X.

110.

B. (Belgique), 9 novembre 1910.

Intimement persuadé que le bon Dieu s'est servi de l'intermédiaire de

Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus pour m'accorder la plus grande des

grâces, je crois de mon devoir d'en marquer ici l'expression de ma

profonde reconnaissance.

Bien qu'ayant reçu une éducation profondément chrétienne, j'étais,

hélas! comme Augustin, la victime de toutes les séductions, et sauf un

naturel instinct de révolte contre toute intolérance sectaire, tout en

moi démentait les pieuses ardeurs de ma jeunesse. Je lisais cependant

parfois des vies de saints, mais je n'y cherchais que de curieux

problèmes de psychologie; j'étais un dilettante, et je ne trouvais dans

ces lectures que l'amusement d'un instant.

C'est ainsi qu'un jour,--je dirais par hasard, si tout ici n'était

providentiel--disons: sans motif humainement plausible, le samedi 23

juillet 1904 (je n'oublierai jamais cette date!) j'achetai l'_Histoire

d'une âme_. J'en entamai la lecture, je la poursuivis toute la nuit et,

remué jusqu'aux fibres les plus intimes de l'être, je ne cessai de

sangloter comme un enfant. J'avais à cette date 36 ans. Le surlendemain,

je me confessai. L'année suivante, j'étais tertiaire du Carmel. Je suis

loin d'être un saint, et Sr Thérèse a en moi un bien triste client;

mais enfin, ce que je puis avoir de bon, c'est à coup sûr à elle que je

le dois.

Inutile de vous dire, ma révérende Mère, que depuis lors je professe

pour sa mémoire un véritable culte. Le Père Jésuite auquel je me suis

confessé--vous pouvez avoir son témoignage si vous le désirez--estimait

que j'étais l'objet d'une grâce extraordinaire.

Je vous autorise, ma révérende Mère, à faire de cette communication

l'usage que vous jugerez bon pour la gloire de ma céleste bienfaitrice.

X., _avocat à la Cour d'appel_.

111.

Hospice de Lisieux (Calvados), 18 novembre 1910.

Je suis heureuse d'ajouter aux témoignages de reconnaissance déjà si

nombreux pour Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, celui de ma profonde et

vive gratitude, car elle a exaucé mes prières en m'obtenant la guérison

d'une tumeur que le chirurgien jugeait inopérable, et notre docteur ne

pouvait même plus me soulager.

Il y a six ans (j'en ai 70), je commençai à éprouver de vives douleurs

dans un côté de l'abdomen; mais depuis quatre ans, les souffrances

étaient devenues plus vives et continuelles.

Cette tumeur[276], dont le docteur me disait atteinte, gênait plusieurs

organes intérieurs, ce qui augmentait et multipliait les souffrances.

Au mois d'août 1910, je fis une neuvaine à Sr Thérèse de

l'Enfant-Jésus. J'avais d'abord reçu une relique de la petite Sœur;

puis un jour, on me donna de la terre et des fleurs de sa tombe, je les

mis sur moi, et je les portai et les porte encore avec respect et

vénération.

Pendant cette neuvaine, j'éprouvai des douleurs terribles. Un jour même,

en descendant l'escalier, elles redoublèrent de violence et je sentis

quelque chose qui me torturait les membres à tel point que je tombai sur

les degrés. Le docteur, appelé par notre Mère, ne put en aucune façon me

soulager. Cependant je continuais à prier, ayant toujours confiance que,

si c'était la volonté de Dieu, Sr Thérèse m'obtiendrait ma guérison.

Mon espoir si grand ne fut pas trompé, car le 23 août, dernier jour de

la neuvaine, je me sentis tout à coup complètement guérie et débarrassée

de mon mal. Je pus faire un voyage et passer quelques jours chez ma

nièce. Là, je me nourris de tout ce que l'on me présenta; entre autres,

je mangeai des tripes et du canard que je digérai très bien, tandis

qu'auparavant je ne pouvais prendre que du lait, quelques potages, et

l'estomac ne les digérait pas toujours.

Je ne cesse de remercier chaque jour ma chère petite sainte car, en plus

de ma guérison, elle m'a obtenu de très grandes grâces spirituelles.

Aussitôt que je me sentis guérie, j'éprouvai un bonheur inexprimable,

une sorte de faim de prière. Il me semblait m'entendre dire: «Prie, prie

sans cesse.» J'aurais voulu, je voudrais encore pouvoir le faire jour et

nuit et être retirée dans un cloître afin de prier avec plus de

recueillement.

Comment après cela, ma révérende Mère, vous dire mon affection et ma

reconnaissance pour Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus?... Je voudrais

faire connaître partout la bonté et la puissance de ma céleste

bienfaitrice et répéter sans cesse des paroles à sa louange. Si

j'entendais dire quelque chose contre elle, jamais je ne pourrais le

supporter.

Sr M.-J., _religieuse converse_.

Suivent les signatures de la Mère Supérieure, de M. l'Aumônier de

l'établissement et le certificat du docteur X.

112.

R., France, 27 novembre 1910.

M.-M. L., dont les parents demeurent à P. (Côtes-du-Nord), était, il y a

trois ans, chez les Sœurs Franciscaines de R., comme aide

garde-malade.

