Suit le certificat du docteur.
38[271].
Carmel de.... Espagne, 7 avril 1909.
J'éprouve un désir très grand, ma Révérende Mère, de vous raconter un
petit miracle opéré par notre bien-aimée Sr Thérèse. Nous possédons
ici sa Vie abrégée, en espagnol; mais, la première fois que je lus ce
livre, je n'eus pour elle qu'une grande indifférence, je me dis: «Cette
petite Sœur est par trop enthousiaste!» Un jour qu'on me demandait ce
que je pensais de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, ma réponse fut
celle-ci: «Ce que j'en pense? c'est qu'elle ne me plaît pas!» Thérèse
allait se venger en reine... Quelque temps après, une de nos postulantes
nous apporte un exemplaire français de l'_Histoire d'une âme_. Je ne
comprenais pas un seul mot de cette langue; mais, tentée d'une très
grande curiosité, je dis à notre Révérende Mère: «Ma Mère, voudriez-vous
me permettre de lire ce livre?» Notre Mère Prieure, toute surprise,
répondit: «Permission pour lire ce livre? et de quel profit vous peut-il
être puisque vous ne comprenez pas le français?--Mais je ne sais quelle
force intérieure m'attire et me dit de le lire.» La permission me fut
accordée.
Et que vous dirai-je, ma bien chère Mère, de mon impression et de la
très grande allégresse qu'éprouva mon pauvre cœur, de voir qu'en
commençant à lire les premières pages de ce livre d'or, je compris dans
la perfection la langue française!... Toute la communauté en resta dans
un grand étonnement. Ma Mère, que de lumières j'ai reçues en lisant ces
pages embaumées d'un parfum si céleste! que de grâces intimes connues de
Jésus seul! Lorsque mon esprit se trouve dans la sécheresse, quelques
pages seulement de la vie de l'angélique Thérèse suffisent pour
enflammer mon âme de l'amour divin.
Aussi toute l'indifférence que j'avais pour elle s'est transformée en
amour le plus reconnaissant et le plus profond. Que de fois, en me
jetant à genoux, lui ai-je demandé pardon de ma faute! Qu'elle m'accorde
la grâce d'aimer Jésus comme elle l'a aimé, afin qu'un jour je puisse
faire partie de la légion des petites victimes de l'amour divin et
chanter en sa compagnie les miséricordes du Seigneur!
Sr...
Cette religieuse, ayant été interrogée plus tard sur la manière dont
elle avait réussi à écrire en français la lettre qui précède, répondit
que c'était une continuation de la faveur reçue.
En novembre 1910, une jeune Sœur d'un autre Carmel d'Espagne nous
confia avoir reçu une grâce identique en tous points à la première, soit
pour la forme extérieure, soit pour les effets intérieurs. Interrogée à
son tour sur son récit, fait par elle-même en français, elle écrivit ce
qui suit:
«Je ne savais pas si vous alliez pouvoir lire ma lettre, je la croyais
comblée de fautes, car je n'avais jamais écrit un seul mot de français
en toute ma vie; de même qu'avant de lire l'_Histoire d'une âme_, je ne
comprenais pas un seul mot de cette langue. C'est par un effet de la
même grâce que j'ai pu lire et écrire. Notre angélique Sr Thérèse a
été ma seule maîtresse de français. Ah! cette faveur m'en a procuré une
autre incomparablement plus grande, celle de l'avoir pour maîtresse en
sa petite voie d'enfance spirituelle. Je ne puis dire, ma Révérende
Mère, ma reconnaissance envers cette bien-aimée sainte!
39.
Paris, 24 avril 1909.
Dans la dernière quinzaine de février, je fus prise d'un coryza aigu qui
dégénéra vite en grippe infectieuse. Une otite des plus douloureuses fit
suite à cette grippe, je devins complètement sourde et, après avoir subi
deux fois la paracentèse du tympan, une mastoïdite se déclara. Elle fut
des plus graves; ses débuts amenèrent vite des symptômes de méningisme.
