24 mai 1866.

Notre chemin se dirigea d’abord à l’Ouest, à travers un pays peu

accidenté, mais assez aride, et nous ne nous arrêtâmes pas avant une

heure du matin, heure à laquelle nous campâmes sur l’emplacement d’un

village détruit nommé Ouagadou. Un baobab et quelques débris sont les

seuls vestiges de ce village, qui était placé au bord d’un marigot, où

l’on chercha vainement de l’eau. Quand je vis qu’on n’en trouvait pas,

je sollicitai Ali Abdoul de continuer la route ; mais les ânes étaient

loin derrière nous, et après en avoir causé nous campâmes. Au jour,

laissant quelqu’un avec les mules, je partis avec Ali Abdoul, Quintin et

le vieux schérif, qui s’attachait à mes pas et se montrait bon homme.

Nous avions quatre bons chevaux, et nous voulions arriver le plus vite

possible. Mais nous eûmes à descendre la montagne sur laquelle nous nous

trouvions, qui appartenait au sol du Kaarta, pour entrer dans la vallée

de Guidi-Oumé peu élevée au-dessus du sol du Sénégal. Nous descendions

visiblement depuis Nioro, mais sans secousses brusques, sans différences

palpables de niveau. Là, nous eûmes une descente dans un ravin qui

équivaut à plus de cent mètres de différence de niveau. La terre était

travaillée de tous côtés par les eaux, d’immenses blocs de roches

étaient mis à nu par l’action des pluies, les uns polis, les autres en

forme de scories ; les lits de torrents que nous traversions aujourd’hui

à sec, avaient roulé d’immenses cailloux de plusieurs mètres cubes,

quelques arbres vigoureux et verts avaient poussé dans les endroits où

la terre végétale, arrachée du plateau supérieur, avait pu s’amasser ;

ailleurs on voyait d’autres troncs décharnés, sans feuilles, suspendus

par des racines qui allaient leur manquer au premier ravinage des

pluies.

Cet endroit, bien que sauvage, avait un caractère de grande beauté, et

il me frappa d’autant plus vivement que depuis trois ans je m’étais

toujours trouvé en pays de plaine.

Nous arrivâmes bientôt sur l’emplacement d’une ruine : c’était Khoré, un

village de la vallée du Guidi-Oumé.

Cette vallée étroite, qui est certainement le plus beau pays que j’aie

vu dans la Sénégambie, est resserrée entre deux chaînes de montagnes,

dont les méandres s’éloignent ou se rapprochent sans pouvoir s’écarter à

une journée de marche l’un de l’autre ; un marigot ou plutôt un ruisseau

d’écoulement des eaux de pluies, la parcourt, tantôt sec comme au moment

où nous y passions, tantôt roulant des eaux torrentueuses ; de chaque

côté de son cours, le sol, alimenté continuellement par les écoulements

d’eau bourbeuse de la montagne, fournit des cultures magnifiques, donne

deux récoltes par an et produirait tout ce qu’on lui demanderait en

fruits ou légumes, si par routine on ne se bornait à la culture des

céréales africaines : le maïs et le mil, et, accidentellement, le riz.

Après Khoré, nous arrivâmes à Khassa, également désert, et après avoir

désaltéré nos chevaux dans des mares, où l’eau, par extraordinaire,

n’était pas corrompue, mais était chaude, nous continuâmes à descendre

la vallée, traversant et retraversant le lit sablonneux de son ruisseau,

qu’on appelle, je crois, le Kirigou (Kriégo, de Mongo Park).

Après Khassa, nous parvînmes à un petit village habité, nommé Togno ou

Tango. Il est, pour ainsi dire, perdu dans un repli du marigot, qui

entre à cet endroit dans une baie que forme la montagne et en ressort

bientôt pour redescendre la vallée. Les toits de paille, récemment

reparés pour la saison d’hivernage, tranchaient sur le beau feuillage

vert de nombreux arbres ; quelques colonnes de fumée animaient ce

paysage, auquel les montagnes, sur deux ou trois plans, servaient de

fond. C’était charmant à voir. De là, notre route descendit vers le Sud,

à Fanga, éloigné d’à peine une demi-heure de chemin. C’était notre étape

de la journée. On y fut d’abord peu aimable pour nous, mais Ali Abdoul

palabra si bien, la lettre de Mustaf venant à l’appui de ses paroles,

qu’on finit par nous pourvoir abondamment, et nous reçûmes quatre

poules, un mouton et une chèvre très-maigre. Le tout fut bien vite mangé

par nous et nos compagnons.

Voyage dans le Soudan occidental (Sénégambie-Niger) · 第 329 / 368 题