CHAPITRE X

Nouvelles lumières sur la charité.--Le petit pinceau: sa manière de

peindre dans les âmes.--Une prière exaucée.--Les miettes qui

tombent de la table des enfants.--Le bon Samaritain.--Dix minutes

plus précieuses que mille ans des joies de la terre.

Ma Mère bien-aimée, le bon Dieu m'a fait cette grâce de pénétrer les

mystérieuses profondeurs de la charité. Si je pouvais exprimer ce que je

comprends, vous entendriez une mélodie du ciel. Mais hélas! je n'ai que

des bégaiements enfantins, et, si les paroles de Jésus ne me servaient

d'appui, je serais tentée de vous demander la permission de me taire.

Quand le divin Maître me dit _de donner à quiconque me demande et de

laisser prendre ce qui m'appartient sans le redemander_, je pense qu'il

ne parle pas seulement des biens de la terre, mais qu'il entend aussi

les biens du ciel. D'ailleurs, les uns et les autres ne sont pas à moi:

j'ai renoncé aux premiers par le vœu de pauvreté, et les seconds me

sont également prêtés par Dieu qui peut me les retirer sans qu'il me

soit permis de me plaindre.

Mais les pensées profondes et personnelles, les flammes de

l'intelligence et du cœur forment une richesse à laquelle on

s'attache comme à un bien propre, auquel personne n'a le droit de

toucher. Par exemple: si je communique à l'une de mes sœurs quelque

lumière de mon oraison et qu'elle la révèle ensuite comme venant

d'elle-même, il semble qu'elle s'approprie mon bien; ou si l'on dit tout

bas à sa voisine, pendant la récréation, une parole d'esprit et

d'à-propos et que celle-ci, sans en faire connaître la source, répète

tout haut cette parole, cela paraît comme un vol à la propriétaire qui

ne réclame pas, mais en aurait bien envie et saisira la première

occasion pour faire savoir finement qu'on s'est emparé de ses pensées.

Ma Mère, je ne pourrais vous expliquer aussi bien ces tristes sentiments

de la nature, si je ne les avais éprouvés moi-même; et j'aimerais à me

bercer de la douce illusion qu'ils n'ont visité que moi, si vous ne

m'aviez ordonné d'entendre les tentations des novices. J'ai beaucoup

appris en remplissant la mission que vous m'avez confiée; surtout je me

suis vue forcée de pratiquer ce que j'enseignais.

Oui, maintenant je puis le dire, j'ai reçu la grâce de n'être pas plus

attachée aux biens de l'esprit et du cœur qu'à ceux de la terre. S'il

m'arrive de penser et de dire une chose qui plaise à mes sœurs, je

trouve tout naturel qu'elles s'en emparent comme d'un bien à elles:

cette pensée appartient à l'Esprit-Saint et non pas à moi, puisque saint

Paul assure _que nous ne pouvons, sans cet Esprit d'amour, donner à Dieu

le nom de Père_[110]. Il est donc bien libre de se servir de moi pour

donner une bonne pensée à une âme et je ne puis croire que cette pensée

soit ma propriété.

D'ailleurs, si je ne méprise pas les belles pensées qui unissent à Dieu,

j'ai compris, il y a longtemps, qu'il faut bien se garder de s'appuyer

trop sur elles. Les inspirations les plus sublimes ne sont rien sans les

œuvres. Il est vrai que d'autres âmes peuvent en retirer beaucoup de

profit, si elles témoignent au Seigneur une humble reconnaissance de ce

qu'il leur permet de partager le festin d'un de ses privilégiés: mais si

celui-ci se complaît dans sa richesse et fait la prière du pharisien, il

devient semblable à une personne mourant de faim devant une table bien

servie, pendant que tous ses invités y puisent une abondante nourriture

et jettent peut-être un regard d'envie sur le possesseur de tant de

trésors.

Ah! comme il n'y a bien que le bon Dieu tout seul qui connaisse le fond

des cœurs! Comme les créatures ont de courtes pensées! Lorsqu'elles

voient une âme dont les lumières surpassent les leurs, elles en

concluent que le divin Maître les aime moins. Et depuis quand donc

n'a-t-il plus le droit de se servir de l'une de ses créatures pour

dispenser à ses enfants la nourriture qui leur est nécessaire? Au temps

de Pharaon, le Seigneur avait encore ce droit; car, dans l'Ecriture, il

dit à ce monarque: «_Je vous ai élevé tout exprès pour faire éclater en

vous_ MA PUISSANCE, _afin que mon nom soit annoncé par toute la

terre_[111].» Les siècles ont succédé aux siècles depuis que le

Très-Haut prononça ces paroles, et sa conduite n'a pas changé: toujours

il s'est choisi des instruments parmi les peuples pour faire son

œuvre dans les âmes.

