapprochant des plaines, et

dans celle-ci, comme dans les mouvements antérieurs, par l'effet de la

séduction comme par celui des traînards, on compte de cinq à six mille

hommes qui se trouvent passés à l'ennemi, et avec eux un drapeau de

régiment.

«Les montagnards ne sont guère disposés à quitter leurs positions pour

se battre les uns contre les autres; ils se bornent à intercepter les

communications et à piller tout ce qu'ils trouvent, amis ou ennemis. Nos

courriers ne peuvent passer sans escortes considérables.

«Je doute que les Anglais puissent être satisfaits de leur oeuvre, et

surtout que le sultan puisse jamais reprendre la domination de la

montagne par ses propres moyens, à moins qu'il ne se contente d'une

illusion. Voilà comme on rétablit l'intégrité de l'empire ottoman.

«Son Altesse Ibrahim-Pacha, ayant avec lui Son Excellence Soliman-Pacha

et vingt-cinq mille hommes de troupes, devait en recevoir quinze mille

de l'armée du Taurus, qui a ordre de ne pas quitter ses cantonnements;

il se trouvera donc avec un effectif de quarante mille hommes. On va

envoyer du Caire, à sa rencontre, six régiments, tant cavalerie

qu'infanterie, pour faire diversion et rouvrir les communications; ils

sont sous les ordres de Leurs Excellences Achmet-Pacha et Ibrahim-Pacha

jeune, tous deux neveux du vice-roi, lesquels étaient employés à la

guerre d'Arabie; avec eux, un corps nombreux de Bédouins pour

avant-garde et flanqueurs.

«Il reste à voir à présent si les troupes débarquées en Syrie, quoique

ayant des officiers anglais à leur tête, voudront bien en venir à une

affaire, car on ne peut pas dire qu'il y ait eu d'engagement jusqu'à

présent. Si on a jeté l'anarchie dans le Liban, on n'a pas conquis la

Syrie pour cela, et les nouvelles que l'on envoie de Syrie à

Constantinople, d'où elles se répandent dans les journaux européens,

quoique forgées pour donner du contentement au sultan et de l'impulsion

aux sujets de la Porte, ne sont pas moins accompagnées de

très-puissantes demandes d'argent et de troupes. Son Altesse le

vice-roi, toujours avec son sang-froid ordinaire, n'envisage pas encore

comme arrivé le moment d'employer des moyens extraordinaires. Elle est

fort persuadée qu'on éclairera le sultan, et ne veut se prêter à rien

qui puisse troubler son empire ou faire chanceler son intégrité.

«J'ai l'honneur de vous réitérer, etc.

«BOGHOS-JOUSSOUF.»

«Alexandrie, le 6 novembre 1840.

«Monsieur le maréchal,

«Honoré par la bonté de Son Altesse le vice-roi, mon auguste maître, qui

me permet d'assister quelquefois à ses conseils et d'y exprimer

librement mon opinion, je prends la liberté, monsieur le maréchal, de

vous adresser cette lettre particulière, où je viens réclamer le

concours de vos lumières pour agir et parler en temps et lieu dans les

vrais intérêts de celui que vous appelez votre ami et que je révère

comme mon maître et bienfaiteur, de celui auquel j'ai voué toute mon

existence, comme un faible acquit de toutes les obligations que sa

confiance m'impose.

«Vous avez parcouru l'Orient, monsieur le maréchal, et avez pu juger de

ce qui existe, de ce qui peut former l'intégrité de l'empire ottoman;

vous avez connaissance pleine et entière des débats qui ont eu lieu dans

la question actuelle, et des sentiments élevés de Son Altesse le

vice-roi; vous avez dans votre dernière lettre approuvé la dignité et

la raison qui ont présidé aux résolutions prises dans des circonstances

difficiles. Vous n'ignorez pas que Son Altesse aurait désiré en appeler

à la médiation de toutes les puissances qui doivent chercher le maintien

de la paix, et que la France seule, étant exclue de la convention du 15

juillet, se trouvait nécessairement la seule des hautes puissances à qui

la médiation fût échue, et avec d'autant plus de raison, qu'elle avait

toujours donné des conseils pacifiques, malgré son abstention de

concourir aux mesures proposées et ensuite adoptées contre l'Égypte.

