[Illustration: L'infirmerie et la cellule de Sr Thérèse de
l'Enfant-Jésus sont marquées d'une †. La première au rez-de-chaussée,
la deuxième au premier étage.--La Servante de Dieu, le jour où elle
pleura en voyant la petite poule blanche, se trouvait dans la prairie,
au premier plan vers la gauche.
Au fond de ce cloître se trouve l'infirmerie de Sr Thérèse de
l'Enfant-Jésus. Ou aperçoit le lit où elle mourut et le fauteuil qui fut
a son usage pendant sa maladie.]
En entrant à l'infirmerie, le regard de Thérèse se tourna d'abord vers
la Vierge miraculeuse que nous y avions installée. Il serait impossible
de traduire l'expression de ce regard: «Que voyez-vous?» lui dit sa
sœur Marie,--celle-là même qui, dans son enfance, fut témoin de son
extase et lui servit aussi de mère.--Elle répondit:
«Jamais elle ne m'a paru si belle!... mais aujourd'hui c'est la statue;
_autrefois, vous savez bien que ce n'était pas la statue...»_
Souvent depuis, l'angélique enfant fut consolée de la même manière. Un
soir elle s'écria:
«Que je l'aime la Vierge Marie! Si j'avais été prêtre, que j'aurais bien
parlé d'elle! On la montre inabordable, il faudrait la montrer imitable.
_Elle est plus mère que reine!_ J'ai entendu dire que son éclat éclipse
tous les saints, comme le soleil à son lever fait disparaître les
étoiles. Mon Dieu! que cela est étrange! Une mère qui fait disparaître
la gloire de ses enfants! Moi, je pense tout le contraire; je crois
qu'elle augmentera de beaucoup la splendeur des élus... La Vierge Marie!
comme il me semble que sa vie était simple!»
Et, continuant son discours, elle nous fit une peinture si suave, si
délicieuse de l'intérieur de la sainte Famille, que nous en restâmes
dans l'admiration.
* * * * *
Une épreuve bien sensible l'attendait. Depuis le 16 août jusqu'au 30
septembre, jour bienheureux de sa communion éternelle, à cause de
vomissements qui se produisaient sans cesse, il ne lui fut plus possible
de recevoir la sainte Eucharistie. Le Pain des Anges! qui donc l'avait
plus aimé que ce séraphin de la terre? Combien de fois, même en plein
hiver de cette dernière année, après ses nuits de cruelles souffrances,
la courageuse enfant se leva dès le matin, pour se rendre à la Table
sainte! Elle ne croyait jamais acheter trop cher le bonheur de s'unir à
son Dieu.
Avant d'être privée de cette nourriture céleste, Notre-Seigneur la
visita souvent sur son lit de douleur. La communion du 16 juillet, fête
de Notre-Dame du Mont-Carmel, fut particulièrement touchante. Pendant la
nuit, elle composa le couplet suivant qui devait être chanté avant la
communion:
Toi qui connais ma petitesse extrême,
Tu ne crains pas de t'abaisser vers moi!
Viens en mon cœur, ô Sacrement que j'aime;
Viens en mon cœur... il aspire vers toi.
Je veux, Seigneur, que ta bonté me laisse
Mourir d'amour après cette faveur;
Jésus! entends le cri de ma tendresse,
Viens en mon cœur!
Le matin, au passage du Saint Sacrement, le pavé de nos cloîtres
disparaissait sous les fleurs des champs et les roses effeuillées. Un
jeune prêtre, devant célébrer, ce jour-là même, sa première Messe dans
notre chapelle, porta le Viatique sacré à notre douce malade. Et sœur
Marie de l'Eucharistie, dont la voix mélodieuse avait des vibrations
célestes, chanta selon son désir:
Mourir d'amour, c'est un bien doux martyre,
Et c'est celui que je voudrais souffrir.
O Chérubins! accordez votre lyre,
Car, je le sens, mon exil va finir...
* * * * *
Divin Jésus, réalise mon rêve:
Mourir d'amour!
Quelques jours après, la petite victime de Jésus se trouva plus mal; et,
le 30 juillet, elle reçut l'Extrême-Onction. Toute radieuse elle disait
alors:
«La porte de ma sombre prison est entr'ouverte, je suis dans la joie,
surtout depuis que notre Père Supérieur m'a assuré que mon âme ressemble
aujourd'hui à celle d'un petit enfant après le baptême.»
Sans doute, elle pensait s'envoler bien vite au milieu de la blanche
phalange des Saints Innocents. Elle ne savait pas que deux mois de
martyre la séparaient encore de sa délivrance.
Un jour, elle dit à la Mère Prieure:
«Ma Mère, je vous en prie, donnez-moi la permission de mourir...
Laissez-moi offrir ma vie à telle intention...»
Et, comme cette permission lui était refusée:
«Eh bien, reprit-elle, je sais qu'en ce moment le bon Dieu désire tant
_une petite grappe de raisin_, que personne ne veut lui offrir, qu'il va
bien être obligé _de venir la voler..._ Je ne demande rien, ce serait
sortir de ma voie d'abandon, je prie seulement la Vierge Marie de
rappeler à son Jésus le titre de _Voleur_ qu'il s'est donné lui-même
dans le saint Evangile, afin qu'il n'oublie pas de venir _me voler_.»
Un jour, on lui apporta une gerbe d'épis de blé. Elle en prit un
tellement chargé de grains qu'il s'inclinait sur sa tige, et le
considéra longtemps... puis elle dit à la Mère Prieure:
«Ma Mère, cet épi est l'image de mon âme: _le bon Dieu m'a chargée de
grâces pour moi et pour bien d'autres!_.... Ah! je veux m'incliner
toujours sous l'abondance des dons célestes, reconnaissant que tout
vient d'en haut.»
Elle ne se trompait pas: oui, son âme était chargée de grâces... et
qu'il semblait facile de distinguer l'Esprit de Dieu se louant lui-même
par cette bouche innocente!
Cet Esprit de vérité n'avait-il pas déjà fait écrire à la grande Thérèse
d'Avila:
«_Avec une humble et sainte présomption, que les âmes arrivées à l'union
divine se tiennent en haute estime, qu'elles aient sans cesse devant les
yeux le souvenir des bienfaits reçus et se gardent bien de croire faire
acte a humilité en ne reconnaissant pas les grâces de Dieu. N'est-il
pas clair qu'un souvenir fidèle des bienfaits augmente l'amour envers le
bienfaiteur? Comment celui qui ignore les richesses dont il est
possesseur pourra-t-il en faire part et les distribuer avec
libéralité?_»
* * * * *
Ce n'est pas la seule fois que _la petite Thérèse de Lisieux_ prononça
des paroles véritablement inspirées.
Au mois d'avril 1895, alors qu'elle était très bien portante, elle fit
cette confidence à une religieuse ancienne et digne de foi:
«Je mourrai bientôt; je ne vous dis pas que ce soit dans quelques mois;
_mais, dans 2 ou 3 ans au plus: je le sens par ce qui se passe dans mon
âme_.»
Les novices lui témoignaient leur surprise de la voir deviner leurs plus
intimes pensées:
«Voici mon secret, leur dit-elle: je ne vous fais jamais d'observations
sans invoquer la Sainte Vierge, je lui demande de m'inspirer ce qui doit
vous faire le plus de bien; et moi-même je suis souvent étonnée des
choses que je vous enseigne. Je sens simplement, en vous les disant, que
je ne me trompe pas et que Jésus vous parle par ma bouche.»
Pendant sa maladie, une de ses sœurs venait d'avoir un moment de
pénible angoisse, presque de découragement, à la pensée d'une inévitable
et prochaine séparation. Entrant aussitôt après à l'infirmerie, sans
rien laisser paraître de sa peine, elle fut bien surprise d'entendre
notre sainte malade lui dire d'un ton sérieux et triste: «Il ne faudrait
pas pleurer comme ceux qui n'ont pas d'espérance!»
Une de nos Mères, étant venue la visiter, lui rendait un léger service.
«Que je serais heureuse, pensait-elle, si cet ange me disait: Au Ciel,
je vous rendrai cela!»--Au même instant, sœur Thérèse de
l'Enfant-Jésus se tournant vers elle, lui dit: «Ma Mère, _au Ciel je
vous rendrai cela_!»