* * * * *

Si la toile peinte par un artiste pouvait penser et parler, certainement

elle ne se plaindrait pas d'être sans cesse touchée et retouchée par le

pinceau; elle n'envierait pas non plus le sort de cet objet, sachant que

ce n'est point au pinceau, mais à l'artiste qui le dirige, qu'elle doit

la beauté dont elle est revêtue. Le pinceau de son côté ne pourrait se

glorifier du chef-d'œuvre exécuté par son moyen, car il n'ignorerait

pas que les artistes ne sont jamais embarrassés, qu'ils se jouent des

difficultés et se servent parfois, pour leur plaisir, des instruments

les plus faibles, les plus défectueux.

Ma Mère vénérée, je suis un petit pinceau que Jésus a choisi pour

peindre son image dans les âmes que vous m'avez confiées. Un artiste a

plusieurs pinceaux, il lui en faut au moins deux: le premier, qui est le

plus utile, donne les teintes générales et couvre complètement la toile

en fort peu de temps; l'autre, plus petit, sert pour les détails. Ma

Mère, c'est vous qui me représentez le précieux pinceau que la main de

Jésus tient avec amour lorsqu'il veut faire un grand travail dans l'âme

de vos enfants; et moi, je suis le tout petit qu'il daigne employer

ensuite pour les moindres détails.

La première fois que le divin Maître saisit son petit pinceau, ce fut

vers le 8 décembre 1892; je me rappellerai toujours cette époque comme

un temps de grâces.

En entrant au Carmel, je trouvai au noviciat une compagne plus âgée que

moi de huit ans; et, malgré la différence des années, il s'établit entre

nous une véritable intimité. Pour favoriser cette affection qui semblait

propre à donner des fruits de vertu, de petits entretiens spirituels

nous furent permis: ma chère compagne me charmait par son innocence, son

caractère expansif et ouvert; mais, d'un autre côté, je m'étonnais de

voir combien son affection pour vous, ma Mère, était différente de la

mienne; de plus, bien des choses dans sa conduite me paraissaient

regrettables. Cependant le bon Dieu me faisait déjà comprendre qu'il est

des âmes que sa miséricorde ne se lasse pas d'attendre, auxquelles il ne

donne sa lumière que par degrés; aussi je me gardais bien de vouloir

devancer son heure.

Réfléchissant un jour sur cette permission qui nous avait été donnée de

nous entretenir ensemble, comme il est dit dans nos saintes

constitutions: «pour nous enflammer davantage en l'amour de notre

Epoux», je pensai avec tristesse que nos conversations n'atteignaient

pas le but désiré; et je vis clairement qu'il ne fallait plus craindre

de parler, ou bien alors cesser des entretiens qui ressemblaient à ceux

des amies du monde. Je suppliai Notre-Seigneur de mettre sur mes lèvres

des paroles douces et convaincantes, ou plutôt de parler lui-même pour

moi. Il exauça ma prière; car _ceux qui tournent leurs regards vers lui

en seront éclairés[112], et la lumière s'est levée dans les ténèbres

pour ceux qui ont le cœur droit_[113]. La première parole, je me

l'applique à moi-même, et la seconde à ma compagne qui véritablement

avait le cœur droit.

A l'heure marquée pour notre entrevue, ma pauvre petite sœur vit bien

dès le début que je n'étais plus la même, elle s'assit à mes côtés en

rougissant; alors, la pressant sur mon cœur, je lui dis avec

tendresse tout ce que je pensais d'elle. Je lui montrai en quoi consiste

le véritable amour, je lui prouvai qu'en aimant sa Mère Prieure d'une

affection naturelle c'était elle-même qu'elle aimait, je lui confiai les

sacrifices que j'avais été obligée de faire à ce sujet au commencement

de ma vie religieuse; et bientôt ses larmes se mêlèrent aux miennes.

Elle convint très humblement de ses torts, reconnut que je disais vrai,

et me promit de commencer une vie nouvelle, me demandant comme une grâce

de l'avertir toujours de ses fautes. A partir de ce moment, notre

affection devint toute spirituelle; en nous se réalisait l'oracle de

l'Esprit-Saint: «_Le frère qui est aidé par son frère est comme une

ville fortifiée_[114].»

O ma Mère, vous savez bien que je n'avais pas l'intention de détourner

de vous ma compagne, je voulais seulement lui dire que le véritable

amour se nourrit de sacrifices, et que plus l'âme se refuse de

satisfactions naturelles, plus sa tendresse devient forte et

désintéressée.

* * * * *

Je me souviens qu'étant postulante j'avais parfois de si violentes

tentations de me satisfaire et de trouver quelques gouttes de joie, que

j'étais obligée de passer rapidement devant votre cellule et de me

cramponner à la rampe de l'escalier pour ne point retourner sur mes pas.

Il me venait à l'esprit quantité de permissions à demander, mille

prétextes pour donner raison à ma nature et la contenter. Que je suis

heureuse maintenant de m'être privée dès le début de ma vie religieuse!

