96.
Tours (Indre-et-Loire), 28 juillet 1910.
Vous recevrez, à la fin de cette semaine ou au commencement de l'autre,
un ex-voto que j'offre avec une pieuse reconnaissance à Sr Thérèse de
l'Enfant-Jésus. Voici dans quelle circonstance j'avais fait cette
promesse:
Il y a environ douze jours, une de mes tantes faisait une malheureuse
chute dans la rue et se cassait la cuisse. L'os sortant fit plaie, et le
mal s'aggrava tellement qu'au bout de quelques jours tout espoir était
perdu. Je ne quittais guère ma pauvre blessée car une angoisse me
torturait: je savais ma tante très incroyante, et je ne voulais pas la
voir partir ainsi pour l'au delà.
Cependant le 22 juillet arriva, apportant une nouvelle aggravation du
mal et aucune amélioration morale. La gangrène s'était déclarée et
faisait de terribles progrès. La Sœur garde-malade me demanda s'il
fallait parler. Je crus que le moment était venu. Alors ce fut une lutte
terrible: la mort approchait, ma pauvre tante ne voulait pas recevoir le
prêtre, elle ne voulait pas prier, elle nous repoussait même avec
violence et en blasphémant. Ce fut bientôt une question de minutes...
Malgré toute mon angoisse, je ne désespérais pas et répétais sans cesse:
«Cœur sacré de Jésus, j'ai confiance en vous!» Quand, tout à coup,
poussée par une impulsion irrésistible, je fis mentalement cette prière:
«Mon Jésus, glorifiez votre petite servante Sr Thérèse de
l'Enfant-Jésus; si ma tante consent à se confesser et si elle le peut
faire en pleine connaissance, je lui enverrai un ex-voto au Carmel de
Lisieux.»
A peine avais-je terminé que je me penchai sur la mourante et lui
demandai si elle voulait baiser ma médaille du Sacré-Cœur: elle fit
un signe d'acquiescement et l'embrassa; puis, je lui demandai si elle me
permettait d'amener un prêtre: elle dit «oui» deux fois, et fermement.
L'aumônier, découragé, était parti; personne à la cathédrale, personne à
l'archevêché; enfin je ramenai un prêtre. Je pus en quelques mots le
mettre au courant; ma tante se confessa en pleine lucidité et, à peine
l'absolution donnée, elle perdait connaissance et expirait.
Au ressouvenir de cette grâce inespérée, mon âme s'est émue d'une
reconnaissance sans nom, et c'est avec une joie profonde que je viens
exécuter ma promesse.
Mlle M. V.
97.
(Calvados), 31 juillet 1910.
Le mardi 5 avril 1910, vers 4 h. 1/2 du soir, passant devant le monument
funèbre de M. le comte de Colbert-Laplace, qui se trouve en face du
cimetière de Lisieux, je fus poussée à invoquer Sr Thérèse de
l'Enfant-Jésus pour lui demander la guérison de Mme G...
La manière dont j'avais été attirée à la prier me causa une vive
impression et me donna une certaine assurance d'être exaucée. Cinquante
mètres plus loin, je trouvai une personne qui était chargée, de la part
de Mr G..., de me demander de passer la nuit près de sa femme presque
agonisante.
Vers 8 h. j'arrivai chez la malade que je voyais pour la première fois,
ce ménage n'étant installé dans notre paroisse de Saint-J. de M. que
depuis le 28 décembre 1909. Je la trouvai très mal, éprouvant des
étouffements terribles et de vives douleurs dans le côté gauche,
répandant d'abondantes sueurs froides. Elle me fit remarquer l'enflure
de l'abdomen et de l'estomac; tout faisait prévoir une mort prochaine.
Il faut dire que cette pauvre femme, affaiblie par une pleurésie qui
avait exigé dix vésicatoires, était de plus épuisée par la venue d'un
enfant qu'elle avait porté en ce triste état. Cet enfant, le douzième,
était né six jours avant, le 30 mars 1910.
J'exhortai la malade à la confiance et je lui suggérai d'invoquer la
petite Sr Thérèse dont elle n'avait jamais, me dit-elle, entendu
parler. Ensuite je lui dis de dormir... que je me chargeais du reste.
Dans la soirée, vers 8 h. 3/4, le docteur vint et parut réfléchir
longuement avant de rédiger son ordonnance. Il fut reconduit jusqu'à la
barrière de la cour par le mari et lui dit: «Mon pauvre homme,
qu'allez-vous devenir? Votre femme peut mourir à l'instant; et, si elle
passe la nuit, elle ne passera pas la journée de demain.» Puis il le fit
se tourner et lui traça sur le dos un carré: «Tout cela est creux comme
une lanterne, dit-il, et le poumon gauche est complètement pourri.»
Pendant la nuit, la malade n'eut aucun repos. Entre 5 h. 1/4 et 5 h. 1/2
du matin, alors que j'étais dans la cuisine contiguë à la chambre, elle
se sentit plus mal et appela son mari; un instant après, ses yeux se
portèrent sur un tableau de Jésus en croix qui était près de son lit et
elle s'écria: «Oh! que c'est beau! que c'est beau!» puis elle se mit à
rire et à pleurer.
A ce bruit qui me parut étrange, je me rendis près d'elle; aussitôt elle
me dit: «O ma Sœur, que c'était beau! J'ai vu le ciel ouvert, puis
j'ai entendu distinctement à mon oreille une petite voix si douce qui
m'a dit: «_Aie confiance! tu guériras_...» Mais, ma Sœur, criez donc
au miracle! je suis guérie, je ne souffre plus du tout, je ne suis plus
enflée, je marcherais bien, je veux me lever!»
On ne le lui permit pas. A ce moment je ne pensais nullement au miracle,
mais simplement à un délire qui annonçait la mort prochaine. Alors elle
dit à son mari, à sa mère et à moi: «Otez toute cette pharmacie qui est
là devant moi; retirez-vous, fermez la porte, que je sois seule pour
penser aux belles choses que j'ai vues!...»
Dans la journée le médecin revint et dit au mari: «Je suis stupéfait, je
n'y comprends plus rien!» et à la femme: «Je ne sais pas d'où vous
revenez, vous êtes ressuscitée!...»--«Cette guérison est un miracle»,
dit-il encore à d'autres.
Le miracle était bien réel, car voilà plusieurs mois que Mme G...
jouit d'une parfaite santé et peut donner elle-même à sa nombreuse
famille tous les soins qu'elle réclame.
Sr St-J.
La guérison s'est parfaitement maintenue jusqu'à ce jour.