L. M.

21.

F., Angleterre.

Dans la troisième semaine de juin 1908, sœur Catherine C., postulante

au noviciat de la congrégation de X., Londres, glissa malheureusement

deux marches d'un escalier et se foula gravement le pied. Le repos et

les remèdes ordonnés par le médecin n'apportèrent aucune amélioration.

Le pied restait enflé et décoloré, de sorte que la sœur ne pouvait

marcher.

_On fait examiner la blessure à l'Hôpital du Royal Collège

au moyen des Rayons X,_

et le pied malade est enfermé dans une gouttière de plâtre. Le

chirurgien ordonne qu'il reste ainsi durant six semaines. Au bout de ce

temps, le mal n'ayant point diminué, et la sœur souffrant beaucoup,

on essaya un vésicatoire pour réduire l'enflure, mais sans plus de

succès. Enfin, le spécialiste de l'Hôpital fut appelé à F. Après une

consultation avec le médecin du couvent, il donna une très sérieuse

appréciation du mal, et déclara qu'il n'espérait le guérir que sous sa

particulière surveillance.

_Une opération devient nécessaire._

Ayant su que les parents de la novice désiraient qu'elle fût soignée

chez eux, le spécialiste parla d'écrire à un certain professeur du pays

pour lui donner ses conseils au sujet de l'opération. De plus, il

avertit que les plus grandes précautions seraient à prendre pour le

voyage, et que le moindre choc suffirait pour aggraver le mal et rendre

une amputation inévitable.

Le mardi suivant, 3 novembre, le Révérend Père C., frère de la novice,

arriva à F. dans le but de la ramener chez elle. Il fut bien affligé de

l'état de son pied, et, en le voyant d'une si mauvaise couleur, enflé et

complètement informe, il comprit clairement qu'une opération devenait

urgente.

On prit des mesures pour qu'une voiture d'ambulance se trouvât prête dès

l'arrivée de l'infirme à G. Jusqu'alors on avait caché à sœur

Catherine la nécessité de son départ. Elle fit des instances pour rester

au monastère, mais le cas était trop grave et il lui fallut accepter

l'épreuve. Elle fit donc bien tristement ses adieux au noviciat, et la

voiture qui devait l'emporter loin du couvent qu'elle aimait et

regrettait si vivement, fut demandée pour le lendemain matin, à huit

heures et demie.

_Venons maintenant à la Thaumaturge_

qui intervint si merveilleusement cette nuit-là même.

Lors de l'accident, on avait placé sur le pied malade une médaille du

Sacré-Cœur, on avait employé de l'eau de Lourdes pour les pansements.

Des neuvaines furent faites au Sacré-Cœur, à la très sainte Vierge et

à plusieurs saints, mais le Ciel semblait sourd à toutes les demandes.

Le 30 octobre, après la décision du chirurgien, sœur Catherine, de

l'avis de sa Supérieure, commença une neuvaine à Sr Thérèse de

l'Enfant-Jésus et plaça parmi ses bandages un pétale de rose avec lequel

Sr Thérèse avait autrefois embaumé et caressé son crucifix, sur son

lit d'agonie. On avait d'ailleurs dans le couvent une grande dévotion à

cette jeune sainte contemporaine, et cette dévotion était sur le point

de recevoir sa récompense.

«Le vendredi soir, 30 octobre, écrit sœur Catherine dans sa relation,

j'avais commencé une neuvaine à la «Petite Fleur» avec une grande

confiance. Je ne la perdais pas de vue un seul instant, toujours je la

priais d'avoir pitié de moi et de me guérir pour sauver ma vocation.

«Le 3 novembre, veille de mon départ, je me couchai vers 9 heures,

ressentant une excessive douleur dans le pied. Je conjurai alors la

Petite Fleur» de m'obtenir enfin du Dieu Tout-Puissant ma guérison. A

chaque fois que je m'éveillais, je lui faisais les mêmes instances. Vers

3 heures, je m'éveillai encore, mais cette fois, ma cellule était

remplie de lumière. Je ne savais quoi penser de cette exquise clarté et

je m'écriai: «_O mon Dieu! qu'est-ce que cela?_» Je restai dans cette

«lumière pendant trois quarts d'heure, et je n'arrivais pas à me

rendormir, malgré mes efforts. Alors je sentis comme l'impression de

quelqu'un qui enlevait les couvertures de mon lit et m'excitait à me

lever. Je remuai mon pied, et quelle ne fut pas ma surprise de trouver

les sept mètres de bandages, qui avaient été liés très fortement et dont

je n'aurais pu me passer, complètement retirés. Je regardai mon pied, il

était entièrement guéri. Je me levai, je marchai, et, ne sentant plus

aucun mal, je tombai à genoux en m'écriant: «_O Petite Fleur de Jésus,

qu'est-ce que vous avez fait pour moi ce matin! Je suis guérie!_»

Vers l'heure de la Messe, on vint chercher sœur Catherine pour la

conduire à la chapelle, mais elle dit qu'elle n'avait plus besoin de

l'appui d'un bras, ni de la canne dont elle se servait d'habitude. Elle

descendit seule l'escalier et courut vers sa Supérieure.

«_La_ «_Petite Fleur_» _m'a guérie!_

ma Mère», lui dit-elle. Et tout aussitôt, la nouvelle se répandit dans

la communauté, comme une traînée de poudre. Une sorte de crainte planait

sur la maison avec le sentiment que Dieu avait passé par là.

La Mère Provinciale vint bientôt et se rendit compte par elle-même de

l'événement. Pour prouver qu'elle était bien guérie, la novice marcha de

long en large à l'extérieur de l'église, et montra qu'elle portait sa

chaussure ordinaire, au lieu de la chaussure d'infirme qu'on lui avait

préparée à cause de l'enflure.

Enfin, elle resta tout le temps de la Messe à genoux et marcha d'un pas

ferme pour recevoir la sainte Communion des mains de son frère. Celui-ci

ignorait encore le miracle, mais il avoua ensuite que jamais, depuis sa

première Messe, il n'avait reçu autant de consolations divines qu'à

cette Messe-là. Témoignage touchant encore du pouvoir d'intercession de

Sr Thérèse en faveur des prêtres, pour lesquels elle aimait tant à

prier!

Immédiatement après la Messe, la Mère Prieure alla le trouver et lui

raconta ce qui était arrivé. Alors, très ému, il entonna le _Te Deum_,

que la novice poursuivit debout avec la Communauté entière, dans une

joie et une émotion indicibles.

L'examen du pied montra que la décoloration, l'enflure, les marques du

vésicatoire et des pointes de feu avaient disparu et qu'il était revenu

à sa forme naturelle.

La gratitude de la novice et des sœurs fut profonde, en vérité,

devant cette intervention de leur bien-aimée «Petite Fleur». D'autres,

pour lesquels son parfum odorant est une joie toujours renaissante,

apprendront avec plaisir ce nouveau gage de sa puissance au milieu d'une

génération incroyante.

«Vous nous regarderez d'en haut, n'est-ce pas?» disait-on à Sr

Thérèse de l'Enfant-Jésus, lorsque, âgée de 24 ans, elle était mourante

à Lisieux.

«_Non_, répondit-elle, _je descendrai_.»

A F., comme en bien d'autres lieux, la «_Fleur de Jésus_» descendit.

Soeur Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte Face Histoire d'une âme écrite par elle-même · 第 223 / 403 题