Je jouis déjà de la récompense promise à ceux qui combattent

courageusement. Je ne sens plus qu'il soit nécessaire de me refuser les

consolations du cœur; car mon cœur est affermi en Dieu... Parce

qu'il l'a aimé uniquement, il s'est agrandi peu à peu, jusqu'à donner à

ceux qui lui sont chers une tendresse incomparablement plus profonde que

s'il s'était concentré dans une affection égoïste et infructueuse.

* * * * *

Je vous ai parlé, ma Mère bien-aimée, du premier travail que Jésus et

vous avez daigné accomplir par le petit pinceau; mais il n'était que le

prélude du tableau de maître que vous lui avez ensuite confié.

Aussitôt que je pénétrai dans le sanctuaire des âmes, je jugeai du

premier coup d'œil que la tâche dépassait mes forces; et, me plaçant

bien vite dans les bras du bon Dieu, j'imitai les petits bébés qui, sous

l'empire de quelque frayeur, cachent leur tête blonde sur l'épaule de

leur père, et je dis: «Seigneur, vous le voyez, je suis trop petite pour

nourrir vos enfants; si vous voulez leur donner par moi ce qui convient

à chacune, remplissez ma petite main; et, sans quitter vos bras, sans

même détourner la tête, je distribuerai vos trésors à l'âme qui viendra

me demander sa nourriture. Lorsqu'elle la trouvera de son goût, je

saurai que ce n'est pas à moi, mais à vous qu'elle la doit; au

contraire, si elle se plaint et trouve amer ce que je lui présente, ma

paix ne sera pas troublée, je tâcherai de lui persuader que cette

nourriture vient de vous, et me garderai bien d'en chercher une autre

pour elle.»

En comprenant ainsi qu'il m'était impossible de rien faire par moi-même,

la tâche me parut simplifiée. Je m'occupai intérieurement et uniquement

à m'unir de plus en plus à Dieu, sachant que le reste me serait donné

par surcroît. En effet, jamais mon espérance n'a été trompée: ma main

s'est trouvée pleine autant de fois qu'il a été nécessaire pour nourrir

l'âme de mes sœurs. Je vous l'avoue, ma Mère, si j'avais agi

autrement, si je m'étais appuyée sur mes propres forces, je vous aurais,

sans tarder, rendu les armes.

De loin, il semble aisé de faire du bien aux âmes, de leur faire aimer

Dieu davantage, de les modeler d'après ses vues et ses pensées. De près,

au contraire, on sent que faire du bien est chose aussi impossible, sans

le secours divin, que de ramener sur notre hémisphère le soleil pendant

la nuit. On sent qu'il faut absolument oublier ses goûts, ses

conceptions personnelles et guider les âmes, non par sa propre voie,

par son chemin à soi, mais par le chemin particulier que Jésus leur

indique. Et ce n'est pas encore le plus difficile: ce qui me coûte

par-dessus tout, c'est d'observer les fautes, les plus légères

imperfections et de leur livrer une guerre à mort.

J'allais dire: malheureusement pour moi,--mais non, ce serait de la

lâcheté,--je dis donc: heureusement pour mes sœurs, depuis que j'ai

pris place dans les bras de Jésus, je suis comme le veilleur observant

l'ennemi de la plus haute tourelle d'un château fort. Rien n'échappe à

mes regards; souvent je suis étonnée d'y voir si clair, et je trouve le

prophète Jonas bien excusable de s'être enfui de devant la face du

Seigneur pour ne pas annoncer la ruine de Ninive. J'aimerais mieux

recevoir mille reproches que d'en adresser un seul; mais je sens qu'il

est très nécessaire que cette besogne me soit une souffrance, car

lorsqu'on agit par nature, il est impossible que l'âme en défaut

comprenne ses torts, elle pense tout simplement ceci: la sœur chargée

de me diriger est mécontente, et son mécontentement retombe sur moi qui

suis pourtant remplie des meilleures intentions.

Ma Mère, il en est de cela comme du reste: il faut que je rencontre en

tout l'abnégation et le sacrifice; ainsi je sens qu'une lettre ne

produira aucun fruit, tant que je ne l'écrirai pas avec une certaine

répugnance et pour le seul motif d'obéir. Quand je parle avec une

novice, je veille à me mortifier, j'évite de lui adresser des questions

qui satisferaient ma curiosité. Si je la vois commencer une chose

intéressante, puis passer à une autre qui m'ennuie sans achever la

première, je me garde bien de lui rappeler cette interruption, car il me

semble que l'on ne peut faire aucun bien en se recherchant soi-même.

Je sais, ma Mère, que vos petits agneaux me trouvent sévère!... S'ils

lisaient ces lignes, ils diraient que cela n'a pas l'air de me coûter le

moins du monde de courir après eux, de leur montrer leur belle toison

salie, ou bien de leur rapporter quelques flocons de laine qu'ils ont

accrochés aux ronces du chemin. Les petits agneaux peuvent dire tout ce

qu'ils voudront: dans le fond, ils sentent que je les aime d'un très

grand amour; non, il n'y a pas de danger que j'imite _le mercenaire qui,

voyant venir le loup, laisse le troupeau et s'enfuit_[115]. Je suis

prête à donner ma vie pour eux et mon affection est si pure que je ne

désire même pas qu'ils la connaissent. Jamais, avec la grâce de Dieu, je

n'ai essayé de m'attirer leurs cœurs; j'ai compris que ma mission

était de les conduire à Dieu et à vous, ma Mère, qui êtes ici-bas le

Dieu visible qu'ils doivent aimer et respecter.