Le spécialiste qui me soignait ne voulut pas prendre sur lui seul la
responsabilité de cette maladie si terrible en complications, et appela
à mon chevet le célèbre spécialiste des hôpitaux, qui lui-même voulut
avoir l'avis d'un autre confrère. Les six premiers jours de ces
consultations, les progrès du mal furent étroitement et savamment
surveillés; les soins les plus minutieux, les plus énergiques me furent
prodigués et, malgré cela, la fièvre allait croissant, alternant de 40°
à 41°. Enfin le matin du septième jour, le mot d'opération fut prononcé
et j'y fus préparée par de délicats ménagements. Dès le premier jour de
la consultation des trois docteurs, je commençai avec ferveur une
neuvaine à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus du Carmel de Lisieux. Le mal
pourtant allait s'aggravant, mais je gardais très ferme ma confiance.
Ma famille, plusieurs Carmels et d'autres personnes s'unirent dans la
même prière. L'opération semblait pour tous une évidence et devait se
faire le dimanche qui était le neuvième jour de ma neuvaine. La veille
je voulus recevoir la sainte communion; les préparatifs se faisaient, je
lisais une douloureuse angoisse dans les yeux rougis de ma sœur.
Le soir j'eus 41° de fièvre; ma nuit fut atroce; les douleurs cérébrales
m'arrachaient des cris et, malgré cela, ma foi était inébranlable... une
voix intérieure, infiniment douce, m'insinuant le triomphe de mes
prières, celles de ma chère famille sur le Cœur de Jésus!...
Oh! cette voix intérieure je l'entendrai toujours!... «Sr Thérèse de
l'Enfant-Jésus, suppliai-je avec ferveur, j'ai foi en votre sainteté,
ne m'abandonnez pas, demandez à Jésus qu'il ait pitié de ma mère, qu'il
exauce les prières de mes chères tantes, qu'il entende les invocations
des Carmels, qu'il ait pitié de moi!» Et toujours cette même voix si
douce faisait descendre en moi une suave confiance!... Ma tante,
carmélite, eut la même intuition très énergique, elle était certaine que
je ne serais pas opérée.
Le matin de l'opération arriva: à 7 h., j'avais 40° de fièvre! je priai,
m'isolant dans une foi absolue.
A 8 h. 1/2 les docteurs arrivèrent, prêtant la main aux derniers
préparatifs... J'eus un dernier élan! «Sœur Thérèse, suppliai-je,
restez avec moi, ne m'abandonnez pas, j'ai foi, j'ai confiance!» Les
docteurs entrèrent: il fallait me résigner... Quand, soudain, un
apaisement de mon mal, une décroissance subite de ma fièvre et
l'écoulement de l'abcès de ma mastoïde se faisant normalement par
l'oreille! J'eus un cri d'allégresse, j'étais guérie! Les docteurs ne
voulaient pas en croire leurs yeux; ils observèrent, constatèrent, et
furent muets de stupéfaction, enregistrant un cas unique dans la
mastoïdite.
Oh! merci de toute mon âme à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus que je
vénère et glorifie comme une sainte!
40.
_Relations de la Révérende Mère Saint-Jean Berchmans, Fondatrice et
Supérieure des Missions des Sœurs de la Providence à Madagascar._
I
Ambatolampy (Madagascar), 16 mai 1909.
Je suis depuis deux jours à l'hôpital de X. auprès de ma Sœur
Ste-R., atteinte de fièvre bilieuse hématurique. Le cas est mortel.
Deux Européens de Tananarive viennent d'être enlevés en quarante-huit
heures par cette maladie. Notre si chère Sœur a été plusieurs fois
sur le point d'expirer; un miracle seul peut la sauver, nous le
demandons ardemment à Notre-Dame de Lourdes par l'intercession de
l'angélique Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus.