25 mai 1866.

Le lendemain, nous continuâmes, dès le jour, à descendre la vallée. Les

villages y sont très-rapprochés, tous ont le même aspect, et en deux

heures et demie nous en traversâmes quatre. A six heures nous avions

quitté Fanga, et à huit heures et demie nous étions à Niogomera, après

avoir passé à Tanganaya-Takhaba et Niakatéla. On me pressa de rester à

Niogomera, où je devais, disait-on, recevoir une splendide hospitalité.

D’abord on m’envoya cinq poules et du mil pour mes chevaux ; puis, vers

deux heures et demie, comme j’allais partir, on apporta deux chèvres et

du couscous. Je pris une chèvre et je donnai l’autre à un Talibé nommé

Amadi Ali, qui m’avait servi de guide ; mais comme mes hommes avaient

mangé à leur faim nous laissâmes le couscous, et nous allâmes camper à

Makhana, à une lieue à l’O.-S.-O., pour faire cuire notre dîner.

A mesure que nous approchions, nous nous permettions le luxe de deux

repas par jour. C’était le cas de dire que l’appétit nous venait en

mangeant.

Pendant les quelques heures que je passai à Makhana, je reçus une belle

chèvre, deux calebasses de mil et du couscous. C’était donné d’une façon

aimable et empressée, qui contrastait avec les cadeaux un peu forcés que

nous avions reçus jusqu’alors depuis Nioro. Néanmoins, à neuf heures et

demie du soir, il me fallut me mettre en route. Nous avions un long

chemin à parcourir pour aller à Mounia ; nous allions quitter le Guidi-

Oumé pour le Diafounou. Il y avait des marigots à traverser, et on

m’avait dit qu’il y avait un peu d’eau dedans ; j’étais pressé de les

passer avant qu’ils ne grossissent.

La route traverse une forêt, le pays est peu accidenté, on a laissé

derrière soi les montagnes du Guidi-Oumé, et en quittant Makhana la

vallée prend un développement immense.

Nous laissions sur notre droite le marigot de Kirigou.

Nous fîmes une première traite de sept lieues sans halte. Comme la nuit

était très-noire, que les guides demandaient à s’arrêter, nous campâmes

pour attendre le jour. Je fis décharger les mules, on plaça les cantines

au pied d’un arbre, on entrava les chevaux sans les desseller, de

manière à les laisser manger, et, enveloppé dans les lambeaux de mes

vieux paletots, je m’étendis sur ma tente. Je dormais d’un profond

sommeil, lorsque, vers quatre heures, les éclats du tonnerre me

réveillèrent en sursaut. Une tornade arrivait sur nous avec une rapidité

prodigieuse. Le temps de ramasser ma toile de tente, et la pluie tombait

déjà en larges gouttes, un vent violent soulevait une poussière intense

à travers laquelle on n’apercevait rien ; les éclairs déchiraient par

moments le ciel en éclairant la scène d’une lueur passagère qui rendait

plus profonde encore l’obscurité qui les suivait.

Nos chevaux avaient tourné la queue au vent, ils ne bougeaient pas, et

comme la pluie inondait déjà le sol plat et bas, nous montâmes sur nos

cantines, pêchant dans la mare qui nous environnait les sacs, peaux de

bouc et autres objets qui y nageaient.

Voyage dans le Soudan occidental (Sénégambie-Niger) · 第 330 / 368 题