«Néanmoins, ayant toujours considéré la mission Brunow sous un point de

vue où la question égyptienne n'était que secondaire, j'ai dû concevoir

l'espérance que d'autres cabinets ne seraient pas aussi hostiles à

Méhémet-Ali que celui de Londres, quoique possiblement poussés par des

rapports haineux. La haute sagesse de Son Altesse le prince de

Metternich m'a toujours fait croire qu'elle n'a pas accédé de plein gré

à ladite convention, et qu'elle profiterait des nouvelles circonstances

pour rétablir l'équilibre que d'autres circonstances l'avaient forcé

d'abandonner.

«En cela la conduite de Méhémet-Ali servira admirablement ceux qui

chercheront à lui faire rendre justice. La Prusse, selon toutes les

apparences, suivra les impulsions du chef de la diplomatie européenne

et marchera avec l'Autriche. La France, quoi qu'on en dise et qu'on

imprime, vu l'état des partis qu'elle a dans son sein et les progrès de

son industrie, n'entrerait dans une guerre que forcée par _une nécessité

absolue et pour son compte_. Ainsi je compte déjà trois cabinets sur

cinq enclins à la paix.

«Restent les deux antagonistes, aujourd'hui alliés, entre lesquels les

autres auront de la peine à maintenir la balance. La Russie, par sa

force et son voisinage, exercera toujours une grande influence sur

l'empire ottoman. Cette influence lui est aujourd'hui disputée et

presque enlevée par l'Angleterre, qui, étant trop éloignée, cherche à

prendre des _positions rapprochées_, aux dépens du sultan qu'elle entend

protéger et au détriment des tiers. Quelles qu'en soient les suites,

l'Égypte ne devrait pas compter la Russie au nombre de ses ennemis.

Cette idée se trouve renforcée lorsque je jette les yeux sur une dépêche

que la chancellerie impériale a adressée à M. le comte de Médem, consul

général russe en Égypte, le 21 juin 1839, signée par M. le comte de

Nesselrode. Son Altesse le vice-roi ne s'est en rien écarté de la

volonté de Sa Majesté l'empereur Nicolas, relatée mot à mot dans la

susdite dépêche. Il peut donc espérer que la Russie ne lui sera plus

ennemie, comme elle ne chercherait à lui faire aucun mal tant qu'il se

bornera à défendre ce qu'il possédait du consentement de son souverain.

«Cependant il devient inexplicable aujourd'hui que la Russie, qui n'a

aucun grief à opposer à Méhémet-Ali, veuille, par son consentement et au

besoin par ses forces, concourir à l'abaissement du même Méhémet-Ali et

lui enlever la Syrie et le pachalick ou le district d'Adana, qu'il

possédait déjà du consentement de son souverain, et cela lorsque

Méhémet-Ali n'a point tiré parti de sa position heureuse, après Nézib,

pour accélérer la fin du différend, précisément par respect pour les

puissances et d'après leurs assurances bienveillantes.

«Monsieur le maréchal, permettez-moi, ainsi que je l'ai dit, d'invoquer

vos propres lumières et les liaisons que votre éclatant mérite vous a

procurées avec des personnes augustes, pour avoir en détail, par les

faits comme par le raisonnement, votre opinion sur la conduite du

cabinet de Saint-Pétersbourg et sur ses intentions envers Méhémet-Ali et

sa famille.

«Vous me rendrez un grand service, monsieur le maréchal, en m'aidant à

fixer mes idées sur ce point important, et vous me faciliterez les

moyens de me rendre utile à mon auguste maître.

«Je vous prie, en attendant, d'excuser le trop de liberté dont je fais

usage en cette occasion; vous m'y avez encouragé et ne saurez me blâmer

à présent; daignez recevoir enfin l'expression du respect et du

dévouement avec lesquels, etc., etc.»

Je lui répondis la lettre suivante:

Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse (9/9) · 第 17 / 105 题