Le même jour, deux bateaux à vapeur étaient à Podor ; je trouvais des
collègues qui me témoignaient le plus aimable empressement et dont le
charmant accueil me restera toujours dans la mémoire. L’un de ces
bâtiments, _la Couleuvrine_, que j’avais commandé, descendait à Saint-
Louis ; j’y pris passage avec tout mon monde, et le 18 j’étais dans
cette ville ; j’arrivai chez le gouverneur, dans mes vêtements de
voyage, taillés de mes mains, cousus par mes laptots et que je ne
pouvais encore me décider à quitter.
Le même soir la colonie s’associait, sous la présidence de son
gouverneur, pour nous offrir une fête au Cercle. Je ne crains pas de
dire qu’on en garde encore le souvenir à Saint-Louis comme je le garde
dans mon cœur.
J’avais appris à Médine que depuis dix-huit mois j’étais officier de la
Légion d’honneur ; quelque plaisir que j’en eusse éprouvé, celui que me
causa cette soirée fut plus grand encore.
Une dernière joie m’était réservée. Le courrier du 28 juin m’emportait
vers la France, et si le succès de mon entreprise m’a souvent valu des
témoignages d’estime et des satisfactions d’amour-propre, aucune de ces
émotions ne vaut celle de revoir une famille tendrement aimée qui, sans
nouvelle de moi pendant deux années, avait vécu de tristesses sans fin,
d’inquiétudes sans bornes, n’espérant souvent plus me revoir et à
laquelle mon retour seul pouvait rendre le calme et le bonheur.
Enfin la SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE avait à juger mes travaux qu’elle avait
suivis d’un œil bienveillant : elle a daigné leur donner sa sanction
dans sa séance du 12 avril 1867, et m’a décerné _une médaille d’or pour
mes découvertes géographiques en Afrique_.
[Illustration : Médaille d’or décernée à M. Mage par la Société de
géographie.]
[Note 247 : Ces indications sont les distances que je crois devoir être
portées en lignes droites d’après un procédé d’estime qui m’est habituel
et que j’emploie quand il m’est impossible de noter le chemin minute par
minute comme dans ma route d’aller.]
[Note 248 : Sorte de bouillie faite avec le résidu du mil, qu’on ne peut
broyer en farine dans les mortiers.]