Certain jour elle venait de la cuisine portant à bout de bras un grand

plateau contenant le repas des malades, quand, à la descente d'un

escalier de ciment dont les marches sont bordées de fer, elle glissa,

tomba en arrière et se blessa grièvement aux reins et à la hanche

droite.--Souffrant beaucoup de ces deux blessures, elle continua très

courageusement son travail pendant cinq mois environ.

Elle rentra ensuite chez elle, à P..., pour aider sa mère chargée

d'enfants. De plus en plus malade, elle fit ce qu'elle put, s'arrêtant

ou marchant, selon le répit laissé par les crises. A ce moment on

s'aperçut d'un commencement de claudication. Dix mois environ se

passèrent en pareille alternative.

Alors il y eut aggravation du mal par une enflure de la hanche, par «une

poussée du corps vers la gauche», comme dit la malade; enfin par un plus

sensible rapetissement de la jambe droite.

N'y tenant plus, elle revint à R... le 24 juillet 1910. Malgré les soins

des religieuses, la malade dut s'aliter le 3 août suivant, tant les

souffrances lui rendaient la marche intolérable. Le 3 août, visite du

médecin ordinaire de la communauté, le docteur B., qui diagnostiqua une

coxalgie. Le 20 août, il ordonna la mise en gouttière. Les souffrances

de la malade étaient passées entre temps à l'état si aigu qu'elle ne

pouvait supporter, sans crier, qu'on la touchât aux parties malades: la

hanche, les reins et le genou.

C'est à cette époque de douleurs intenses que lui vint l'idée de faire

une neuvaine à la «petite sainte de Lisieux»; cette neuvaine commença le

17 septembre 1910, pendant laquelle elle appliqua sur le mal une petite

relique. Le 26 septembre, jour final de la neuvaine, aucun changement

sensible. On décida de continuer les prières avec application de la

relique.

Le lundi 3 octobre, commencement d'une nouvelle neuvaine. Le soir la

malade est réveillée subitement par des douleurs atroces qui durèrent

sans répit depuis 11 h. jusqu'à 3 h. du matin. A 3 h. elle croit

entendre une sorte de craquement dans sa hanche; la souffrance

disparaît, elle s'endort. A son réveil, elle assure à la garde-malade

qu'elle est guérie; celle-ci ne veut pas le croire; alors la miraculée

se lève et se jette dans ses bras.

La Sœur ne peut retenir ses larmes en voyant la réalité du prodige.

La malade était en effet complètement guérie.

(_Récit de l'aumônier complété par la miraculée à son pèlerinage

d'action de grâces au tombeau de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus._)

Suit le certificat du docteur légalisé à la mairie de R.

113.

St-D. (Seine), 29 novembre 1910.

L'une de nos jeunes Sœurs novices était atteinte d'entérite

muco-membraneuse, occasionnant de continuelles souffrances augmentées

par des crises aiguës très fréquentes que le docteur déclarait être des

crises appendiculaires. Les médecins, après avoir songé à une

intervention chirurgicale, jugèrent plus prudent de ne pas la tenter à

cause de la faiblesse du tempérament et prescrivirent un régime

alimentaire très sévère qui débilitait la malade sans amener

l'amélioration désirée. Elle y était condamnée depuis dix mois et ne

pouvait d'ailleurs s'en écarter, ni se livrer à une occupation quelque

peu fatigante, sans souffrir extrêmement.

La pauvre enfant se désolait dans la crainte fondée de n'être pas admise

à la profession et de se trouver obligée de rentrer dans le monde,

malgré son désir ardent de se consacrer à Nôtre-Seigneur. Lors du

pèlerinage national à Lourdes, au mois d'août dernier, elle avait

demandé et obtenu l'autorisation d'aller solliciter sa guérison sur la

terre privilégiée de la sainte Vierge. Mais notre petite malade nous

était revenue dans un état de souffrance qu'aggravait la fatigue du

voyage.

Alors tout le noviciat implora avec une ferveur persévérante

l'intervention de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, dont la vie offre

naturellement à ces petites âmes désireuses d'aimer Nôtre-Seigneur un

idéal bien capable de les attirer.

Jusqu'au 15 octobre, rien ne changea dans la situation de la malade. Ce

jour-là, à 4 h. de l'après-midi, elle ressentit tout à coup de vives

douleurs et crut qu'une crise plus violente que les précédentes

s'annonçait. Mais après quelques minutes, dit la jeune Sœur, une

sorte de secousse intérieure se produisit, et instantanément toute

douleur disparut. Croyant à peine à son bonheur, elle le fit connaître

discrètement autour d'elle et, le soir même, elle put prendre un repas

plus substantiel sans éprouver aucune souffrance. Convaincue de sa

guérison radicale, elle désirait se mettre immédiatement au régime

commun; nous ne l'y autorisâmes que peu à peu. Maintenant elle suit,

sans aucune exception, la vie de communauté, elle prend sa part de

travail et ne ressent aucun retour du mal qui a disparu avec toutes ses

conséquences.

Cette guérison instantanée ne nous laisse aucun doute sur la douce et

puissante intervention qui nous l'a obtenue.

Après une attente de plus de six semaines, nous regardons comme un

devoir sacré de faire connaître cette faveur, selon le très vif désir de

l'heureuse novice qui craint déjà de se montrer ingrate envers sa sainte

protectrice.

Sr St-V.,

_Supérieure générale des religieuses de N.-D. de la Compassion_.

114.

Soeur Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte Face Histoire d'une âme écrite par elle-même · 第 298 / 403 题