* * * * *

J'ai dit qu'en instruisant les autres j'avais beaucoup appris. D'abord

j'ai vu que toutes les âmes ont à peu près les mêmes combats; et, d'un

autre côté, qu'il y a entre elles une différence extrême; cette

différence oblige à ne pas les attirer de la même manière. Avec

certaines, je sens qu'il faut me faire petite, ne point craindre de

m'humilier en avouant mes luttes et mes défaites; alors elles avouent

elles-mêmes facilement les fautes qu'elles se reprochent et se

réjouissent que je les comprenne par expérience; avec d'autres, pour

réussir, c'est la fermeté qui convient, c'est ne jamais revenir sur une

chose dite: s'abaisser deviendrait faiblesse.

Le Seigneur m'a fait cette grâce de n'avoir nulle peur de la guerre; à

tout prix, il faut que je fasse mon devoir. Plus d'une fois j'ai entendu

ceci: «Si vous voulez obtenir quelque chose de moi, ne me prenez pas par

la force mais par la douceur, autrement vous n'aurez rien.» Mais je sais

que nul n'est bon juge dans sa propre cause, et qu'un enfant auquel le

chirurgien fait subir une douloureuse opération, ne manquera pas de

jeter les hauts cris et de dire que le remède est pire que le mal;

cependant s'il se trouve guéri quelques jours après, il est tout heureux

de pouvoir jouer et courir. Il en est de même pour les âmes: bientôt

elles reconnaissent qu'un peu d'amertume est préférable au sucre et ne

craignent pas de l'avouer.

Quelquefois c'est un spectacle vraiment féerique de constater le

changement qui s'opère du jour au lendemain.

On vient me dire: «Vous aviez raison hier d'être sévère; au

commencement, cela m'a révoltée, mais après je me suis souvenue de tout

et j'ai vu que vous étiez très juste. En sortant de votre cellule, je

pensais que c'était fini, je me disais: Je vais aller trouver notre Mère

et lui dire que je n'irai plus avec ma sœur Thérèse de

l'Enfant-Jésus, mais j'ai senti que c'était le démon qui me soufflait

cela; et puis il m'a semblé que vous priiez pour moi, alors je suis

restée tranquille et la lumière commence à briller; maintenant

éclairez-moi tout à fait, c'est pour cela que je viens.»

Et moi, tout heureuse de suivre le penchant de mon cœur, je sers vite

des mets moins amers... Oui, mais... je m'aperçois qu'il ne faut pas

trop s'avancer... un mot pourrait détruire le bel édifice construit dans

les larmes! Si j'ai le malheur de dire la moindre chose qui semble

atténuer les vérités de la veille, je vois ma petite sœur essayer de

se raccrocher aux branches... Alors j'ai recours à la prière, je jette

un regard intérieur sur la Vierge Marie, et Jésus triomphe toujours! Ah!

c'est la prière et le sacrifice qui font toute ma force, ce sont mes

armes invincibles; elles peuvent, bien plus que les paroles, toucher les

cœurs, je le sais par expérience.

* * * * *

Pendant le carême, il y a deux ans, une novice vint me trouver toute

rayonnante: «Si vous saviez, me dit-elle, ce que j'ai rêvé cette nuit!

J'étais auprès de ma sœur qui est si mondaine, et je voulais la

détacher de toutes les vanités du monde; pour cela je lui expliquais

ces paroles de votre cantique: _Vivre d'amour_:

T'aimer, Jésus, quelle perte féconde!

Tous mes parfums sont à loi sans retour.

Je sentais bien que mon discours pénétrait jusqu'au fond de son âme, et

j'étais ravie de joie. Ce matin, je pense que le bon Dieu veut peut-être

que je lui donne cette âme. Si je lui écrivais à Pâques pour lui

raconter mon rêve et lui dire que Jésus la veut pour son épouse! Qu'en

pensez-vous?» Je répondis simplement qu'elle pouvait bien en demander la

permission.

Comme le carême ne touchait pas à sa fin, vous avez été surprise, ma

Mère, d'une demande si prématurée; et, visiblement inspirée par le bon

Dieu, vous avez répondu que les carmélites doivent sauver les âmes

plutôt par la prière que par des lettres. En apprenant cette décision,

je dis à ma chère petite sœur: «Il faut nous mettre à l'œuvre,

prions beaucoup; quelle joie si, à la fin du carême, nous étions

exaucées!» O miséricorde infinie du Seigneur! _A la fin du carême_, une

âme de plus se consacrait à Jésus! C'était un véritable miracle de la

grâce: miracle obtenu par la ferveur d'une humble novice!

Qu'elle est donc grande la puissance de la prière! On dirait une reine

ayant toujours libre accès auprès du roi et pouvant obtenir tout ce

qu'elle demande. Il n'est point nécessaire, pour être exaucé, de lire

dans un livre une belle formule composée pour la circonstance; s'il en

était ainsi, que je serais à plaindre!

En dehors de l'office divin que je suis heureuse, quoique bien indigne,

de réciter chaque jour, je n'ai pas le courage de m'astreindre à

chercher dans les livres de belles prières; cela me fait mal à la tête,

il y en a tant! Et puis, elles sont toutes plus belles les unes que les

autres! Ne pouvant donc les réciter toutes, et ne sachant lesquelles

choisir, je fais comme les enfants qui ne savent pas lire: je dis tout

simplement au bon Dieu ce que je veux lui dire, et toujours il me

comprend.

Pour moi, la prière c'est un élan du cœur, c'est un simple regard

jeté vers le ciel, c'est un cri de reconnaissance et d'amour au milieu

de l'épreuve comme au sein de la joie! Enfin c'est quelque chose

d'élevé, de surnaturel, qui dilate l'âme et l'unit à Dieu. Quelquefois,

lorsque mon esprit se trouve dans une si grande sécheresse que je ne

puis en tirer une seule bonne pensée, je récite très lentement un

_Pater_ ou un _Ave Maria_; ces prières seules me ravissent, elles

nourrissent divinement mon âme et lui suffisent.

* * * * *

Mais où en étais-je de mon sujet? Me voici de nouveau perdue dans un

dédale de réflexions... Pardonnez-moi, ma Mère, d'être si peu précise!

Cette histoire, j'en conviens, est un écheveau bien embrouillé. Hélas!

je ne saurais mieux faire; j'écris comme les pensées me viennent, je

pêche au hasard dans le petit ruisseau de mon cœur, et je vous offre

ensuite mes petits poissons comme ils se laissent prendre.

* * * * *

J'en étais donc aux novices qui souvent me disent: «Mais vous avez une

réponse à tout, je croyais cette fois vous embarrasser... où donc

allez-vous chercher ce que vous nous enseignez?» Il en est même d'assez

candides pour croire que je lis dans leur âme, parce qu'il m'est arrivé

de les prévenir en leur révélant--sans révélation--ce qu'elles

pensaient.

[Illustration: CHAPELLE DU CARMEL DE LISIEUX]

[Illustration: CHŒUR DES CARMÉLITES

_La stalle marquée d'une croix fut celle de Sr Thérèse de

l'Enfant-Jésus. A droite la grille de Communion._]

La plus ancienne du noviciat avait résolu de me cacher une grande peine

qui la faisait beaucoup souffrir. Elle venait de passer une nuit

d'angoisses sans vouloir verser une seule larme, craignant que ses yeux

rouges ne la trahissent; lorsque, m'abordant avec le plus gracieux

visage, elle me parle comme à l'ordinaire, d'une façon plus aimable

encore s'il est possible. Je lui dis alors tout simplement: _Vous avez

du chagrin, j'en suis sûre._ Aussitôt elle me regarde avec un étonnement

inexprimable... sa stupéfaction est si grande qu'elle me gagne moi-même

et me communique je ne sais quelle impression surnaturelle. Je sentais

le bon Dieu là, tout près de nous... Sans m'en apercevoir,--car je n'ai

pas le don de lire dans les âmes--j'avais prononcé une parole vraiment

inspirée, et je pus ensuite consoler entièrement cette âme.

* * * * *

Maintenant, ma Mère bien-aimée, je vais vous confier mon meilleur profit

spirituel avec les novices. Vous comprenez que tout leur est permis, il

faut qu'elles puissent dire tout ce qu'elles pensent, le bien comme le

mal, sans restriction. Cela leur est d'autant plus facile avec moi

qu'elles ne me doivent pas le respect que l'on rend à une Maîtresse.

Je ne puis dire que Jésus me fasse marcher extérieurement par la voie

des humiliations; non, il se contente de m'humilier au fond de mon âme.

Devant les créatures tout me réussit, je suis le chemin périlleux des

honneurs,--si l'on peut s'exprimer ainsi en religion--et je comprends à

cet égard la conduite de Dieu et des supérieurs. En effet, si je passais

aux yeux de la communauté pour une religieuse incapable, sans

intelligence ni jugement, il vous serait impossible, ma Mère, de vous

faire aider par moi. Voilà pourquoi le divin Maître a jeté un voile sur

tous mes défauts intérieurs et extérieurs.

Ce voile m'attire quelques compliments de la part des novices,

compliments sans flatterie, je sais qu'elles pensent ce qu'elles disent;

mais vraiment cela ne m'inspire point de vanité, car j'ai sans cesse

présent le souvenir de mes misères. Quelquefois cependant, il me vient

un désir bien grand d'entendre autre chose que des louanges, mon âme se

fatigue d'une nourriture trop sucrée, et Jésus lui fait servir alors une

bonne petite salade bien vinaigrée, bien épicée: rien n'y manque,

excepté _l'huile_, ce qui lui donne une saveur de plus.

Cette salade m'est présentée par les novices au moment où je m'y attends

le moins. Le bon Dieu soulève le voile qui leur cache mes imperfections;

et mes chères petites sœurs, voyant la vérité, ne me trouvent plus

tout à fait à leur goût. Avec une simplicité qui me ravit, elles me

disent les combats que je leur donne, ce qui leur déplaît en moi; enfin

elles ne se gênent pas plus que s'il était question d'une autre, sachant

qu'elles me font un grand plaisir en agissant ainsi.

Ah! vraiment c'est plus qu'un plaisir, c'est un festin délicieux qui

comble mon âme de joie. Comment une chose qui déplaît tant à la nature

peut-elle donner un pareil bonheur? Si je ne l'avais expérimenté, je ne

le pourrais croire.

Un jour, où je désirais ardemment être humiliée, il arriva qu'une jeune

postulante se chargea si bien de me satisfaire que la pensée de Séméi

maudissant David me revint à l'esprit, et je répétai intérieurement avec

le saint roi: «_Oui, c'est bien le Seigneur qui lui a ordonné de me dire

toutes ces choses._»[116]

Ainsi le bon Dieu prend soin de moi. Il ne peut toujours m'offrir le

pain fortifiant de l'humiliation extérieure; mais, de temps en temps, il

me permet de me nourrir _des miettes qui tombent de la table des

enfants_[117]. Ah! que sa miséricorde est grande!

* * * * *

Mère bien-aimée, puisque j'essaie de chanter avec vous dès ce monde

cette miséricorde infinie, je dois encore vous faire part d'un réel

profit, retiré comme tant d'autres de ma petite mission. Autrefois,

lorsque je voyais une sœur agir d'une façon qui me déplaisait et

paraissait contre la règle, je me disais: Ah! si je pouvais donc

l'avertir, lui montrer ses torts, que cela me ferait de bien! Mais en

pratiquant le métier, j'ai changé de sentiment. Lorsqu'il m'arrive de

voir quelque chose de travers, je pousse un soupir de soulagement:--Quel

bonheur! ce n'est pas une novice, je ne suis pas obligée de la

reprendre! Puis je tâche bien vite d'excuser la coupable et de lui

prêter de bonnes intentions qu'elle a sans doute.

* * * * *

Mère vénérée, les soins que vous me prodiguez pendant ma maladie m'ont

encore beaucoup instruite sur la charité. Aucun remède ne vous semble

trop cher; et, s'il ne réussit pas, sans vous lasser vous essayez autre

chose. Lorsque je vais en récréation, quelle attention ne faites-vous

pas à me mettre à l'abri des moindres courants d'air! Ma Mère, je sens

que je dois être aussi compatissante pour les infirmités spirituelles de

mes sœurs, que vous l'êtes pour mon infirmité physique.

J'ai remarqué que les religieuses les plus saintes sont les plus aimées;

on recherche leur conversation, on leur rend des services sans même

qu'elles les demandent; enfin, ces âmes capables de supporter des

manques d'égard et de délicatesse se voient entourées de l'affection

générale. On peut leur appliquer cette parole de notre Père saint Jean

de la Croix: «Tous les biens m'ont été donnés, quand je ne les ai plus

recherchés par amour-propre.»

Les âmes imparfaites, au contraire, sont délaissées; on se tient

vis-à-vis d'elles dans les bornes de la politesse religieuse: mais,

craignant peut-être de leur dire quelque parole désobligeante, on évite

leur compagnie. En disant les âmes imparfaites, je n'entends pas

seulement les imperfections spirituelles, puisque les plus saintes ne

seront parfaites qu'au ciel; j'entends aussi le manque de jugement,

d'éducation, la susceptibilité de certains caractères: toutes choses qui

ne rendent pas la vie agréable. Je sais bien que ces infirmités sont

chroniques, sans espoir de guérison; mais je sais aussi que ma Mère ne

cesserait pas de me soigner, d'essayer de me soulager, si je restais

malade de longues années.

Voici la conclusion que j'en tire: Je dois rechercher la compagnie des

sœurs qui ne me plaisent pas naturellement, et remplir à leur égard

l'office du bon Samaritain. Une parole, un sourire aimable suffisent

souvent pour épanouir une âme triste et blessée. Toutefois ce n'est pas

seulement dans l'espoir de consoler que je veux être charitable: je sais

qu'en poursuivant ce but je serais vite découragée; car un mot dit dans

la meilleure intention sera pris peut-être tout de travers. Aussi, pour

ne perdre ni mon temps, ni ma peine, j'essaie d'agir uniquement pour

réjouir Nôtre-Seigneur et répondre à ce conseil de l'Evangile:

«_Quand vous faites un festin, n'invitez pas vos parents et vos amis, de

peur qu'ils ne vous invitent à leur tour, et qu'ainsi vous avez reçu

votre récompense: mais invitez les pauvres, les boiteux, les

paralytiques, et vous serez heureux de ce qu'ils ne pourront vous

rendre, et votre Père qui voit dans le secret vous en récompensera._»[118]

Quel festin pourrais-je offrir à mes sœurs, si ce n'est un festin

spirituel composé de charité aimable et joyeuse? Non, je n'en connais

pas d'autre, et je veux imiter saint Paul qui se réjouissait avec ceux

qu'il trouvait dans la joie. Il est vrai qu'il pleurait avec les

affligés, et les larmes doivent quelquefois paraître dans le festin que

je veux servir; mais toujours j'essaierai que les larmes se changent en

sourires, puisque _le Seigneur aime ceux qui donnent avec joie_[119].

Je me souviens d'un acte de charité que le bon Dieu m'inspira lorsque

j'étais encore novice. De cet acte tout petit en apparence, le Père

céleste, _qui voit dans le secret_, m'a déjà récompensée sans attendre

l'autre vie.

C'était avant que ma sœur Saint-Pierre tombât tout à fait infirme. Il

fallait, le soir à six heures moins dix minutes, que l'on se dérangeât

de l'oraison pour la conduire au réfectoire. Cela me coûtait beaucoup de

me proposer; car je savais la difficulté ou plutôt l'impossibilité de

contenter la pauvre malade. Cependant je ne voulais pas manquer une si

belle occasion, me souvenant des paroles divines: «_Ce que vous aurez

fait au plus petit des miens, c'est à moi que vous l'aurez fait._»[120]

Je m'offris donc bien humblement pour la conduire, et ce ne fut pas sans

peine que je parvins à faire accepter mes services. Enfin je me mis à

l'œuvre avec tant de bonne volonté que je réussis parfaitement.

Chaque soir, quand je la voyais agiter son sablier, je savais que cela

voulait dire: Partons!

Prenant alors tout mon courage, je me levais, et puis toute une

cérémonie commençait. Il fallait remuer et porter le banc _d'une

certaine manière_, surtout ne pas se presser, ensuite la promenade avait

lieu. Il s'agissait de suivre cette bonne sœur en la soutenant par la

ceinture; je le faisais avec le plus de douceur qu'il m'était possible,

mais si par malheur survenait un faux pas, aussitôt il lui semblait que

je la tenais mal et qu'elle allait tomber.--«Ah! mon Dieu! vous allez

trop vite, j'vais m'briser!» Si j'essayais alors de la conduire plus

doucement:--«Mais suivez-moi donc, je n'sens pas vot'main, vous

m'lâchez, j'vais tomber!... Ah! j'disais bien que vous étiez trop jeune

pour me conduire.»

Enfin nous arrivions sans autre accident au réfectoire. Là, surgissaient

d'autres difficultés: je devais installer ma pauvre infirme à sa place

et agir adroitement pour ne pas la blesser; ensuite relever ses manches,

toujours _d'une certaine manière_, après cela je pouvais m'en aller.

Mais je m'aperçus bientôt qu'elle coupait son pain avec une peine

extrême; et depuis, je ne la quittais pas sans lui avoir rendu ce

dernier service. Comme elle ne m'en avait jamais exprimé le désir, elle

resta très touchée de mon attention, et ce fut par ce moyen nullement

cherché que je gagnai entièrement sa confiance, surtout--je l'ai appris

plus tard--parce qu'après tous mes petits services je lui faisais,

disait-elle, _mon plus beau sourire_.

* * * * *

Ma Mère, il y a bien longtemps que cet acte de vertu est accompli, et

pourtant le Seigneur m'en laisse le souvenir comme un parfum, une brise

du ciel. Un soir d'hiver, j'accomplissais comme d'habitude l'humble

office dont je viens de parler: il faisait froid, il faisait nuit...

Tout à coup, j'entendis dans le lointain le son harmonieux de plusieurs

instruments de musique, et je me représentai un salon richement meublé,

éclairé de brillantes lumières, étincelant de dorures; dans ce salon,

des jeunes filles élégamment vêtues recevant et prodiguant mille

politesses mondaines. Puis mon regard se porta sur la pauvre malade que

je soutenais. Au lieu d'une mélodie, j'entendais de temps à autre ses

gémissements plaintifs; au lieu de dorures, je voyais les briques de

notre cloître austère à peine éclairé d'une faible lueur.

Ce contraste impressionna doucement mon âme. Le Seigneur l'illumina des

rayons de la vérité qui surpassent tellement l'éclat ténébreux des

plaisirs de la terre que, pour jouir mille ans de ces fêtes mondaines,

je n'aurais pas donné les dix minutes employées à mon acte de charité.