Mais le plus surprenant, c'est qu'elle paraissait avoir conscience de la
mission pour laquelle le Seigneur l'avait envoyée ici-bas. Le voile de
l'avenir semblait tombé devant elle; et, plus d'une fois, elle nous en
révéla les secrets en des prophéties déjà réalisées:
«_Je n'ai jamais donné au bon Dieu que de l'amour, disait-elle, il me
rendra de l'amour._--APRÈS MA MORT, JE FERAI TOMBER UNE PLUIE DE ROSES.»
Une Sœur lui parlait de la béatitude du ciel. Elle l'interrompit,
disant: «Ce n'est pas cela qui m'attire...
--Quoi donc?
--Oh! c'est l'AMOUR! Aimer, être aimée, _et revenir sur la terre pour
faire aimer l'_AMOUR.»
Un soir, elle accueillit Mère Agnès de Jésus avec une expression toute
particulière de joie sereine:
«Ma Mère, quelques notes d'un concert lointain viennent d'arriver
jusqu'à moi, et j'ai pensé que bientôt j'entendrai des mélodies
incomparables; mais cette espérance n'a pu me réjouir qu'un instant; une
seule attente fait battre mon cœur: _c'est l'amour que je recevrai et
celui que je pourrai donner!_
«_Je sens que ma mission va commencer, ma mission de faire aimer le bon
Dieu comme je l'aime... de donner ma petite voie aux âmes._ JE VEUX
PASSER MON CIEL A FAIRE DU BIEN SUR LA TERRE. _Ce n'est pas impossible,
puisqu'au sein même de la vision béatifique, les anges veillent sur
nous. Non, je ne pourrai prendre aucun repos jusqu'à la fin du monde!
Mais lorsque l'ange aura dit: «Le temps n'est plus[146]!» alors je me
reposerai, je pourrai jouir, parce que le nombre des élus sera complet._
--Quelle petite voie voulez-vous donc enseigner aux âmes?
--Ma Mère, _c'est la voie de l'enfance spirituelle, c'est le chemin de
la confiance et du total abandon_. Je veux leur indiquer les petits
moyens qui m'ont si parfaitement réussi; leur dire qu'il n'y a qu'une
seule chose à faire ici-bas: _jeter à Jésus les fleurs des petits
sacrifices, le prendre par des caresses! C'est comme cela que je l'ai
pris, et c'est pour cela que je serai si bien reçue!_»
«Si je vous induis en erreur avec ma petite voie d'amour, disait-elle à
une novice, ne craignez pas que je vous la laisse suivre longtemps. Je
vous apparaîtrais bientôt pour vous dire de prendre une autre route;
mais, si je ne reviens pas, croyez à la vérité de mes paroles: _on n'a
jamais trop de confiance envers le bon Dieu, si puissant et si
miséricordieux! On obtient de lui tout autant qu'on en espère!..._»
La veille de la fête de Notre-Dame du Mont-Carmel une novice lui dit:
«Si vous alliez mourir demain, après la communion, ce serait une si
belle mort qu'elle me consolerait de toute ma peine, il me semble.»
Et Thérèse répondit vivement:
«Mourir après la communion! Un jour de grande fête! Non, il n'en sera
pas ainsi: _les petites âmes ne pourraient pas imiter cela_. Dans ma
petite voie, il n'y a que des choses très ordinaires; _il faut que tout
ce que je fais, les petites âmes puissent le faire_.»
Elle écrivait encore à l'un de ses frères missionnaires:
«Ce qui m'attire vers la Patrie des cieux, c'est l'appel du Seigneur,
c'est l'espoir de l'aimer enfin comme je l'ai tant désiré, et la pensée
que je pourrai le faire aimer _d'une multitude d'âmes_ qui le béniront
éternellement.»
Et une autre fois:
«Je compte bien ne pas rester inactive au Ciel, mon désir est de
travailler encore pour l'Eglise et les âmes; je le demande à Dieu et je
suis certaine qu'il m'exaucera. Vous voyez que, si je quitte déjà le
champ de bataille, ce n'est pas avec le désir égoïste de me reposer.
Depuis longtemps la souffrance est devenue mon ciel ici-bas; et j'ai du
mal à concevoir comment il me sera possible de m'acclimater dans un pays
où la joie règne sans aucun mélange de tristesse. Il faudra que Jésus
transforme tout à fait mon âme, autrement je ne pourrais supporter les
délices éternelles.»
