31 mai 1866.

Arrivé le 28 mai à Médine, j’avais quitté ce poste le 31, dans un canot

qui nous portait à peine, pendant que mules et chevaux allaient par

terre à Bakel. Cette partie du voyage fut très-pénible, mais j’y eus

cependant un moment agréable : ce fut celui que je passai à Makhana : ce

village que j’avais fait reconstruire en 1859 et dans lequel je fus reçu

avec une véritable effusion. Un mot suffira pour montrer ce que je

pouvais obtenir dans l’endroit.

Sur le désir que j’en exprimai, Sulman Kama, le chef de ce village, qui

avait eu tous les siens tués par El Hadj, envoya son propre fils au-

devant de l’envoyé d’El Hadj pour le recevoir.

Par contre, j’avais eu à regretter une scène qui s’était passée au

village de Khay, où nous étions allés par terre pour embarquer dans

notre canot, les eaux étant trop basses pour permettre de passer les

rapides avec l’embarcation chargée.

[Illustration : M. Mage. Costume de retour.]

Diogou Sambala, le chef de Khay, cousin de Sambala de Médine, était un

peu ivre, et quand, accompagnés de Béliard et de Ali Abdoul, nous

allâmes le saluer, il se leva et se mit à parler violemment à Ali en lui

disant qu’El Hadj était mort et que lui et tous les Talibés qui disaient

le contraire avaient menti. Ali s’emporta et le traita de menteur, et il

me fallut intervenir avec Béliard ; nous réussîmes enfin à calmer cette

scène, qui fût devenue grave sans notre présence, puisqu’un griot de

Diogou Sambala ne craignit pas de dire à Ali : « Si les blancs n’étaient

pas là, je te couperais la tête. » Du reste à peine fûmes-nous sortis du

village que le fils de Diogou vint nous faire ses excuses, alléguant

l’état d’ivresse de son père. Sambala de Médine, au contraire, s’était

comporté très-convenablement, et bien que je lui gardasse rancune des

embarras qu’il m’avait causés à mon départ, je lui dois rendre cette

justice.

[Illustration : M. Quintin. Costume de retour.]

Voyage dans le Soudan occidental (Sénégambie-Niger) · 第 336 / 368 题