Première poésie de Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus.
La Rosée divine ou le Lait virginal de Marie.
Air: _Noël d'Adam_.
Mon doux Jésus, sur le sein de ta Mère
Tu m'apparais tout rayonnant d'amour;
Daigne à mon cœur révéler le mystère
Qui t'exila du céleste séjour.
Ah! laisse-moi me cacher sous le voile
Qui te dérobe à tout regard mortel.
Près de toi seule, ô matinale étoile,
Mon âme trouve un avant-goût du ciel!
Quand, au réveil d'une nouvelle aurore,
Du soleil d'or on voit les premiers feux,
La tendre fleur qui commence d'éclore
Attend d'en haut un baume précieux:
C'est du matin la perle étincelante,
Mystérieuse et pleine de fraîcheur,
Qui, produisant une sève abondante,
Tout doucement fait entr'ouvrir la fleur.
C'est toi, Jésus, la Fleur à peine éclose.
Je te contemple à ton premier éveil;
C'est toi, Jésus, la ravissante rose,
Le frais bouton, gracieux et vermeil.
Les bras si purs de ta Mère chérie
Forment pour toi: berceau, trône royal.
Ton doux soleil, c'est le sein de Marie,
_Et ta rosée est le lait virginal!_
Mon Bien-Aimé, mon divin petit Frère,
En ton regard je vois tout l'avenir:
Bientôt pour moi tu quitteras ta Mère;
Déjà l'amour te presse de souffrir!
Mais sur la croix, ô Fleur épanouie!
Je reconnais ton parfum matinal;
Je reconnais les perles de Marie:
_Ton sang divin c'est le lait virginal!_
Cette rosée, elle est au sanctuaire,
L'Ange voudrait s'en abreuver aussi;
Offrant à Dieu sa sublime prière,
Comme saint Jean il redit: «_Le Voici!_»
Oui, le voici ce Verbe fait Hostie,
Prêtre éternel, Agneau sacerdotal!
Le Fils de Dieu, c'est le Fils de Marie...
_Le Pain de l'Ange est le lait virginal!_
Le Séraphin se nourrit de la gloire,
Du pur amour et du bonheur parfait;
Moi, faible enfant, je ne vois au ciboire
Que la couleur, la figure du lait.
Mais c'est le lait qui convient à l'enfance,
Du Cœur divin, l'amour est sans égal...
O tendre amour, insondable puissance!
_Ma blanche Hostie est le lait virginal!_