* * * * *
Oui, la souffrance était devenue son ciel sur la terre; elle lui
souriait, comme nous sourions au bonheur.
«Quand je souffre beaucoup, disait-elle, quand il m'arrive des choses
pénibles, désagréables, au lieu de prendre un air triste, j'y réponds
par un sourire. Au début, je ne réussissais pas toujours; mais
maintenant, c'est une habitude que je suis bien heureuse d'avoir
contractée.»
Une de nos sœurs doutait de sa patience. Un jour, en la visitant,
elle vit sur son visage une expression de joie céleste et voulut en
savoir la cause.
«C'est parce que je ressens une très vive douleur, répondit Thérèse; je
me suis toujours efforcée d'aimer la souffrance et de lui faire bon
accueil.»
«Pourquoi êtes-vous si gaie ce matin?» lui demandait Mère Agnès de
Jésus.
--C'est parce que j'ai eu deux petites peines; rien ne me donne de
_petites joies_ comme les _petites peines_.»
Et une autre fois:
«Vous avez eu bien des épreuves aujourd'hui?
--Oui, mais... puisque je les aime!... J'aime tout ce que le bon Dieu me
donne.
--C'est affreux ce que vous souffrez?
--Non, ce n'est pas affreux; une petite victime d'amour pourrait-elle
trouver affreux ce que son Epoux lui envoie? Il me donne à chaque
instant ce que je puis supporter; pas davantage; et si, le moment
d'après, il augmente ma souffrance, il augmente aussi ma force.
«Cependant, je ne pourrais jamais lui demander des souffrances plus
grandes, _car je suis trop petite_; elles deviendraient alors mes
souffrances à moi, il faudrait que je les supporte toute seule; _et je
n'ai jamais rien pu faire toute seule_.»
* * * * *
Ainsi parlait au lit de mort cette vierge sage et prudente dont la
lampe, toujours remplie de l'huile des vertus, brilla jusqu'à la fin.
Si l'Esprit-Saint nous dit au livre des Proverbes: «_La doctrine d'un
homme se prouve par sa patience_»[147], celles qui l'ont entendue
peuvent croire à sa doctrine, maintenant qu'elle l'a prouvée par une
patience invincible.
* * * * *
A chaque visite, le médecin nous témoignait son admiration: «Ah! si vous
saviez ce qu'elle endure! Jamais je n'ai vu souffrir autant avec cette
expression de joie surnaturelle. C'est un ange!» Et comme nous lui
exprimions notre chagrin à la pensée de perdre un pareil trésor:--«Je ne
pourrai la guérir, c'est une âme qui n'est pas faite pour la terre.»
Voyant son extrême faiblesse, il ordonnait des potions fortifiantes.
Thérèse s'en attrista d'abord, à cause de leur prix élevé; puis elle
nous dit:
«Maintenant je ne m'afflige plus de prendre des remèdes chers, car j'ai
lu que sainte Gertrude s'en réjouissait en pensant que tout serait à
l'avantage de nos bienfaiteurs, puisque Nôtre-Seigneur a dit: «_Ce que
vous ferez au plus petit d'entre les miens, c'est à moi-même que vous le
ferez._»[148]
«Je suis convaincue de l'inutilité des médicaments pour me guérir,
ajoutait-elle; mais je me suis arrangée avec le bon Dieu pour qu'il en
fasse profiter de pauvres missionnaires qui n'ont ni le temps, ni les
moyens de se soigner.»
* * * * *
Touché des prévenances de sa petite épouse, le Seigneur, qui ne se
laisse jamais vaincre en générosité, l'entourait aussi de ses divines
attentions: tantôt, c'étaient des gerbes fleuries envoyées par sa
famille, tantôt un petit rouge-gorge qui venait sautiller sur son lit,
la regardant d'un air de connaissance et lui faisant mille gentillesses.
«Ma Mère, disait alors notre enfant, je suis profondément émue des
délicatesses du bon Dieu pour moi; à l'extérieur, j'en suis comblée...
et cependant je demeure dans les plus noires ténèbres!... Je souffre
beaucoup... oui, beaucoup! mais avec cela, _je suis dans une paix
étonnante_: tous mes désirs ont été réalisés... je suis pleine de
confiance.»
