Le 2 janvier, une de nos élèves, âgée de onze ans, enfant de complexion
délicate, est prise de la fièvre; on la soigne pour un point de côté.
Quinze jours plus tard, la fillette se lève et constate que les jambes
lui font mal, qu'elle a beaucoup de peine à marcher. Le médecin attribue
ses souffrances à la faiblesse, ordonne des fortifiants et fait
frictionner les jambes; mais notre petite malade ne peut souffrir qu'on
y touche sans pousser des cris, tant les douleurs sont vives et le mal
fait des progrès.
Un second médecin consulté déclare de la métrifrictrique et veut forcer
l'enfant à marcher; celle-ci ne peut plus faire un pas seule et sans
grandes douleurs, les frictions deviennent intolérables.
Désolés de voir tant souffrir leur fillette sans qu'aucun remède puisse
enrayer le mal, les parents font appel à un autre médecin, qui la soigne
pour de la coxalgie. Après un mois de nouveaux traitements, la maladie,
loin de céder, s'accentue toujours. Ce ne sont plus les jambes seules
qui, en lui refusant service, la font souffrir; les reins sont aussi
attaqués, les os se disjoignent, une bosse se forme. Le médecin veut
mettre sa malade dans une gouttière, mais il fait d'abord consulter un
spécialiste qui croit que l'enfant est atteinte de paralysie de la
moelle épinière. «Essayons l'électricité, dit le praticien, peut-être
obtiendrons-nous un peu d'amélioration, peut-être marchera-t-elle dans
un an.»
Notre petite élève s'attristait beaucoup, car l'époque de la première
Communion approchait et elle comprenait qu'elle serait hors d'état de la
faire avec ses compagnes.
Voyant que la science humaine était impuissante, nous eûmes la pensée de
lui faire connaître Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus dont nous lisions la
Vie, et nous l'engageâmes à lui demander sa guérison.
Cette pensée mit la joie dans son âme, elle s'écria: «La petite Fleur de
Jésus me guérira! je marcherai pour ma première Communion!» Depuis ce
jour, elle l'invoquait sans cesse. Ses parents s'unissaient à elle matin
et soir, nos enfants priaient aussi avec confiance; mais la «petite
Fleur» semblait sourde à nos supplications. Trois semaines avant la
première Communion, l'enfant allait plus mal. Tout espoir de guérison
était perdu. Suivant l'avis du dernier docteur, elle avait été
électrisée deux fois sans succès; n'avait-il pas dit: «Peut-être
marchera-t-elle dans un an!»
Or, dans la nuit du mercredi au jeudi de Pâques (il y avait toujours de
la lumière dans la chambre, l'enfant étant devenue très peureuse et
dormant très peu), en ouvrant les yeux elle vit, selon son expression,
«une jolie petite figure» qui lui souriait. Elle fut légèrement effrayée
et fit un signe de croix. L'apparition sourit davantage, sembla se
rapprocher d'elle et lui dit: «_Tu marcheras dans peu de temps.....
aujourd'hui même_!» Puis elle resta quelques instants, toujours
souriante, à contempler sa petite protégée, tout à fait rassurée, et
disparut.....
Le matin, l'heureuse voyante dit à ses parents: «Je vais marcher
aujourd'hui; j'ai vu cette nuit ma «petite Fleur» qui me l'a dit.» Elle
n'avait jamais vu de photographie de Sr Thérèse, mais son cœur lui
disait que cette angélique vision ne pouvait être que la petite sainte
qu'elle invoquait avec tant de confiance.
Vers 3 heures de l'après-midi, une voix suave et douce, qu'elle
reconnaît bien, se fait entendre à son oreille: «_Marche!_» dit-elle. La
malade se lève aussitôt et elle court se jeter dans les bras de sa mère,
qui ne peut croire à tant de bonheur...
Il y avait trois mois que l'enfant ne marchait plus.
Quelques jours plus tard, l'heureuse privilégiée vint nous voir et nous
lui mîmes dans les mains l'_Histoire d'une âme_. Lorsqu'elle fut en face
de la première gravure, l'enfant s'écria: «C'est bien elle que j'ai vue,
je la reconnais!» puis elle ajouta: «Elle était en religieuse, cependant
je n'avais pas remarqué le voile, sa figure seule s'est gravée dans mon
âme.»
Sa physionomie en porte l'empreinte... La petite sainte lui a inspiré
des pensées sérieuses pendant sa maladie; elle nous l'a rendue, je
pourrais dire _convertie_!
A partir du jeudi de Pâques, 31 mars, notre petite élève marcha très
bien. Elle a eu le grand bonheur, grâce à Sr Thérèse, de faire sa
première Communion et d'être confirmée avec ses compagnes.
Mlle X., _directrice de l'école libre_.
94.
Saint-Jean-de-Luz (Basses-Pyrénées), 23 juillet 1910.