Ah! si déjà dans la souffrance, au sein du combat, on peut goûter de

semblables délices en pensant que Dieu nous a retirées du monde, que

sera-ce là-haut lorsque nous verrons, au milieu d'une gloire éternelle

et d'un repos sans fin, la grâce incomparable qu'il nous a faite en nous

choisissant pour habiter dans sa maison, véritable portique des cieux?

* * * * *

Ce n'est pas toujours avec ces transports d'allégresse que j'ai pratiqué

la charité; mais, au commencement de ma vie religieuse, Jésus voulut me

faire sentir combien il est doux de le voir dans l'âme de ses épouses:

aussi, lorsque je conduisais ma sœur Saint-Pierre, c'était avec tant

d'amour, qu'il m'eût été impossible de mieux faire si j'avais conduit

Nôtre-Seigneur lui-même.

* * * * *

La pratique de la charité ne m'a pas toujours été si douce, je vous le

disais à l'instant, ma Mère chérie. Pour vous le prouver, je vais vous

raconter, entre bien d'autres, quelques-uns de mes combats.

Longtemps, à l'oraison, je ne fus pas éloignée d'une sœur qui ne

cessait de remuer, ou son chapelet, ou je ne sais quelle autre chose;

peut-être n'y avait-il que moi à l'entendre, car j'ai l'oreille

extrêmement fine; mais dire la fatigue que j'en éprouvais serait chose

impossible! J'aurais voulu tourner la tête pour regarder la coupable et

faire cesser son tapage; cependant au fond du cœur, je sentais qu'il

valait mieux souffrir cela patiemment pour l'amour du bon Dieu d'abord,

et puis aussi pour éviter une occasion de peine.

Je restais donc tranquille, mais parfois la sueur m'inondait, et j'étais

obligée de faire simplement une oraison de souffrance. Enfin je

cherchais le moyen de souffrir avec paix et joie, au moins dans l'intime

de l'âme; alors je tâchais d'aimer ce petit bruit désagréable. Au lieu

d'essayer de ne pas l'entendre,--chose impossible--je mettais mon

attention à le bien écouter, comme s'il eût été un ravissant concert; et

mon oraison, _qui n'était pas celle de quiétude_, se passait à offrir ce

concert à Jésus.

Une autre fois, je me trouvais à la buanderie devant une sœur qui,

tout en lavant les mouchoirs, me lançait de l'eau sale à chaque instant.

Mon premier mouvement fut de me reculer en m'essuyant le visage, afin de

montrer à celle qui m'aspergeait de la sorte qu'elle me rendrait service

en se tenant tranquille; mais aussitôt je pensai que j'étais bien sotte

de refuser des trésors que l'on m'offrait si généreusement, et je me

gardai bien de faire paraître mon ennui. Je fis tous mes efforts, au

contraire, pour désirer recevoir beaucoup d'eau sale, si bien qu'au bout

d'une demi-heure, j'avais vraiment pris goût à ce nouveau genre

d'aspersion, et je me promis de revenir autant que possible à cette

place fortunée où l'on servait gratuitement tant de richesses.

Ma Mère, vous voyez que je suis une _très petite_ âme qui ne peut offrir

au bon Dieu que de _très petites_ choses; encore m'arrive-t-il souvent

de laisser échapper ces petits sacrifices qui donnent tant de paix au

cœur; mais cela ne me décourage pas, je supporte d'avoir un peu moins

de paix et je tâche d'être plus vigilante une autre fois.

* * * * *

Ah! que le Seigneur me rend heureuse! Qu'il est facile et doux de le

servir sur la terre! Oui, toujours, je le répète, il m'a donné ce que

j'ai désiré, ou plutôt il m'a fait désirer ce qu'il voulait me donner.

Ainsi, peu de temps avant ma terrible tentation contre la foi, je me

disais: Vraiment, je n'ai pas de grandes peines extérieures, et, pour en

avoir d'intérieures, il faudra que le bon Dieu change ma voie; je ne

crois pas qu'il le fasse. Pourtant je ne puis toujours vivre ainsi dans

le repos. Quel moyen donc trouvera-t-il?

La réponse ne se fit pas attendre; elle me montra que Celui que j'aime

n'est jamais à court de moyens; car, sans changer ma voie, il me donna

cette grande épreuve qui vint mêler bientôt une salutaire amertume à

toutes mes douceurs.

[Illustration]

[Illustration: VOIE D'ENFANCE SPIRITUELLE

PAR LA BOUCHE D'ENFANTS TU T'ES FONDÉ UNE FORCE VICTORIEUSE POUR

CONFONDRE TES ENNEMIS ET POUR IMPOSER SILENCE AUX BLASPHÉMATEURS. Ps.

VIII

«Dans le cœur de l'Eglise, ma Mère, je serai l'Amour...--Mes

frères travaillent à ma place, et moi, petite enfant, je me tiens

près du trône royal. Je jette les fleurs des petits sacrifices, je

chante le cantique de l'Amour. J'aime pour ceux qui combattent.»

]

Soeur Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte Face Histoire d'une âme écrite par elle-même · 第 50 / 403 题