Birou a deux villages séparés, entourés chacun de palissades. L’un est
le village des Talibés, tous originaires du Fouta ; l’autre le village
des forgerons bambaras. Nous arrivâmes à Birou par une petite pluie fine
au milieu de la nuit. Lorsque nous réveillâmes le gardien de la porte il
me sembla tout d’abord qu’on nous faisait une triste réception. J’étais
avec Quintin et deux seulement de mes hommes ; mais quand on sut qui
nous étions, on nous conduisit chez un marabout, qui fit dégager une
case pour y loger nos bagages. Nous parvînmes à allumer du feu pour nous
sécher ; mais le plus difficile fut d’attacher nos chevaux et nos mules,
qui mangeaient toutes les clôtures de la maison, au grand désespoir du
maître. Enfin tout s’arrangea, sauf le temps qui continua à être
légèrement pluvieux. Vers sept heures, ceux qui étaient restés en route
commencèrent à arriver, et à sept heures et demie tout le monde était
réuni. Nos ânes, trop fatigués, avaient passé la nuit avec leurs
conducteurs à Youri.
Ali Abdoul commença à s’employer auprès des gens du village pour nous
faire donner une hospitalité splendide ; mais d’abord le mil était rare,
et nous n’en pûmes avoir ni pour les chevaux ni pour les mules ; ensuite
Ali Abdoul, bien que Tall et fils d’Elimane Donaye, ne jouissait
d’aucune influence et son meilleur argument ne valait pas grand’chose,
car le pauvre garçon ne brillait pas par un esprit transcendant. Il
était bien un type du Toucouleur, braillard, vantard et hableur, mais il
lui manquait cette qualité qui chez quelques-uns est très-grande : la
finesse.
Néanmoins le village se comporta bien à notre égard : on nous envoya six
poules vivantes et du lait aigre ; le chef des Diawaras de l’endroit,
qui vint me voir, me procura même un peu de beurre ; nous n’avions pu en
avoir à Nioro à cause du manque de bestiaux, qui tous avaient succombé à
l’épizootie ; puis nos hommes reçurent un nombre indéfini de calebasses
de couscous et de _niéri_[248].
Quelque bienveillance qu’il y eût dans cet accueil, cette hospitalité
n’avait rien qui pût me retenir, et comme on nous annonçait une longue
route pour arriver au premier village habité du Guidi-Oumé, je me
décidai à partir à deux heures après midi.