23 mai 1866.

Birou a deux villages séparés, entourés chacun de palissades. L’un est

le village des Talibés, tous originaires du Fouta ; l’autre le village

des forgerons bambaras. Nous arrivâmes à Birou par une petite pluie fine

au milieu de la nuit. Lorsque nous réveillâmes le gardien de la porte il

me sembla tout d’abord qu’on nous faisait une triste réception. J’étais

avec Quintin et deux seulement de mes hommes ; mais quand on sut qui

nous étions, on nous conduisit chez un marabout, qui fit dégager une

case pour y loger nos bagages. Nous parvînmes à allumer du feu pour nous

sécher ; mais le plus difficile fut d’attacher nos chevaux et nos mules,

qui mangeaient toutes les clôtures de la maison, au grand désespoir du

maître. Enfin tout s’arrangea, sauf le temps qui continua à être

légèrement pluvieux. Vers sept heures, ceux qui étaient restés en route

commencèrent à arriver, et à sept heures et demie tout le monde était

réuni. Nos ânes, trop fatigués, avaient passé la nuit avec leurs

conducteurs à Youri.

Ali Abdoul commença à s’employer auprès des gens du village pour nous

faire donner une hospitalité splendide ; mais d’abord le mil était rare,

et nous n’en pûmes avoir ni pour les chevaux ni pour les mules ; ensuite

Ali Abdoul, bien que Tall et fils d’Elimane Donaye, ne jouissait

d’aucune influence et son meilleur argument ne valait pas grand’chose,

car le pauvre garçon ne brillait pas par un esprit transcendant. Il

était bien un type du Toucouleur, braillard, vantard et hableur, mais il

lui manquait cette qualité qui chez quelques-uns est très-grande : la

finesse.

Néanmoins le village se comporta bien à notre égard : on nous envoya six

poules vivantes et du lait aigre ; le chef des Diawaras de l’endroit,

qui vint me voir, me procura même un peu de beurre ; nous n’avions pu en

avoir à Nioro à cause du manque de bestiaux, qui tous avaient succombé à

l’épizootie ; puis nos hommes reçurent un nombre indéfini de calebasses

de couscous et de _niéri_[248].

Quelque bienveillance qu’il y eût dans cet accueil, cette hospitalité

n’avait rien qui pût me retenir, et comme on nous annonçait une longue

route pour arriver au premier village habité du Guidi-Oumé, je me

décidai à partir à deux heures après midi.

Voyage dans le Soudan occidental (Sénégambie-Niger) · 第 328 / 368 题