Je quittai Bakel le 5 juin, et le 8, à une heure du matin, malgré une
brise très-forte et contraire, j’arrivai à Matam où je réveillai le
commandant du poste, M. Richard, chirurgien de la marine, qui nous fit,
à cette heure indue, le meilleur accueil. Mais, malgré cela, le même
jour à midi nous reprenions notre route, et le 10 à onze heures du soir
nous entrions dans le poste de Saldé, où la fatigue de notre équipage
nous força de passer la journée du 11 tout entière. Cette journée fut
marquée par un événement pénible. M. d’Erneville, lieutenant
d’infanterie de marine, qui commandait le poste, avait avec lui une
négresse, ancienne esclave de sa famille qui l’avait tenu sur ses bras
quand il était enfant. Elle souffrait de la gorge, et n’ayant pas de
chirurgien au poste, il pria Quintin de la voir. Nous devions y aller
après le dîner, ne soupçonnant pas la gravité du mal, quand tout à coup
on vint nous dire qu’elle étouffait. Nous y courûmes, elle était morte !
La maladie avait marché avec une rapidité effrayante, et quelques heures
avaient suffi pour la mettre dans l’impossibilité de respirer.