18 juin 1866.

Le même jour, deux bateaux à vapeur étaient à Podor ; je trouvais des

collègues qui me témoignaient le plus aimable empressement et dont le

charmant accueil me restera toujours dans la mémoire. L’un de ces

bâtiments, _la Couleuvrine_, que j’avais commandé, descendait à Saint-

Louis ; j’y pris passage avec tout mon monde, et le 18 j’étais dans

cette ville ; j’arrivai chez le gouverneur, dans mes vêtements de

voyage, taillés de mes mains, cousus par mes laptots et que je ne

pouvais encore me décider à quitter.

Le même soir la colonie s’associait, sous la présidence de son

gouverneur, pour nous offrir une fête au Cercle. Je ne crains pas de

dire qu’on en garde encore le souvenir à Saint-Louis comme je le garde

dans mon cœur.

J’avais appris à Médine que depuis dix-huit mois j’étais officier de la

Légion d’honneur ; quelque plaisir que j’en eusse éprouvé, celui que me

causa cette soirée fut plus grand encore.

Une dernière joie m’était réservée. Le courrier du 28 juin m’emportait

vers la France, et si le succès de mon entreprise m’a souvent valu des

témoignages d’estime et des satisfactions d’amour-propre, aucune de ces

émotions ne vaut celle de revoir une famille tendrement aimée qui, sans

nouvelle de moi pendant deux années, avait vécu de tristesses sans fin,

d’inquiétudes sans bornes, n’espérant souvent plus me revoir et à

laquelle mon retour seul pouvait rendre le calme et le bonheur.

Enfin la SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE avait à juger mes travaux qu’elle avait

suivis d’un œil bienveillant : elle a daigné leur donner sa sanction

dans sa séance du 12 avril 1867, et m’a décerné _une médaille d’or pour

mes découvertes géographiques en Afrique_.

[Illustration : Médaille d’or décernée à M. Mage par la Société de

géographie.]

[Note 247 : Ces indications sont les distances que je crois devoir être

portées en lignes droites d’après un procédé d’estime qui m’est habituel

et que j’emploie quand il m’est impossible de noter le chemin minute par

minute comme dans ma route d’aller.]

[Note 248 : Sorte de bouillie faite avec le résidu du mil, qu’on ne peut

broyer en farine dans les mortiers.]

Voyage dans le Soudan occidental (Sénégambie-Niger) · 第 339 / 368 题