* * * * *
Quelque temps après, elle racontait ce trait touchant:
«Un soir, à l'heure du grand silence, l'infirmière vint me mettre aux
pieds une bouteille d'eau chaude et de la teinture d'iode sur la
poitrine.
«J'étais consumée par la fièvre, une soif ardente me dévorait. En
subissant ces remèdes, je ne pus m'empêcher de me plaindre à
Nôtre-Seigneur: «Mon Jésus, lui dis-je, vous en êtes témoin, je brûle et
l'on m'apporte encore de la chaleur et du feu! Ah! si j'avais, au lieu
de tout cela, un demi-verre d'eau, comme je serais bien plus
soulagée!... Mon Jésus! _votre petite fille a bien soif!_ Mais elle est
heureuse pourtant de trouver l'occasion de manquer du nécessaire, afin
de mieux vous ressembler et pour sauver des âmes.»
«Bientôt l'infirmière me quitta, et je ne comptais plus la revoir que le
lendemain matin, lorsqu'à ma grande surprise elle revint quelques
minutes après, apportant une boisson rafraîchissante: «Je viens de
penser à l'instant que vous pourriez avoir soif, me dit-elle, désormais
je prendrai l'habitude de vous offrir ce soulagement tous les soirs.» Je
la regardai, interdite, et, quand je fus seule, je me mis à fondre en
larmes. Oh! que notre Jésus est bon! Qu'il est doux et tendre! Que son
cœur est facile à toucher!»
* * * * *
Une des délicatesses du Cœur de Jésus, qui causèrent le plus de joie
à sa petite épouse, fut celle du 6 septembre, jour où, par un fait tout
providentiel, nous reçûmes une relique du vénérable Théophane Vénard.
Plusieurs fois déjà, elle avait exprimé le désir de posséder quelque
chose ayant appartenu à son bienheureux ami; mais, voyant qu'on n'y
donnait pas suite, elle n'en parlait plus. Aussi son émotion fut grande
quand la Mère Prieure lui remit le précieux objet; elle le couvrit de
baisers et ne voulut plus s'en séparer.
Pourquoi donc chérissait-elle à ce point l'angélique missionnaire? Elle
le confia à ses sœurs bien-aimées dans un entretien touchant:
«Théophane Vénard est _un petit saint_, sa vie est tout ordinaire. Il
aimait beaucoup la Vierge Immaculée, il aimait beaucoup sa famille.»
Appuyant alors sur ces derniers mots:
«Moi aussi, j'aime beaucoup ma famille! Je ne comprends pas les saints
qui n'aiment pas leur famille!... Pour souvenir d'adieu, je vous ai
copié certains passages des dernières lettres qu'il écrivit à ses
parents; ce sont mes pensées, mon âme ressemble à la sienne.»
Nous transcrivons ici cette lettre que l'on croirait sortie de la plume
et du cœur de notre ange:
«Je ne trouve rien sur la terre qui me rende heureuse; mon cœur
est trop grand, rien de ce qu'on appelle bonheur en ce monde ne
peut le satisfaire. Ma pensée s'envole vers l'éternité, le temps va
finir! Mon cœur est paisible comme un lac tranquille ou un ciel
serein; je ne regrette pas la vie de ce monde: j'ai soif des eaux
de la vie éternelle...
«Encore un peu et mon âme quittera la terre, finira son exil,
terminera son combat. Je monte au ciel! Je vais entrer dans ce
séjour des élus, voir des beautés que l'œil de l'homme n'a
jamais vues, entendre des harmonies que l'oreille n'a jamais
entendues, jouir de joies que le cœur n'a jamais goûtées... Me
voici rendue à cette heure que chacune de nous a tant désirée! Il
est bien vrai que le Seigneur choisit _les petits_ pour confondre
les grands de ce monde. Je ne m'appuie pas sur mes propres forces,
mais sur la force de Celui qui, sur la croix, a vaincu les
puissances de l'enfer.
«Je suis une fleur printanière que le Maître du jardin cueille pour
son plaisir. Nous sommes toutes des fleurs plantées sur cette terre
et que Dieu cueille en son temps: un peu plus tôt, un peu plus
tard... Moi, petite éphémère, je m'en vais la première! Un jour
nous nous retrouverons dans le paradis et nous jouirons du vrai
bonheur.»