Air: _Le fil de la Vierge ou La Rose mousse._

Jésus, quand je te vois soutenu par ta Mère,

Quitter ses bras,

Essayer en tremblant sur notre triste terre

Tes premiers pas;

Devant toi je voudrais effeuiller une rose

En sa fraîcheur,

Pour que ton petit pied bien doucement repose

Sur une fleur.

Cette rose effeuillée est la fidèle image,

Divin Enfant!

Du cœur qui veut pour toi s'immoler sans partage

A chaque instant.

Seigneur, sur tes autels plus d'une fraîche rose

Aime à briller;

Elle se donne à toi, mais je rêve autre chose:

C'est m'effeuiller...

La rose en son éclat peut embellir ta fête,

Aimable Enfant!

Mais la rose effeuillée, on l'oublie, on la jette

Au gré du vent...

La rose, en s'effeuillant, sans recherche se donne

Pour n'être plus.

Comme elle, avec bonheur, à toi je m'abandonne,

Petit Jésus!

L'on marche sans regret sur des feuilles de rose,

Et ces débris

Sont un simple ornement que sans art on dispose,

Je l'ai compris...

Jésus, pour ton amour j'ai prodigué ma vie,

Mon avenir;

Aux regards des mortels, rose à jamais flétrie,

Je dois mourir!

Pour toi je dois mourir, Jésus, beauté suprême,

Oh! quel bonheur!

Je veux en m'effeuillant te prouver que je t'aime

De tout mon cœur.

Sous tes pas enfantins je veux avec mystère

Vivre ici-bas;

Et je voudrais encore adoucir au Calvaire

Tes derniers pas...

Mai 1897.

[Illustration]

L'abandon.

«L'abandon est le fruit délicieux de l'amour.»

_Saint Augustin._

Il est sur cette terre

Un arbre merveilleux;

Sa racine, ô mystère!

Se trouve dans les cieux.

Jamais, sous son ombrage,

Rien ne saurait blesser;

Là, sans craindre l'orage,

On peut se reposer.

De cet arbre ineffable,

_L'amour_, voilà le nom;

Et son fruit délectable

S'appelle l'_abandon_!

Ce fruit, dès cette vie,

Me donne le bonheur;

Mon âme est réjouie

Par sa divine odeur.

Ce fruit, quand je le touche,

Me paraît un trésor;

Le portant à ma bouche,

Il m'est plus doux encor.

Il me donne en ce monde

Un océan de paix;

En cette paix profonde

Je repose à jamais.

Seul, l'_abandon_ me livre

En tes bras, ô Jésus!

C'est lui qui me fait vivre

Du pain de tes élus;

A toi je m'abandonne,

O mon divin Epoux!

Et je n'ambitionne

Que ton regard si doux.

Toujours je veux sourire,

M'endormant sur ton Cœur...

Et là, je veux redire

Que je t'aime, Seigneur!

Comme la pâquerette

Au calice vermeil,

Moi, petite fleurette,

Je m'entr'ouvre au soleil.

Mon doux soleil de vie,

O mon aimable Roi!

C'est ta divine Hostie,

Petite comme moi...

De sa céleste flamme

Le lumineux rayon

Fait naître dans mon âme

Le parfait _abandon_.

Toutes les créatures

Peuvent me délaisser;

Je saurai sans murmures

Près de toi m'en passer.

Et si tu me délaisses,

O mon divin Trésor!

N'ayant plus tes caresses,

Je veux sourire encor.

En paix je veux attendre,

Doux Jésus, ton retour,

Et sans jamais suspendre

Mes cantiques d'amour!

Non, rien ne m'inquiète,

Rien ne peut me troubler.

Plus haut que l'alouette

Mon âme sait voler!

Au-dessus des nuages,

Le ciel est toujours bleu;

On touche les rivages

Où règne le bon Dieu!

J'attends en paix la gloire

Du céleste séjour,

Car je trouve au ciboire

_Le doux fruit de l'amour_!

Mai 1897.

[Illustration: LA VIERGE-MÈRE

_Reproduction d'un tableau peint par «Céline», en 1864 à la demande de

Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus._]

_A ce Festin d'Amour que te donne ta Mère Oh! daigne m'inviter, Jésus,

mon petit Frère!_]

Soeur Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte Face Histoire d'une âme écrite par elle-même · 第 159 / 403 题